‹ Voyages dans l'intérieur du BrésilChapitre 13 sur 23 · CATHERINE · texte numérisé non relu

CATHERINE

S !•'. — Histoire.

Jusque vers le milieu du xvii'' siècle File de Sainte- Catherine resta couverte d'épaisses forêts , et ne fut guère habitée que par des Indiens de la nation des Carijos, qui

(1) En rédigeant ce chapitre et les suivants, j'ai consulté tous les écrits SUT Saiote-Catherioe que j'ai pu me procurer et je les m. fort souvent cités. J'ai surtout cité l'eicellente Notice sur la province de Sainte^Catherine de M. L. Anbé> insérée dans le vol. lU de l'année 1S47 des Annales maritimes ; mais je dois avertir que j'ai constamment indiqué la pagination des exemplaires tirés à part. L'auteur s'eiprime comme il suit en commençant son mémoire : « Si l'on eicepte « quelques pages de la Chorographie de Manoel Ayres de Cazal , et « l'ouvrage de Ch. Tan Lede sur }a Colonisation , ouvrage tout à fait a spécial... ; si Ton eicepte encore quelques pages d'admiration inspi- « rées par la belle nature aux navigateurs..., on peut dire qu'il n'existe « presque aucun ouvrage qui parle du pays. » {Not, 3.) La justice et l'intérêt de la science exigent que j'indique ici quelques bons écrits dont M. Aube, qui a longtemps séjourné en Amérique, loin des grandes villes, n'a point eu connaissance. Outre divers articles sur les paroisses

en partageaient le séjour avec des jaguars et des bandes de cerfs presque innombrables.

Le navigateur Solis fut le premier Européen qui reconnut rile de Sainte-Catherine (1515). Environ dix ans plus tard y Sébastien Cabot , chargé du commandement de quelques navires espagnols, jeta F ancre dans lamèmeile, en se rendant au Rio de la Plata, et fut très-bien reçu des Carijôs. L'année suivante, le pilote portugais, Diogo Garcia, qui naviguait dans les mêmes mers pour le compte du roi d'Espagne, aborda aussi à Sainte-Catherine; les Indiens lui donnèrent des vivres comme à tous les Européens qui s'étaient présentés avant lui ; mais en même temps ils se plaignirent avec amertume de l'ingratitude de Cabot, qui.

dont se composait, eu 1822, la prorince de Sainte-Catherine, José de Souza Azeyedo Pizarro e Araujo a inséré , dans le vol. IX de ses MémoriCLS historicas, un chapitre très-important, où il traite de l'histoire de la province tout entière, de son administration, de son commerce, de sa statistique , etc. A la fin de ses Annaes da prwincias de Rio Grande, de S. Pedro do Sul , le regrettable José Feliciano Fernandes Pinheiro, baron de S. Leopoldo, a publié un résumé de l'histoire de Sainte-Catherine, où 11 donne des détails sur tout ce qui concerne cette prorince. Enfin on trouvera, dans le Diccionario geographico do Brazil, une longue suite d'articles sur Sainte-Catherine. Les suffrages d'un des Brésiliens les plus honorables, le baron de S. Leopoldo, m'encouragent à indiquer encore un fragment que j'ai publié dans les Nouvelles annales des voyages, IV, de 1835, 194-240, sur Vile de S. François et la pêcherie d^ltapocoroia^ pays alors presque inconnus. Je ne saurais m'empècher d'ajouter aussi que Van Lede, tout spécial qu'il est, a cependant fourni des renseignements tout à fait nouveaui sur certaines parties de la province de Sainte-Catherine, que les quelques pages de Cazal renferment une foule de choses, et que cet écrivain , auquel on peut sans doute reprocher un petit nombre d'erreurs, est pourtant le premier qui ait donné m% géographes une idée juste et complète du pays qui nous 0(;c\ipe.

DE SAINT-PAUL ET DE SAINTE-CATHERINE. tii

pour les récompenser de raccueil qu'il avait reçu d'eux, les avait quittés en dérobant quelques-uns de leurs flis.

Lorsque, en 1531 , Pero Lopes de Souza explora la côte du Brésil, il s'approcha d'un port qu'il appelle Porto dos Polos (le port des Canards] : c'était la baie de Sainte-Catherine. A cette époque, on donnait aussi le nom A'ilha dos Patos à rile tout entière, parce que de nombreux canards habitaient ses rivages; mais, dès 1559, il y avait déjà longtemps qu'elle avait perdu ce nom, comme on peut le voir par la relation d'Hans Staden (1), et ce fut seulement le canal qui sépare l'île de la terre ferme que l'on continua d'appeler Rio dos Patos.

Il y avait déjà près de quarante ans que l'ile de Sainte- Catherine était découverte, et les Carijôs n'avaient encore vu d'autres Européens que des navigateurs peut-être plus barbares qu'eux ; ils allaient connaître d'autres hommes. Partout où il y avait dei^ Indiens à convertir, les missionnaires y étaient bientôt. Le P. Leonardo Nunjez, compagnon d'Anchieta, entendit parler des Carijôs de Sainte- Catherine; il vola jusqu'à eux; c'était l'expression dont se servaient les Indiens pour peindre son activité surprenante. Nunez fit entendre aux Carijôs des paroles de vérité et d'amour, et bientôt ils lui prouvèrent qu'il avait été compris. Les Espagnols étaient alors en guerre avec ces sauvages : ceux-ci firent prisonniers quelques gentilshom-

(1) a Quand cet homme fat près de nous, dit Hans Staden, et que nous lui eûmes demandé où nous étions, il nous répondit : Vous êtes dans le port que Ifs Indiens appellent Sehirmerein (pour Jucumirem, petite bouche) ; et, pour que vous compreniez mieux, j'ajouterai que les premiers qui Font découvert lui ont donné le nom de baie de Sainte- Catherine. »

î» VOYAGE DANS LES PROVINCES

mes castillans qai se rendaient à la Plata avec leurs familles; le missionnaire demanda lear liberté aax Carijés au nom de celui qu'il leur prêchait, et elle lui fut accordée sans la moindre résistance.

Leonardo Nunez fut bientôt forcé de quitter les Carijôs ; mais les jésuites n'abandonnèrent point sans retour ces hommes qu'ils regardaient comme les plus doux des Indiens et les plus faciles à instruire. En 1618, le pieux Joao d'Al- MEiDA et son compagnon JoÀo Fernandes Gato partirent de Santos pour Sainte-Catherine, et ils y prêchèrent l'Évangile. Les Carijôs se pressaient pour les entendre, et ce ne fut qu'avec une peine extrême qu'ils consentirent à lear départ. Émerveillés du résultat de leurs efforts, les deux religieux conjurèrent le général de leur ordre de fonder à Sainte-Catherine un établissement fixe au milieu des sauvages. On fit droit à leur pieuse demande; un missionnaire fut envoyé dans l'ile avec le titre diftfupérieur, et il y bâtit, en 1622, une maison que l'on voyait encore en 1824.

Mais les jésuites ne pouvaient lutter contre les avenlariers européens qui sans cesse débarquaient dans File de Sainte-Catherine. Voulant sans doute se sou^raire aux vexations de ces derniers, les Carijôs finirent par abandonner leur pays, ils se dispersèrent, et aujourd'hui il ne reste plus au Brésil d'autre trace des anciens possesseurs de l'tle dos Patos que leur nom qu'ils ont laissé à une liane et à l'aqueduc de Rio de Janeiro (1).

(1) La liane est le Davilla rugosa, Poir., vulgairement appelé Cipô de Carijô, J'ai fait figurer cette plante dans mon ouvrage intitulé Plantes usuelles des Brésiliens^ et Fai signalée (n« XXII) comme astringente. On la trouve dans les provinces de S. Paul, Rio de Janeiro, Minas Ge-

II ne parait pas qae, jusque vers le milieu du xvii* siècle, les Portugais aient formé d'établissement durable au delà du port de Cananéa , et pendant un long intervalle de temps File de Sainte-Catherine fut uniquement F asile passager des écumeurs de mer alors fort nombreux ou des navires que quelque circonstance forçait d'y relâcher.

Vers 1650, le Pauliste Francisco Dias Velho Mon- TEiHO vint enfin s'y établir avec ses deux fils, ses deux filles, 500 Indiens civilisés (1), et un blanc appelé José Tinoco, qui était aussi accompagné de sa famille. La foi régnait encore dans tous les cœurs; le premier soin de cesémigrants fut de construire une église; ils la consacrèrent à sainte Catherine, la patronne de l'île (2).

raes. — Le nom de Faquedac de Rio de Janeiro est Arcos da Carioca (et non do Cariocco). Si, comme on Ta écrit, ce mot renaît de cary^ba, homme blanc, et o'ca, méfiée, Lery n'aurait pas manqué d'indiquer eette étymologie, puisqu'il connaissait le ruisseau et le yillage déjà ainsi appelés de son temps, et qu'il était du nombre des premiers blancs arriyés dans le pays ; yoici, au contraire, conunent il s'exprime : « Ka- « riauh bè. En ce viUage, ainsi dit ou nonmié, qui est le nom d'une « petite rivière dont le yillage prend le nom, à raison qu'il est assez « près, et est interprété la maison des Karios, composé de ce mot kaa rios, et en ostant os, et y adioustant auq, fera Kariauh. » (Hist. d'un voyage , elc, 3* éd., 315.) Je n'ai pas besoin de dire qu'on écrivait Carias aussi bien que Carij&s.

(1) Pizarro dit, dans un endroit, que Monteiro avait avec lui 59 indigènes (Mem. hist., III, 77), et ailleurs (IX, 269) qu'il en avait 500. J'admets le dernier de ces chiffres, parce qu'il a été adojpt^ par M. José Feliciano Fernandes Pinheiro, Ferdinand Denis et Milliet ; mais j'avoue que toutes les vraisemblances me porteraient à préférer la première indication.

(2) Suivant un historien éminemment recommandable (J. F. Fernandes Pinheiro , Annaes , 2* éd. , 389 ) , Dias Velho « dédia son église à « sainte Catherine à cause de sa fille atnée qui s'appelait Catherine, et

224 VOYAGE DANS LES PROVIiSCES

La colonie iiouyelle prospérait depuis quelques années, lorsque le capitaine d'un navire hollandais qui revenait du Pérou chargé d'or débarqua dans l'ile de Sainte-Catherine, pour y réparer quelques avaries. Monteiro, dit-on, attaqua brusquement ces étrangers, qui se rembarquèrent avec précipitation et laissèrent leurs trésors sur le rivage. Mais en se retirant îls jurèrent de se venger de cette perfidie. Un an s'était à peine écoulé, que les Hollandais étaient déjà dans les parages de Sainte-Catherine. Ils prirent un pilote à S. Francisco et s'avancèrent avec précaution. Monteiro fut prévenu secrètement de leur arrivée, se mit en état de défense et attendit les étrangers dans l'endroit qui lui parut le plus commode pour un débarquement, celui où est aujourd'hui située la ville de Desterro. Les Hollandais étaient descendus ailleurs; ils fondirent sur les Paulistes, et, s'étant emparés de Monteiro , ils exigèrent la restitution de leurs lingotsi, qui avaient é^ déposés dans l'église de Sainte- Catherine. Pendant que l'affaire se traitait, les compagnons du capitaine hollandais outragèrent indignement les filles de Monteiroj celui-ci s'empara aussitôt de l'arme d'un de ces misérables, et il allait se venger lorsqu'il reçut le coup de la mort (1).

« ce fut alors que ce nom deyiot celui de toute File. » Je n'ai pas besoin de dire qu'il ne peut en être ainsi, puisque, dès 1540, Hans Staden fait mention de Ftle de Sainte-Catherine souçson nom actuel, queYasconcellos indique le même nom dans son livre imprimé en 1663, et que M. Ferdinand Denis Ta retrouvé sur une carte qui date de Tan

(1) José Feliciano Fernandes Pinheiro se borne à dire que Monteiro fut attaqué par les Hollandais et mourut en défendant son église; d'ailleurs il rejette entièrement les faits que je raconte ici d'après Pi-

DE SAINT-PAUL ET DE SAINTE-CATHERINE. 2t5

Désespérés de ce triste événement, les fils de Monteiro et la plupart de ses compagnons se retirèrent à Laguna, où, peu de temps auparavant, un autre Pauliste, Domingo de Bbito Peixoto, avait formé un établissement.

Pendant quelques années, Sainte-Catherine, presque déserte , resta soumise à la juridiction des capitàes môres de Laguna ; ceux-ci étaient chargés par le gouvernement d'empêcher les étrangers d'y faire le commerce, et ils envoyaient un officier pour y maintenir Tordre autant qtfîl était possible de le faire parmi des hommes qui vivaient a l'aventure, dans un état voisin de celut des sauvages.

L'île de Sainte-Catherine et la partie de la terre ferme qui en dépend s'étaient trouvées comprises dans la dona- . tioû que le roi de Portugal, Jean III, avait faite à Pero Lopes de Souza. En 1711, cette contrée retourna au domaine de la couronne et l'on commença à s'en occuper sérieusement. «1^

Le COMTE DE SAitzEDÂS, qui, en 1732, prit possession du gouvernement de S. Paul, ayant senti combien il était important que, pour la défense et le bien du pays , Sainte- Catherine et le territoire voisin fussent repeuplés, y envoya des ménages tirés de la ville de Santos, et plus tard on y fit passer, à plusieurs reprises, des familles d'habitants des îles Açores. Par un décret de l'année 1794, il fut ordonné que les criminels qu'on avait jusqu'alors envoyés en exil au Paré et à Maragnon le seraient à Sainte- Catherine; mais

tarro, parce qu'ils ne s'accordent point avec le caractère très«honorablc de Monteiro, qu'ils sont rapportés par le seul auteur des Memorias hisloricas, et que cet historien ne fait nullement connaître à queUe source il a puisé son récit*

226 VOYAGE DANS lES PROVINCES

on trouva que le climat de cette ite était trop sain pour eux 9 et en 1797 le décret fut révoqué. 4insi le nombre des habitants de Sainte-Catherine qui ont eu des condamnés pour chefs de leurs familles doit être extrêmement petit, si même il en est quelques-uns.

Jusqu'en 1738, Sainte-Catherine et son territoire avaient formé une partie intégrante de la province de S. Paul; mais, à cette époque, on en fit un gouvernement séparé, dépendant de celui de Rio de Janeiro.

Parmi les gouverneurs qu'on y envoya jusqu'au moment où fut proclamée l'indépendance du Brésil, quelques-uns furent des hommes peu estimables ou même des tyrans, d'autres eurent un véritable mérite. Au nombre de ces derniers on doit mettre surtout Francisco Antonio da Vega Cabral , qui donna , pendant toute son administration , des preuves de probité, d'aptitude, de générosité, et se montra tout à la fois le père des soldats et celui des colons ; Francisco de Barros Moraes Araujo Texeira Homen, qui, quoique flgé de quatre-vingts ans, sut remplir tous ses devoirs, administra avec autant de prudence que de justice, encouragea le commerce et fonda l'hôpital de la Charité ; José, dont le zèle pour le perfectionnement de l'agriculture, les connaissances et l'habileté méritent les plus grands éloges.

Il est à regretter, pour l'honneur du Portugal, que quelqu'un de ces hommes recommandables ne fût pas à la tête du gouvernement de Sainte-Catherine , lorsque les troupes espagnoles attaquèrent cette ile. Le Portugal et l'Espagne n'avaient pu s'entendre sur les limites respectives de leurs colonies ; la guerre avait été déclarée. Uneflotte formidable sort de Cadix le 13 de novembre 1776,

portant 10,000 hommes de troupes commandés par D. Pedro de Zeballos; elle arrive à Sainte-Catherine et jette l'ancre dans Fanse de Canavieiras. Les Espagnols débarquent pendant ta nuit, personne ne se présente pour arrêter leur marche ; les forts se rendent sans coup férir, rt le gouverneur de la province, Pedro Antonio de Gama Freitas, saisi d'une terreur panique, se retire sur le continent, où bientôt il se rend à discrétion.

Quelques ofBciers ne voulurent point participer à cet acte de lâcheté; ils refusèrent de signer la capitulation en se répandant en invectives contre leur général, et Fernando da Gama, colonel du régiment de Tlle, déchira ses drapeaux pour qu'ils ne servissent pas de trophée à l'ennemi. Les colons, de leur côté, montrèrent une profonde horreur pour le joug des Espagnols; plutôt que de le subir, ils s'enfuirent dans les forêts, où plusieurs d'entre eux périrent de fatigue et de faim.' Les Espagnols cependant ne jouirent pas longtemps de leur conquête; dès l'année suivante, la cour de Lisbonne et celle de Madrid conclurent un traité de paix, et Sainte-Catherine fut rendue à ses anciens maîtres.

Après ces événements, la province de Sainte-Catherine jouit, pendant bien des années, d'une paix profonde. Les défrichements qui avaient commencé depuis longtemps se continuèrent avec activité; le climat de l'ile, autrefois insalubre, finit par s'assainir; le pays arriva à l'apogée de la prospérité. Mais cette époque fut de courte durée ; les mesures tyranniques des gouverneurs et le fâcheux système d'agriculture généralement adopté par les Brésiliens amenèrent une prompte décadence.

Lorsque le Brésil se sépara de la métropole, les habi-

lanls de Sainle-Catherine refusèrent d'abord de reconnaître le gouverneur Joaquim Pebeiha Valente, qui leur fut envoyé de Rio de Janeiro ; mais bientôt ils se soumirent, et actuellement la province, comme toutes celles du Brésil, est administrée par une assemblée provinciale et par un président qui, chargé du pouvoir exécutif, représente le gouvernement central (1).

(1) Pero Lopes de Souza, Diario, 30. — Hans Staden, Histoire d'un pays situé dans le nouveau monde, in Ternaui, Voyages, 50. — Vasconcellos, Nolicias, 40; id., Chronica, 72. — Southey, Hist., UI, 648.— Graham, Journal, 73. — Pizarro, Mem. hist., Ul, 75, 82 ; IX. 268, 277, 300. — J. F. Fera. Pinheiro, Annaes prov, S. Pedro, 2« éd., 383 et suiv. — J. J. de Abreu e Lima, Synopsis, 37, 251. — Mill. et Lop., Dicc.y II, 281. — F. Denis, in Aube, Notice, 5. — Le très-estimable historien J. F. Fernandes Pinheiro se plaint de la précipitation avec laqueUe les voyageurs européens écrivent sur le Brésil {Annaes, 2« éd., 392), et il cite pour exemple Lesson, qui, après avoir foit dépendre Vile de S. C, en 1822, dune capitainerie générale embrassant le pays situé entre Rio Grande et le gouvernement de S. Paul, indique cette ite comme un lieu de déportation pour les vagabonds des provinces centrales, etc. Les détails dans lesquels je viens d'entrer, empruntés, comme on le voit, aux meilleures sources , prouvent assez que les reproches de Tauteur brésilien ne sont malheureusement pas dépourvus de fondement. Le même écrivain fait observer que File de S. G., faisant partie de la donation de Jean III à Pero Lopes de Souza, n'avait nullement été donnée à Dias Velho, en 1750,. comme Ta prétendu le sophiste Raynal, ni en 1650, comme Tout dit Cazal et, après lui, Fillustre amiral Duperrey [Voyage Coquille, 59). Il est évident aussi que Ton a trompé M. de Barrai quand on lui a assuré que « les Européens avaient débarqué d'a- « bord sur le petit ilôt dlnhatomirim..., qu'ils y avaient construit un « fort et que peu à peu , au moyen de courses fréquentes faites sur Hle «1 et le continent , ils étaient parvenus à éloigner les nations sauvages. » {Ann. marit., 1833, II, 334.) Partant des mêmes donnée» que Barrai, l'histoire du Voyage de la Coquille dit ( p. 56 ) que u la fondation du fort de Santa Cruz date du premier établissement colonial. » L'époque de cette fondation est parfaitement connue; elle eut lieu en 1739, sous

Située sur la route de la Plata et du cap Horn, Tile de Sainte-Catherine a dû nécessaîreraent être visitée par un grand nombre de navigateurs. Plusieurs d'entre eux nous en ont laissé la description , et leurs récits nous font connaitre les changements qui s'y sont opérés successivement, mieux peut-être que ceux des historiens euxmêmes.

Frezier y débarqua en 1712. Alors Sainte-Catherine dépendait encore du gouvernement de Laguna appelé Alagoa, et Ton ne comptait pas dans le pays plus de 147 blancs, quelques noirs et des Indiens qui s'étaient volontairement réunis aux Portugais ou avaient été pris à la guerre. Toute l'île était couverte de bois remplis de jaguars, et il n'y avait rien de défriché que le voisinage des habitations dispersées sur le bord de la mer en douze bu quinze endroits différents. Le continent était entièrement désert, et, dans la crai dite des sauvages et des animaux féroces, les colons n'osaient y pénétrer sans se réunir bien armés au nombre de trente ou quarante. c( Ces hommes, dit Frezier, sont « dans une si grande disette des commodités de la vie, (x qu'aucun de ceux qui nous apportaient des vivres ne « voulait être payé en argent, faisant plus de cas d'un « morceau de toile ou d'étoffe, pour se couvrir, que d'une c( pièce de métal ; pour tout habit, ils sont contents d'une «c chemise et d'une culotte; les plus magnifiques y ajou- <c tent une veste et un chapeau ; néanmoins ils sont obli- (i gés de se couvrir les jambes , lorsqu'ils entrent dans les « forêts; alors la peau de la jambe d'un tigre leur est un

le goaverneur José daSilva Paes, celui dont R. Watter a dit taut de mal.

<x bas tout fait... Ces gens , du premier abord , paraissent a misérables, mais ils sont, en effet, plus heureux que les « Européens , ignorant les curiosités et les commodités a superflues qu'on recherche en Europe avec tant de

a peine La seule chose dont ils sont à plaindre,

a c* est de vivre dans l'ignorance; ils sont chrétiens à la <c vérilé ; mais comment sont - ils instruits de leur re- « ligion, n'ayant qu'un aumônier qui vient de Lagoa a ( Laguna ) leur dite la messe les principales fêles de oc Tannée (1). »

George Schelvocke, qui relâcha à Sainte-Catherine en 1719, conflrme ce qu'avait dit Frezier ; il fait l'éloge de la manière dont il fut reçu par les habitants du pays» et cependant il ajoute que c'était un ramas de bandits venos des provinces voisines (2). Il est fort possible que quelques meurtriers poursuivis, dans leur patrie, par la justice aient cherché un asile à Sainte-Catherine, comme aujourd'hui encore des criminels passent d'une province à l'autre, pour éviter un châtiment mérité; mais quand l'assertion de Schelvocke, présentée d'une manière aussi générale, ne serait pas réfutée par les récits des historiens sérieux, elle le serait sufGsamment par celui de ce navigateur lui-même : en effet , les habitants de Sainte-Catherine montrèrent , dit-il, la plus grande probité dans les rapports qu'ils eurent avec lui, et furent très-polis envers lui et ses compagnons de voyage. Des bandits, d'ailleurs, vivent de rapines; et sur qui les habitants de Sainte-Catherine auraient-Us pu exercer leurs brigandages, vivant dans un désert où il n'y

( 1) Frezier, Voyage dans la mer du Sud, 18 et suiv.

(*4) Voyage nf George Shelvocke in llarris collection, I, 200.

avait qu'eux , des cerfs , des jaguars et des Indiens sauvages ?

Les commandants français qui, à peu près de 1702 à 1744, naviguèrent dans la mer du Sud mirent Sainte-Catherine en grande réputation ; ils jetèrent Tancre du côté de la terre ferme dans la rade qu'ils avaient appelée Bon port; ils y prenaient de F eau et du bois, et y trouvaient une hospitalité généreuse (1).

A la fin de 1740, Tamiral Ânson passa un mois à Sainte- Catherine. Le premier gouverneur de la province José da SiLVA Paes le reçut mal, et sans doute, pour ne pas déplaire à leur supérieur, les habitants de Ttle suivirent son exemple. L'histoire du voyage de Tamiral anglais accuse Paes de malversation et de perfidie , et il tâche de détruire la bonne opinion que les navigateurs européens avaient de la province de Sainte-Catherine et de ses habitants. Alors la population du pays s'était déjà accrue par des immigrations ; on avait mis une garnison dans l'tle, et le gouvernementdevenait plus régulier ; mais les défrichements avaient à peine commencé (2).

Lorsqu'on 176S Bougainville relâcha à Sainte-Catherine, la ville se composait seulement d'environ 150 maisons n'ayant qu'un simple rez-de-chaussée. Elle était habitée par des blancs, par des nègres et surtout des mulâtres ou plutôt des métis, fort laids, de négresses et d'Indiens. Ces hommes marchaient presque tous pieds nus, la tète découverte, les cheveux en désordre ; ils n'étaient pas beaucoup mieux vêtus que leurs pères; car ils ne portaient

(1) Walter, Voyage round Ihe world by George Anson, 45.

(2) Walter, Voyage round Ihe world by George Anson^ 42.

21t VOYAGE DA5S LES PR0Ti5CES

qu'une chemise, une culotte et quelquefois un manteau; les plus riches seuls avaient un chapeau à haute forme, des chaussures et un chaperon qui retombait sur leur visage. Les esclaves noirs des deux sexes restaient à peu près nos. On ne voyait dans la ville presque aucune boutique ; les hommes blancs et leurs femmes vivaient dans la plus complète oisiveté. Quelques familles s'étaient établies sur le continent, mais hors de la ville il n'existait que de misérables cases ; les défrichements avaient fait peu de progrès, et rile entière n'était toujours qu'une vaste forêt, asile des serpents et des jaguars. Jamais un rayon de soleil ne pénétrait entre les arbres pressés les uns contre les autres, el des endroits bas s'élevaient des vapeurs malsaines el fétides (1).

Dans un intervalle de vingt ans, de i763 à 1785, ^kk que à laquelle la Pérouse relâcha à Sainte-Catherine , les progrès furent encore très- lents. L'illustre navigateur trouva dans l'tle une population de 3,000 Ames, et 1,000 en particulier à Desterro. Les défrichements avaient pris plus d'extension ; mais le pays continuait à être fort pauvre , il manquait d'objets manufacturés, et les gens de la campagne restaient presque nus ou portaient des haillons ; D'ailleurs les mœurs du pays étaient douces; les habitants étaient polis, obligeants, mais jaloux de leurs femmes, qui, bien différentes de celles d'aujourd'hui, ne paraissaient point en public (2).

Krusenstern (5) visita Sainte-Catherine en 1805; de

(1) Pernety, Voyage aux îles MaUmines, 1, 141.

(2) La Pérouse, Voyage, II, .33.

(3) Kriisenstern, Reiseumdie Welt, I, 74, 80. — Laagsdorff, Berner' h'unffen auf einer Reise, I, 28-66.

grandes améliorations s'étaient opérées; le pays n'était plus le même. Il parait qu'on avait déjà fait des défrichements considérables, car le climat était devenu fort sain. Les jaguars avaient disparu, et les blancs s'étaient étendus sur le continent à 2 lieues de la côte. Ce n'était plus, comme au temps de Bougainvilie,de 150 maisons, mais de quelques centaines que se composait Desterro ; la population de cette ville avait triplé ; on trouvait dans les boutiques toutes les marchandises européennes. Les gens les moins aisés étaient propres et ne portaient plus de haillons. Les femmes étaient vêtues à peu près comme celles du Portugaly mais plus légèrement; elles avaient cessé de se tenir enfermées dans l'intérieur de leurs maisons, et elles faisaient aux étrangers un très-bon accueil. L'obligeance et l'hospitalité régnaient partout. D'ailleurs personne n'était riche ; les prohibitions du gouvernement rendaient le commerce presque nul, et il était douteux que dans toute l'ile et sur la côte voisine on pût trouver de quoi charger un navire de 400 tonneaux (1). ,

§ n. — Colonisation.

II est évident, d'après tout ce qu'on vient de lire, que pendant soixante-douze ans, de 1712 à 1785, la province

(1) Après Krusenstern, depuis Fépoqae où a commencé mon voyage, de célèbres navigateurs, les amiraux Koussin et du Petit-Thouars, MM. Duperrey, de Barrai, Lessoo, Kotzebue, Ghamisso, ont relâché à Sainte-Catherine et ont donné, sur cette lie, des détails plus ou moins étendus ; j'aurai occasion de citer tous ces voyageurs ou du moins la plupart d'entre eux.

2à4 Y0TA6E DANS LES PROVINCES

de Sainte-Catherine a fait des progrès peu sensibles , mais que, depuis cette dernière époque jusqu'en 1805, un changement très-remarquable s* est opéré; et ce changement, dû à un accroissement considérable de population et à des défrichements nombreux , eût été bien plus grand encore sans les entraves que l'administration mettait au commerce, sans la tjrannie de la plupart des gouverneurs. L'émancipation du Brésil, proclamée sous le règne du roi Jean YI, fut pour Sainte-Catherine, comme pour le reste du Brésil , un immense bienfait ; on verra plus tard quelle cause en a limité les résultats.

L'extension qu'avaient prise les défrichements dans la province de Sainte-Catherine et les améliorations qui s'y étaient opérées étaient dues principalement à l'immigration des Portugais açoriens ; il était impossible que le gouvernement ne songeât pas à ce beau pays lorsqu'il forma le projet d'augmenter la population du Brésil par l'introduction de colons étrangers.

Très-peu de temps avant que j'arrivasse à Sainte-Catherine, le ministre d'État Thomas Antonio de Villa Nova e Portugal venait d'établir sur les bords de l'anse de Garoupas une colonie de pécheurs que l'on appelait Nova Ericeira, du nom de la bourgade portugaise d'où ces hommes avaient été tirés; je vis même, chez le gouverneur de la province, un jeune favori du ministre que celui-ci avait chargé de surveiller l'exécution de ses plans : les habitants de Nova Ericeira se seront sans doute bientôt dispersés, car il n'est question de ce village dans aucun des livres qui ont été publiés sur Sainte- Catherine depuis

Postérieurement à cette époque, on a formé , dans ce

pays, des colonies d'Allemands, d'Italiens, de Belges, et même un phalanstère français. Le gouvernement provincial a fait, pour ces étrangers, des dépenses énormes; mais elles sont restées à peu près sans résultat. Ce serait sortir de mon sujet que d'en rechercher la cause , et de traiter avec détail les questions si difficiles et si complexes de la colonisation du Brésil. Ce qui est bien évident, c'est qu'on ne doit pas se borner à augmenter la population de cette belle contrée, sans examen et sans choix ; il importe surtout d'y introduire des hommes qui n'encouragent point par leurs mauvais exemples les vices des anciens habitants et n'anéantissent pas ce qui reste à ceux-ci de sens moral par des tophismes grossiers. Que le Brésil évite donc d'appeler dans «on sein des colonies d'ouvriers ; les hommes de cette classe qui quittent leur pays sont le plus souvent ceux que leur paresse, leur peu d'habileté, leur mauvaise conduite y ont fait mépriser.

Le gouvernement brésilien doit surtout favoriser l'immigration des cultivateurs, parce que le Brésil est un pays essentiellement agricole , qu'il a une immense quantité d'excellentes terres à distribuer et que les habitants de là campagne sont, en Europe, plus laborieux, moins volages, moins immoraux que ceux des villes. Il ne faudrait pourtant pas faire des dépenses sans discernement, pour tous les cultivateurs qui pourraient se présenter; il faudrait même, je ne crains pas de le dire, renoncer à l'idée d'appeler à grands frais des masses de colons choisis par des agents peu soucieux du bien du pays ou dépourvus d'intelligence.

Le ministre d'État Joaquim Margellino de Brito a proposé le plan de colonisation sans contredit le meil-

2d6 VOYAGE DANS LES PROVINCES

leur (1) ; ce serait d'encourager rimmigration de cultivateurs isolés; on leur donnerait des terres pour un prix qui, quoique extrêmement modique , serait néanmoins une garantie de la consistance de Tacheteur et de son désir de travailler; le gouvernement n'aurait ensuite autre chose à faire que de le protéger contre le mauvais vouloir de ses voisins et le despotisme des autorités locales.

Si pourtant on persistait à former de véritables colonies, il n*est pas douteux qu'il ne faudrait point en tirer les habitants du milieu de toutes les nations européennes indifféremment. Les Français s'accommodent avec une extrême facilité aux mœurs des autres peuples ; mais ils n'émigrent que pour revenir un jour plus riches dans leur patrie. Les Allemands méritent incontestablement la préférence sur eux ; cependant il faut aussi considérer que, s'ils peuvent quitter leur pays sans l'arrière-pensée d'y retourner un jour, ils restent Allemands au milieu de leur patrie adoptive, conservent leur langue, leurs mœurs, leurs habitudes, et méprisent trop souvent leurs nouveaux compatriotes. Les colonies allemandes, je le crains, formeront longtemps de petits États dans l'État lui-même, et seront souvent fort difTiciles à administrer ; je n'en veux pour preuve que ce qui arrive dans la colonie de Pétropolis, près de Rio de Janeiro, et celle de S. Leopoldo, dans la province de Rio Grande (2). La constitution des États-Unis admet sans peine ces agrégations qui n'ont entre elles presque

(1) Relatorio do minislro d'eslado de maio 1S47, in Sigaud, Annuario, 50.

(2) Relatorio do minislro dPestado do maio 1847, iaSigaud, Annuarto, 50.

aucun lien : le Brésil, au contraire, a besoin d'unité ; c'est dans Tunité seule que sera son salut (ij. Admettant toujours qu'on veuille des colonies, c'est, comme le dit parfaitement le président de la province de Sainte-Catherine, M. Antero José Ferreira de Brito, parmi les Portugais et les Açoriens qu'il faudrait les choisir (2). Ceux-ci parlent la même langue que les Brésiliens ; ils ont la même religion, à peu près les mêmes coutumes et les mêmes mœurs; ils retrouvent au Brésil des traditions de famille , des liens de parenté. Les Portugais et les Brésiliens sont des frères qui se sont querellés quelques instants, entre lesquels une vanité puérile fait encore naître quelquefois de mesquines rivalités, mais qui ne sauraient oublier qu'ils ont sucé le lait de la même mère (3).

(1) Les colons aUemaods auront, sans doute, été utiles aux habitants de ce pays par les eiemples d'activité et d'intelligence qu'ils leur auront donnés ; cependant il ne faudrait pas croire qu'il en a toujours été ainsi et s'exagérer les services de ces étrangers. Un des présidents de b province de S. Paul se plaint beaucoup de l'indiscipline de plusieurs d'entre eux; et M. Blumenau, Allemand, colon lai-mème, dit qu'il en est , parmi ses compatriotes , qui se montrent aussi peu actifs que les Brésiliens, et « qu'un grand nombre suivent stupidement les anciennes « méthodes adoptées dans le pays. » {Sud trasilien, 26.)

(2) FalkL do Présidente da provincia de Sanla Catharina do i'' de marco, 1844, 27. — Il est bien évident que M. Antero n'a eu en vue que des cultivateurs honnêtes ; il n'a certainement pas prétendu qu'il fallût encourager l'immigration des jeunes gens des viUes du Portugal, déjà assez enclins à passer au Brésil, et qui trop souvent n'y apportent que de la grossièreté, de l'ignorance et des vices.

(3) On ne lira pas sans intérêt quelques ouvrages qui ont été publiés sur la colonisation du Brésil ; mats on fera bien, je crois, de se tenir en garde contre l'enthousiasme qui a dû nécessairement animer leurs aèteurs : Das kaiserreich Brasilien von F. X, Àckermanny livre qui traite de la colonisation en général et, en particulier, de celle du Rio

S III. — Limites de la proyiace.

La province de Sainte-Catherine, une des plus petites du Brésil, comprend, outre File du même nom et celle de S« Francisco, plus de 655 lieues carrées sur la terre ferme. Au nord, elle est bornée par la comarca de Curitiba, appartenant à la province de S. Paul (i) ; au sud elle est séparée par le Mambiluba de celle de Rio Grande do Sul ; l'Océan la baigne du côté de Test (2) ; à Touest ses limites ne sont point encore parfaitement déterminées (3). Si nous exceptons le district de Lages et les bords de certaines rivières, les colons, jusqu'en 1822, ne s'étaient pas étendus à plus de 3 lieues du littoral, et il ne parait pas que, depuis cette époque, ils se soient avancés davantage.

La chaîne maritime divise la province de Sainte-Catherine en deux parties fort inégales. Le seul district de Lages, peu habité et encore mal connu, est situé sur le plateau à l'ouest de la chaîne; il appartient, par conséquent, à la

Doce. — De la colonisation au Brésil; mémoire sur la province de Sainte-Catherine y par Van Lede, où Ton pourrait désirer plus d'ordre, mais qui contient des renseignements fort utiles. — Siid Brasilien in seinen Beziehungen zu deutscher auswanderung und colonisation von H, Blumenau, petit écrit dont Fauteur parait bien connaître le Brésil méridional et les colonies qu'on y a fondées.

(1) Voir, sur cette limite, ce que je dis dans le chapitre suivant.

(2) Voir le morceau intitulé Vile de S. François , etc., dans les Nouvelles annales des voyages, IV, de 1835, 194 , 240.

^.(3) M. Antero José Ferreira de Brito le dit d'une manière positive daw son rapport à rassemblée législative de 1824 (32); mais en même temps il indique les limites présumables de la province.

région des campos, et ne saurait produire aucune des denrées coloniales qui, comme je l'ai dit dans ma description de la province de«S. Paul, ont déjà trouvé leurs limites bien davantage vers le nord. Dans Tile de Sainte-Catherine, au contraire, celle de S. Francisco, et sur le littoral, moins jusqu'au district de Laguna, on peut cultiver le café, le sucre, le coton ; mais les deux dernières de ces plantes donnent des produits fort inférieurs à ceux qu'on en retire dans les contrées tropicales.

S rv. — PopalatioD.

Vers le milieu du xvii* siècle, lorsque le pays de Sainte- Catherine dépendait encore de Laguna, il ne comprenait que 147 blancs, quelques nègres libres, et un petit nombre d'Indiens pris à la guerre et d'autres qui s'étaient volontairement rapprochés des Portugais (4). En 4796, environ cinquante ans après l'immigration des familles açoriennes, on comptait dans la province de Sainte-Catherine 23,865 individus. Seize ans plus tard, en 1812, la population s'élevait déjà à 35,049 personnes, sur lesquelles il y avait 7,578 esclaves et 665 nègres on mulâtres libres (2). Les états officiels de 4848 la font monter à 44,041 (3). En 1824, elle comprenait 45,430 âmes, 15,553 dans Vile et 29y877 sur le continent (4). Les états officiels pour l'année

(1) Frezier, Voyage dans la mer du Sud, 20, 2t.

(2) Southey, HUl., lU, S63.

(3) Piz., Mem, kist., IX, 278.

(4) G présidente Antonio Rodriguez de Gar?alho in J. F. Fernande» Pinheiro, Annaes^ 432.

340 YOYAGE DANS LES PKOTIRCES

1840 portent la population à 66,218 individus, dont 53,707 libres et 12,511 esclaves (1). Enfin, sans comprendre le district de Lages, il y eut, en 1841, dans le reste de la province, un excédant de 1 ,000 naissances sur les morts (2).

Ces chiffres nous fournissent les considérations suivantes :

1* Si le premier et le dernier d'entre eux sont exacts, il est clair que la population de la provincedeSainte-Catherine, dans un intervalle de 45 ans, depuis 1796 jusqu'à 1841, a presque triplé, ou, pour parler d'une manière plus précise, le chiffre de 1796 est à celui de 1841 comme 1 à 2 ^^.

2"" Les documents trop nombreux que nous possédons ne nous permettent pas d'établir une comparaison parfaitement exacte entre l'augmentation qui s'est effectuée dans la population de la province de Sainte-Catherine et celle que nous avons notée ailleurs pour la province de S. Paul ; cependant nous savons que, dans un intervalle de 49 ans, depuis 1777 jusqu'à 1826, l'accroissement a élé,

(1) A. J. Ferreira de Brito, Falla do V de março 1841, doc. 15.

(2) Id. do março 1842, 33. — M. Aube indique, pour Famiée 184S, le chiffre 70,454 ; j*ai cm deroir préférer ceux des rapports officiels da président de la province. Je ne fais pas davantage mention des nombres cités par M. Sigaud d'après Sturz et Fabregas {AnntuiriOf 1846, 380), parce que celui de 1838 surpasse de 6,000 celui de 1835. Je ne dois rien dire non plus du chiffre qui se trouve dans Yu4nnuario de 1847, car M. Sigaud lui-même parait y avoir peu de confiance, et, en prenant pour base les chiffres officiels publiés en 1841 et 1842, la population de S. G. ne devait guère s'élever en 1847 qu'à environ 73,000 Ames, an lieu de 80,000. Je dois dire en même temps que Feicellent géographe M\ de Yilliers a cru devoir admettre sur sa carte de 1848 le chiffre de 81,500.

dans cette dernière, comme 1 à 2 ~î^, et, par conséquent, bien moins considérable qu'à Sainte-Catherine. On a importé beaucoup plus de nègres qu'à S. Paul, qui, en

ontre,va reçu des immigrations importantes de Mineiros ; mais, d'un autre côté, dans l'espace de temps indiqué, une foule de Paulistes se sont enfuis soit dans les déserts, soit à Rio Grande pour se soustraire aux enrôlements ou à la tyrannie du colonel Diogo , et la gperre contre Artigas a privé, pendant de longues années , la province de S. Paul de sa plus belle jeunesse (i).

5" Si nous estimons fort approximativement à 700 lieues carrées la surface tout entière de la province de Sainte- Catherine, nous aurons 96 individus par lieue carrée ; ce serait, par conséquent , une population très-considérable pour le Brésil, puisque, par lieue carrée, il n'y a que 49 individus à S. Paul et 40 à Minas; mais si nous remarquons que, outre Tile de S. Francisco et celle de Sainte-Catherine, il n'y a d'habité sur le littoral qu'upe bande très-étroite , nous trouverons que, excepté dans les grandes villes, il n'existe nulle part, au Brésil, une population aussi compacte que dans la portion de la province de Sainte-Catherine qui n'est pas restée déserte.

4° Tandis que, dans les pays aurifères et même ceux dont la canne à sucre fait toute la richesse, le nombre des esclaveségale ou dépasse celui des hommes libres, la province de Sainte-Catherine, où il n'y a poidt de mines d'or en exploitation ni de très-grandes sucreries, comprend tout au plus 1 esclave pour 5 hommes libres. Cette différence n'est certes pas, comme je l'ai montré ailleurs, un signe 4è'

(1) Voir, dans cet oayrage, ma description de la province de S. Paul. II. Kl

343 VOTAGE DAIIS LES PBOTINCES

richesse ; mais elle présente on immense arantage sons le rapport de la morale publique. On travaille pen, sans doote, dans ce pays ; mais, du moins, le traTail n'y est pas entaché de honte, comme dans ceux où les esclaves sont trèsnombreux et, suivant la remarque très-juste du président de la province , H. Antero José Ferreira de Brito , ^il se commet, dans toute la province de Sainte-Catherine, moins de crimes qu'en d'autres provinces, c'est certainement, en grande partie, parce qu'il ne s'y trouve pas autant d'esclaves.

S V. — OÎTision de la proyioce.

A l'époque de mon voyage, la province de Sainte-Catherine comprenait trois villes : 5. Francisco^ dans l'fle du même nom; Nossa Senhora do Desterro, dans l'tle de Sainte-Catherine; Laguna, sur le continent. Chacune de ces trois villes était le chef-lieu d'une paroisse. Il y avait, en outre, trois paroisses dans l'tle de Sainte- Catherine : N. S. da Conceiçao, N, S. da Lapa, N. S. dos Necesstdades ; et quatre sur le continent : S. José, S. Miguely N. S. do Rosario, Sanla Anna (1).

Depuis 1822, le nombre des paroisses a beaucoup augmenté. Voici, d'après un document officiel (2), quelles sont aujourd'hui les divisions de la province :

(1) Cazal, Corog., l, 192.

(2) Antero José Ferreira de Brito, Falla do 1* de março de 1841.

iiumciPES pnmiciPios)<

InAiridut.

Celle du cheflieu, 1,930

N. S. da Lapa do jRibeirâo, 563

Celui de la cité I n. s.^ Conceide Desterro, com- Lgo ^a Lagoa, 677

prenant toute File / jj, s. das Necessi-

de Sainte-Catheri-\ dades de S. Antonio, 418 inediyiséeen6pa-| g. jq^q BaptisU Iroisses. i^do Rio Vermelho, 403

S. Francisco de Paula de Canas yieras, 345

DC soD.^ / Celle de la ville, 1,192

S. Joâo BapUsta Jd'Imamhy, 545

DelavilledeLa-y s. Anna de VUh [guna, 4 paroisses. \ Noya, 400

N. S. da Piedade do Tuberâo, 189

Celle de la TiUe, 1,635 De N. S. do Rosaho da Enseada do Brito» 590

/ Celle de la yllle, 1,100

,.. , ' 1 De Joâo Baptista

Miguel, compre-j^^ .^^ ^^

nant 2 paroisses, è^^^ 234

De la ville de( De la ville, 553

f Porto Bello, 2 pa- ) De Santissimo Sa- DU NORD./ roisses. / cramento d'Itajahy, 137

De la viUe, 1,057

DeN. S. daPenha d'Itapocoroia, 233

De S. José, 2 pa-^ roisses.

De la ville de S.

De S. Francisco, |2 paroisses.

De Lages, comprenant une seule ^paroisse.

De la viUe,

Je dois faire remarquer que, dans la province de Sainte-

Catherine , on ne se sert point , comme à Minas, du mot arraial pour désigner les villages, mais de celui de freguezia, paroisse. Le mot arfmal^ à proprement parler, signiGe un lieu de campement, et en réalité les premiers mineurs ne disaient que camper ; mais la grande quantité d*or qu'ils trouvèrent en certains endroits les décida à s'y fixer, et le mot arraial a été ainsi détourné peu à peu de sa signification primitive. Hien de semblable n'a pu arriver à Sainte-Catherine, où il n'y avait pas de mines à exploiter.

§ VI. — - Administration ecclésiastique.

Dès Torigine la province qui nous occupe fit partie du diocèse de Rio de Janeiro, comprenant alors un pays qui, égal en étendue à trois ou quatre des plus grands royaumes de l'Europe, se prolongeait depuis les limites de l'archevêché de Bahia, au nord , jusqu'à celles du Brésil luimême, du côté du midi. En 177G, l'évèché de S. Paul fut détaché de Rio de Janeiro. Le plus simple bon sens indique assez qu'il fallait en même temps faire un évèché, pour le moins, de l'immense portion du Brésil comprise entre la province de S. Paul et l'audience de Buenos-Ayres : il n'en fut pas ainsi ; Sainte-Catherine et Rio Grande continuèrent h appartenir au diocèse de Rio de Janeiro, et rien n'a été changé depuis, de sorte que ce diocèse se trouve séparé en deux parties par une enclave aussi grande que la France. Les évèques de Rio, s'ils voulaient, comme le respectable José Caetano da Silva Coiitinho^ visiter leur diocèse, setaient obligés d'y consacrer plusieurs années et ne pourraient arriver à Sainte-Catherine qu'après un voyage par

mer de plusieurs jours ou un voyage par terre de plusieurs mois. De bons esprits ont gémi de cet état de choses, et Ton peut dire, en effet, qu'il annihile Tépiscopat dans une partie du Brésil (i). Les pasteurs , éloignés de toute surveillance , s'endorment dans une molle oisiveté, perdent jusqu'à l'idée de leurs devoirs, et autorisent par leurs vices ceui de leurs ouailles; la religion s'altère, disparait et fait place à l'ignorance et à une grossière superstition (S). Si, par exemple, à Pépoque démon voyage, il y avait eu un évèque à Desterro, il n'eût certainement pas souffert, quelque relâché qu'on le suppose, que, tout près de lui, dans l'ile de S. Francisco, les fonctions curiales fussent exercées par un homme qui, à force d'avilissement et de débauche, était tombé dans un état voisin de la démence. Le gouvernement brésilien reconnaît l'heureuse influence que la religion peut exercer sur les peuples (3) ; il saura satisfaire au plus noble de leurs besoins,

(1) José de Souza Azcyedo Pizarro et Araujo ; le desembargador Antonio Rodrigaez Yeloso de Oliyeira.

(2) Pendant la courte relAche qn'nn de nos plus illustres navigateurs a faite à Sainte-Catherine» on lui a dit que « les habitants de cette lie a étaient sous Fempire d'une bigoterie qui rétrécissait leur caractère et « contribuait à rendre leur yie malheureuse. » (Voyage Coquille, fet«l., 66.) Il n'est pas impossible qu'à Sainte-Catherine, comme cela arrîye partout aiUeurs, quelque malade se soit laissé tourmenter par de yains scrupules ; mais nous pouyons dire des peuples du Brésil en général que, chez eux, les pratiques ont d'abord étouffé peu à peu ce que la religion a d'essentiel, et qu'on a fini par attacher peu d'importance aux pratiques elles-mêmes. C'est là qu'on était arrivé à l'époque de mon voyage, et ce que je lis dans un écrit imprimé en 1850 (Blumenau, Sud ttrcisilien ) tend à me prouver que sur ce point les choses n'ont j^ changé. |IF

(3) José Joaquim Torres , Relalorio da reparliçao da juslica a asfembka gérai legisWiva,

celui de s'inspirer d'idées morales et religieuses et d'y puiser de douces consolations.

A mesure que la population de la province de Sainte- Catherine, devenant plus considérable, s'est répandue sur une plus grande surface , on a augmenté le nombre des paroisses, et, comme je l'ai dit, il s'élève aujourd'hui à dix-neuf. C'est beaucoup d'avoir facilité aux habitants de la campagne, autant qu'il était possible, l'accomplissement de leurs devoirs religieux ; mais, malheureusement, on ne trouve pas assez- de prêtres pour remplir, dans toutes les cures, les fonctions sacerdotales ; le clergé brésilien a laissé tellement avilir l'état ecclésiastique, qu'aujourd'hui peu de personnes veulent l'embrasser, ce Le personnel de l'église de la province, disait, en 1844, son digne président, M. Antero José Ferreira de Brito, est dans un état lamentable. )» Qu'on ne croie pourtant pas, d'après tout ceci, que les Brésiliens soient, comme des milliers d'Européens, un peor pie systématiquement impie; si un grand nombre d'entre eux ne pratiquent pas ou pratiquent mal, c'est qu'ils ignorent, c'est qu'on ne les a pas instruits ; leur cœur s'ouvrirait sans peine à tous les sentiments tendres et élevés que la religion inspire. Je n'en veux pour preuve que les rapports de M. Antero. Dans son discours de l'année 1844, il annonce à l'assemblée législative provinciale que trois religieux espagnols qui lui étaient recommandés par l'évèqoe de Rio de Janeiro sont venus à Sainte-Catherine , qu'ils ont prêché dans toutes les paroisses de Tile, qu'on les a entendus avec autant d'empressement que de ferveur , et * qu'ils suppléent, en grande partie, au défaut de prêtres îÉ^uliers. k Les mêmes religieux, dit-il, dans son discours (( de l'année 1847, persévèrent depuis plus de trois ans.

<i et ils continuent à obtenir les plus heureux succès. )» Pourquoi ces hommes arrivent-ils à des résultats auxquels le clergé séculier reste étranger depuis si longtemps? M. Antero va nous l'apprendre en quelques mots : ce Leurs « mœurs sont austères; ils prêchent la doctrine chré- « tienne dans toute sa pureté, restent étrangers aux cho- <( ses de ce monde et se consacrent sans réserve au service <t de Dieu [i). y> Paisse le clergé séculier ne point leur porter envie, mais les prendre pour modèles !

S vu. — Instruction publique.

Sous le gouvernement du roi Jean YI, il y avait à Desterro un professeur de langue latine et quelques maîtres d'école (â) ; mais il est à croire que l'enseignement était presque nul, car, en d829, longtemps même après que les bienfaits de F instruction primaire ont été assurés à tous les citoyens par la constitution brésilienne, J. F. Fernandes Pipheiro se plaignait de ce que cette partie si essentielle du service public était fort négligée (3). Mais, d'après ce que dit le président Antero José Ferreira de Brito, dans son discours de Tannée d84d à l'assemblée législative de la province, il parait qu'il y avait au moins autant de reproches à faire aux familles qu'à l'administration ; car le pro-

(1) Les discours de M. le président Antero José Ferreira de Brito méritent de grands éloges ; ses chapitres, en particulier, intitulés culto jmblico, sont empreints d'un amour sincère du bien et pleins de conwnance. ak

(2) Cazal, Corog. Braz,, 1, 95.

(3) Annaes, 2* éd., 440.

fesscur de rhétorique et de philosophie n'avait point d'élèves, celui de grammaire latine n'en avait que six qui mettaient fort peu d'exactitude à entendre ses leçons, et les écoles primaires n'étaient pas suivies avec beaucoup plus de zèle.

Depuis 1840, l'assemblée législative, et surtout son digne président, M. Antero, se sont beaucoup occupés de l'instruction publique; mais l'administration a été longtemps contrariée par l'iusoucilaince des parents et la difficulté de trouver des maîtres capables. Cependant, en 1847, Antero annonce que sa persévérance commence à être couronnée de quelques succès. Sur les 20 places d'instituteurs primaires créées par la loi provinciale, 16 étaient remplies, et, sur les 7 d'institutrices, il n'y en avait que 4 de vacantes; et tous remplissaient leurs devoirs. Mais ce qui surtout est, pour la province, d'une haute importance, c'est la fondation d'un collège due aux religieux dont j'ai déjà parlé dans le paragraphe précédent. Ces pères, pour une très-faible rétribution , prennent des pensionnaires auxquels ils enseignent le latin, les éléments de l'histoire, la géographie, le français, la géométrie, la rhétorique et la philosophie. M. Antero avait assisté, en 1847, l'examen des élèves ; il avait été généralement content de leurs progrès ; il l'avait été surtout de voir que « des jeunes gens « autrefois turbulents et mal élevés se distinguassent par (( leurs excellentes manières , leur application sérieuse , (( leur docilité, leur respect pour leurs semblables et leur « amour pour leurs maîtres. » Moi qui aime le Brésit^B presque comme mon pays, je me réjouis du fond de mon ëœur du succès d'une œuvre si belle et fais des vœux ar-

DE SAmT-PAUL ET DE SAINTE-CATHERINE. 249

dents pour que de misérables intrigues ne viennent point en interrompre le cours.

S vm. — Administration judiciaire.

La province de Sainte-Catherine formait déjà, depuis plusieurs années» un gouvernement à part, lorsqu'elle dépendait encore, pour F administration de la justice, de la comarca de Paranaguâ. En 1749, on lui donna un ouvidor; mais, au bout d'un demi-siècle, la ville de Desterro perdit l'avantage qu'elle avait eu d'être un chef-lieu de comarca; les habitants de l'île de Sainte- Catherine et ceux des districts plus méridionaux furent obligés d'aller se faire juger en seconde instance à Porto Alegre , ville dont ils étaient séparés par une distance énorme. Tel était, à l'époque de mon voyage, l'état des choses ; il y avait seulement nnjuiz de fora dans l'ile de Sainte-Catherine , et il n'avait d'autorité que sur le district tout entier et sur ceux du sud; le district de S. Francisco était administré par desjuizes ordinarios et ressortissait, comme dans les premiers temps, de Youvidoria (i) de Paranaguâ. C'était à Lisbonne que se faisaient tous ces arrangements; les hommes qui y présidaient connaissaient à peine le Brésil par des cartes infidèles, et ne se faisaient qu'une idée très-imparfaite des distances et de la difficulté du voyage : l'expérience démontra que , quelque activité qu'eût pos-

(1) J'ai fait connaître dans ma première Relalion ce qu*étaient les ouvidoreSf iesjuizes ordinarioSf les juizes de fora»

no VOYAGE DANS LES PROVINCES

sédée Vauvidor de Porto Alegre, il lui aurait été impossible de parcourir, comme corregidor, Fimmeose pays soumis à sa juridiction, et, par un décret du 12 février 1821 , fat rétablie l'ancienne ouvidoria de Sainte-Catherine (1).

Depuis que le Brésil a conquis son indépendance, l'administration judiciaire a été organisée dans la province de Sainte-Catherine de la même manière que dans le reste du Brésil, et la législation commune à tout F empire y a été introduite. Mais, dans son rapport de 1842, à rassemblée législative de la province, M. le président Antero fait sentir combien l'organisation actuelle de la justice crimmelle donne peu de force à l'autorité, et combien il est à craindre qu'elle ne conduise à l'anarchie. En cela il ne paraît pas être en désaccord avec le ministre de l'empire de F une de ces dernières années, qui appelle aussi une réforme. En 1840, une femme adultère de l'île de S. Francisco, aidée de son amant, coupe la tête à son mari; F un et l'autre avouent plusieurs fois leur crime devant le public; le jury les déclare innocents. On s'est plaint plusieurs fois, non sans raison, de l'exqessive indulgence des jurés français; elle n'a pas encore été aussi loin. L'institution du jury, si dîflérente de ce qui se pratiquait autrefois au Brésil, n'a pu être comprise tout d'un coup par les habitants de ce pays ; l'expérience et leurs propres intérêts leur ouvriront les yeux, et,^ sentant mieux l'importance de leurs devoirs, ils finiront par les remplir. Il est difficile, au reste, qu'on fasse jamais quelque chose de plus mauvais que ce qui j existait sous le gouvernement du souverain^du Portugal . ^

(1) J. F. FernaDdes Pinheiro, Annaesy 2* éd., 440.

S IX. — Garde nationale.

A l'époque de mon voyage, la garde nationale de la province [milicia], parfaitement exercée et en état de défendre le pays, comprenait environ 4,000 hommes. Le seul district de Sainte-Catherine fournissait 2 régiments de cavalerie; celui de S. Francisco et celui de Laguna, chacun un bataillon de 600 chasseurs. Vingt-deux ans plus tard, en 1842, on comptait, dans toute la province, 6,282 gardes nationaux portant tous Tuniforme et passablement armés (i). L'augmentation qui a eu lieu, dans un espace d'à peu près vingt ans, s'élève donc à la moitié du nombre primitif, et elle est, par conséquent, dans un rapport à peu près exact avec celle qui s'est opérée dans l'ensemble de la population .

§ X. — Fortune publique.

Il n'existe dans la province de Sainte-Catherine aucune mine en exploitation ; on y fabrique quelques poteries^ on fait des tissus dans l'intérieur des ménages ; mais jusqu'à ce jour aucune manufacture proprement dite ne s'est établie dans le pays ; depuis que les blancs ont commencé à l'habiter, il est resté purement agricole. Les terres de la province de Sainte-Catherine sont généralement très-fertiles ; elle possède une vaste étendue de côtes et d'excellents ports : son climat assez tempéré permet aux habitante de

( 1 ) Antero José Ferreir» de Brito.

cultiver les plantes de TEurope avec celles des tropiques, et cependant elle est pauvre. Les colons qui s'y établirent à différentes époques n'avaient point d'avances; la tyrannie du gouvernement portugais pesa longtemps sur eux. Telles sont les causes les plus anciennes de la pauvreté du pays : elle est prolongée par la passion des femmes pour la toilette, par le système d'agriculture en usage dans presque tout le Brésil, et enfin par les diflicultés des communications.

Il est évident que les revenus publics doivent se ressentir du peu de richesse des habitants. Dans l'année financière de 1829 à 1830, par exemple, la récolte ne s'éleva qu'à 31,661,830 reis, tandis que les dépenses furent de 240,076,869 reis (1). Depuis cette époque, il est vrai, les finances de la province se sont beaucoup améliorées; car, en 1844, la dette passive ne s'élevait qu'à une somme insignifiante. Dans cette même année, cependant, aucun des sept municipes dont se compose la province ne pouvait encore payer ce qu'il devait, et toutes les fois que l'admiaistration provinciale fait quelque dépense extraordinaire , même très-faible , elle est embarrassée pour y faire face. Ainsi, en 1847, il fallait une somme de 24,000,000 reis pour subvenir aux frais du premier établissement de trois cents Allemands que le gouvernement central voulait envoyer dans la province; sur cette somme, T administration provinciale ne put fournir que 4,000,000 reis et fut obligée d'emprunter le reste (2). Dans d'autres circonstances on a eu recours à des loteries, et, quand il s'agit des

U) J> F. Fernaudes Pinheiro, Annaes, 2a éd., 243.

(2) Fallai do présidente em março 1844 e março 1847.

moindres dépenses , on se plaint du manque d'argent. La province de Sainte- Catherine est agricole, nous l'avons dit tout à rheure; donc, pour la tirer du triste état de médiocrité dans lequel on la voit languir depuis si longtemps, il faut tâcher d'augmenter ses produits et leur donner des débouchés. Je dirai plus tard comment on pourrait ranimer Tagriculture dans Tile de Sainte-Catherine, où le sol restera peu productif tant qu'on ne renoncera pas à la manière actuelle de culture. On croit bien faire en établissant des colons étrangers dans la partie continentale de la province de Sainte-Catherine : avec un plus grand nombre de bras, on augmentera la masse des produits ; mais cette augmentation perdra une grande partie de ses avantages , si les colons ne présentent , pour ainsi dire, que des espèces de groupes isolés entre eux comme des oasis, s'ils n'ont que des moyens difficiles ou même impossibles de communication, s'ils ne peuvent transporter leurs denrées partout où ils les placeraient avec avantage, surtout s'ils ne les échangent point avec les habitants du plateau qui en ont d'entièrement différentes à leur livrer. Tous ceux qui ont écrit sérieusement sur la province de Sainte-Catherine et qui l'ont bien connue, MM. José de Souza Azevedo Pizarro e Araujo, Joâo Rodrigues de Carvalbo (1), Van Lede et Léonce Aube (2), ont fait sentir Tin-

(1) Projecto d^uma estrada, elc,^ in RevUta trim,, VU, 534 (1840).

(2) Voici comment s*exprimait M. Léonce Aube en 1847 : « On peut « dire qa*il n'existe pas de route dans la province de Sainte-Catherine, « ou que, s'il y en a, elles forment quelques tronçons de peu d'éten- « due; ce ne sont que de mauvais chemins et de détestables sentiev^ii. « Trois chemins pénètrent dans l'intérieur de la province et traversent « la Serra Gérai pour aboutir à Lages... De ces chemins, celui du Tu-

dispensable nécessité de procurer aux habitants de la province de Sainte-Catherine des moyens de communiquer par terre les uns avec les autres et de pouvoir transporter leurs denrées à Curitiba et même dans les missions. À l'époque de mon voyage, il n'y avait dans Ttle de Sainte-Catherine aucune route proprement dite ; de simples sentiers reliaient les habitations entre elles ; c'est tout au plus si les meilleurs chemins auraient pu être comparés aux plus mauvais de ceux que, chez nous. Ton appelle vicinaux. Jusqu'en 1847, aucun changement très-important n'avait encore eu lieu ; on avait fait des tracés, on avait dépensé quelque argent, mais on n'avait produit rien de bien, rien de durable, rien qui fût vraiment utile et que l'on puisse citer. La pauvreté de la province ne lui permet pas de tout entreprendre à la fois; qu'elle fasse successivement les routes les plus utiles, que l'on confie la direction des travaux à des ingénieurs véritablement instruits, et qu'on n'oublie point que faire des chemins imparfaits dans les contrées montagneuses, c'est perdre son argent, parce qu'ils ne tardent pas à être détruits.

S XI. — Mœors.

J'ai dit ailleurs que les habitants des provinces du Brésil offrent souvent moins de ressemblance entre eux que n'en ont les uns avec les autres plusieurs des peuples eu-

tt berâo est, sans contredit, le meilleur, et pourtant, ayant de l'âToir 4lfc « parconm, il nous eût été impossible de nous faire une .idée d'un sen- « tier aussi épouvantable et aussi dangereux... Les deux autres chemins « sont presque impraticables; et, en effet, ils sont à peine fréquentés à « de rares intervalles. » {Notice, 37.)

DE SAU9T-PA]aL ET BE SAINTE-CATHERINE. !»6

ropéens. Ces différences tiennent, sans aucun doule, aui époques où ont eu lieu les inunigrations portugaises, au degré de richesse que les colons ont pu atteindre ,ià leurs mélanges plus ou moins multipliés avec les nègres ou les indigènes, surtout enfin à la nature et au cliodat des pays où ils se sont fixés.

' Nous reccmnattrons combien cette dernière influence a de force, si nous comparons les habitants^de' Rio (grande do Sul et ceux de Sainte-Catherine. Les uns et les autres sont partis également des lies Açores et à peu près & la même époque. Jetés dans d'immenses campagnes cou?evtes de pâturages, les premiers sont devenus éleveurs; on >a conduit les seconds dans un pays boisé situé sur les boitb ie la mer : ils ne pouvaient s'étendre au loin san»rde grands travaux; ils ont été^pècheurs. Forcés de courir sans cesse à la recherche de leurs vaches et de leurs taureaux, les colons de Rio Grande se sont accoutumés à être toujours à cheval ; les colons de Sainte-Catherine ont féeu dans des pirogues. Ceux-là^ respirant Tair lepluspur, g»<t lopant sans cesse dans les campos, se nounisfiant avsec abondance de la chair de leurs bestiaux, ont acquis ùM force et une intrépidité ren^rquables ; leur teint s'est embelli des plus belles couleurs. Les autres» qui n'ont eu pour nourriture que du poisson, des cpquiUages, delà fa-r rine de manioc , et qui quelquefois respirent les miasmes d'un sol marécageux , sont loin d'avoir acquis une trèsgrande vigueur, et ont souvent un teiot jjQualitre .«ti«n air languissant.

Les habitants d'Ëspirito Santo , comme les colons de Sainte-Catherine, se sont peu éloignés des bords de la mer; aussi les uns et les autres ont-ils les mêmes occupa-

lions et se nourrissent-ils de la même manière. Issus des colons portugais les plus anciens y qui eurent souvent des rapports avec les femmes indigènes, alors très-nombreuses, les habitants d'EspiritoSanto sont plus américains que ceux de rile de Sainte-Catherine. Les Indiens avaient déjà disparu de cette île lorsque arrivèrent les Açoriens dont les descendants forment presque toute la population actudle du pays ; ces derniers ont conservé sans altération le type européen.

Les Mineiros, ayant acquis des richesses, ont fait donner de l'éducation à leurs enfants , qui sont devenus polis et ne sont pas restés étrangers à la culture des lettres; les colons de Sainte-Catherine sont arrivés dans cette province pauvres et ignorants ; ils ne se sont point enrichis et ont conservé leur ignorance.

Voisins des Espagnols-Américains , les éleveurs de Rio Grande leur ont emprunté une foule de mots; c'est la lingoa gérai qui, dans la province d'Espirito Santo, a altéré la pureté de la langue portugaise. Les Mineiros donnent peut-être trop de douceur à cette langue ; les habitants de Sainte-Catherine, au contraire, la rendent dure

et nasillarde, appuyant longuement sur l'avant-demière syllabe et articulant les autres d'une manière brusque : ils ont probablement apporté cette prononciation des tles Açores.

Je n'étendrai pas cette esquisse davantage; les détails dans lesquels je vais entrer compléteront, j'espère, ce que ^^ j'ai laissé ici trop imparfait. rs

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