LES ENTONNOIRS
nomment Ses entonnoirs. Mais ces puits tiennent à une singularité de ces lacs, dont il est temps de parler. J'ai déjà dit que la rivière d'Orbe, qui descend du lac des Rousses, vient se jeter dans le lac de Joux. Ce lac reçoit encore d'autres ruisseaux, dont le plus considérable sort d'un rocher, à un demi-quart de lieue de l'Abbaye ; il a, dit-on, car nous ne l'avons pas vu, dix pieds de largeur, sur deux de profondeur, et une rapidité considérable. De toutes ces eaux qui tombent dans le lac, une partie sans doute se dissipe par l'évaporation ; il en reste cependant une quantité surabondante et très-considérable, qui se verse dans le petit lac par le canal qui l'unit au grand. D'ailleurs, les eaux des pluies qui tombent sur toutes les montagnes dont la vallée est environnée, depuis les Rousses et même plus haut, jusqu'à l'extrémité du petit lac, viennent se rendre dans ce même petit lac. Il n'en sort cependant aucune rivière ; ses extrémités septentrionale et orientale, par lesquelles les eaux devraient naturellement s'échapper, sont barrées par des hauteurs qui s'élèvent fort au-dessus de sa surface. Gomment donc peut-il conserver toujours à peu près le même niveau? La nature y a pourvu, en ménageant aux eaux des issues souterraines, par lesquelles elles s'engouffrent et se perdent. Mais ce n'est point par de larges canaux ou par de grandes bouches béantes que ces eaux descendent dans la terre; c'est par les intervalles des couches verticales de la pierre calcaire, de laquelle sont composées les montagnes qui entourent ces lacs, et surtout celui de Brenel, du côté du couchant et du nord.
Comme il est de la plus haute importance pour les habitants de cette vallée de maintenir ces écoulement