LA SOURCE DE L'ORBE
nalarels, sans lesquels leurs terres labourables, et même leurs habitations, seraient bientôt submergées, ils les entretiennent avec le plus grand soin, et même lorsqu'ils s'aperçoivent qu'ils n'absorbent plus les eaux avec assez de force, ils en ouvrent de nouveaux. Il suffit pour cela de creuser des puits de quinze à vingt pieds de profondeur, sur huit à dix de largeur, dan s les couches minces et verticales dont les sommités paraissent à fleur de terre, sur les bords du petit lac. L'eau vient se jeter dans ces puits par des canaux destinés à l'y conduire, et là elle se perd en s'infiltrant dans les interstices des couches. Ce sont donc des puits que l'on nomme des entonnons. On les vide et on les nettoie lorsqu'ils se remplissent de vase.
On croit dans le pays, et avec bien de la raison, que ce sont les eaux absorbées par tous ces entonnoirs que l'on voit sortir de terre et former la source de l'Orbe, à trois quarts de lieue au-dessous de l'extrémité septentrionale du petit lac. Nous allâmes voir cette source en revenant de visiter près des moulins de Bon-Port le principal de ces entonnoirs, et nous la trouvâmes bien digne de la curiosité des voyageurs.
Un rocher demi-circulaire, élevé au moins de deux cents pieds , composé de grandes assises horizontales , taillées à pic et entrecoupées par des lignes de sapins, qui croissent sur les corniches que forment leurs parlies saillantes, ferme du côté du couchant la vallée de Vallorbe. Des montagnes plus élevées encore et couvertes de forêts forment autour de ce rocher une enceinte qui ne s'ouvre que pour le cours de l'Orbe, dont la source est au pied de ce même rodier. Ses eaux,
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d'une limpidité parfaite, coulent d'abord avec une tranquillité majestueuse sur un lit tapissé d'u^e belle mousse verte ; mais bientôt, entraîné par une pente rapide, le fil du courant se brise en écume contre des rochers qui occupent le milieu de son lit, tandis que les bords moins agités, coulant toujours sur un fond vert, font ressortir la blancheur du milieu de la rivière : et ainsi elle «e dérobe à la vue, en suivant le cours d'une vallée profi^nde, couverte de sapins dont la noirceur est rendue plus frappante par la brillante verdure des hêtres qui croissent au milieu d'eux.
On comprend, en voyant cette source, comment les poètes ont pu déifier les fontaines ou en faire le séjour de leurs divinités. La pureté de ses eau^, les beaux: ombrages qui l'entourent, les rochers escarpés et les épaisses forêts qui en défendent l'approche ; ce mélange de beautés tout k la fois douces et imposantes cause uir saisissement difficile à exprimer, et semble annoncer la secrète présence d'un Être supérieur à l'humanité. AJi ! sj Pétrarque avait vu cette source, et qu'il y eût trouvé sa Laure, combien ne l'aurait-il pas préférée à celle de Vaucluse, plus abondante peut-être et plus rapide, mais dont les rochers stériles n'ont ni la grandeur ni la riche parure qui embellit la nôtre 1
J'ai dit que l'on regarde généralement cette source comme le rendez-vous des eaux absorbées par les entonnoirs du lac de Joux ; cette opinion doit être même fort ancienne, puisqu'en lui donnant le nom d'Orbe on a paru la reconnaître pour être la même qui , du lac des Rousses, vient tomber dans le lac de Joux. ; on ne pouvait cependant avoir là-dessus que des
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conjectures, jusqu'à ce qu'en 1776 un évènefiient siùgolier en donna la démonstration. Gomme dans les années précédentes les lacs s'étaient élevés plus haut qu'il ne convient aux habitants de la vallée de Joux, ils résolurent de réparer et de nettoyer tous les entonnoirs du lac de Brenel. Dans l'espérance de les mettre h sec, ils fermèrent par de fortes digues le canal par lequel lé grand lac se dégorge dans le petit ; mais lorsque les eaux se fureût élevées h un certain pùint d'un côté, et abaissées proportionnellement de l'autre, la pression de l'eau devint si grande, qu'elle fit tout à coup rompre la digue; celte chulè donna aux eaux une agitation extrême ; ellestse tf oublèrent dç fond en comble, et bientôt après, l'Orbe, qui jusqu'alors avait toujours été parfaitement claire, parut trouble à àa source, et prouva ainsi que ses eaux étaient les mêmes que celte du petit lac.
La pêche est un des moyens de subsistance des habitants de cette vallée. Ils sont très-actifs et Irès-industrieux, et ils ont besoin de l'être ; car quoiqu'ils aient des bois, des pâturages, et même quelques terres arables, qui produisent de l'orge et de l'avoine, cependant leur population est si considérable, que les productions du pays sont fort au-dessous de ce qu'il faudrait pour les nourrir; mais ils exercent des arts mécaniques, l'horlogerie, la serrurerie ; ils scient des planches, font des bardeaux, et charrient ces bois dans les vallées inférieures, et jusque dans Iqs plaines.
Malgré leur industrie et leur goût pour les arts, on vante, ou du moins on vantait beaucoup autrefois la pureté et la simplicité de leurs mœurs. Ils formaient un