‹ Voyages dans les AlpesChapitre 26 sur 66 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Le Mont-Blanc est une des montagnes de l'Europe doDt la connaissance paraîtrait devoir répandre le plus de jour sur la théorie de la terre *. Cet énorme rocher, de granit, situé au centre des Alpes, lié avec Ses montagnes de différences hauteurs et de différents genres, semble être la clef d'un grand système ; et quoique Ton doive se garder de tirer des inductions générales d'un objet unique, on a cependant de la peine h s'empêcher de croire que, si l'on connaissait à fond la nature, la

* Lorsque de Saussure publiait cette partie de ses voyages, c'est à-dire en 1780, personne n*était encore parvenu au sommet du Mont-Blanc; c'est seulement en 1785 qu'il fit, mais sans succès, une première tentative d'ascension ; l'année suivante le docteur Paccard avec Jacques Balmat, qui avait découvert une nouvelle route, atteignit le sommet. En 1787 de Saussure fit une seconde tentative et réussit.

Structure et toutes les déterminations de cette mère montagne et ^e ses appendices, on aurait fait un grand pas vers la connaissance des autres, et que l'on aurait du moins bien des données pour la solution du grand problème de leur formation.

Malheureusement elle est d'un accès très-difficile : malgré l'étendue de sa base, ses approches sont défendues de presque tous les côtés. Au sud, au sud-est et au sud-ouest, des rochers taillés à pic, à la hauteur de plusieurs milliers de pieds ; au nord, au nord-est et au nord-ouest, des murs de glace, qui menacent d'écraser ceux qui les approchent, ou des neiges perfides qui voilent des abîmes, ont jusqu'à ce jour arrêté non-seulement les naturalistes, mais les chasseurs de chamois, même les plus hardis, encouragés par Tappât d'une forte récompense.

Mais si l'on ne peut pas atteindre h sa cime, on peut flu moins sonder ses flancs qui sont accessibles de divers côtés. De plus, deux hautes montagnes, situées vis-à-vis d'elle, l'une au nord et l'aittre au midi, semblent être des gradins destinés à l'observateur, qui de leur sommet peut saisir tout l'ensemble de cet énorme colosse. Et les membres de ce grand corps sont eux-mêmes si grands, leurs traits sont si bien prononcés, qu'en l'observant sous ses différentes faces, surtout au midi, où il n'est pas masqué par des glaces, on peut se former une idée très-juste de sa forme et même de sa nature. D'ailleurs, les montagnes qui sont liées avec le Mont-Blanc, et situées sur le prolongement des plans de ses couches,' composées des mômes genres de pierres, et d'une même structure, confirment les observa-

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tiiH^s que l'on a fai1«s Buf lui, et sont tl*dillettrs intéressantes par elleâ-ttiéme») puisqu'elles forment les an*neaux de la chaîne centrale des plus hautes Alpes. Les glaciers de Ghamouni, dont l'intéressant spectacle excite et satisfait toujours ia curiosité de taot de voya^ geurs, iront situés m pied du Mont-Blanc ; le glacier du Buët, devéntî célèbre par la relation et les expériences de M. Deluc, n*en est pas éloigné.

Tous ces objets réunis m'ont donné pour cette partie des Alpes uoe prédilection qui m'a engagé à l'étudier avec le plus grand soin ; j'y ai consacré bien du temps et de grands travaux. J'ai fait dans la seule vallée de Ghamouni, située au centre de toutes ces montagnes, huit différents voyages; en 1760, 1761, 1764, 1767, 1770, deux en 1776, et le dernier en 1778. J'ai fait trois fois le tour du Mont-Blanc par l' Allée-Blanche : la première en 1767 avec quelques amis; la seconde seul en 177/i, dans l'intention de l'écrire et de le publier dès mon retour ; mais quand je vins à le rédiger, je trouvai

• encore bien des vides et des doutes.

G'est pour remplir ces vides et lever ces doutes que je fis ce voyage pour la troisième fois. Tannée 1778, avec deux amis, MM. J. Trembley et A. Pictet, qui voulurent bien en partager avec moi les travaux. Dans ce dernier voyage, j'ai recommencé toutes mes observations sBr la nature et sur la structure de ces montagnes, comme si elles eussent été nouvelles pour moi;

,j'ai ramassé des échantillons de tous les rochers intéressants, et h mon tour je les ai examinés et éprouvés de nouveau. Si donc j'ai commis des erreurs, comme cela n'est encore que trop possible, du moins n'aurai-je

pas à me reprocher trop de précipitation dans mes observations, ou trop d'empressement à les publier *.

> Quoique les pages que Ton vient de lire se rapportent à des observations que leur nature toute scientifique exclut de notre plan, nous n'avons pas voulu les sacrifier, parce qu'elles montrent avec quelle ardeur et en même temps quelle conscience de Saussure procédait à Tétude si difficile des montagnes et de leur formation.

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