CHAPITRE VII
GUCIERS D£ lA YAUÉE DE GHAMOUM.
filaefer <le« Bois.
J'ai dit plus haut que le 15 juillet nous étions venus coucher au Montanverf , afin de pouvoir partir le lendemain au point du jour, et pénétrer jusqu'au fond de la vallée de glace. Mais où couphe-tron sur le Montanvert? On y couche dans un château ; car c'est ainsi que les Chamouniards, nation gaie et railleuse, nomment par dérision la chétive retraite du berger qui garde les troupeaux de cette n\pntagne. Un grand bloc de granit, porté là anciennement par le glacier, ou par quelque révolution plus ancimiae, est assis sur une de ses fttces, tandis qu'une autre face se relève en faisant un angle aigu avec le terrain, et laisse ainsi un espace vide audessous d'elle. Le berger industrieux a pris la face saillante de ce granit pour le toit. et le plafond de son châ- . leau, la terre pour son parquet; il s'est préservé des vents couHs, en entourant cet abris d'un mur^e pierres 8è€[hes, et il a laissé dans la partie la plus élevée un vide où il a placé une porte, haute de quarante pouces et large de seize. Quant aux fenêtres, il n'en a pas eu besoin, non plus que de la cheminée ; le jour entre et la fumée sort par les vides que laissent entre elles les
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pierres de la muraille. Voilà donc rintérieiir de sa demeure; cet espace anjrulaire renfermé entre le bloc de grajiit, la terre et la muraille, forme la cui^e , la chambre à coucher, le cellier, la laiterie, ea un mot . tout le domicile du berger de Montanvert. Il voulut bien nous le céder pour celte nuit et la passer avec nos guides en plein air autour d'un feu qu'ils entretinrent au haut de la forêt. Pour nous, nous étendîmes sur le parquet un peu inégal du château une botte de paille que nous avions fait apporter, et nous donnimes là mieux qu'on ne dort souvent dans des appartements où Vart et la mollesse ont épuisé toutes leurs ressources. Le lendemain, un peu avant le jour, nos guides vinrent nous réveiller, je dormais alors profondément^et la lumière qu'on nous apportait par derrière faisait briller si singulièrement le bloc de granit sous lequel nous étions couchés, que je fus quelques moments sans pouvoir comprendre où j'étais et ce que je voyais.
Nous partîmes à la pointe du jour, et nous commençâmes par côtoyer le glacier en suivant un sentier assez élevé au-dessus de lui. Ce sentier est d'abord sûr et facile ; mais à un quart de lieue du Montanvert il se perd sur la pente rapide que présentent les plans inclinés des couches d'un granit veiné. Les deux premières fois que j'ai passé là, on ne pouvait placer son pied que sur quelques Illégalités ou dans quelques petites cavités du roc, et si l'on avait glissé, on serait tombé dans le glacier qui est au-dessous à uae assez grande profondeur. Mais en 1778, dès mon arrivée à Chamouni, j*y envoyai deux hommes, qui, pendant notre voyage au Buet, firent jouer quelques mines dans le roc et rendirent
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ce passage, sinon très-coininode, au moins à peu près sans danger. Ceux qui iront après nous visiter le fond du glacier nous auront Tobligation de leur en avoir facilité Faccès.
Il y a deux passages semblables tout près l'un de Tautre ; on les nomme les Ponis, Après les avoir passés, on va descendre au bord du glacier, et Ton suit pendant quelque temps sa moraine, ou rencaissement de pierres et de gravier qui l'accompagne. On passe \h auprès d'une fontaine qui distille du roc sous une voûte naturelle ; sou eau est d'une fraîcheur et d'une limpidité admirables, et nourrit de belles plantes de ranuncuLus glacialis, qui croissent en grosses touffes dans la fente du rocher, et tapissent tout l'intérieur de la voûte. Là, nous voulûmes tenter de cheminer sur le glacier, mais il était encore trop scabreux, parce que le sol sur lequel il repose est encore ici trop incliné : car, comme je l'ai dit, en traitant des glaciers en général, ils ne sont praticables que dans les lieux où leur situation approche d'être horizontale, et ou leurs parties ne sont pas désunies par la pente et les inégalités du sol.
Enfin le glacier devenant plus traitable, nous y rentrons une heure et demie après notre dépait du Montanvert. Ici cependant nous rencontrons une difficulté nouvelle. Il était tombé la veille de la pluie, dont les gouttes se sont gelées en tombant sur le glacier et ont formé à sa surface, ordinairement raboteuse, un verglas extrêmement glissant ; mais nous armons nos pieds de crampons qui assurent nos pas et nous permettent d'accélérer notre marche. Nous trouvons bien çà et là quelques crevasses un peu larges à franchir, quelques pentes