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CHAPITRE XXXIX

Naturels des environs, — Leurs mœurs, — Leurs armes. —

Usage d'aplatir la tête. — Croyances religieuses. — Prètres

ou médecins. — Les idoles rivales, -

Polygamie, cause de

grandeur. — Guerre innocente. — Musique, danse, jeu. -

Voleurs vertueux. — Horreur de l'ivrognerie. -- Indignation

de Comcomly.

Nous avons déja donné quelques détails sur les

$ enorgueillissait de compter deux-cent-quatorze

tribus qui existaient vers la partie inférieure de la Colombia, au temps de l'établissement. Nous ferons bien, peut-être, d'y ajouter de nouvelles particularités. Les quatre tribus les plus proches d’Astoria, et avec lesquelles les marchands avaient le plus de rapports, étaient, comme nous l'avons déja dit, les Chinooks, les Clatsops, les Wahkiacums et les Cathlamets. Les Chinooks habitaient principalement les bords d’une rivière qui portait le même nom qu'eux. Cette rivière se jette dans la baie de Baker, à peu de milles du cap Désappointement, après avoir coulé parallèlement au bord de la mer, à travers une terre basse et remplie de marais stagnants. C'était la tribu sur laquelle régnait le chef borgne Comcomly : elle

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guerriers. La subsistance de cette tribu était principalement composée de poisson, mais elle se régalait quelquefois de la chair de l'élan, du daim et des oiseaux sauvages des marais voisins.

Les Clatsops résidaient des deux côtés de la Pointe-Adam. Ce n'étaient plus queles restes d’une tribu qui avait été presque entièrement détruite par la petite vérole. Elle ne comptait guère que cent quatre-vingts combattants.

Les Wahkiacums, ou Waak-i-cums habitaient le côté septentrional de la Colombia, ct comptaient soixante-six guerriers. Ils ne formaient originairement qu'une tribu avec les Chinooks; mais, deux générations avant l’arrivée des colons, une dispute s'étant élevée entre le chef régnant et son frère Wahkiacum, celui-ci s'était séparé, avec ses adhérents, et avait formé la horde qui continue à porter son nom. C’est ainsi que de nouvelles tribus surgissent chez les Sauvages, et qu'il s’engendre continuellement des causes cachées d’hostilités.

Les Cathlamets habitaient en face du village le plus bas des Wahkiacums. Ils comptaient quatrevingt-quatorze guerriérs.

Ces quatre tribus paraissent avoir toutes la même origine, car ceux qui les composent se ressemblent de figure, d’habit, de langagé et de manières. Ils ont communément moins de cinq

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pieds un pouce. Leurs jambes sont cagneuses et leurs chevilles épaisses. Cela provient de la quantité de temps qu'ils passent dans leurs canots, assis, ou plutôt accroupis sur leurs mollets et sur leurs talons. Ils conservent même à terre cette posture favorite. Les femmes augmentent cette difformité en portant autour des chevilles des bandages serrés, qui empêchent la circulation du sang et qui font enfler les muscles de la jambe. Ni Fun ni l’autre sexe ne peuvent avoir de prétentions à la beauté. Leur visage est rond, leurs yeux petits, maïs animés. Leur nez est large et plat au sommet : le bout en est gros et les narines sont grandes. Ils ont la bouche grande,

les lèvres épaisses, les dents petites, irrégulières et sales. À l'ouest des Montagnes Rocheuses, on voit rarement de bonnes dents parmi les Sau-

Dans le commencement de leurs rapports avec les Blancs, les Naturels n'avaient que des vêtements fort insuffisants. Pendant l’été, les hommes étaient entièrement nus; pendant l'hiver, ils portaient une petite robe faite de peaux, ou de la laine du mouton de montagne (mountain sheep). Quelquefois ils se couvraient d'un manteau de natte pour écarter la pluie, mais ayant ainsi protégé leur dos et leurs épaules, ils laissaient nu | le reste de leur corps. |

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Les femmes portaient des robes semblables à celles des hommes, mais plus courtes, et qui ue descendaient pas au-dessous de la taille. De la ceinture aux genoux elles avaient une espèce de frange, formée des fibres de l’écorce du cèdre ; ou bien une sorte de jupon, fabriqué avec des filaments de yucca (silk grass, yncca filamentosa, Lam.), entrelacés et noués aux extrémités. C'était la leur vêtement ordinaire dans lété. Si le temps devenait froid, elles y ajoutaient une veste de peau pareille à la robe.

Les hommes s’enlevaient soigneusement tous les poils de la barbe, car ils la considèrent comme une grande difformité. Ils regardaient avec dégoût les moustaches et les mentons bien fournis des Blancs, qu’ils appelaient, par dérision, les Longues-barbes. Au contraire les deux sexes étaient orgueilleux de leur chevelure, qui est ordinañement noire et assez rude. Ils la laissaient pousser de toute sa longueur, et en étaient fort soigneux. Quelquefois ils la portaient nattée ; quelquefois ils la roulaient autour de leur tête d’une manière fantasque. On ne pouvait leur faire de plus grand affront que de couper leurs boucles chéries.

Leurs chapeaux étaient coniques et proprement tressés des tiges de l'herbe aux ours (bear grass), ou des fibres de l'écorce du cèdre. Ils étaient or-

nés de dessins de différentes formes et de diflérentes couleurs. Quelquefois c’étaient simplement des carrés et des triangles ; d’autres fois des représentations grossières de canots, avec des hommes péchant et harponnant. Ces chapeaux étaient extrêmement durables et presque à l'épreuve de l’eau.

Les hommes portaient, pour ornement favori, dés colliers de griffes d'ours, orgueilleux trophées de leurs exploits de chasse; les femmes avaient des colliers de dents d’élan.

L'arrivée des marchands blancs opéra bientôt un changement dans la toilette des deux sexes. Ils devinrent passionnés pour tous les objets de costume européen qu’ils pouvaient se procurer, et avec lesquels ils avaient souvent la figure la plus grotesque. Ils adaptèrent, d’ailleurs, à leurs anciens goûts, beaucoup d'objets qu’ils achetaient des Américains. Hommes et femmes étaient enchantés quand ils pouvaient se parer de bracelets de fer ou de cuivre. Ils étaient charmés aussi des grains de verroterie blancs et surtout des bleus : ils en portaient de larges bandes serrées autour de leur taille et de leurs chevilles, de grands colliers sur leur poitrine, et ils en mettaient encore drs pendeloques à leurs oreilles. Dans l’état sauvage, les hommes portent plus loin que les femmes la passion pour la parure ; nos Indiens ne pen-

saient pas que leur équipement de gala füt complet, s'ils n'avaient pas un joyau de haïiqua, ou de wampun, dansant à leur nez. Ainsi arrangés, leurs cheveux pouacrés d'huile de poisson, et leur corps barbouillé d'argile rouge, ils se regardaient comme irrésistibles.

Quaud ils se préparaient à des expéditions guerrières, ils peignaient leur visage et leur corps de la manière la plus hideuse et la plus grotesque, suivant la pratique universelle des Sauvages américains. Leurs armes étaient des arcs et des flèches, des lances et des massues. Quelques-uns portaient un corselet formé de pièces de bois dur, réunies avec les fibres de l'herbe aux ours, de manière à former une cotte de mailles légère et flexible. Ils avaient aussi une espèce de casque composé de cuir, d’écorce de cèdre, d'herbe aux ours, et suffisant pour protéger la tête contre une flèche ou contre un coup de massue. Une armure défensive plus complète encore était une jaquette de peau d’élan doublée plusieurs fois. Elle descendait jusqu'aux pieds, et des trous servaient pour passer la tête et les bras. Ce vêtement était toutà-fait à l'épreuve de la flèche, et souvent, en outre, 1l était doué de vertus magiques par les enchauntements des jongleurs.

Nous avons déja parlé de la coutume, particulièvre à ces peuples, d'aplatir la tête de leurs enfants.

Comme la mutilalion qu'on pratique sur les pieds des femmes chinoises, c’est un des caprices humains les plus incompréhensibles. Cet usage prévaut principalement parmi les tribus qui habitent aux envhons de l'embouchure de la Colombia, sans que nous ayons pu savoir à quelle distance il s'étend le long de la côte. Quelques unes des tribus qui habitent au nord et au sud de la rivière s'y soumettent aussi, mais elles parlent toutes le langage chinook, et sont probablement sorties de la même souche. Autant que nous avons pu l’apprendre, les tribus reculées et dont la langue est entièrement différente n’ont pas cette absurde coutume. Elle devient également moins commune quand on s'éloigue des bords de l'Océan Pacifique : on en trouve peu de traces pari les tribus des Montagnes Rocheuses, et au-delà elle disparaît complétement. Certains Indiens, qui habitent les eaux supérieures de la Colombia et les régions solitaires des montagnes, sont souvent appelés Têtes-plates ; mais ils ne sont pas réellement caractérisés par cette difformité. C’est uue appellation sbusivement donnée par les chasseurs de l’est des Montagnes à tous les Indiens de l’ouest, autres que les Serpents.

Les croyances religieuses de ces peuples étaient extrémement simples et bornées, ou plutôt, suivant toutes les probabilités, leurs explications

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ASTORIA., 119 n'étaient que peu comprises par leurs hôtes. Ils avaient l’idée d'un esprit bienveillant et puissant, créateur de toutes choses. Ils le représentaient comme prenant à volonté toutes les formes, et plus habituellement celle d’un énorme oiseau. H habite ordinairement le soleil, mais il vole par toutes les régions de l’air et voit tout ce qui se passe sur la terre. Si quelque chose lui déplait, il exhale sa rage par des tempêtes horribles ; l'éclat de ses yeux en courroux produit les éclairs; le retentissement de ses ailes le tonnerre. Pour obtenir ses faveurs les Indiens lui offrent anvuellement en sacrifice les premiers fruits de leur pêche et de leur chasse.

Outre cet esprit aérien ils croient qu'il y en a un autre moins puissant, qui habite le feu, et qui leur inspire des transes perpétuelles ; var, quoiqu'il puisse faire le bien de méme que le mal, il se complait davantage dans celui-ci. Nos Sauvages s’efforcent donc de le maintenir en bonne humeur par de fréquentes offrandes. IIS supposeut, d’ailleurs, qu'il a une grande influence sur l'esprit ailé, leur souverain bienfaiteur, et le supplient d’être l'interprète de leurs vœux, et de leur faire obtenir tout ce qu'ils désirent , comme par exemple du succès dans leur pèche et dans leur chasse, des chevaux légers, des femmes obéissantes et des enfants mâles.

Nos Indiens ont des prêtres, magiciens et médecius, qui prétendent être dans la confidence des divinités, et être chargés d'exposer et de faire exécuter leurs ordres. Chacun de ces jongleurs a ses idoles, taillées en bois, et représentant les deux esprits de l'air et du feu, sous quelque forme grotesque de cheval, d'ours, de castor, ou de tout autre animal. Elles sont ornées d’amulettes et d’offrandes, telles que des dents de castor, des griffes d’ours et des serres d’aigles.

Quand quelque personnage important est sur son lit de mort, ou dangereusement malade, on envoie chercher les jongleurs. {ls apportent leurs idoles, avec lesquelles ils se retirent dans uu canot pour faire une consultation. De même que nos docteurs sont souvent de différents avis, ainsi ces médecins ont de temps en temps de violentes altercations, quand il s’agit de définir la maladie du patient ou le traitement qui lui convient. Pour accommoder les opinions on frappe vigoureusement les idoles l’une contre l’autre. Celle qui perd la première une dent ou une griffe est regardée comme réfutée, et ses partisans cèdent la place aux autres.

Non seulement la polygamie est permise, mais elle est honorable. Plus un homme peut entretenir de femmes, plus il a d'importance aux yeux de sa tribu. La première femme prend le pas sur

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toutes les autres, et est considérée comme la maitresse du logis. Cependant l'harmonie domestique est souvent troublée par des jalousies, par des cahales, et le maître de la maison à parfois beaucoup de peine à apaiser les querelles de sa famille.

Nous lisons dans le manuscrit dont nous tirons ces particularités, que celui qui à le plus grand nombre de femmes, d'enfants mâles et d'esclaves, est élu chef du village ; singulière condition d’éligibilité, et que nous ne nous rappelons pas d’avoir rencontrée ailleurs.

Les querelles sont fréquentes entre ces différents peuples, mais elles ne sont pas bien meurtrières. Ils se livrent quelquefois des batailles rangées, à des jours désignés, et dans des endroits choisis d'avance. C’est ordinairement sur les bords d’un ruisseau. Les partis ennemis se postent sur les rives opposées, et à une telle distance, que la bataille dure souvent fort longtemps avant qu'il y ait du sang répandu. Le nombre des tués et des blessés excède rarement une demi-douzaine. Si le dommage est égal des deux côtés, la guerre est considérée comme honorablement terminée; si l’un des partis a souffert plus que l’autre, il obtient une compensation en esclaves, où en toute autre espèce de propriété. Sans cette compensation, les hostilités pourraient

être renouvelées un autre jour. Ces Indiens font souvent des incursions de maraude sur le territoire de leurs ennemis, et quelquefois sur celui de leurs amis. S'ils rencontrent uue bande moins forte que la leur, ou s'ils tombent sur un village faiblement défendu, ils se comportent avec la férocité de véritables poltrons, tuent tous les hommes, et emmènent en esclavage les femmes et les enfants. Quant aux meubles, ils sont empaquetés sur des chevaux, amenés exprès pour cet usage. Au reste, ce sont de pauvres guerriers, tout-à-fait inférieurs en prouesses aux Sauvages chasseurs de bisons, qui habitent les plaines à l'orient des Montagnes.

Ils passent une grande partie de leur temps à jouer, à danser, et à faire de la musique. Leur musique en mérite à peine le nom, et leurs instruments sont de l'espèce la plus grossière. Leur chant est dur et discordant. Les chansons sont ordinairement improvisées au sujet de quelque circonstance qui vient d'arriver, de quelque personne présente, ou de tout objet frivole qui frappe l'attention du chanteur. Ils ont plusieurs espèces de danses ; quelques-unes gaies et agréables. Les femmes obtiennent rarement la permission de danser avec les hommes, mais elles forment des groupes séparés, dirigés par les mêmes instruments et par les mêmes chansons.

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Is ont des jeux de beaucoup d'espèces et s'y livrent avec passion. Ils se laissent quelquefois entrainer à un tel point d’excitation qu'ils jouent tout ce qu'ils possèdent, même leurs femmes et leurs enfants, Ce sont des voleurs avoués, et ils se glorifient de leur dextérité. Celui qui est fiéquemment heureux obtient beaucoup d’applaudissements et de popularité ; mais le voleur maladroit surpris dans quelque tentative est ridiculisé, méprisé, et quelquefois même cruellement puni.

Tels sont les principaux traits qui caractérisent les Naturels des environs d’Astoria. Ils nous paraissent inférieurs, sous beaucoup de rapports, aux hardis chasseurs des Prairies, qui habitent à l'est des Montagnes Rocheuses, et nous semblent avoir beaucoup de ressemblance avec les Esquimaux, quoique leur nature soit relevée en quelque facon par un climat plus tempéré, et par une manière de vivre plus variée.

Les habitudes de trafic engendrées aux cataractes de la Colombia ont étendu leur influence le long de la côte. Les Chinooks, et les autres Indiens de l'embouchure de la riviere, se signalérent comme de rusés marchands dès leurs premiers échanges avec les Astoriens, et n’hésitèrent jamais à demander trois fois plus que ce qu'ils

regardaient comme la valeur réelle d'un de leurs

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