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CHAPITRE XL

Occupations printanières à Astoria. — Départ de diverses expéditions. — Indiens pillards. — Voleurs de Wish-ram.— Portage des cataractes. — Portage au clair de lune. — Attaque , défaite, pillage. — Remède indien contre la poltronnerie. — Pourparlers et compromis. — Retour de la brigade. — Elle rencontre Crooks et John Day. — Leurs souffrances. — Perfidie indienne. -- Arrivée à Astoria.

Au commencement du printemps le petit établissement d'Astoria fut rempli d’agitation , et se prépara à envoyer différentes expéditions. Il y avait plusieurs choses importantes à faire. 11 fallait transmettre un supplément de marchandises au comptoir de M. David Stuart, établi, l’automne précédent, sur l'Oakinagan. II fallait visiter les caches faites à la Chaudière par M. Hunt, afin

d'en rapporter à Astoria les objets qui y avaient

été laissés. Enfin , il était nécessaire d’envoyer, par terre, des dépêches à New-York, pour informer M. Astor de l’état des affaires, et du succès des différentes expéditions.

La tâche de ravitailler le poste de l’'Oakinagan fut attribuée à M. Robert Stuart, jeune homme intelligent et courageux, neveu de celui qui avait

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établi ce poste. Deux des Cleres, nommés Russel Farnham et Donald Mac Gilles, furent chargés d'aller avec un guide et huit hommes chercher les marchandises laissées dans les caches.

Quant aux dépêches, elles furent confiées à M. John Reed, le Clere qui avait conduit un des détachements explorateurs de la riv'ère des Sctpents. Il devait retraverser les Montagnes par la même route qu’il avait suivie pour venir, mais sans avoir, cette fois, d’autres compagnons que Ben Jones, le chasseur du Kentucky, et deux Canadiens. Comme on espérait encore que M. Crooks n'aurait pas péri, et comme M. Reed et sa brigade pouvaient le rencontrer dans leur chemin , ils étaient chargés d’un petit approvisionnement de vivres et de marchandises, pour l'aider à se rendre à Astoria.

Quand l'expédition de Reed fut organisée, M. Mac Lellan annonca qu'il était déterminé à l'accompagner. Il était mécontent, depuis longtemps, de la petitesse de son intérêt dans l’association , et avait demandé un certain nombre de parts additionnelles. Sa requête ayant été refusée, il se détermina à abandonner la Compagnie. Mac Lellan était un homme d’un caractère singulièrement opiniâtre, sur lequel la persuasion n'avait aucun pouvoir. On lui laissa donc prendre, sans aucune opposition, le parti qu’il voulait.

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Quant à Reed, il se prépara pour son hasardeux voyage, avec le zèle d'un véritable Irlandais. H fit faireune boite de fer-blanc, dans laquelle les lettres adressées à M.Astor furent soigneusement soudées. Il devait attacher cette boîte sur ses épaules, afin de la porter partout avec lui, dormant ou éveillé, par terre ou par eau, dans toutes les situations, à travers toutes les circonstances, se promettant bien de ne la quitter qu'avec sa vie.

La route de ces différentes brigades devait être la même pendant près de cent trente lieues, en remontant la Colombia. Or, c’est dans cet intervalle que se trouve le passage des rapides et des endroits de la rivière infestés par des tribus pillardes. On s'arrangea donc de manière à faire partir ensemble tous les détachements. En conséquence, le 22 mars 1812, ils se mirent en route dans deux canots, au nombre de dix-sept hommes. Ici nous ne pouvous nous empêcher de nous arrêter, pour remarquer la hardiesse de ces diverses expéditions, si faibles numériquement, et destinées à traverser d'immenses solitudes où des troupes plus nombreuses avaient éprouvé tant de désastres. L'année précédente, quand M. Hunt cherchait des recrues parmi les chasseurs et les Voyageurs expérimentés de Montréal et de Saint-Louis, on regardait comme dangereux d'essayer de traverser Le Montagnes Rocheuses avec moins de soixante

hommes, et voilà que nous trouvons Rced prêt à franchir les mêmes barrières avec seulement trois compagnons. Telle est l'indifférence du danger que l’homme acquiert par l’habitude de courir des risques constants. L'esprit, comme le corps, s’endurcit à force d'être exposé.

La petite bande associée remonta la rivicre, sous le commandement de M. Robert Stuart, ei arriva de bonne heure, dans le mois d'avril, au Long Détroit, ce repaire d’insignes pirates. Les Blancs, trop peu nombreux pour faire eux-mêmes le portage de leurs marchandises, empruntèrent l'assistance des Indiens cathlascos, qui s’engagerent à transporter les bagages sur leurs coursiers. Le premier convoi partit sous l’escorte de Reed et de cinq hommes bien armés. Le courageux Irlandais marchait en tête, portant sur son dos ses dépêches, dont la boîte de fer-blanc reluisait au loin; les Indiens conduisaient leurs bêtes de somme. En passant par un défilé difficile, quelques-uns des sauvages voleurs détournèrent leurs chevaux dans un étroit sentier, et s’enfuirent au galop, emmenant avec eux deux ballots de marchandises et une certaine quantité de petits articles. Il aurait été inutiie de les poursuivre, et ce fut même avec beaucoup de peine qu’on put amener le reste du convoi à bon port. Quelquesuns des gardes eux-mêmes ne retrouvèrent plus

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leurs couteaux ni leurs mouchoirs de poche, et la brillante boîte de fer-blanc de John Reed courut un danger éminent.

M. Stuart, ayant appris ces déprédations, se hâta d'arriver au secours du convoi, mais il faisait déjà brune quand il l’atteignit auprès du village de Wish-ram, célèbre par ses pêcheries et par les dispositions pillardes de ses habitants. Là nos voyageurs se trouvaient dans un pays étranger, au milieu de Sauvages empressés à dérober, si ce n'est à piller ouvertement. Ne sachant pas quelles mesures prendre, ils restèrent sous les armes toute la nuit, sans fermer l'œil; puis, aux premières lueurs de l’aube, ils embarquèrent précipitamment leurs effets , sans chercher à recouvrer ceux qui avaient été volés, et s’éloignèrent du rivage, « charmés, selon leurs propres expressions, de dire adieu à cet abom: able nid de mécréants. » 5

Cependant les honnètes gens de Wish-ram n’élaient pas disposés à se séparer si aisément de leurs hôtes. Leur cupidité avait été excitée par le butin qu'ils avaient déjà fait, et leur confiance augmentée par l'impunité. Ils résolurent de lever encore quelques droits sur les voyageurs, et de capturer, s’il était possible, la boite aux dépéches, car elle brillait au loin si glorieusement, et elle était gardée avec tant de soin par John Reed,

qu’elle devait contenir, suivant eux, « une grande médecine. »

M. Stuart et ses camarades n'étaient donc pas encore bien loin dans leurs canots, lorsqu'ils aperçurent toute la canaille de Wish-ram courant par troupes sur la rive, en poussant des cris et des hurlements. Quand nos voyageurs débarquèrent au-dessous des chutes, ils se virent entourés de plus de quatre cents de ces brigands, armés d’arcs et de flèches, de massues et d’autres armes sauvages. Ils s’offrirent avec insistance à transporter les canots et les effets jusqu’au haut du portage. M. Stuart refusa de leur confier les ri:r chandises , alléguant qu’il était trop tard; mais pour les maintenir en bonne humeur, il les informa que, s'ils se conduisaient bien, il accepterait probablement leurs offres le lendemain matin. En même temps, il les engagea à porter toujours les embarcations. Ils se mirent donc en route avec les deux canots sur leurs épaules, et accompagnés par une garde de huit hommes bien armés.

Quand ils furent arrivés au haut des chutes, leur mauvais vouloir éclata , et ils se disposerent à détruire les canots, sans doute pour empêcher les Blancs d'emporter leurs biens, et pour les assujettir à de nouveaux pillages. Un vieillard, qui paraissait avoir quelque autorité parmi eux,

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ASTORIA. 191 parvint cependant à les en empêcher. Grâce à sa harangue la bande hostile, à l'exception d’une cinquantaine, passa du côté septentrional de la riviere, et y resta en embuscade, prête à commettre de nouveaux outrages.

Pendant ce temps M. Stuart, qui était resté au bas des chutes avec les marchandises, et qui savait que les Sauvages ne lui avaient offert leur assistance que pour avoir une occasion de le piller, se détermina à essayer de leur dérober une marche, afin de déjouer leurs machinations. Vers une heure du matin, et tandis que la lune brillait silencieusement, il réveilla ses gens et leur proposa de transporter eux-mêmes leurs marchandises au-dessus des chutes, avant que les Indiens endormis pussent s’en apercevoir. Tout le monde se mit à l'ouvrage avec zèle et empressement , dans l’espérance d’avoir tout emporté avant Île point du jour. M. Stuart partit devant, avec les premières charges, et prit sa station au haut du portage, tandis que MM. Reed ei Mac Lellan restaient au bas pour expédier le reste des marchanses.

Le jour ayant paru avant que le transport fût achevé , quelques-uns des Indiens qui étaient restés sur le côté méridional de la rivière s’apercurent de ce qui se.passait, et se sentant trop faibles pour s’y opposer, donnerent l'alarme à

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