‹ Voyages dans les contrées désertes de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 24 sur 83 · SAT · texte numérisé non relu

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ceux du côté opposé. Plus d'une centame de ceux-là s'embarquèrent précipitamment dans plusieurs canots. Deux charges de marchandises restaient encore à porter. M. Stuart dépêcha quelques-uns de ses gens pour en prendre une, et fit dire à M. Reed de retenir avec lui le nombre d'hommes qu'il jugerait nécessaire pour protéger la charge suivante; car il soupconnait les Indiens d’avoir des intentions hostiles. M. Reed, cependant, refusa de garder personne , disant que À! ‘.ellan et lui-même suffisaient à défendre la petite quantité de marchandises qui restaient encore. Les hommes partirent donc avec leur charge, tandis que Reed et Mac Lellan continuaient à monter la garde auprès du résidu. Pendant ce temps une partie des Sauvages arrivaient du bord opposé. La malheureuse boite de ferblanc de John Reed, resplendissant au loin comme le casque brillant d'Euryale, attira les regards de chacun d’eux. Aussitôt que les embarcations eurent touché la rive, ils sautèrent sur les rochers, poussèrent leur cri de guerre et se précipitèrent pour s'assurer de cette conquête étincelante. Mac Lellan, qui était sur le bord de l’eau, s’approchait des marchandises pour les garder quand un Sauvage essaya de lui jeter, d’une main, sa robe de bison sur la tête, et de le percer de l’autre. Mac Lellan sauta en arrière, juste à

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temps pour éviter le coup , et couchant le Sauvage en joue, le jeta roide mort à ses pieds.

Cependant John Reed, avec l’imprévoyance d’un Irlandais, avait négligé d’ôter l'enveloppe de cuir qui entourait la batterie de son fusil. Tandis qu'il en tiraillait les cordons, il recut sur la tête un coup.de massue, qui l’étendit par terre sans connaissance. En un clin d’œil sa carabine et ses pistolets lui furent enlevés, et la boîte de ferblanc, cause de cette attaque, fut emportée en triomphe.

Dans ce moment critique, M. Stuart, qui avait entendu le cri de guerre des Sauvages, arrivait sur le champ de bataille avec Ben Jones et sept autres de ses hommes. Reed était baigné dans son sang, et un Indien, penché sur lui, l’allait dépêcher avec son tomahawk. Stuart donna le signal, et Ben Jones, épaulant sa carabine, étendit le Sauvage sur la place. Les Blancs poussèrent alors. un grand cri en chargeant le corps principal des Indiens, qui prirent immédiatement la fuite.

Reed fut ensuite relevé et transporté, saignant ct sans connaissance, au bout supérieur du portage. On. se préparait à lancer les canots et à s’embarquer en toute hâte, quand on s’apereut qu'ils faisait eau de tous les côtés, et qu’on avoit oublié

les rames au bas du portage. Cependant Îles Indiens couraient cà et là, erant et hurlant

comme des démons. Une scène de confusion s'ensuivit. Quelques-uns des Canadiens perdireut courage, et deux jeunes gens s’évanouirent même tout-àa-fait. Aussitôt qu'ils eurent repris connaissance, M. Stuart ordonna qu’on leur ôtât leurs armes, et qu'après les avoir dépouillés de leurs pantalons, on attachât autour de leurs reins une pièce d’étoffe, en imitation du costume d'une squaw. Telle est la manière indienne de punir la poltronnerie. Ainsi équipés, ils fureut placés dans l’un des canots, au milieu des marchandises. Cette farce excita la gaieté des plus courageux, même au milieu de leurs périls, et ranima l’orgueil des incertains. Les Indiens ayant repassé de nouveau sur la rive septentrionale, l’ordre se rétablit. Quelques hommes furent envoyés à la recherche des rames ; d’autres se mirent à calfater et à lancer les canots ; enfin, au bout de peu de temps, tous nos voyageurs étaient embarqués, et continuaient leur ve vage le long de la rive méridionale. |

A peine étaient-ils partis, quand les Indiens revinrent sur le lieu de la scène, emportèrent Jeurs camarades, dont l’un vivait encore, et retournèrent à leur village. Là, ils tuèrent deux chevaux et burent leur sang tout chaud pour exalter leur courage. Ils se peignirent et s’équipèrent d’une manière hideuse, dansèrent la danse

diens érent t redeux pour équidanse

de mort autour du cadavre de leur camarade, et entonnérent leur chanson de guerre. Enfin, sautant sur leurs chevaux et brandissant leurs armes, ils remontèrent la rive septentrionale de la rivière, au nombre d'environ quatre cent cinquante, afin de devancer les canots, de les attendre dans une embuscade et de tirer une terrible vengeance des Blancs.

Ils parvinrent à quelque distance au-dessus des canots sans être découverts, et ils traversaient la rivière pour se poster le long du bord que côtoyaient nos voyageurs, lorsqu'ils furent heureusement aperçus. En approchant de l’endroit où ils avaient passé l’eau, M. Stuart et ses compagnons virent qu'ils étaient postés parmi des rocs élevés et surplombant, au-dessous desquels les canots devaient être obligés de passer. Reconnaissant donc que l’ennemi avait l'avantage de la position, les Blancs s’arrétèrent à cinq cents mètres de l’embuscade, déchargèrent leurs fusils et les rechargèrent. Ensuite ils firent du feu, et mirent un appareil aux blessures de M. Reed, qui avait recu cinq cruelles balafres dans la tête. Cela fait, ils attachèrent les canots ensemble, les amarrérent à un roc situé à peu de distance du rivage, et attendirent l'attaque dont ils étaient menacés.

[n’y avait pas long-temps qu'ils étaient postes

de cette manière, lorsqu'ils virent un cauot s'approcher. Il contenait le chef de guerre de la tribu, avec ses trois principaux guerriers. Il s’approcha et fit une longue harangue, dans laquelle il informa les Blancs qu'ils avaient tué un membre de sa nation, et qu’ils en avaient blessé uu autre; que les parents du mort demandaient vengeance, et qu’il avait été obligé de les mener au combat. Cependant, il désirait encore épargner un carnage inutile, et proposait en conséquence que M. Reed, qui, observait-il, ne valait guère mieux qu’un homme mort, lui fût livré pour être sacrifié aux mânes du guerrier décédé. Cela devait apaiser la furie de ses amis ; la hache de guerre serait alors enterrée, et dorénavant les deux nations seraient amies. La réponse fut un refus positif, et le chef de guerre vit que les canots étaient préparés à faire une vigoureuse défense. Il se retira donc, et ayant été retrouver ses guerriers parmi les rochers, tint avec eux un long conseil. Sang pour sang est un principe d'équité indienne et d'honneur indien ; mais quoique les habitants de Wish-ram fussent guerriers, ils étaient également marchands. Ils imaginérent que l'honneur, pour une fois, pourrait bien céder au profit. Une négociation s’ouvrit douc, et après quelques protocoles l'affaire fut ar- ‘angée, moyennant une couverture pour abriter

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poussérent vers eux. Ces hommes s’avaneërent

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le mort, et du tabac pour régaler les vivants. Cela accordé les héros de Wish-ram retraversèrent encore une fois la rivière, et, tandis que nos voyageurs continuaient leur route, retournérent dans leur village festoyer de la chair des chevaux dont ils avaient si glorieusement bu le sang. Cependant la boîte de fer-blanc contenant les importantes dépèches pour New-York était irréparablement perdue; la précaution même prise par le digne Irlandais pour la sûreté de ses missives avait causé leur perte, en appelant sur elles l'attention des Sauvages. L'objet de son voyage étant ainsi anéanti, il renonca à l'expédition. Toute la troupe se rendit donc, 1vec M. Robert Stuart, à l’établissement de M. David Stuart, sur la rivière Oakinagan. Après y être resté deux ou trois jours, nos voyageurs se remirent en route pour Astoria. M. David Stuart revint avec eux. Il avait une grande quantité de peaux de castors à son établissement, mais craignant la levée d’un black-mail aux cataractes, il ne jugea pas prudent de les amener avec lui.

Ils étaient arrivés au-dessous des fourches de la Colombia, lorsqu'un jour ils furent hélés du rivage, en anglais. Ils regarderent, et apercurent deux misérables hommes entièrement nus.

Ils

et se firent connaitre : c’étaient M. Cr'ooks et son

fidèle John Day.

Le lecteur se rappellera que M. Crooks, John

Day et quatre Canadiens avaient été si épuisés par les fatigues et par la famine que M. Hunt s'était vu forcé de les laisser, au mois de décembre, sur le bord de la rivière des Serpents. Leur situation semblait d'autant plus critique qu’ils se trouvaient dans le voisinage d’une bande de Shoshonies dont les chevaux avaient été enlevés par M. Hunt, pour servir de provisions à ses gens. Durant vingt jours , M. Crooks demeura au même endroit, retenu par l’état d’épuisement de John Day, qui était absolument incapable de voyager. Il ne voulait pas l’abandonner , car Day avait été employé par lui sur le Missouri, et s'était toujours

montré parfaitement fidèle. Heureusement les

Shoshonies ne les molestèrent point. Ils n'avaient jamais vu d’hommes blancs, et semblaient en-

tretenir quelque superstition à leur égard, car,

quoiqu'ils vinssent camper auprès d'eux pendant r

le jour, ils avaient soin d’en éloigner leurs tentes

durant la nuit. A la fin ils disparurent sans pren-

dre congé.

Quand John Day eut repris assez de forces

pour voyager, M. Crooks se remit en route avec

lui et les quatre Canadiens. Ils vivaient en che-

lent encar, lant ntes ren-

CES avec

che-

\STORIA. 13) min de ce que leur envoyait le hasard. Dans le mois de février trois des Canadiens, craignant de périr de besoin, quittèrent M. Crooks sur le bord d’une petite rivière, près de laquelle M. Hunt avait passé en allant à la recherche des Indiens. Durant plusieurs jours M. Crooks suivit encore , sur la neige, les traces du passage de M. Hunt, dormant, comme à l'ordinaire, en plein air, et souffrant toute sorte de fatigues.

À la fin, arrivé dans une prairie basse , il perdit toute apparence de piste. Durant le reste de l'hiver 1l erra dans les montagnes, subsistant quelquefois de chair de cheval, quelquefois de

chair et de peau de castor , et quelquefois, enfin, de racines.

Vers la fin de mars, l’autre Canadien se trouva à son tour épuisé, et fut laissé dans une loge de Shoshonies. M. Crooks et John Day continuérent à avancer, el, voyant que la neige était suflisamment diminuée, entreprirent de traverser la dernière chaîne de montagnes, d’après les renseignements qui leur avaient été fournis par les Naturels. Ils y réussirent heureusement et arrivèrent ensuite chez les Wallah-Wallahs, qui habitent les bords de la rivière du même nom, et qui passent pour honnêtes et hospitaliers. Ces Indiens se montrèrent dignes de leur réputation : ils recurent avec bonté les pauvres voyageurs exténués, tuè-

rent un cheval pour leur servir de nourriture, et leur indiquèrent le chemin de la Colombia. Nos deux pèlerins s'étant remis en route atteignirent la rivière vers le milieu d'avril, et suivirent son cours pendant une trentaine de lieues, jusqu'à un endroit situé à environ sept lieues au-dessus des cataractes. |

Là, ils rencontrèrent quelques membres de la chevalerie de cette célèbre passe. Ceux-ci les reçurent amicalement et leur offrirent des vivres ; mais tandis que nos voyageurs satisfaisaient leur faim, les Indiens s’emparérent traitreusement de leurs fusils; ensuite ils les dépouillèrent de tous leurs vêtements et les chassèrent, en refusant aux iustances de M. Crooks un briquet et une pierre à fusil qu'ils lui avaient pris, et en menaçar de le tuer s’il ne partait pas à l'instant.

Dans ce triste état, plus misérables que jamais, nos deux aventuriers recommencèrent leur vagabondage. Ils résolurent de retourner chez la tribu hospitalière des Wallah-Wallahs, et ils avaient déjà fait vingt-sept lieues le long de la Colombia quaud, dans la matinée même où ils allaient la quitter pour s’enfoncer dans les terres, les canots de M. Stuart s'offrirent heureusement à leurs yeux.

[est inutile de décrire la joie de ces pauvres gens, quand ils se retrouvèrent tout-à-coup au

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milieu de leurs concitoyens et de leurs amis, ni l'honnète et cordiale réception que leur firent leurs compagnons d'aventures. Toute la troupe continua ensuite à descendre la rivière, passa sans interruption les endroits dangereux, et arriva saine et sauve à Astoria, le 11 mai.

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