CHAPITRE LIV
Anxiétés de M, Astor. — Il apprend que les Anglais préparent
une expédition navale contre Astoria. — 11 demande protec-
tion au Gouvernement américain, — La frégate Adams est équipée. — Bonnes nouvelles. — Désappointement.
Tannis que ces difficultés et ces désastres s'1 massaient autour de l'établissement naissant d’Astoria, son fondateur était en proie à la plus grande anxiété, dans sa résidence de New-York. L’Alouctte, dépêchée par lui avec des provisions pour l’Établissement, avait mis à la voile leGmars 1815. Peu de jours après, M. Astor avait reçu des nouvelles qui justifiaient toutes ses appréhensions d’hostilités de la part du Gouvernement anglais. La Compagnie du Nord-ouest avait présenté à ce Gouvernement un second mémoire où elle dépeignait Astoria comme un des établissements américains les plus menaçants, où elle agrandissait le vaste champ de ses opérations futures, où elle grossissait la force de ses fortifications, et exprimait enfin la crainte que ce comptoir ne causât un jour la ruine du commerce anglais des fourrures.
Influencé par ces représentations, le Gouver-nement britannique ordonna de détacher la fré-
gate la Phoché, pour servir d’escorte au vaisseau armé l'Isaac Todd, qui était prét à faire voile avec des hommes et des munitions, pour fonder uu nouvel établissement. Ils devaient se rendre, ensemble, à l'embouchure de la Colombia, cap- Lurer ou détruire toute forteresse américaine qu'ils y trouveraient, et planter leur pavillon sur ses ruines.
Informé de ces projets, M. Astor ne perdit pas de temps pour adresser au secrétaire d'État une seconde lettre, dans laquelle il Jui communiquait ces nouvelles, et le priait d'en faire part au Président. Sa lettre précédente n'ayant reçu aucune réponse, 1l se contenta de cette simple communication, et ne fit pas d'autre demande de secours.
Réveillé à la fin par le danger qui menaçait l'établissement d'Astoria, et comprenant l’importance de conserver sur les bords de l'Océan Pacifique un point d'appui pour le commerce et pour la marine des États-Unis, le Gouvernement américain se décida à envoycr, pour ce service, la frégate Adams, capitaine Crane. En apprenant cette détermination, M. Astor s'empressa d’équiper un vaisseau, appelé l'Entreprise, afin de faire porter de nouveaux renforts à Astoria, sous l’escorte de la frégate Adams.
Vers le milieu de juim, tandis qu'il s'occupait
de ces préparatifs, il recut de M. Robert Stuart
une lettre datée de Saint-Louis, 1°" mai 1813. Cette lettre confirmait la nouvelle déjà rapportée par les journaux, de l’arrivée de M. Hunt à Astoria , et du retour heureux de M. Stuart ; elle contenait en outre le compte le plus flatteur de la prospérité de l’entreprise.
L’anxiété de M. Astor pour le succès de ce grand objet de son ambition avait été si profonde, qu'il fut presque accablé par ces bonnes nouvelles. « Je fus près, dit-il, de tomber à genoux dans un transport de gratitude. »
Il apprit en même temps que le Castor avait fait un bon voyage de New-York à la Colombia. Ce fut un nouveau sujet d'espérance pour le bienêtre de la petite colonie. Le poste, ainsi renforcé, était commandé par un Américain; un vaisseau de guerre était prêt à faire voile pour le protéger ; son ayenir semblait donc plein d'espérance, et M. Astor s’occupa avec une nouvelle vigueur d’équiper son vaisseau marchand.
Malheureusement pour Astoria, ce brillant rayon de prospérité fut bien vite obscurci par des nuages. Précisément lorsque l’'Adams eut reçu son complément d'hommes, et lorsque les deux vaisseaux furent sur le point de mettre en mer, le commodore Chauncey, qui commandait sur le lac Ontario, demanda un renfort de marins. La demande était urgente; l’équipage de l’Adams fut