‹ Voyages dans les contrées désertes de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 63 sur 83 · CHAPITRE LVIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVIT

Arrangements pris par les Partners. — M. Hunt repart dans V'Albatross. — 11 arrive aux îles Marquesas. — IL apprend des nouvelles de la frégate anglaise la Phoœbé. — Il se rend aux iles Sandwich. — Voyage de l’Alouette. — Son naufrage. — Conduite de Tamaahmaah et des insulaires envers les nau-

fragés.

M. Hunr fut accablé de surprise quand il apprit que les Partners avaient résolu d'abandonner Astoria. Cependant il s’aperçut bientôt que les choses avaient été trop loin, et que cette mesure était trop arrêtée dans l'esprit de ses co-partners, pour qu'aucune oppositionde sa part pût y mettre obstacle. Il était ébranlé-d’ailleurs par les rapports décourageants qu’on lui faisait sur le commerce intérieur, etqu’on avait déjà envoyés à M. Astor. Luimême avait éprouvé bien des perplexités, bien du découragement. Il avaitune consciencieuse sollicitude pour les intérêts de M. Astor, et ne comprenant point ses vues élevées, ni son habitude d’opérer avec de grands capitaux, il avait été effrayé, dès le commencement, par l'énorme mise de fonds qui était nécessaire. Il avait ensuite été découragé

par les pertes souffertes, qui lui paraissaient d’une

grandeur ruineuse, Par degrés donc il fut amené à acquiescer à la résolution prise par ses collègues, comme étant, peut-être, nécessitée par la gravité des circonstances. Son unique souci devint alors de terminer l'affaire avec le moins de perte possible pour M. Astor.

Une grande quantité de riches fourrures étaient rassemblées à la Factorerie, et il était nécessaire de les faire parvenir sur un marché. Il y avait aussi vingt-cinq insulaires sandwichiens employés par la Compagnie et qu’elle s'était obligée à renvoyer dans leur pays natal. Ces deux objets imposaient la nécessité de se procurer un vaisseau.

L’Albatross était destiné pour les iles Marquesas, et de là pour l'archipel Sandwich. Il fut décidé que M. Hunt s’y embarquerait pour aller à la recherche d’un bâtiment, et reviendrait, s’il était possible, avant le 1°" janvier 1814, amenant avec lui un reufort de provisions. Cependant, si quelque chese lempêchait de revenir, il était convenu qu'on proposerait un arrangement à Mac Tavish, pour transférer, du service de la Compagnie 1méricaine des Fourrures à celui de la Compagnie du Nord-ouest, ceux des hommes qui consentiraient à cet arrangement. Dans ce cas, Mac Tavish devenait responsable de leurs gages, et devait recevoir un équivalent en marchandises des magasins

de la Factorcrie. Comme un moyen de faciliter

l'expédition te cette affaire, M. Mac Dougal pro- l posa que tout l’arrangement avec Mac Tavish fût si

confié à lui seul, dans le cas où M. Hunt ne serait

pas revenu. On y consentit, cette dernière cir- b constance étant regardée comme possible, mais p comme peu probable, LC

Il convient de remarquer ici que déjà trois v: des Clercs, qui étaient Anglais, avaient passé au bl service de la Compagnie du Nord-ouest, du con- él sentement de Mac Dougal, et étaient partis avec da Mac Tavish pour son poste de l'intérieur , aussi- | m

tôt que l'intention de dissoudre l'association avait été annoncée.

Après avoir demeuré six jours à Astoria pour arranger toutes ces affaires, M. Hunt fit voile dans l’Albatross le 26 août 1813, et arriva, sans accidents, aux iles Marquesas. Il n’y avait point long-temps qu'il s’y trouvait, quand le commodore Porter y arriva sur la frégate l'Essex, ame-

nant avec lui un grand nombre de baleiniers anglais, qu'il avait capturés dans l'Océan Pacifique. M. Hunt apprit du Commodore que la frégate anglaise la Phoœbé, accompagnée d’un vaisseau de charge armé d’une manière convenable à l’attaque des forts , était arrivée à Rio-Janeiro, où elle avait été jointe par les sloops de guerre le Chérubin et le Raton (Racoon). Tous ensemble avaient mis à la voile, le 6 janvier, pour

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' En | \ y ASTORIA. 529 1 | l'Océan Pacifique et se dirigeaient, à ce que l'on Al supposait, vers la Colombia. MN C'était là l'arrêt de mort du malheureux Éta- Mi blissement, et M. Hunt se vit plongé dans des a | perplexités plus grandes que jamais. Il avait fait ‘ tous ses efforts pour tirer M. Astor d’une mau- Li vaise affaire, avec aussi peu de perte que possi- br | ble, mais voila que toutes ses avances allaient | | être englouties à la fois. Comment prévenir ce Eu danger ? Il était impossible de noliser un vaisseau, ail maintenant qu'une escadrille anglaise se dirigeait t | vers la Colombia. M. Hunt voulut acheter un L des navires balciniers amenés par le commodore ‘1 : Porter ; celui-ci en ayar : demandé 125,000 fr., : le prix parut exorbitant, et l'affaire ne put avoir HE || lieu. M. Hunt pressa alors le Commodore d’équi- li fl per une de ses prises et de l'envoyer à Astoria Der pour en ramener les marchandises et une partie d 1 des habitants. Le Commodore refusa, disant 1 « qu'il n'avait pas l'autorité nécessaire. » Il as- 1, | sura cependant M. Hunt qu'il tâcherait de ren- l Ù contrer les ennemis, et que, s’il apprenait avec à 1 certitude qu’ils se fussent dirigés vers la Colom- j bia, il s’y rendrait aussi, pourvu que les circon- oi 1 stances le lui permissent. mA Dans cet état d'incertitude, M. Hunt fut re- 4 tenu aux Marquesas jusqu’au 23 novembre, et se il | rendit alors, dans lPAlbatross, aux iles Sandwich. a ï

Malgré la guerre et les autres événements décourageants, il conservait encore un faible espoir: d’y apprendre des nouvelles du vaisseau annuel; car il savait quel orgueil et quel intérêt M. Astor mettait à sa grande entreprise, et il ne le croyait pas capable de se laisser décourager par les obstacles. C'était seulement lui rendre justice, et nous allons maintenant expliquer la non-arrivée du vaisseau annuel qui avait été dépêché avec des renforts et des provisions. Ce voyage forme un autre chapitre d'accidents dans cette malencontreuse histoire.

L’Alouette avait fait voile de New - York le 6 mars 1613, et était heureusement arrivée à quelques degrés des iles Sandwich, lorsqu'elle fut assaillie par une tempête d’une épouvantable violence. C'était un noble vaisseau, et pendant quelque temps il lutta bravement avec l'orage. Malheureusement :il fit chapelle , et fut frappé par une énorme vague qui le jeta sur le bout de ses barrots. En même temps le gouvernail était entrainé sous le vent, et il devenait impossible de gouverner le vaisseau. Une autre vague effroyable l'ayant renversé complétement, l’ordre fut donné de couper les mâts, et dans ia précipitation du moment Îles bateaux furent aussi jetés à la mer. Lorsque le vaisseau se redressa, toutes les couvertures d’écoutilles étaient emportées, et ce né-

tait plus qu’un ponton rempli d’eau et balayÿé par les vagues qu passaient par-dessus. Quand on appela l'équipage, un des hommes nie répondit point. On le découvrit dans le gaillard d'avant. Il était noyé.

En coupant les mâts, il avait été impossible d'observer la précaution nécessaire de commencer par les agrès situés sous le vent, car, vu la position du vaisseau, ils se trouvaient complétement submergés. Les mâts et les esparres restant ainsi enchaînés au bâtiment par ies haubans et par les agrès, n’en furent détachés qu’au bout de quatre jours. Durant tout ce temps le vaisseau

‘ roula dans les sillons de la mer. Les houles énor-

mes brisaient sur lui, enlevaient, jetaient çà et là les esparres, et meurtrissaient les marins à demi noyés, qui s’attachaient au mât de beaupré et aux troucons des autres mâts. Les souffrances de ces pauvres gens étaient intolérables. Ils étaient debout dans l’eau jusqu’à la cemture, en danger imminent d’être entraînés par chaque vague.

Dans cette situation ils n’osaient point dormir, de peur de lâcher leur point d'appui, ct d’être cmportés par les flots. La seule place sèche sur le vaisseau était le mât de beaupré. Là les nanfragés se faisaient attacher tour à tour peudant une demi-heure et jouissaient ainsi de courts intervalles de sommeil.

Le 14, le lieutenant mourut à son poste, et fut entrainé par la houle. Le 17, deux marins épuisés de fatigue s’étant évanouis, furent emportés par une vague. La houle suivante rejeta leurs corps sur le pont, où ils restèrent, balancés çà et là, objets de terreur pour leurs compagnons à moitié morts. M. Ogden, le subrécargue, qui était sur le mât de beaupré, cria aux hommes voisins des corps de les attacher au vaisseau, horrible et dernivre ressource contre les extrémités de la faim.

Le 19, la tempête s’apaisa graduellement, et la mer devint calme. Les marins commencérent à se trainer faiblement sur les débris du navire, et à le débarrasser. Les esparres furent enlevées, les ancres et les canons jetés par-dessus bord. La vergue de civadière servit de mât de fortune, et le perroquet de fougue y fut ajusté. Une espèce d’échafaud fut construit avec quelques esparres brisées ; les naufragés s’y trouvaient élevés audessus de la surface de l’eau, et pouvaient y dor-mir à leur aise sans être mouillés. Cependant ils souffraient cruellement de la faim et de la soif. Heureusement il y avait à bord un insulaire des iles Sandwich, nageur expert, qui parvint à pénétrer dans la cabine. Il en amenait parfois quelques bouteilles de vin et de porter. A la fin, étant arrivé jusqu’à l'arrière de la cale, il en tira

un quartaut de vin, Il atteignit aussi un peu de

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porc cru, que l’on distribua avec la plus grande parcimonie. Les horreurs de cette situation étaient augmentées par la vue de nombreux requins qui rôdoient autour du vaisseau comme s’ils avaient attendu leur proie. Le 24, le cuisinier, qui était un Noir, mourut, et ayant été jeté à la mer, fut à l'instant même saisi par ces monstres affamés.

Depuis plusieurs jours les malheureux naufragés étaient lentement entrainés par leur petite voile, lorsqu'ils aperçurent la terre. Ils en étaient éloignés d’environ quinze lieues. Pendant deux ou trois jours ils furent ballottés çà et là sans la perdre de vue. Le 28, ils aperçurent, avec des transports de joie, plusieurs canots qui s’approchaient. Les Sauvages qui les montaiert vinrent à bord, et apportèrent une précieuse provision de patates. On apprit d'eux que la terre qu’on apercevait était une des îles Sandwich. Le sonslieutenant et l’un des marins allèrent à terr: 1 le canot, afin de se procurer de l’eau et des provisions, et d'obtenir l’aide des insulaires pour touer le vaisseau dans un havre.

Ils ne revinrent pas, et l’on ne reçut aucun secours du rivage. Le lendemain, dix ou douze canots arrivèrent auprès du navire, mais se bornèrent à ramer à l’entour, commeautant de requins, et ne voulurent pas aider à le conduire à terre.

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