‹ Voyages dans les contrées désertes de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 64 sur 83 · ESS · texte numérisé non relu

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La mer continuait à briser sur le vaisseau avec tant de violence, qu'il était impossible de mauœuvrer le gouvernail sans le secours de cordes. Les gens de l'équipage étaient alors si affaiblis par la famine et par la soif, que le Capitaine pensa qu'il leur serait impossible de résister à la fureur de la mer quand le vaisscau toucherait. Il crut donc que leur seule chance de salut était de gagner la terre dans les canots des Indiens, et d’être prêts à recevoir et à protéger la carcasse du navire quand elle serait poussée sur le rivage. En conséquence, il fit transporter tous ses gens à terre ; mais à peine débarqués, ils furent entourés par les Sauvages, dépouillés de leurs vêtements, et laissés presque nus. Le nom de cette île inhospitalière est Tahoorowa.

Pendant la nuit le bâtiment vint échouer au milieu du ressac, et peu de temps après creva par le fond. Le lendemain matin de nombreux tonneaux de provisions furent poussés sur le rivage. Les Naturels les défonçaient pour en prendre les cercles de fer, mais ils ne voulurent pas permettre à l'équipage de toucher à leur contenu, non plus que d'aller à bord du vaisseau.

Comme l'équipage manquait de tout, et qu'il pouvait s’écouler bien du temps avant de trouver une occasion de sortir de l’Archipel, M. Ogden se

rendit à l'ile d'Hawaï aussitôt que cela lui fut

possible, et s'eflorca d'entrer en arrangement avec le Roi, pour soulager la misère des naufragés.

L'illustre Tamaahmaah , comme nous l'avons fait voir dans une autre occasion, était un habile trafiquant. Dans la circonstance actuelle il se montra fort adroit à profiter du naufrage. Ses négociations avec Mac Dougal et les Eris de la Compagnie américaine des Fourrures n’eurent que peu d'influence sur sa conduite, et ne l’empéchèrent pas de profiter de l’infortune des Américains. Il consentit à leur fournir des provisions pendant qu'iis demeureraient dans l’Archipel, et à leur faire rendre tout ce qu’on pourrait retrouver de leurs habits; mais il stipula que le vaisseau lui serait abandonné comme une épave jetée par la fortune sur son territoire. M. Ogden ayant été obligé de consentir à ces conditions, le grand Tamaahmaah députa son favori, John Young, le gouverneur goudronné d'Hawaïi, avec un certain nombre de gardes royaux , pour prendre possession, au nom de la couronne, des débris du navire. Cela fait, les marchandises et les naufragés furent transportés à Hawaïi. Les bontés royales ne descendirent que chichement sur ceux-ci, et, à ce

qu'il paraît, ils faisaient maigre chère. Cependant, en lisant le journal du voyage, il semblesingulier, apres tous les maux qu'ils avaient souflerts, de les

trouver assez sensibles à de petites incommodités pour s’écrier que le Roi était «un monstre sauvage, » parce qu’il leur avait refusé «un pot pour faire la cuisine, » et n'avait pas permis à M. Ogden de se servir d’un couteau et d’une fourchette sauvés du naufrage.

Telle fut la malheureuse catastrophe de l’Alouette. Si ce vaisseau avait atteint sa destination, les affaires d’Astoria auraient pu prendre un autre cours. Une singulière fatalité semble avoir poursuivi toutes les expéditions par mer, et celles par terre n'étaient pas beaucoup moins désastreuses.

Le capitaine Northrop était encore aux iles Sandwich, le 20 décembre 1813, quaud M. Hunt y arriva. Celui-ci acheta immédiatement, moyennañt 50,000 francs, un brick nommé le Colporteur (Pedlar ), et en donna le commandement au capitaine Northrop. Ils firent voile pour Astoria le 22 janvier 1814, se proposant d'y prendre les marchandises qui s’y trouvaient, et de les transporter, aussi vite que possible, dans les établissements russes de la côte du nord-ouest, pour les empêcher de tomber entre les mains des Anglais. Tels étaient les ordres que M. Astor avait donnés au capitaine de l’Alouette.

Maintenant laissons M. Hunt accomplir son voyage, et racontons ce qui s’etait passé à Astoria

durant son absence.

LE | | a || Li NL DE M À + | ‘1 : M) CHAPITRE LV. 13 «lil } ; Arrivée de Mac Tavish à Astoria. — Conduite de ses gens. — Négociations de Mac Dougal et de Mac Tavish. — Marché conclu pour le transfert d’Astoria. — Soupçons concernant la loyauté de Mac Dougal.

Le 2 octobre 1813 , environ cinq semaines après que M. Hunt eut quitté Astoria, M. Mac Kenzie partit avec deux canots et douze hommes pour les postes de MM. Clarke et Stuart, afin de leur apprendre les nouveaux arrangements pris | à la Factorerie, dans la dernière conférence des 1 Partners.

{1 n'avait guère fait qu’une trentaine de lieues ‘a quand il rencontra une escadrille de dix canots, 14 voguant gaiement sous les couleurs britanniques. Les Canadiens, comme à l'ordinaire, chantaient | à gorge déployée. | |

M. Mac Tavish, quiavait équipé cet armement, L - . | avait avec lui M. J. Stuart, autre Partner de la Au | Compagnie du Nord-ouest, quelques Clercs, et HU soixante-huit hommes; en tout soixante-quinze fi personnes. Il avait été informé que la frégate 1 | a la Phoœbé et le vaisseau l’Isaac Todd étaient en 1

| route pour l'embouchure de la Colombia, et il A

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allait les y attendre. M. Clarke, qui avait appris cette nouvelle alarmante dans son comptoir du Spokan, venait comme passager sur un des canots. Dans ces conjonctures M. Mac Kenzie se détermina également à retourner à Astoria. Ilrebroussa donc chemin avec la flottille ennemie , et les deux partis campérent ensemble pour la nuit. Les Chefs, bien entendu, conservaient le décorum convenable ; mais les subalternes de la Compagnie du Nord-ouest, ne pouvant se modérer dans leur triomphe, se vantaient qu’ils planteraient bientôt le drapeau britannique sur les murs d’Astoria, et chasseraient entièrement les Américains du pays.

Dans le courant de la soirée, Mac Kenzie eut avec Clarke une secrète conférence, dans laquelle ils convinrent de partir clandestinement le lendemain matin, avant le point du jour, afin de prévenir Mac Dougal de l’arrivée de ces nombreux adversaires. Ceux-ci, cependant, avaient été également alertes. Comme les canots américains allaient quitter le rivage, ils furent joints par deux canots anglais, où se trouvait Mac Tavish, accompagné de deux Clercs et de onze hommes.

Mac Tavish se proposait de pousser en avant, avec ceux-ci, pour faire des arrangements, et de laisser le reste du convoi attendre ses ordres à quelque distance en arrière.

Les deux partis arrivèrent à Astoria le 7 oClobre. Les gens du Nord-ouest campèrent sous les canons du Fort, et déployèrent les couleurs anglaises. Les jeunes gens du Fort, natifs des États- Unis, étaient sur le point d’arborer l’étendard américain, mais Mac Dougal les en empécha. Ils furent étonnés de cette défense, et se trouvèrent singulièrement piqués du ton et des manières des partisans de la Compagnie du Nord-ouest, qui se comportaient avec toute la fanfaronnade habituelle à ces héros du désert. En eflet , ils se considéraient comme les vainqueurs des vainqueurs, et ne regardaient les Astoriens inquiets et embarrassés que comme un peuple conquis.

Le jour suivant , Mac Dougal assemila les Clercs et leur lut un extrait d’une lettre de son oncle, M. Angus Shaw, l’un des principaux Partners de la Compagnie du Nord-ouest. Cette lettre annonçait l’arrivée de la Phœæbé et de l’Isaac Todd, «pour prendre et détruire toutes ies possessions américaines sur la côte du nord-ouest. »

Ces nouvelles ne découragèrert pas ceux des Clercs qui étaient natifs des États Unis. Ils étaient indignés de voir leurs couleurs nationales amenées par un commandant canadien, tandis que l’étendard anglais leur était, pour ainsi dire, jeté au visage. Îls étaient aussi piqués au vif des airs

avantageux pris par les agents de la Compagnie du

Nord-ouest. Dans cette disposition d'esprit, ils auraient volontiers cloué leur étendard, et défié la frégate. Elle ne pouvait pas s'approcher à moins de deux lieues du Fort, et les bateaux qu’elle aurait envoyés pouvaient, disaient-ils, être détruits par les canons américains.

Cependant les affaires étaient dirigées par des esprits plus froids, plus calculateurs, et qui ne ressentaient rien de l’orgueil patriotique, ni de la chaleureuse iudignation de ces jeunes hommes. L'extrait de la lettre n’avait probablement été lu par Mac Dougal qu'afin de préparer les imaginations à une opération déjà concertée. Le même jour Mac Tavish proposa d'acheter toutes les marchandises et toutes les fourrures appartenant à la Compagnie, tant à Astoria que dans l’intérieur, au prix coûtant. M. Mac Dongal assuma aussitôt toute la direction de cette négociation, en vertu des pouvoirs dont il avait été investi au cas que M. Hunt ne revint pas. Ces pouvoirs, à la vérité, étaient spéciaux , et ne s’étendaient pas à une opération de cette nature et de cette importance; mais ou ne fit aucune objection au rôle qu’il s’attribuait, et il eut bientôt conclu avec Mac Tavish un arrangement préliminaire dont celui-ci avait tout lieu d’être satisfait.

M. J. Stuart et l’arrière-garde de la Compa-

gnie anglaise arrivérent peu de temps après,

et campérent avec Mac Tavish. M. J. Stuart s'éleva hautement contre les termes de l’arrangement, et insisla pour une réduction de prix. Il fallut entamer de nouvelles négociations. Les demaudes des agents anglais étaient faites d’un ton péremptoire, et ils semblaient disposés à dicter leurs volontés comme des conquérants. Les Américains, remplis d’indignation et d’impatience, trouvaient que Mac Dougal agissait avec lâcheté, sinon avec perfidie. Celui-ci se rendait continuellement au camp des Anglais pour négocier, au lieu de rester dans sa forteresse et d’y recevoir leurs offres. Sa situation, observait-on, n’était pas assez désespérée pour excuser tant d’abaissement. Il pouvait insister pour obtenir de bonnes conditions. Les Anglais avaient perdu leurs muvitions; ils n'avaient pas de marchandises pour acheter des provisions aux Naturels, et ils étaient si dénués de tout, que Mac Dougal était obligé de les nourr'r pendant qu’il négociait avec eux. Lui, au contraire, était bien logé et bien approvisionné. Il avait soixante hommes, des armes, des munitions, des bateaux, et tout ce qui était nécessaire pour l1 défense ou pour la retraite. Les Anglais, sous les canons de son fort, étaient à sa

merci. Si un ennemi paraissait au large, il pouvait.

empaqueter ses marchandises les plus précieuses,

et se retirer dans quelque endroit caché, ou bien battre en retraite dans l’intérieur.

Ces considérations n’eurent pas de poids auprès de Mac Dougal, ou furent écartées par d’autres motifs. Les termes de la vente furent abaissés par lui au prix fixé par M. J. Stuart, et une convention fut signée le 16 octobre, par laquelle les fourrures et les marchandises de toutes sortes appartenant à M. Astor, dans le pays , passaient en la possession de la Compaguie du Nordouest, pour environ un tiers de leur valeur réelle, En retour, la Compagnie garantissait un libre passage, à travers les postes du Nord-ouest, à tous ceux qui ne voudraient pas entrer à son service. Elle se chargeait aussi de leur payer les gages qui leur étaient dus et dont le montant devait être déduit du prix stipulé pour Astoria.

La conduite et les motifs de M. Mac Dougal dans toute cette affaire ont été fortement soupconnés par les autres Partners. Il fut accusé d’avoir donné un fausse interprétation aux pouvoirs qui, à sa propre demande, lui avaient été laissés par M. Hunt, et d’en avoir profité pour sacrifier les intérêts de M. Astor à la Compagnie du Nordouest, grâce à la promesse ou à l'espérance d’un

avantage personnel.

Il soutint toujours, cependant, qu'il avait fait pour M. Astor le meilleur marché que les cir-

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constances comportassent, puisque la frégate était attendue d'heure en heure, et que, dans ce cas, tous les biens déposés à Astoria pouvaient être capturés. Quant au retour de M. Hunt, il était suivant lui fort problématique, car la frégate se proposait de croiser le long de la côte pendant deux ans, et de la débarrasser de tous vaisseaux américains. Il déclara de plus, et Mac Tavish corrobora son assertion par un certificat, qu'il avait proposé à ce dernier un arrangement suivant lequel les fourrures auraient été expédiées à Canton, pour y être vendues au compte de M. Astor et à ses frais et risques. Cette proposilion n'avait pas été acceptée.

Nonobstant toutes ces représentations, plusieurs des personnes présentes à la transaction, et instruites des détails de l'affaire, restèrent fermement persuadées qu’il avait agi d’une manière perfide. Parmi ces personnes était Mac Kenzie luimême, qui avait été son coadjuteur en quelques circonstances. Mac Dougal ne réussit pas mieux à se disculper auprès de M. Astor. Celui-ci déclara, dans une lettre écrite quelque temps après à M. Hunt, qu'il regardait ses propriétés comme données. « J’aurais préféré, ajoutait-il, que notre « établissement eût été ouvertement capturé. Ce «n'aurait pas été pour moi une sorte d’humilia-

« tion. »

Ces soupçons peuvent ne pas être mérités.

Mais une circonstance qui leur donne certainemc:it beaucoup de poids, c’est que M. Mac Dougal, peu de temps après avoir conclu cet arrangement, devint membre de la Compagnie du Nordouest, et en tira pour sa part un beau revenu.

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