‹ Voyages dans les régences de Tunis et d'Alger (volume 2)Chapitre 11 sur 53 · LETTRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

LETTRE CINQUIEME

A monsieur Vahhé Bignon^ conseillera EUU^ contenant la suite de la description già-graphique du royaume de Tunis.

Tunis, le ao jaillet 1734*

Monsieur,

J^ai eu llioimeur de vous envoyer, dans mes précédentes lettres, la description géographie que du royaume de Tunis , que j^araîs parcouru du côté du levant ou de Test. Aujourd'hui , ayant pris la route du coté du ponant' , j'aurai l'avantage de vous décrire ce que j'ai observé; ce sera tout simplement les observations que j'ai faites , dénuées de réflexions et de faits historiques.

Nous partîmes, le ii juillet 17241 de Tunis pour aller à la montagne de Zawan. Nous 0mes route vers le sud-ouest : permettez,

*■ Du couchant.

monsieur, que je me serve des termes de marine pour plus de facilité et d^exactitude. Après avoir marché environ trois lieues dans des plaines et sur de petites élévations^ nous arrivâmes dans une grande vallée au milieu de laquelle passe la rivière ou plutôt le torrent appelé Ouelt Meliane' qui est à sec dans Tété. Cette Tallée a environ une Ueue de large. Les eaux qui passaient autrefois de Zawan à Carthage , traversaient la vallée dans des aqueducs qui peuvent avoir environ cent vingt pieds d^élévation. Vers le fond de cette vallée, à quelque distance des aqueducs, il y a une maison forte qui paraît avoir été le réservoir des eaux qu'on y conduisait poiHr arroser la vallée j après la maison on trouve les ruines dWe ville qui pourrait être Aptunga'. Il reste les débiis d'une des portes et quelques morceaux de murailles; sur le chemin on rencontre une source d'eau très bonlie que jadis on conduisait jusques à ub château dont il reste quelques débris* Nous déjeunâmes à cette

' Oued Miliana.

* Morcelll place dans Ja Proconsulaire une ville d'Abtuca qu'il conjecture être la même que V Oppidum Ahutucense de Pline. (Afr. christ, t, ï, p. 77.)

fontaine et passant ensuite par diverses collines, nous arrivâmes, sur les deux heures après midi, au pied de la montagne de Zawran.

Je ne sauraij passer sous silence une aventure fôcheuse qui nous arriva. Les Maures , suivant leur coutume , avaient mis le feu aux guérets et le feu avait pris et suivi aux herbes de la montagne, de sorte qu'outre la chaleur dusoleil, qui était ce jour là très violente, nous eûmes à souffrir celle d'un petit vent qui passait sur les guérets brAlés, et le feu des montagnes qui nous dardait de tous côtés et qui nous incommodait fort.

De la montagne de 2Lawan.

La montagne de Zawan est la plus élevée de celles qui paraissent aux environs de Tunis. Elle est située au sud-ouest de cette viHe, à environ huit lieues. Au bas de cette m(mt»gne , qui est assez escarpée, il y a un viliage bâti sur un monticule tout environné de plusieurs sources d'eau. Toutes ces sources , dispersées après avoir servi à plusieurs moulins et à ta teinture des bonnets qu'on fabrique à Tunis, vont arroser le penchant du

monticule et une partie de la plaine ' , et donnent les moyens d^ entretenir de beaux jardins garnis de plusieiu*s arbres fruitiers, dlierbes potagères, aquatiques et médicinales, et même de plantes particulières que j^observai et dont je ramassai autant qu^il me fut possible.

Ce village a été rebâti par les Maures venus d^Andalousie, sur les ruines d^une ville dont il reste quelques débris , entr'autres une porte d^une ÊJ)rique antique : sur cette porte il y a une tête de mouton en bas-relief, et une espèce de couronne de laurier au milieu de laquelle on trouve écrit en caractères romains :

AVXI O

Dans une maison pavée en mosaïque, on lit en caractères romains faits avec des pierres de diverses couleurs :

> Ce sont ces eaux qui étaient amenées à Carthage par un aqueduc dont il reste encore des débris. Voj. ShaW| t. I| p. 193. tr. fr. et mes Recherches sur la topographie de CardiagCy append. IV, par M. Dusgate.

EMILIVS MAVR. FACVN.

FLAMINIA BICIORINA

FECERVNT ET PROFECERVIVT.

A deux cents pas de ce lôllage, on voit les débris d^un ancien temple bâti à Fendroit où Ton prenait les eaux destinées pour être conduites à Carthage , ville éloignée de cette montagne d'environ douze lieues en droite ligne. L'^aquéduc avait près de seize ou dixhuit lieues de long. Comme ce temple est d'aune construction assez particulière, j'espère que vous serez bien aise d'en savoir la figure et les dimensions.

Une façade se présentait qui avait cent douze pieds de large; le milieu en était découvert et ne contenait qu'une terrasse élevée de quinze pieds : une balustrade de soixante pieds la bordait. Au-dessous de la balustrade, il y avait un bassin où les eaux s'assemblaient pour entrer dans le canal de l'aquéduc. Audessus du bassin, il y avait troiç marches, Eûtes en demi-arc , qui se rencontraient dans le milieu, et de chaque côté était un escalier accompagné d'un terre-plein qui aboutissait aux côtés de la balustrade. La Êiçade

était terminée par deux grands portiques qui avaient chacun douze pieds de large, au haut desquels il y avait des bas-relie& ou des inscriptions qu'on ne trouve plus. Ces portiques, surmontés de leurs inscriptions, pouvaient avoir vingt-cinq pieds d'élévation sur le ras de la balustrade. La terrasse découverte qui remplissait lemifieude l'édifice avait quatre-vingts pieds de large sur quatre-vingt-dix de long; elle s'arrondissait vers le fond et était entourée de vingt-quatre colonnes d'ordre corinthien. On les voit encore dans une mosquée di^ village. Chaque colonne soutenait tme arcade, qui avait dix pieds de largb, quinze d'élévation jusques à la corniche, et vingt jusques au haut de la voûte. Il y avait donc douze arcades de chaque côté, et une arcade et l'autre non , il y avait une niche pour y placer des divinités ' . Au fond de l'édifice, il y avait une arcade ou espèce de chapelle un peu plus enfoncée que les autres , où devait être la divinité principale , élevée sur un autel bâti

' Cest-'à-Klire que de deux en deux arcades il y avait une niche Renfermant une statue , de manière qju'entre deux arcades ayant une niche , il existait une arcade vide.

(fui subsiste encore. Cet édifice d^un goût particulier était bâti avec des pierres froides qui sont encore en bon état. Les voûtes, quoique construites en maccHmerie , étaient si solides quelles subsistent encore en partie quoique dénuées des colonnes qui les soutenaient. Nous n'avons rien trouvé qui nous ait indiqué ni le temps m les auteurs de ce monument , du canal et de Faquéduc qui portaient les eaux à Carthage.

A deux lieues de Zawan , tirant vers Pestsud-est^ il j SL des bains cl^uds appelés de la ËmiKmHfêlreyra semblables à ceux de la Emmamelif . Cette source d'eau chaude sort entre deux montagnes assez escarpées. On y trouve les débris des maisons oii les malades allaient loger et, sur la route, on rencontre les ruines d'une ancienne ville où Ton ne découvre rien qui donne à connaître ce qu'elle était autrefois.

Cette montagne, si fameuse par ses eaux presque les seules qu'il y ait dans le pays, par leg^diébris de plusieurs villes et par la prise d'eau dies aqueducs, doit être san&doute le niùnsAspidis connu des anciens', que M. Delisle place au nord-est de Tunis quoiqu'il soit au sudeuest. Il se peut que d'A^idis on ait feit As-

pis^ Aupasy Awan et Zawan^ la corruption du mot est assez probable ' .

Le treize juillet, nous pardmes de Zawan, à deux heures après minuit, faisant route au nord-ouest. Nous suivîmes , pendant près de deux lieues, les aqueducs dans la grande vallée de Zawan. Ils sont là fort bas et en plusieurs endroits enterrés. Nous les quittâmes pour traverser la plaine près du torrent ou rivière Meliane. Nous rencontrâmes des douars, ou campemens des maures bédouins; car dans cette côte on ne trouve presque aucun village ni ville bâtie. Elles sont toutes ambu* lantes : ce ne sont que tentes, quW change de heu à chaque récolte ou toutes les fois qu^on le trouve bon : on nous conduisit sur les ruines dWe ancienne ville où il ne reste aucun moniunent debout. On n^y voit que pierres renversées d'un côté et d'autre; fort peu de colonnes. A l'entrée de cette ville qu'on appelle aujourd'hui Hinsir-digisa ou ruines de Ggisa% il y a un puits où nous vîmes les maures bédouins venir abreuver leurs troupeaux; en

i Voyer plus haut, p. 44-

• L'itinéraire d'Antonin place uue ville de Qgiia à i8

parcourant ces ruines , nous découvrîmes les inscriptions suivantes, sur des piédestaux ou des marbres à demi-enterrés.

Inscription trouvée sous les ruines d'un temple :

PIK IMP, V. cos. p. i\

PROCOS. MVNICIPI

VM GIVF. DEVOTVM

NVMINI MAIESTATI

QVE EIVS D. D, P. P,

A côté du puits, sur une petite élévation :

AGENTI APOLLINI AVG. SACR.

D, FVNDANIVS PAPPRIMIANVS* FVNDANI FELICIS AEDILIGI. FIL.

FVNDANI PRIMI. FIL'.

milles de Carthage (p. 44> ^d. Wessel.) ; mais les inscriptions suivantes prouvent qu*il s'agit ici de la ville nommé par Shaw Mesherga ou Elmesherka. (Skaw , 1. 1, p. 23i, ti*. fr. Voyez Muséum veron,^ p. 457»)

* Le P manque dans Shaw. — PP. (M.)

* Paprimianus. (S.) Primianus. (M.)

* FL. (S.) Ces deux lettres manquent dans MaiFei , ainsi que le P qui commence la ligne suivante.

p. NEP08' AEDILI8 OB HO

NOREM AEOILITATES QVE MEI*

ORD. SVO' SVFFRAGIO DECREVIT

HANC STATVA LIMITA^....

Sur un piédestal à Taulre extrémité de la ville :

PESCENNIA QVOD VVLT DEVS

H. M, F. BONNIS* NATALIBVS

NATA MATRONALITER

NVPTA * VXOR CASTA

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