LETTRE SIXIEME
ji Monsieur r abbé Bignon^ ConseiUer'cPEtat^ contenant la suite de la description géo^ graphique du royaume de Tunis.
Tunis, le i6 août 1794-
Monsieur ,
G)iiime dans le voyage que j'avais fait à Au* gen 1 je n Wais pu observer toutes les villes qui se trouvent de ce côté et les parcourir exactement, j'entrepris, dans lui second voyage, de feire le tour du royaume pour pouvoir en adonner des mémoires certains ; j'aurai l'honneur, Monsieur, d'en dresser une carte et de vous la présenter.
Je partis de Tunis le 22 juillet , je fus à Suse* par la route que j'ai eu l'honneur de vous marquer dans ma seconde lettre, passant
^ £1 Jemme.
•Souxa.
— io5 —
par la Emmamelif , la Colombaire , le bois de la Emmamette, la Manaire, Ergula', et j^arriyai le 25 à Suse où je pris la latitude de la ville qui est de 35.** 3o' nord.
Le 27 , je partis de Suse et suirant le bord de la mer , j'^arrivai au Monestier , situé sur la pointe qui forme le golfe de la Emmamette * du côté du sud. La côte court à Test depuis Suse j éloignée de quatre lieues , et va ensuite au sud jusques à TAfrica ou Madia '. Le Monestier est une petite ville entourée de murailles flanquées de quelques tours carrées. Elle était autrefois beaucoup plus petite qu^elle n^est aujourd'^hui ; mais on Ta augmentée en entourant dWe muraille le faubourg. Il y a une citadelle du côté de la mer, vis-à-vis de larquelle sont de petites îles d^une espèce de tuf dans lequel on a creusé des grottes. Cette ville n^a rien d^ancien; bàde à peu près comme les villages de cette côte , elle n^a que de mauvaises maisons, la plupart en terre. Nous y logeâmes dans la maison du cmà où
' Voyez plus haut, p. 1 9 , 4^ , 44 * De Hammmnet.
^ Africa ou Mehdia.
— io6 —
nous trouvâmes deux pauvres esclaves mala* des des blessures qu^ils avaient reçues lc»*squ^ils avaient été pris. Je les secourus de mon mieux et quoiqu'ils fiissent dans un état très misérable^ ils étaient aussi bien que s^ils eussent été les premiers de la ville ^ et Ton avait assez de soins pour eux. Us eurent le malheur, lorsque j Y étais , d'être piqués d'un scorpion. D'abord le patron fit lier la jambe où était la jùqûre et envoya chercher un barbier qui leur fit quelques découpures pour fidre couler le sang. C'est tout le remède qu'ils font contre les scorpions, qui sont en grand nombre dans ce pays et fort venimeux. Je mis sur la plaie de la thériaque et le lendemain ils se trouvé* rent soulagés et ne ressentirent plus la douleur brûlante que leur avait causé la piqûre du scorpion. On prétend que c'est im remède assuré contre la piqûre du scorpion que de frotter avec le gland de la verge l'endroit piqué; c'est ce qu'ils firent aussi. Nous vîmes les en-* fans aller le soir par la ville avec des torches allumées chercher les scorpions, les enfiler dans une broche de fer et, le lendu^nain , les montrer par la ville demandant quelqu'argent pour leur récompense.
Le terroir du Monestier est assez joli ; il y a beaucoup d^oliviers, de vignes, de figuiers, de dattiers et quantité d^aloës dont les habitans se servent pour garnir le dessus des murailles de leurs jardins qui ne sont que de terre surmontée de ces aloës. L^espèce quePon trouve ici^st ' Values vera^ costaspinosa insL R. H« qui est V aloës africanafbliis erectis^ su^ perfide muricatis. pluk. phvt. ; mais les habitans xHea connaissent pas la vertu. Le mouillage des vaisseaux est à environ une demi^ lieue de la ville, dans une anse qui est au sud-est.
Le 28 , noiLS fîmes route au sud, le long de la côte de la mer : nous passâmes par les villages de Hanis* , à deux lieues du Monestier, par Zeiba*"^ à ime lieue, par Lempta ou Leptis rmnor et Tubtulio^. On voit les débris de ces deux dernières villes qui paraissent avoir été assez grandes, mais qui ne nuirquent pas avoir été riches en monumens ; elles sont à mie
' Agavè Amaicaiia . Linn .
* Akgnica?(L. 1829.) ^ Sayadda? (iV/.) 4Tobulba.(Sw.L.)
— io8 —
demi-lieue rime de Tautre. De là nous fômes à Caltha ' à une lieue et ensuite à TAfiica à deux lieues et à environ neuf lieues du Monestier. Au*dessous de Tuburbo, c^est-à-dire du côté du sud, aune demi-lieue dans les terres, on trouve le commencement de Fétang formé parles égoûts des phiies, où il se forme dans Tété un sel nitreux; il peut avoir six hèues de long sur trois de large. J'ai eu Phonneur, monsieur, de vous dire que les villages de ce pays sont composés de mauvaises huttes bâties de terre et le plus souvent couvertes de chaume; ainsi ils ne méritent pas d'être décrits plus amplement.
L'Africa, que les Turcs appellent Madia *, répond au Thysdrus des anciens. Cette ville est par les 35° 3' latitude nord, située sur une langue de terre ovale qui avance dans la mer qui Pentoure de trois côtés et qui baigne ses murailles flanquées de tours carrées. Le côté qui regarde la terre est défendu par de grosses tours fort élevées. Celle du milieu , où est la porte , la seule qu'il y ait dans cette ville ^
• Makalta. (L.) » Mahdia. (Sw. L.)
forme une espèce de château que les Turcs ont entretenu. Outre ces murailles , il y avait un second rempart en maçonnerie avec des tours rondes qui la défendaient , de sorte qu^eUe était très forte par sa situation et par la bonté de ses murailles. Cette ville était assez longue mais peu large, eUe est aujourd'hui presque toute détruite. Les murailles tombent en ruines et n'ont plus aucune défense ; mais au milieu de la ville, sur un monticule, on a bâti une citadelle carrée avec quatre bastions mal flanqués et de peu de défense. Il ne reste de considérable à voir que les murs et les débris d'une église dont on a fait une mosquée. Auprès de la ville, du côté du sud, il y a un mauvais mouillage pour les bâtimens.
Le 29, nous passâmes par Arreges % à une lieue au sud de PAfrica, par Surseph*, au sudouest demi-Heue. De là nous retournâmes au bord de la mer pour voir Selarta , où il reste les débris d'une vieille forteresse ', et de là à
' Arregis.(L. 1829.)
«SursefF. (L. 18219.)
3 Solecto. (L. 1829, i833.)
Saba* 9 au sud-ouest cinq lieues. Nous fômes, dans cette route, attaqués par des voleurs qui, nous croyant en défense, se retirèrent et tout se passa en insultes que nous nous dîmes de part et d^autre. De là nous allâmes à Melimzi * au S.-S.-O. deux lieues, et à Aseph, où nous couchâmes.
Le 3o, nous rimes la tour de la Capoule' où sont les ruines dWe forteresse, où il y a aussi un mouillage : c^est là que commence le passage qui est entre les îles de Querqueni^ et la terre ferme. Passant par Oribe * et Zélinque^, sud-sud-ouest, nous arrivâmes aux Faz^, éloigné endroit chemin de quinze lieues de PAfiîca et ayant, avec le quart de cercle, pris la latitude, je me trouvai par les 34^ 3o'*.
Les Faz est une petite ville située sur
« Chebbah.fL. 1829, i833)
* MelouDuchou Melounich. (L. 1829, i833)
3 Capoudia? (L. 1829, i833.)
4 Kerkines. (L. 1829, i833)
5 Laibidy? (L. 1829, i833.) «lnchilla?(/^iV/.) 7Sfax.(Wrf.)
« Shaw place Sfax par 34" 39' latitude nord, et M. le colonel Lapie par 34" 5o'.
une pointe à Fentrée du golfe des Gerby, appelé autrefois Sortis ïninor. Elle est entourée de murailles de peu de défense et n^a rien d^ancien ni de particulier. Il y a un mouillage assez bon. Un peu au-dessus des Faz, vers le nord-est * ^ on voit les îles de Queiv queni entourées de bas-fonds; il y a un passage entre elles et la terre ferme, et Ton a coutume de prendre des pilotes côtiers lorsqu^on va mouiller ou charger dans ces endroits.
Le 1*' août nous fîmes route au nord-ouest quart de nord pour venir à Augen * dont je vous ai entretenu : je fis fouiller dans les ruirnes de la ville ; il y reste quantité de colonnes et de statues toutes mutilées. Je fis déterrer la statue dW empereur; elle était de marbre blanc avec de très beaux bas-relie& sur le corps de cuirasse , qui représentaient , enti^ autres choses, un griffon dévorant un animal
> Ceci âemhlerait prouver que la latitude mesurée par Peyssonnel est exacte , carShaw, qui diffère de 9' dans son estimation , a soin de placer les îles Kerkines au nord-est de Sfax , tandis que dans les cartes de M. Lapie, où Sfax est à 34° 5o' de latitude, les îles Kerkines sont à l'£. et au S. Ë. de cette ville.
* El Jemme.
que je ne pus bien distinguer. Sur ime pierre de marbre dVnviran huit pieds de long , il y avait gravé :
IVLIA CAES s
AED VVB
R., ... .AE LEGIII.
Cette pierre paraissait avoir contenu d^autres caractères, mais le temps Pavait gâtée. Sur une autre on lisait :
ivuvs
ABINVS LECOR V.