‹ Voyages dans les régences de Tunis et d'Alger (volume 2)Chapitre 35 sur 53 · LETTRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

LETTRE SEPTIEME

A M* Delisle ^ géographe du roi et pensionnaire de r académie royale des sciences^ contenant des observations géographiques sur le royaume de Tunis ^ autre/bis la Mauriionie proconsulaire,

Tanis, le 29 août I7i{.

Monsieur,

Les recherches sur la botanique et sur Thistoire naturelle , que je fais par ordre du roi dans le royaume de Tunis , autrefois appelle la Mauritanie proconsulaire' , mVyant donné Foccaâon de le parcourir , j'ai voulu profiter des secours que pouvait me procurer la carte deFAfiique ancienne que vous avez dressée pour Fintelligence des conciles.

Le public vous doit beaucoup, Monsieur, de lui avoir conservé les noms et la situation

* Voyez plus haut , p. 18, not.

des villes où le christianisme a fleuri, et qui sont si célèbres par le nombre des saints martyrs, confesseurs et évêques qui les ont illustrées. Il ne saurait assez reconnaître les soins que vous vous êtes donnés pour ramasser les noms de tant de villes épiscopales,leursdistances des unes aux autres et leurs positions dans un pays qui est devenu aujourd'hui véritablement barbare, et où à peine on a la connnaissance de FÊtre suprême en suivant les lois de Mahomet.

M. Fabbé Bignon, à qui j'ai envoyé la relation de mes coiwses et le détail de tout ce que j'ai vu de remarquable dans ce pays , poinra vous avoir . commimiqué mes lettres. Mais je vous sais trop ami de la vérité pour n'être pas bien aise qu'on vous iàsse connaître les observations particuUères qui peuvent corriger les erreurs dans lesquelles les mémoires qu'on vous a coxnmuniqués ou les anciens heux sur lesquels vous avez dressé votre carte vous ont pu faire tomber. J'aurai donc l'honneur de vous donner connaissance des observations que j'ai faites afin que, si vous voulez faire regraver votre carte, vous puissiez la rendre plus juste qu'elle n'est , quoique je

rende témoignage qu^on ne peut travailler avec plus d^exactitude que vous Favez Êiit, lorsqu'on compose une carte sur des mémoires anciens et peut-être confus.

Ce qu'ail y a de principal à réformer dans votre carte, c'est toute la côte de la mer qui n'est pas précisément dans sa position véritable, ni exacte poiu* les contours. Vous la mettez quarante minutes ou quinze lieues plus nord qu'elle n'est. Voici le détail des premières observations que je fis en arrivant dans ce royaume.

Le 27 du mois de mai 1 724 9 passant de France en Barbarie, nous atterrâmes vers Biserti, et ayant pris la latitude, nous nous trouvâmes parles 87** 19'. A midi, ayant relevé les Gardes de Bizerti étant à trois lieues au large , le cap restait au sud-quart de sudouest ; la pointe la plus à l'est du cap Zibibe àl'est-quart de sud-est quelques degrés sud; les îles dites les Conits' au sud-est quart-d'est quelques degrés plus à l'est que la tacbe blanche qui est au cap Zibibe.

A une heure après midi, étant nord et sud

»LesCani.

avec les G^nits a demi-lieue au large, le cap de Bizerti restait à PO.-S.-O.; la pointe la plus à Test du cap Zibibe au S,-E, \ E.

A quatre heures après midi, étant au nord du cap Zibibe sur la pointe qui est la plus à Test, le cap de Bizerti restait à PO.-N.-O. La pointe qui forme le golfe du coté de Test restait à rO. j N.-O., les Zimbres'; qui sont de petites îles du côté du cap Bon , à ITE. | S.-E, quelques degrés à Test; et à cinq heures et demie nous passâmes entre Pile Plane * et la terre. J'observai que l^e Plane, les Zimbres et le cap Bon restaient est et ouest ensemble. Si Ton ramasse les observations , Ton conclura que la côte , depuis le cap des Gardes de Bizerti jusqu'au cap Zibibe, court à Test ^.S. E- etàFO. ^ N. O. telle qu'elle est marquée dans la carte marine de M. Berthelot, hydrographe de la ville de Marseille, et que les petites îles s'y trouvent aussi. nûses dans leurs véritables positions.

Il paraît par là que les mémoires sur lesquels vous vous êtes réglé pour former votre

' Zembra.

^ Piana ou Gieziret. (L)

carte n'ont pas été justes à Fégard de cette cote. Vous la faites courir S. E, et N. O. depuis le cap que vous appelez Promontorîum Ccmdidum qui, selon vous, doit répondre aux Gardes de Bizerti, jusquVucap que vous nommez Promontorîum ^poUùtis , aujourd'hui eapZibibe. Vous appelez^ Monsieur, le cap de Bizerti PromontoHum Candidum^ nom qui paraît mieux convenir au Promcntorium Apollinis\ parce que ce dernier est presque tout couvert de sable jusqu'au haut de la montagne et qu'il parait tout blanc. Vous placez à l'ouest de ce cap une île asssez considérable; il n'y en a qu'une très petite nord et sud avec la tache blimche ; on appelle cette îlePelau*.

De plus,^ vous oubKez de marquer File Plane qui est à l'est de votre PromorUorium ApolUrds et les Cohits , qui sont de petite îles situées nord et sud avec la pointe qui

* Shaw (t. I, p. 177 et suiv. tr. fr.) place aussi le Promontorîum Candidum au cap des Gardés ou Ras-el- Abeadh. Ce même cap est nommé le cap Blanc dans les cartes de M. Lapie.

•Pilloe.(Sh.)

avance le plus au nord du t^rain qui est entre Bizerti et Porto-Faiina. Les erreurs sur cette côte TOUS font tomber dans la difformité du golfe d^Utique qui est tout autre que vous le représentez.

Vous ne donnez pas assez de fond ou d^avancement vers Fouest au golfe où vous posez Pulput et Adrumetum et qu^on nomme aujourdlmi de la Emmamette ' • Le golfe avance jusqu^à être presque nord et sud avec la baie de la Goulette ou de Tunis. Il j a outre cela près de trois ou quatre lieues de pays noyé ; ainsi quantité de villes que voiis posez au sud et au S. S. £. de Tunis ne pouvaient pas s^ trouver, ou du moins elles étaient plus à Touest. Le même étang ou terrain salé et marécageux continue bien avant vers le sud, et descend jusques au golfe des Geiin , selon vous Syrtis minor. Ainsi, les villes de Marazana et de Suffétula étaient ailleurs que vous les marquez , connue vous le verrez dans la suite de cette lettre.

Bien loin que la côte , depuis la pointe de Tapsus , aujourd'hui le Monestier , jusque

* Voy, plus haut, p. io5, not.

Thysdi'us ou PAfrica', coure au S. E., elle ne donne guère plus que le sud. En un mot, j''ai examiné votre carte et celle de M; Berthelot; j^ai trouvé cette dernière très juste dans mes observations. L^expérience de plusieurs années et les observations de tous les navigateurs sur cette côte rendent le même témoignage que moi; on peut se régler sur elle et la copier en formant une nouvelle carte géographique.

Les erreurs que j^avais aperçues à votre carte , j^ar rapport à la cote maritime , me firent prendre des précautions pour, lorsque j'irais dans les terres, me munir d'une boussole et d'un quart de cercle afin de diriger mes routes, de relever les endroits et de prendre les latitudes. Cefot avec ces circonstances que je marchai en m'arrêtant à des distances pour faire mes observations.

Je pris d'abord la ville de Tunis pour point fixje et je relevai les endroits suivans :

Le cap Carthage à l'est, quatre lieues.

Les forteresses de la Goulette àl'E. S. E., deux lieues,

^ Voy. plus haut, p. 37, Dot.

Le cap Bon à l'est | S. E^- La Montagne de Plomb au S. S. O, Les montagnes de Zawan au S. O. huit lieues.

L'isthme du cap Carthage court au S. E. et N, O. depuis le cap jusques àla Goulette. La côtevairo. S- O.

Ne voyant pas de montagnes considérables à Fendroit où vous marquez le Mom^, Aspidis^ que celles qui sont à rëxtrémitédô cette cote qu'on appeUe cap Bon et, dtee vous, Promontorium Apollinis, j'ai cm que la montagne de Zawan, qui est célèbrepar ses «oinrces dWii, par ses bains chauds, par' le commencement des aquéd^ncs qui portaient les çaux à Gar*thage , et parcequ'elle est comme au centre du royaume , devait être le Moiis Aspidis que vous {^acez ailleurs '« Vous Imiarquez dans votre carte une montagne avec le mot diUzan; mais quand, ce serait la montagne de Zawan, elle ne serait jamais bîai située^ parce qu'elle est à l'O. N. O, de Tunis cinquante miUes , et qu'elle se trouve véritablement au S. O. , trente milles.

* Voy . plus haut , p. 44? not.

Carthage, chez.Tous, resterait au N. N« O., TÎngt milles de Tunis; cependant, par Tobser- Yation, eUe est à Test, quatorze milles.

£n voilà assez, Monsieur, pour ce qui regarde les cotes maritimes, je vais conmasDcer à vous décrire mes routes psr terre et mettre en parallèle Totre carte avec mes observa* tUms.

Ni^US parâmes le ii juillet de Tunis pour sHec à la montagne de Za:wan. Nous fîmes route au S. O. Imit lieues. Après avoir marché trois lieued par des plaines et sur de petites âévationsy nous arrivâmes dans une grande vattée au milieu de laquelle passe la ririère ou plutôt le torrent appelle Mdiaoïe, qui est à sec dans Pété. Après cette vallée on trouve les d^cis d^une ville ruinée , et nous .arrivâmes au pied de la mxmtagne où est le viUage deZawan, bâti surles ruines dWe ville.

lie i3 nous fîmes route au N* O. quatre lieueçi, et iqprès avoir encore traversé la rivière Meliane , nous arrivâmes aux ruines de Ci* gissa, situées à PO. S. O. sept lieues de Tunis et au N. O. quatre lieues de Zawan; de là, faisant route au nord, nous arrivâmes à une ville détruite qu^on appelle Âmouraba, située

à rextrémité d^ime colline assez étevée. (Jontinuant la route au nord deux lieues, pous ar* rivâmes et nous couchâmes près les ruiner de Sidy Mazaet.

Le 14) route auN. Ë. quatre lieues: nous traversâmes la rivière de Bagradas, «u|ou]>* d^hui Megerdas. Bien loin que cette rivière vienne du sud comme vous le marguez^ elle court à Test'^Kird-est, venani de VOé & O., cconmençant vers Tagasta, passant par Tastour, et près deThignioa : elle se4ëdiarge àUlir que près de Porto-Fanna. De là nous fûmes à Tuburbo, éloigné de denod^lieue de la rivière.

Quaoït à TiÀurbo , f ai trouvé deux endroits qui conservent ce nom, Fun à cinq lieues ai;tdessous du Monestier et près de votre Thj^ drUs'^ Fautreau nordrouest, sept hi^^^s de Tunis , le long du Bagradas. Il y a ajqftare&oe que le second est le Tuburbo mimis que vous posez au S. O. de Timis à trente-six milles^ Il y avait un ancien amphitliéâtre où nous av<ms trouvé des inscriptions* Il fut détruit , il

I Cest probab' ement le lieu qui ort nommé Tcbufl^a dans les cartes de Shaw et du cotoud I^pie.

y a une vingtaine d^années , par Mahamet-Bey pour la construction d'un pont qu^il Êdsait fidre sur la rivière de Bagradas. L'autre dont je parle doit être le Tuburbo majus, bien plus au sud que vous ne le marquez , puisque se trouve au-dessous de votre Tapsus. De Tuburbo minus, faisant route au sud-«st sept lieues, nous arrivâmes le soir à Tunis. Vous voyez par la, Monsieur , que le Mons Aspidis, Uzan et vos deux Tuburbo seraient mal placés dans votre carte.

Voici le détail de la grande route que je fis en contournant le royaume.

Le 27 juillet je partis de Tunis. Faisant route au sud*est quatre lieues , nous arrivâmes à la Emmamelif où sont les bains chauds , au -jpieà de la montagne qui est une suite de celle de ZaWan. De là, continuant la même route deux lieues , nous arrivâmes à la Colombaire; Êdsant c»isuite leS. 6. E. nous arrivâmes dans les bois de la Emmamette. Nous vîmes ^ au commencem^it de ce bois, les débris dWe ville et nous fûmes coucher à la Toiu* de la Manaire, à douze lieues de Tunis. Nous fhnes ensuite rotite au S. S. O. et au S. S. E. jusqu'à

Ergula ' (peut-^tre Horrea Cœlia ou Adrumetum), éloigné de huit lieues de la Manaire, et continuant au isudr-est quatre lieues , nous arrivâmes à Suse, suivant toujours le bord de la mer, passant entre elle et un terrain salé qui est un étang dans Fhiver.

Suse se trouve par les 35** 3o'* nord, au S. S. E. vingt-quatre lieues de Tunis et au sud^ S. E. de la baie de la Goulette : le fond du golfe de la Ënunamette est presque nord et sud avec la baie de la Goulette.

De Suse , suivant le bord de la mer qui court à Test, nous arrivâmes au Monestier, éloigné de quatre lieues. Nous fîmes ensuite route au sud passant par les villages de Hanis deux lieues , par Zeiba une lieue , par les raines de Lempta qui doit être Leptis minor, par Tuburbo (les ruines de ces deux villes sont à une demi-lieue Tune de Tautre, à cinq lieues du Mcmestier et à trois lieues de l'Africa) et ensuite par Caltha'. C^est au-dessous de Tuburbo que commence Tétang salé qui conti-

• Voy. plus haut , p. 19, not.

» 35« 4& y\ (Sm).

^Makalta. (L. 1829.;

nue cinq ou six lieues sur trois de large. De Caltha nous fiimes coucher à F Afiîca , que les Turcs appdlent Media et qui répond à votre Thysdrus, ville fort ancienne par les débris qui restent. De PAfirica nous fômes à Selarta^^ dans un enfoncement de la mer qui avance vers Touest. Nous voyons de là la Capoule* qui finissait cet enfoncement où commence le canal entre la terre ferme et les îles de Qiierquéni. Cette côte est bien différente de ce que vous la représentez. Nous fômes aisuite coucher aux Faz, qui se trouvent où vous marquez Ten». On trouve quantité de villages sur la route qui paraissent tous de nouvelle fabrique. Les Faz est une petite ville éloignée de quinze lieues de PAfiica, la route sud-sudouest. Elle est par les 34** 20'* latitude nord. Des Faz , fsôsant route au nord quart de nordouest nous fûmes à Augen qui devait être une ville principale par les ruines qu^on y trouve et par le beau colisée qui subsiste encore; il est au S. O. \ S. de TAfiica sept lieues, au

I Solecto.

' Capoudia , autrefois Caput Vada . (L . 1829.)

3 Environ 34° 48'. (L. 1829^.)

sud de Suse douze Eeue», au N. i N. O. onze lieues des Faz. Je ne sais si ce ne serait point la Nova Caesarea ou quelqu'une des viUes- que vous n'avez pu placer. Voici une inscription que j'y ai trouvée :

IVLIAGAES

AED

ROMAE LEGIII.

Et quoique vous ayezmarqué à peu près dans le même endnât Marazana, ce n'est pas certainement elle, comme vous le verrez. Marazana est beaucoup plus au nord-ouest que vous ne le marquez. Toute cette cote, depuis Suse jusques aux Faz , est pleine de petites collines sans eau; le terrain est saUonneux et il ne reste presque aucun vestige de villes anbi^mes.

D'Augen £dsant route au N. O. ^ O. quinze lieues, nous passâmes toiqours dans un étang ou t^rain marécageux et salin, plein d'eau pendant l'hiver et presque à sec dans l'été. Ce terrain ingrat et sans eau dure depuis quelques lieues au-dessous de Suse ou pour mieiXK dire depuis le bois de la Ëmmam^te jusques aux Faz, aux Gerbi ou au golfe de

Syriis minor. Il a ainsi près de cent lieues d^étendue nord et sud, sur dix, seize ou dixhuit de large. Ainsi il est impossible qu^il y ait eu un grand nombre de villes dans cet espace de terrain salé et marécageux où il ne croît que du kaly et où Ton ne trouve point d^eau ; c^est pourtant dans cet endroit que vous placez Marazana, Sufiêtula, Tebesteset plusieurs autres villes.

Le a août nous arrivâmes au Caïrouan, ville aujourdliui très considérable et très peuplée, à trois lieues des montagnes, située près d^une source dans la plaine salée, et ayant relevé la montagne de Zaw^an, elle restait au nord vingt lieues. Continuant la route au N. O. nous arrivâmes à Feutrée des montatagnes où nous trouvâmes d'^abord les ruines de Géloula. En entrant dans les montagnes, on trouve des sources d^eau douce. Nous vîmes les ruines d^Ousela , qui doit être Vegessela que vous marquez à Pouest de SufFetula et qui , par cette observation , se trouverait au sud-est de Marazana ejt à Test-nord-est de SufFetula. Dans les montagnes d'Ousela ou de Vegesela on trouve quantité de mauvais villages perchés aux sommets les plus élevés de

ces montagnes fort imutes et «scarpées^ Après avoir passé cette chaîne qui dure çiatre lieiies, sïous entrâmes tlans mie vallée que nous traversâmes pour aller à Marazana, éloigné de onze Ë^ies de Caïrouan, la roiUe ayant valu le N- ^. O. un peu de Fouest. Marazama, aujoin*d^hui Mansous % devait être une tille <6onsidé^ rable; on y trouve^de beaux restes de temples que j^ai décrits. Elle se trouva à Toues^ de Suse à vingt lieues de distance, et non aii ifijd-Quest dnquante-dnq milles comme vous lemarqué^:.

Suivant la vtdlée de Martàana , qui court au sud-ouest , on arrive à Sufifetula qui conserve encore son. nom et qui est véritablement rancienne Suffetuk^ ce qui se pîrouve par les infiCriptians qu^cm y trouve et par les dâ>rià des temples qui subâstent encore à demi. .Ainsi âi^tula serait Véritablement au S. O* êœ Maer&zsmaiy à la même distance que vous lé marquez, mais non pasdans la même position. Toutes les chaînes de montagnes vont N. E. et â. O. et par conséquent les vallées de même.

^ Voy, plus haut, p. ii5.

Ayant relevé le mont Zawan il restait au N. N. JE. seize lieues ou environ,

J^aurais voulu aHw à Vescetra , qu'ion me dit être une viUe très grande (fui avait dmix lieues de circuit , pleine d'^édificés bien conservés et superbes, remplis d^inscriptions. Cette ville se trouve à Fouest de Suffetula à environ douze lieues , mais il me fut impossible parce qu^elle était hors du royaume et que les spahis que jWais ne voulurent pas me suivre. Nous l*etoiuiiames à Màrazana le même jour. De là, ayant fait au N, N, O. trois lieues à travers les Quontagnes^ nous arrivâmes dans une belle plaine appelée Toelsen où nous vîmes beau*^ coup de débri^ de villes et une petite rivière qui se jette dans celle de Seiliahe. G>ntinuant au N. O. dans la plaine et traversant d'^auires coUines, nous arrivâmes à la {4^kle d^Ouseph qui a plus de six lieues d^étenduè, traversée par la rivière Seiliané qui la searpenie et Tarrose^ Cette rivière prexid sa source dans les montagnes de Sufifetula, et coulant vers le nord va se décharger dans le Bagradas^

Le jour dVprès^ traversant une troisième chaîne de montagnes aUant toujoUrsàuN.N.O»

sept lieues, nous arrirâmes à Keff, qui est le Sicca Venerea de votre carte, et ayant pris la latitude de la ville je me trouvai par les 36** 5' nord qui est la même latitude où vous mettez cette viUet^ et à la même distaïK» de Marazana. Outre les rtdnes considérables que nous trouvâmes dans cette ville , aujourdliui une des clefs de ce rojaiune\ les inscriptions nous prouvèrent que c^était le Sicca des.anciens«

De là, faisant route au N« £• et solvant k vallée de Sicca, nous vîmes un nombre conddérable de ruines de villes <|ui n'ont d'autre nom aujourd'hui que celui de Hensir ou raines de Sidy tel ou tel marabouts qui y <mt ^é enterrés* Après avoir Êdt six lieues nous arrivâmes aux ruinés de Musti^ qui se ttouve plus au nord de Sicca qu'il n'est marqué éhet vous ; nous y trouvâmes un arcde-trioxnj^ arec des inscriptions qui dénotent que ^'était Musti. A trois lieues de là^ Vers le nord, nous fiimes à Tugga, oii nous vîmes des portiques et des inscriptions.

Tugga est bien différemment posé des deuxTucèa de votre carte. L'un est à l'ouest de Tagaste, Pautre au N. O. de Marazana; mais le Tugga dont je pai4e est au nord de

Sicca à huit lieues. Les inscriptions Pappellent Thugga, De là, faisant au N. N. O. deux lieuesi, nous famés à Tubursica^ ville qui subsiste encore et conserve son nom. Daiis les insi^rip tions nous trouvions Thibursicensium Burœ. Ainsi bien loin que cette ville soit au sud de &cca Venerea, comme vous le marquez y elle se trouve au nord du n^me Sicca à dix lieues^ ayant releyé la montagne de Zavfan , elle restait à TJB. S. E. De Tubursica faisant route au N. E. deux lieues, nous arrivâmes à Thignica, qui est à peu près où vous le mar-* quez, mais c^est en retranchant quarante minutes de chemin que votre carte avance de trop vers le nord. En allant de Thignica à Tastour, qui n^en est qu^à une grande Ueue, nous traversâmes la rivière Seiliane à Fendrmt où elle se décharge dans le Bagradas. Cette ri-* vière du Bagradas vient du nord-ouest de votre Tagaste , va à Test-^ud-est et finit à Festjiord-est, lorsque de Tuburbo elle se rend à la mer. Nous la suivîmes près de deux lieues jusques à Bebo et nous la traversâmes pour aller à Selougie. De là , Êdsant route à Fest^ sud-est, nous nous rendîmes à Tunis , éloigné de Tastour et de Thignica de 12 à i3 Ueues«

J^espère, Monsieur, que vous ne désapprouverez pas la libalé que je {»*ends de corriger votre carte, je n^en estime pas moins Tauteiu*, quoique je critique en quelques endnnts ce qu^ii a fait , aussi bien qu^il a été possible en travaillant sur des mémoires anciens. Je connais tout le mérite de Touvrage et les difficultés qu^il y a eu à le composer ; mais ces disputes sont permises dans le pays littéraire, elles servent à éclaircir là yécité que nous devons tous chercher. D^ailleurs, comme les voyages dans ce pays-ci ne sont pas fréquens, j'ai lieu de croire cjue vous verrez avec plaisir mes observations quoique contraires à votre carte. Pai pris toutes les mesures et me suis appliqué à obs^tn^er exactement.

J'en ai même dressé une c^te* étaixt sur les Ueux, que j'ai l'honneur de vous envoyer, en vous asé^urant que personne n?est avec plus d'estime et de vénération que

J'ai l'honneur d'être, etc.

PEYSSONNEL, doct.-méd..

Cette cai*te eet aussi perdue^

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