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De là nous fûmes au comm^icem^it des montagnes qu^on appelle de Borgani', nom qui signifie des deux pointes. Iln^ a point d^édifîces^ à cause qu^elles sont si rudes et si escarpées qu^on ne peut les gnmper quWec beaucoup de peine. On nous dit qu^il y avait beaucoup de mouches à miel qui faisaient leurs ruches au haut de ces sommets si escarpés, qu^on ne pouvait y aller pour prendre le miel et la cire. Malgré cela, on sait queMourat-Bey y fut. Le motif qui PobUgea à y aller, c'est qu'il était passionnément amoureux de la fille d'un riche Arabe dont il voulait jouir. On dit à Mourat- Bey que le père de cette fille l'avait cachée dans l«s montagnes ; il partit du Bardo accompagné de sa garde, monta jusques au somr met de ces montagnes pour chercher cette fille, visita partout sans trouver ce qu'il cherchait. De rage , il fit précipiter du haut de ces rochers celui qui lui avait donné ce faux avis,
' Ce mot rappelle le mont Bui^gaon deProcope (Bell. Vand. II, 12) , qui est aussi formé de deux pics jumeaux et inaccessibles.
et lui fit donner mille coups de bâton ayant de le fidre jeter ; il méritait ce châtiment afin qu^il servît d^exemple aux flatteurs qui sont auprès des princes.
Nous poursuivîmes notre voyage prenant le chemin de Suse; nous prîmes peu après le chemin à droite pour entrer dans les montagnes de la EmiHamelif. Nous trouvâmes les ruines de quelques villages, et parmi elles celles d W lieu appelé Chemacher , où nous vîmes les ruines d^vn grand temple et celles d^un village de peu de conséquence. Nous fûmes dormir à un lieu appelé la O>loml)aire, sur le chemin de Suse. '
De là Coknnbaire '.
La Colombàire, dont f aieû Thoiiilieur de vous parler dàâs ma seconde lettre^ est un petit lieu où il y a une seule rue j une trentàîtie de maisons et une mosquée. Nous y rencontrâmiés une vieille femme qui nous dit en espagnol qu'elle était Me d\m Maure Tenu d^Ëspagné. La principale maison appartient à Mahamet-
» Kroumbalia ^ entre Soliman et le monte Piombo-
Bey, frère d^Assem^Bey, régnant aiqouidliui. Elle aTak étéfaitîe par im maure appelé Moustaplia de Cordmas , un de ceux qui vinr^it ici de la nation espagnole. Il y a deux beaux jardins ayec un grand bassin^ çiantité de fon* taines, une basae^oUr et de grands iqppaarte^ mens à Fespagnole. Il y a apodsi des fontaines aux ajq^artranens d^ea haut, ce qui les rend très gracieux. Ce Moustapfaa^entire autres choses, arait &àt planter un verger d^oUTiers qui doit contenir environ trente mille pieds îVàt" bres, et entre eux il avait mis des amandiers très bien disposés. Pour arroser les arbres, il fît conduire de Teau des montagnes voisines sur de petits aqueducs, et fit dans cet endroit une dépense très cpnsad^sâile* Il avait dans sa maison trente métiers àeUiyoles de soie, et trdis cents esclaves, <jirétiens ou liègres, pour le travail de k terre. Le bey de Tunis ledmssa parce qu^il était riche et puissant , car c^est ici ma Crimée très considérable que d^étre trop riche. Les biens qu^il avait étaient ceux qu*^ avait apportés en se retirant d^Ëspsl^ie. Sana autre motif que celui de sa richesse , Adunet^ Bey vcwJut le fidre périr pour jouir de] se^ biens ; mais il fut avisé de cette résolution par
les amis qu^il arait à la cour de ce prince^ et j ayant ramassé le reste de ses biens, ses prîndpimx effets et son argwtmomioyé, il s^en— fuit à.Constantinople, où^ ayant montré quelques pièces par écrit qui témoignaient des ser- Tices qu^il avait rendus à la Porte, il fut honoré et qualifié des titres qu^on donne ordinairement à seml)lables personnes. De là il passa au Caire et Tint ensuite à Bone, où il fit planter presque tous les oliviers et les arbres quisY trouvent at^ourd'^hui, et qui surpassait lé nombre de ceux qu^iLavait laissés à laColombaire.
Le vingt-cinq, nous partîmes de la Colombaire, accompagnés dW renégat espagnol qui reste dans la maison de Mahamet-Bey. Nous fîmes route à Pouest, traversant le bois d^oliviers qui a près dWe lieue d^étendue; nous entrâmes dans une terre labourée passant par Sidy-Busieri. Il y a là un puits dWu qui n'^est pas bonne à boire , mais elle a une vertu spéciale contre la rage lorsqu'on s'y baigne ou qu'on en boit. L'expérience, dit-on, prouve que toutes les personnes et les animaux enragés ou qui ont été mordus par des ammaux attaqués de l'hydrophobie, ont été guéris ou
garantis, lorsqu^on a eu soin de les baigner dans Feau de ce puits. On nous rapporta quantité d^expériehces là-dessus. Cette année même, nous dit-on, cinq personnes du lieu de Soli^ man ont été mordues dW chien enragé; quatre furent se baigna* dans cette eau, et la cinquième n'y fut pas, parce que le chien, disaitelle, né lui avait mordu que la robe. Avant les quarante jours, elle fut attaquée dé la rage, dcmt elle mourut; les autres en fiurent pféserrées* Les Maures attribuent la vertu de cette eau aux mérites d\m marabout qui est enterré près de là. Je crois, si la chose estvéritable, que la vertu de cette eau vient des nlinéraux cachés dans les nK>ntagnes par où Peau de ce puits passe, cw on trouve dans ces montagnes ' des mines de jdomb*
Suivant le même chemin*, nous passâmes par les ruines appelées Quelvia. Sur les inurailles d'un vieux château on trouve des fragmens de pierres qui doivent avoir appartenu
» Le Djebel Erressas , ou monte Piombo. (L.) , » C'est-à-dire le chemin de Suse. Il se dirige par conséquent au sud-est.
à. des ouyrages j^us anoiens; on y lit ces frag* mens d^écriture ;
QVAQVE PERDYCTAM LIMENTO ET STATVRAS ILL. . . . VS HONORÀTVS GAVDENTIVS El LO.*
CORAM TE ADBERENTIS TRIYM T
A. P. P, CYRATOR RERYM • • . •
Nous pass&mes plus ayant et nous trouvâmes une grande ville ruinée qu^on appelle encoi« Tabimioc; peut-être est-ce une des Tuhurbo de ce royaume*. Elle était dituée dans le fond diixoi vallon entouré de hautes mour tagnes qui renvironnaient de tous Côtés, ce qui fidsait que Pair de cette ville ne pouvait pas être salutaire; sa figure était e^i arc cou]J>é dans le milieu. De h manière que les ruines paraissent, elle avait plus de trois quarts de lieue de long, et guère plus de deux cents pas de large. Elle ne pouvait avoir davantage: car c^est tout le plan qui reste entre ces deux montagnes. Les Andaloux rétablirent cette
* Tubernok ; cette ville est regardée comme rancien Oppidum Tuburnicense de Pline. (L. Sw.)
TÎUe ajnrès leur arritée d^Espa^e; mais une maladie ^idémique, est>èc6 de peste, fit mou* rir tous les faabitans; ainsi elle fut une seconde fois ruinée et sJ)andonnée. On y distingue les délais de la yiUe yieille et de la nouveUb. On trouYe une pierre sur une porte avec ce firag«* meut d^inscriptîon i
....TINIANO XVÙG. SOLIVM STABILIVM THEKA.... ..IS VT. PVTO FONTE PVLCHRIOR BDERETVR ASPE,.
A la fin de ces ruines, à peu dedistaocede la ville, il y a un mausolée semblable à ceux que je vous ai décrits de MauMsana, deToélsai et de Tugga. C^0st une espèee de tour carrée qu'ion appelle la Foguera \ Centrai dedans par line petite porte, et j^y trouvai à terre quatre ^éptilcrteâ de pierre ouverts, deux
' Sfcaw (t. I, p. Î107, ir. fr.) parlé Hvin ioUûhtèXL nommé le Mènafahy «itué sur k cote, i deux fieues au S. 0. d'Hammamet, Sur ce tombeau il j. amt IroU espèces d'autels avec des inscriptions y et sur lesquels les Maures prétendaient qu'il y avait eu autrefois des Ëinaux pour guider les matelots. Cest probablement à une tradition pareille , vraie ou Êiusse , que le tombeau, dont parle Peyssonnel, a dû sa dénomination espagnole la Foguerà , te foyer.
étant vis-à^vis Tentrée , les autres à côté. Et vis-àr-vis rentrée, au-dessus des sépulcres, il y avait quatre niches qui pouvaient avoir contenu les statues ou les dieux de ceux qu^on y avait enterrés; mais nousnY trouvâmesaucune inscription.
Après dîner nous retournâmes yots le chemin que nous avions quittée A peu de distance nous nous trouvâmes à un endroit appelé Ûizarelouse * , où nous trouvâmes sur une [Êorre dW vieux édifice cette inscription :
▲B ftE COLVMNIS IBIPOSITVS EX ALIA.
O&E PERFEGIT ET EXCOLVrr
Avançant plus avant, nous rencontrâmes d^autres ruines de villages où Ton ne trouvait rien de considéraUe. On trouve dans ces collines beaucoup d^arbustes, delentisques, sabines, tamarix, genêts; on emploie le bois et les racines à faire du charbon pour Fusage de Tunis. Du côté du Levant et du midi on voit quelques tentes ou douars d^Arabes. Ces en,-
* Le chemin de Suse.
» Serait-ce le Gassir Aseite de Shaw ?
droits ont divers noms comme sont Nabel^ Giuf^ Tarqui, VeK^ Niare et autres. Nous re* passâmes à la Colombaire et fûmes coucher à Soliman.
Levingt-âx, nous partîmes de Soliman; frisant route vers le nord, nous fânaes à une ville ruinée appelée Marsa Corbos , qui répond à Pancienne Mazula de Ptolémée, que d^autres appellent Màxula'. Elle était située aul>ordde la mer, vis-^vis les ruines de Carthagé, au pieddWe montagae aj^lée Gibel^€(H*bo6, où U y a des bains d Wi cbaïkle comme cenK de la Emmamelif, et c^est là où commence la péninsule ou Fisthme du cap Bcmi. H se pour^ rait que ce fôt ici le mont Aspidis des an--r ciens, car M. Delisle le place sur cet isthme '. On n^j vcHt d^autres mc»tagnes coûaidératjle^
' Le voyageur semble cxoifoiidre ici deux villes en une seule : Moraisah , qui paraît avoir été l'ancienne Maxula, et Gurbos où il j a réellemeùt des bains chaiHls 9 et qui représaite les Aqua Calîdœ que Tite^ Live (XXX, a4) place vis-à-vis de Çurthage.
« Le ment Aspidis doit se trouver^ cmnme nous Favons déjà dit, à Textrémité de la péninsule ^ frès de Kalibia , Tancienne Aspis,
— igo —
que celles de la ËHimamdif et de Zavs^an dopt je TOUS ni parié.. On nôiis dit qu^il y avait quanti^ à^édi&ces anciens prè6 de ces bains chauds; nous ne pûmes y aller à cause que la montafpoe était trop rude et que nous nV vions pas de guides*
De Mazula.
MiBiilii ^ est à deux lieues de Soliman et à -six de Tunis ; cette ville était entourée de muraittas avec une bonne citadelle dont on aper^ çoit enccwre les ruines^ il subsiste enoore une grande citerne qui a quarante-trois pieds de large et trente de long. Il y a quatre rangs d^arcades qui soutiennent la voûte, et chaque rang a sept arches de pierres de taille; le tout enduit de bon bitume pour retour Feau que Fon conduisait par un aqueduc, depuis ime fontaiae à une lieue de là près la rivière de Buzir, formée par divers torr^is» Cet aqueduc est aujourd'hui détruit; on aperçoit dons la mer, tout auprès de la ville, plusieurs édifices ruinés qui vont jusques au commencement de la montagne de Corbos. Les Maures disent
' Aujourd'hui Moraisah. (Sw. L.)
que c^était là une ville qu^on appdiUdt Mdca. Je crois qu^ils ont corrompu le nom de Afaaulii en celui de Malca. Lorsque k mer est train quille et que les eaux sont claires, on voit encore danti k mer les maisons et les rues qui ont été approfondies ' pcut-^ètr« par qoelque tremblement de terre ; mais on ne sait ni quand ni commenl cela est arrivé*. Delà nous fumes voir trois auti^s vieux édifices, mais noii&nY trouvâmes rien de considérable, et ayant repassé la rivière de Busir% nous fûiftes couchera Soliman.
Le a8 nous osâmes entreprendre d'^aller à ïa péninsule, qui va jusques au cap Bon; nous partîmes de grand matin, et à une lieue de Soli^ tneûck nous traversâmes la rivière de Busdr, qui se jette dans la mer entre Chabon et Masula^.
> Englouties.
n j%air &it , sur de» oiiï-<lh^ , une remarque ana- K^itQ poyr les ruin^ qui existent à Gurba et à Nabal.
3 Ceit une des deux rivières marquéea par le capU. Smitb , entre Moraisah et Soliman. Voy, aus^i la carte de M. le col. Lapie, i633.
4- Cette indication rétrécit singulièrement l'espace dans lequel il faut chercher le château de Chabon, déjà mentionné plus haut y et dont aucun auteur n'a parlé.
— iga —
Nous laissâmes le village à main gauche et nous prîmes le chemin de Gibel G)rbos. A la fin de cette montagne on trouve les ruines de Mensulalem ; il y avait là une grosse piare écrite que nous ne pûmes pas lire, parce qpie les Maures Pavaient laissé tomber dans une fosse qu'ils avaient faite; Técritute était cachée; ils Pavaient arrachée dans Pidéé d'enlever qudlques trésGHrs, slmaginant que là où il y a des écritures il ddit y avoir des richesses çaehées*
Nous poursuivîmes notre route; passant du côté qui re^trdiB le nord , nous y vîmes la ville ruinée q^e les Maures appeltentTabur. Sur une petite élévation il y avait une citadelle démohe, et tout auprès un arc triomphal avec deux niches sur le côté, versle rez-de-chaussée. Il est presque semblable à celui qu'on voit à Mezengelbeb. De là nous fômes à Brest et à Duala , qui sont deux petits hameaux. On y vdit une église qui paraît avoir appartenu aux anciens chrétiens. Il y reste deux rangs de colonnesqui soutenaient sa voûte qui, aujourd'hui tombée , laisse tout le temple à découvert. Les colonnes ne paraissent avoir eu aucune symétrie : les unes sont de marbre noir cannelé, les
autres de marbre blanc uni. Dans une niche il y a deux petites colonnes toutes jolies de marbre blanc , et sur la fsiçade de cette église il y a une pierre écrite en caractères gothicpies de cette manière :
Dm. BT CRIS TI FECIT AV.
DEO DATVS.
Tout aiq>rès il y avait une autre pierre maltraitée où on lisait, en lettres gothiques , mb- MORiE. Passant plus avant, nous arrivâmes à une forteresse qui est sur ime élévation , du côté de la mer qui regarde le. nord j on appelle cet endroit Mersa ou le port de la Mamaque. Nous dinâmes là^ et fômes coucher à un endroit peu éloigné de la mer, appelé Guatel, où il y avait un douar de Bédouins. Nous eûmes beaucoup ^souffrir des murmiu*es des Maures, qui , n^ayant jamais vu des chrétiens voyageurs dans ce pays-là, s^imaginaient que nous y étions pour les enlever et les mener en ser^ vitude. Une vieille nous avertit de veiller toute la nuit ^ car on avait conspiré contre nous , croyant que nous devions donner quelques si- I. i5
gnaux pour aTÎser les corsaires de tenir en-* levenle douar.
Le dg, À peine fiit41 jour que nous paitimes. Passant près la riTÎèrede TAbid.^ , nous suiranes la côte jusqu^à un endroit appelé Gerès qui était une vieille ville. Nous vîmes le reste d'une citadelle et une rade où les batimens mouillent. Nous voulions de là aller à Pancienne Carpis * où il y a un marabout enterré auquel les Maures sont très dévots pis y vont souvent en pèlerinage. Nouâajdons dessein dépasser à un château plus avancé du côté du cap Bon ; mais nous ne pûmes y aller, dans la crainte de donner trop de soupçons aux Maures : nous résolûmes de passer dans les terres, espérant y être moins suspects.
Nous poursuivîmes notre Toyage en passant par les ruines de Horam et deGomeray. Celui qui nous conduisait nous mena dormir dans un hameau de dix ou douze maisons appelé
' Oued el Abeyde. (Sh. L.)
* Shaw la place à Gurbos. Il peut Sjç faire que Peyssonnel ait ici en vue Sidy-Doude, rancieime Misua , où il y a en effet un marabout renommé. ( Voy. Shaw, t. I,p. 199, tr.fr.)
Xïaria'^a une petite beue de lamer; il y artiit là autrefois un village considérable, comme les ruines k dénotent» Avant d^arriTer à cette viUe nous "vîmes une grande route creusée dans le rodier Tif ; elle avait cent cinquante pas de long sur trente de large; mais die n^est pas partout égale. Ce ipi est le plus considéraUe à voir dans ce pays, c^est la grotte qu^il y a dans la mcmtagne. On nous dit que cette grotte était û grande qu^dle ressanUait à une ville souterraine à causedes diverses maisons et rues qui y ^ sont; elles forment une espèce de labyrinthe dont la sortie est très difficile à ceux qui n^ sont pas experts. Toutes les maisons et les rues sont taillées dans la jÂerre vive, et les pierres sont transparentes et luisantes enbien des endroits. On dit qu^ y en a desemUables à celles de Syracuse enSidle; ce sont sans doute des congellations. On trouve surporeiDffint qu'il n'y puisse vivre aucun ani-* mai T^mneux : c'est pour cela que fdusieurs Turcs et Maures de Tunis prennent des mbrceaux de ces pierres , les mettent dans leurs
^ Probablement à Laouhariah y TancienDe Aquilarîa. (Sh. L.)
ig6 —
appartemens et même les portent sur eux. Par ce moyen ils croient qu^il ne peut vivre aucun animal venimeux dans les appartem^is où il y a der ces pierres, et que les scorjÂons ne peuvent les piquer ni leur nuire lorsqu'ils en ont dans leurs vétemens.
Nous ne pAmes savoir à quoi cette grotte servait autrrfois; peut-être c'étaient des catacombes comme on en voit en Egypte. * Les Bédouins, en temps de guerre, ou lorsque le bey envoie des troupes pour les châtier, conduisent et cachent dans cette grotte leurs fenmies, leurs enfans et leurs bestiaux ; et les hoounes même, lorsqu'ils ne peuvent se défendre, s'y réfugient. Il nous fîit impossible d'y aller, parce qu'on ne voulut pas nous en miseigner le chemin. On n'aime pas à voir des chrétiens dans ce pays-ci. Us craignent toujours qu'il ne leur arrive quelque accident funeste. Souvent les corsaires de Malte ou les autres débarquent dans ces quartiers, y font ides
< Celaient, suivant Shaw, les caiTiéres dont parle Strabon (lib. XVII, p. 834), d'où les habitans de Carthage, d'Utique et d'autres villes voisines, pouvaient tirer des pierres pour leurs bâtimens.
embuscades et prennent des esclaves. Il n^y a pas même long-temps qu^un vaisseau alla mouiller sur cette côte avec pavillon français; il envoya sa chaloupe à terre sous prétexte dVcheter des vivres; ils achetèrent et feignirent de donner le prix qu'ion demandait. Les Arabes ne se doutèrent d^aucunesuiprise, persuadés que les chrétiens étaient libéraux. Les matelots leur dirent de venir chercher lonfr paiement abord. Ceux-ci s^embarquèrent sous la bonne îqi et, dès qu^ils lurent arrivés, le vaisseau mit à la vcnlé etiss mena en esclavage. Depuis ilii regardent comme corsaires tous les. bat^nens qui abordent sur cette cote. L^on voit par là comme une fraitde d^ùn particuUer peut être nuistt>le.à toute la nation et même à touslesaUiés. Car iâ, dans la campagne, toutes les nations d^Europe ont le nom de chrétiens et sont regardées comme ennemies, sans distinction «ntre les Français les Espagnols et les Itali^is, excepté dans les ports de commerce, où Tcm a pour les nations amies les égards qu^on doit avoir.
Les Arabes soupçonnaient de nous quelque chose d^approchant ; ils commençaient à mui> murer hautement, même à nous menacer et à
consiMrw^S^ils ne YQulurent pas, de leur oàié^ nous ^Qtsmgner la grotte et les endroits où il y avait des ruines , de notre coté nous ne soubair* tions rien tant que deToir la nuitbientôt passée^ pour nou3 retirer et quitter ce pays si dangereux. Nous aurions voulu passer àla Galqpoli% du coté de Test; mais le murmure des Arabes nous fiéiait tout craindre : nous déterminâmes d^ nous retira au plutôt.
Le3o, nous partîmes dès le matin pour re* nir àSoliman; et afin dene pas repasser par un chemin qui était pour nous si périlleux-, nous en fumes chercher un antre qui passait par le miUeu de la péninsule du cap Bon. Nous rencontrâmes quelques viUagesruinés, commesont Lougrin, Zaguiera, quiétaiententourésde mitrailles et de fossés, Fostiungram^ et Socac où nous dinâmes ; ce dernier est un petit village de neuf ou dix maisons. Le commandalit nous y régala dW pain dWge très noir et d'une poignée d'ohvespour nous tous : «'est tout ce qu*^ y avait. Dans les débris des murailles d'une vieille mosquée on trouve cette inscription :
' KaJibia.
in P.
nii SI I r I n p.
Toute la péninsule est pleine de petites collines. Il y a diyerses plantes, la plupart maritimes ; je n^en yis aucune de particulière. Ony trouve des arbrisseaux semblables à ceux de tout le reste du pays que j^al rappelés ailleurs j il y a des lions , des tigres^ quelquefois dangereux. Les vacheset les chèvres sont comme sauvages, n^ayantpresque aucun berger pour en 'avoir soin. On y trouve des lièvres et des perdrix, qui sont très communes de même que dans tout le reste du royaiune, et qui ne sont point du tout farouches. On y voit des Êtucons que les Maures dressent à la chasse; enfin il y a des sources d^eau bonne à boire.
Nous poursuivîmes notre chemin par les ruines de Sarabey , Tabin, et plusieurs autres sans nom ; et après avoir passé la Dascala *, qui est le nom qu^on donne à tout ce quartier, de-
» Voyez p. ii5.
» Cest probablement le Dackhul de Shaw, t. I,
puis la montagne de Corbos jusqu^au cap Bon, nous fûm^s dormir à un douar, où Ton nous reçut dans une maison qui appartient à un Maure de Tunis.
Le 3i, nous passâmes par les ruines deMansula et de la Momaquitta, de Beniquitania , Visemorica et autres, où nous ne trouvâmes rien de considérable'. Nous arrivâmes sur les six heures à Soliman, et le jour diaprés nous nous retirâmes à Tunis.
Tai llionneur d^étK, etc. ,
HEYSSONNEL, doct..méd.
* Tous ces lieux sont dans Fintérieur de la péninsule, oii Peyssoni^ est jusqu'ici le seul voyageur qui ait passé.