LETTRE DIXIEME
4 monsieur V abbé Bignouj Conseiller-dÉtaty cpntenant la suite de la description géo^ graphique du royaume de Tunis^ du côté de V ouest.
Au cap Nègre, le j8 novembre 1724.
Monsieur y
J^ai déjà eu Thomieur de vous Ëdre une des^ eription e^^cte, des contrées et des villes que j^ai vues, tant sur la côte du levant que dans Fintérievu' du royaume de Tunis, Je continue avec la même exactitude à vous décrire les endroits quixestent du côté du nord et de Touest de ce même royaume*
, Nous partîmes de Tunis le lo octobre, en bonne compagnie. MM. les consuls de France, de Hollande et de Gênes s'étaient réimis pour aller passer quelques jours à Bizerti. Nous traversâmes quelques petits bois d'olivier qui sont siu» les coteaux aux environs de Tunis y nous prîmes la route au côté du nord, et nous entrâmes ensuite dans une grande plaine qui y
comme j^ai eu Thomieur de vous le marquer dans ma cinquième lettre ^ commence audessous de Tuburbo et finit près de Porto- Farin^*. Elle est traversée par la rivière de Bagradas. Au milieu de cette plaine il y a un monticule assez long ^ escarpé du côté de la mer, sur lequel est le village appelé aujow— d'^hui Geoula*. Cette plaine est noyée dans ITiiver et devient toute marécageuse. Je ne doute pas que ce pays noyé n'ait beaucoup changé depuis César, et que la rivière, qui charrie continuellement^ n'ait beaucoup fait retirer la mer et accru Tétendue de la plaine'. Nous traversâmes le Bagradas sur un pont assez beau, •mais dont les arcades sont mal construites. Nous vknes près de là quelques vestiges de la ville d'U tique, où il ne reste presque rien. On trouve cependant les débris d'un quai et les
' PeysBonnel, dans sa cinquième lettre^p. 102^ donne^ U esjt vrai ^ les dimensions de la plaiijie en question ^ mais il n'en fixe pas les limites.
«.Gellah. (Sh.L.)
3 Voy. pour les alluvions du Bagradas et le chan-. gement survenu dans son lit, Shaw, t. I, p'. 184, U*. fr. , et mes Recherches sur la topographie de Carthage ^ y. 30, 119.
mineaux où Ton Hait les vaisseaXix. Ces ruines sont à présent à près d'une lieue dans les terres. Continuant notre route à travers cette plaine, nous passâmes à Aucha, village où il reste quelques vieilles masures, mais qui ne paraît pas avoir été grand'cbose. De là nous fi(imes à Porto-Farina, éloigné de Tunis, en droit chemin , de huit lieues , et de neuf en passant par le pont , qui est le chemin que nous avions pris.
Utique n'était pas précisément à l'endroit où est aujourd'hui Porto-Farina , encore moins sur l'emplacement actuel de Bizerti. Il est impossible qu'elle ait été où est Bizerti : car, premièrement, les anciens auteurs n'auraient pas oublié de parler de l'étang sur lequel cette ville est bâtie. En second Ueu, on chercherait vainement aux environs de Bizerti ces vastes plaines, magnos campos"^^ qui pouvaient contenir plusieurs armées; le voisinage du B»gradas, sur les bords duquel combattirent les armées de Juba et de César *; le monticule où
* Tite-Iive,XXIX,35,XXX,8.
» Caes., DeBelL cw.^ Uv. II, 89, sqq. Appian. De BelL civ.^ liv. II , 45.
Scipion avait établi son camp^ et les marais qui coupaient la plaine dans laquelle s^élevait ce monticule' . Au contraire, prèsde Porto-Farina on trouve une plaine très belle et très longue, car elle a cinq ou siK lieues de large sur sept ou huit de long^ elle est traversée par la rivière de Bagradas. On y voit ce mpnt escarpé du côté de la mer où est à présent le village de Geoula , et qu'on doit présumer avoir été le camp de Scipion*. La plaine est marécageuse en bien des endroits : voilà tout le terroir d'Utique parfaitement décrit. Quant à la véritable position de cette ville, je n'os^ais. facilement décider si elle était à côté du monticule où Ton voit un reste de quai et plusieurs autres débris, ou bien à une lieue de là, vers Porto-Farina, où Ton trouve encore quelques vestiges de vieille bâtisse '. Comme la chose est problématique et quHl est de peu de conséquence de savoir si elle était un peu plus ou
» De Bell. cw. y liv. 11,24.
» Voy. Shaw, 1. 1 , p. 188 , tr. fi\
' A Bouchatir. C'est là réellement remplacement de Tancienne Utique \ mab Shaw place Bouchatir à deux lieues de %U^.
un peu moins dan^ la plaine, je me ccmtenterai de vous assurer, Monsieur, que la vieille Utique, plus fameuse par la mort de Caton que par sa propre grandeur et par les sièges qu^elle peut avoir soutenus , était véritablement à huit lieues au nord^uest de Carthage, près de Fendroit qa^on appelle aujourdliui Porto-Farina,
Nous couchâmes à Porto-Farina, que les Turcs appellent Gramela** Cest im petit endroit fameux par sa rade et son port très bon et très sûr, le meilleur et presque le seul qu^il y ait sur toute la côte de la Barbarie j il est situé au^essous d^wae grosse montagne qui forme le cap Zibibe, a{^lé autrefois promontorium jipollinis ; cette montagne le met à couvert des vents de nord-nord-^ouest et de nord-est, les plus dangereux dans ce pays. Sa rade est un grand bassin ; elle a environ une lieue de long sur une demi-lieue de large ; Pentrée en est étroite et le devient tous les jours davantage, parce que la rivière de Bagradas , qui se décharge directement à son entrée, charrie iM^ucoup d.e sable et la comble peu à peu. Il
î Gar-ei-Mailah ou la Cave au sel. (Sh.)
est à crmndre que dans quelque temps efle* ne se fimne entièrement. Je me suis convaincu, par des observations, que depuis dix ans le fond avait diminué de plus de dix pieds; de sorte que les vaisseaux de guerre touchent presque tous, en entrant, aux endroits où ils passaient autrefois fort à Taise. Au fond de cette rade on a jeté plusieurs môles qui forment un bassin carré capable de contenir une trentaine de bâtimens en toute sûreté. Cette rade est défendue par quatre petits châteaux garnis de canons, dominés du côté de la terre, mais en état de bien défendre la rade. IF n^ a pas plus de soixante ans qu^on a commencé à construire quelques maisons autour de ces châteaux. L'^endroit est aujourd'hui petit, mal bâti et très irréguher. Cest là que le bey de Tunis entretient quatre vaisseaux de guerre et où il a son arsen^, qui n'^est pas trop bien fourni, ni pour les manoeuvres, ni pour le Bois de construction , ni même pour Partillerie^
Le lendemain nous partîmes de Porto- Farina pour aller à Bizerti, nous repassâmes par le village d'Aucha; et après avoir traversé un très beau bois d'oUviers qui a près de deux lieues de circonférence , nous montâmes suç
àe douces montagnes: et nous troufâmes uû village appelé HaKa% qui est bâti sur des ruines anciennes. Nous découvrîmes Tétang de J3izerti. Nous entrâmes dans une plaine assez jolie, au bout de laquelle, près de Tétang, on trouve le village de Mezelgelmin •, éloigné à^une lieue de Bizerti*où nous fûmes coucher. De Porto-Farina à Bizferti on compte sept lieues en passant par Halia, et cinq lieues en passant par xme autre route plus courte , mais 4>eaucoup plus rude. Nous fumes loger dans unemaison de la compagnie d^AiKque, qui est un des plus belles de cette ville.
Avant que de quitter Porto-Farina, j^aurai riionneur de vous dire que je fas de Bizerti à cette ville pour y herboriser. On m'^avait dit que les montagneis voisines étaient remphes de plantes rares ; mais je n^ trouvai que des plantes aromatiques et quelques t>lantes maritimes communes en bien des endroits. Chemin^ faisant, je fis plusieiu's observations géographiques. Du fond du golfe de Bizerti j^observai :
• El Aleak (L. i82|^), Elatia. (St.) « Mezeljemeine. (Sh.)
ffizerti au fK>rd-nord-ouest ;
La pointe du çap^f^'*^ N.^^ j
LesCk)nits ',E.N.E-
Au haut du cap du golfe de Bizerti, du côté de Test :
Bizerti,N. O. iO.j
Zinibre%E.S. £.;•
CapZiWbe, S.E. ^E.;
Zawan, S. ^S/O.
Porto-Farina, S. E,»
Après avoir passé le- long du golfe de Bk zerti, par le bord de la mer, je montai la montagne, après laquelle on trouve un village appelé Maclîn ^. On rencontre ensuite une belle plaine rMaplie d^oliviers, tous alignés et bien entretenus. On passe par un gros village ap^ pelé Grossigibel *, et Fon monte la montagne de Porto-Farina. J^observai- :
Le cap Cartage au S. X S- E* ; *
La EmmameMf au S.;
2^wan au S. S. O. ;
' Les îles Cani.
* ile de Zembra ou Zouamoure.
3 Mallin(Sh:)— Malin. (L. i835.>
4 Ras el Djebel. (L.)
Le fond du golfe île-t'Ôrftl^arina , S, ^
Étant arrivé à Porto-Farina, j^observai :
L'entrée de la rade avec le château du mifeu, N. N. O. et «. S. E. ;
Arec le château le plus près de la pointe, N. etS,;
Le câp Cartage, S. ^S. E. ;
TtinisauS. fS. O.;
Le fond du golfe, S. O. ;
Zawan, S. O, | S.
Je retournai le i5 octobre , par la même route, à Bizerti. Je ne dois pas oubKer de ^ous marquer que je fus accompagné dans cette route jpar un hctmal^ ou voiturin, qtii avait cent huit ans. Ge bon vieillard nous suivit à pied, et grimpa là montagne aussi légèrement quW jeune hoitune de trente ans. 11 avait vu sept fois k peste dans son village. II me montra son petit-fils, qui avait soixante et dix ans, et un fils de huit ^ns qu^il avait eu de sa dernière fexume. Il aVait épousé vingt-quatre femmes successivement, et lorsque je lui demandai combien il avait eu d^enfans, il porta la main à sa barbe et me dit qu^il n^en savait pas le npmbre.
Bizerti, que les Arabes appellent Beiiezert»^ autrefois appelée HippozaritoSy est une pe-^ tite ville fort riante située au pied dWe monr tagne, sur le canal qui Êdt la communication de Tétang avec la mer. Ce canal , orné dW beau quai très solidement bâti, forme, avant d'arriver à la mer, une petite île, et la ville est batte partie sur cette île et partie sur le bord occidental du canal. Les maisons sont semblables à celles de tout le reste de ce royaume. Il y a une espèce de citadelle, ou grand enclos de miu*ailles, bâtie sur le bord de la m^, au commencement du canal ; elle est remplie de maisons ,^ et les murailles sont garnies de canons. Du côté qin regarde la mer, la ville est défendue par une citadelle dont les seules &ces des bastions forment le flanc et la courtine, et se joignent en forme de raycmsdWe étoile. Elle est située sur un monticule, dans ime position fort avantageuse. Il y a un autre fort ou pâté sur le bord de la mer, qui défend et commande la rade *. Le reste de la ville
* Ben-Shert. (Sh.)
» Cette rade est dangereuse avec les vents de nord et de nord-est. (iVb/c de PeyssonnelJ)
était entouré île mauvaises murailles de terrej^ àujourdTiui presque toutes détruites. On trouve, dans quelqueà maisons, de vieilles colonneâ qui paraissent avoir appartenu à quelque ancienne viMe ; mais il né reste aucun débris qui Marque ni ranfciennèté ni la magnificence passée d'une grande cité:
Oh fiiit quelque commuée <}ans cette ville, et les Turcs y amient beaiicoup de galiotes pour aller contre les ciu^étienâ. (Test proprement là leiïr port : en effet, dles j sont en toute sûreté ; elles entrent dans le canal , qui a assez de fond pour lés recevoir et qui pourrait en avoir assez pour donner accès à de gros bâtimens, si les Turcs avaient soin de faire creuser et nettoyer Feutrée obstruée partes sablés que la mer y jette.
Ce cànial, dont Tabord est fermé avec une bhsiine de fer, fait, comme j'^ai dit, la communication de Fétang avec la mer. Il a près d'une lieùe dé lotag avant que d'arriver à Pétang. Il court N. E. et S; O. L'étang s'élargit allant irers le sud et vers l'ouest ; il a plus de trois lieues de long sur autant de large.
Au fond de cet étang , vers le sud-ouest , il y a UHL second canal de eonununication avec ' I. 16
un autre étang qui arrose le pied d^uva haute montagne appelée Gîbel Esquel '.Le second étang est presque aussi grand que le premier^ Je fus rsCj promener jusquW secmid canal , et j Y trouvai les mines d\me ancienne ville appelée Thùmda^ et aujourd'^hui Tingia; mais il n^en reste presque rien t tout est renversée Au fond de ce second étang, on voit les ruines de Madurus *, appelée à jHrésent ]\lat«r ou Mar tera, située dans ime grande pkiine.
De Thimida ou Tingia, j^obsenrai t
Biïerti, N, E.:iN.}
Le fond du premi^ étang, E. ^
Mater, S. S. O,;
Gibel£squel,S. O.^S.{
Le fi>nd du deuxième étang, O. S. O,
Ces lacs sont fort poissonneux et[xc(^bt]ds« On a dressé deux boin*digues ou pesquxères au commencement des deux canaux, où Ton prend une grande quantité de pois(5ons, et sm tout de mulets ou mug^s^ dont on enlève les œufe dans le& mois dVoût et de septénaire, pour les saler et les sécher : c^est oe quW ^
. Ukell. (Sw.)
* OpjMidum Matèrent. Plin. V, 4> éà, Hwd.
pelle ensiùle batargue \ Je ne sais pourquoi, selon M. Delisle , ce lac était appdé Lacas Oulcisf ils sont cependant Tun et Fautre d^eau salée. Voici une <^servatîon particulièFe qui peut servir a Feiq^Ëcation des coursais de la Méditerranée '. JVms appris quM y avait sur ces étangs des coursms con^idéraUes, que les eaux de la mer entrent lorsque les vents sont à If^ou^^t -^ et que ^ lorsque les vents d^est «oufQ^it^^ les eau^ scartent. En effi^ , lorsque nous arrivâmes à Bizerti, je vis les eaux sortir de Pétang avec une rapidité c<msidéra^ ble; les Vents étaient alors à Test et à Test* Qcnxl-^t» Elles sortirent pendant huit jours que ces vents soufilèrent« Diaprés mes obser*^ VatiokiS) Tétang diminua d^un pied et demi aux arches du pont^ Les vents cbang^^ent ensuite et vinrent du coté de Touest; les eaux i^entrè^ reixtalorsaveclamèi»e rapidité qu^dUes étaùnit sorties* J^obsarvai mêine au bourdigue, où les
* lQuasidicas^QX(x.pixot j là est ova salita. G. Panciixjle, cité par Shaw , 1. 1, p. 196, 196. Not.
» Voy. Shaw, t. I, p. 180, tr. fr. La même observation avait déjà été ccmsignëe par Pline le Jeuoe ( lib. lX,ep. 33.)
c5annes et les pierres dont il est composé for* ment mie digue , que les eaux de la mer, étant plus hautes de quatre ou cinq pouces que celles de Tétang, rentrèrent tant que le vent d^ouest souffla. Quelqtïes jours après lés Vents Varièrent , et je voyais en un lùème jour les eaux entrer et sortir, TétàîDig dimiiiuer et augmenter^ suivait que les vents soufflaient du èôté de Test ou de Pouest. On observe que dans Phiver les eaux sortent quelquefois, quoi^ qi4e les vents soient à Touest. La raison en est que, comme dans Thivei* les étangs refcoSvent les eaux des montagnes, du côté de Fouest, par la rivière de Gantàra et par celle de ISar tera , ils sont obligés de rendre à la mer plus qu^ils n'en reçoivent, et de donner cours aux eaux qu^ ont reçues par les deux rivières et parles ruisseaux quHls ont tout autour. Ces ruisseaux ne sont que des torrens à sec dans fété^ icar à peine la rivière de Cantarà a-C-elle de Feau dans le temps des chaleurs. Nous s^ournames une vingtaine de jours à Bizerd, où j'eus le loisir de faire toutes ces observations. La campagne était encore dénuée de plantes , les pluies n'ajant pas encore arrosé le pays. Vous serez peut-être bien aise desavoir une
«cérémonie religieuse que je vis à Bizerti. Il y arriva wï s^arabout ou religieux de considé-. ration, qui a coutume, toutes les années, de vi-t siter les mosquées des environs de Tunis.. Il ^vait donné avis de sa venue : 1^ qaïd et les principaux officiers, accompagnés de tout le peuple, furent au-devant de lui à environ une demi-lieue de la ville. L^on portait devant, les étendards des mosquées; Lorsqu'ils arrivèrent près de la ville tous mirent pied à terre, et Ton forma t^ois corps de chantres qui chantèrent à tour de rôle, sur un chant approchant du gréjgorien , et le peuple, vers la fin de chaque chant ou antienne, répondait : Louange soit à Dieu et à son prophète envoyé! La marche commençaitpar lesétend^dsd^laloi.
Ensuite venaient les trois choeurs de chant , entre lesquels il y avait une grande affluence de peuple. Le marabout^ suivait^après, appuyé et sout^iu par deux hommes siu: lesquels il se laissait aller fort négligemment d'une manière véritablement hypocrite, affectant Iç yieill^4 qiioiqu'il n'eût environ que trente-r cinq ou quarante ans. Tout le monde venait rencibrasser. Les uns baisaient le visage, les autres la barbe , et les autres l'habit , et il les
bénissait tous. On nous conta beaucoup <Ie miracles qu^il avait faits. Il fîit ainsi conduit à la mosquée principale ^ et de là à la maison du caïd, où il fiit régalé tant qu^il resta à Bizèrti. Le 3 noTCttibre, nous partîmes avec la même compagnie que nous avions à Bizerti y pour aller au cap Nègre, appartenant à MM. de la compagnie d^Afiîque. No\is fîmes route vers le S. O., et fihnes vers le fond du second étang, éloignédequatre lieues de Bizerti. Après avoir traversé larivièrede Cantara, nous fîmes route à Touest , dans une vallée couverte de bois de liège , et nous passâmes à travers des montagnes* Nous arrivâmes ensuite dans une grande plaine qui a environ six lieues de kmg, habitée par une nation d^Arahes appelés iVfogodis'. Toutes les montagnes des environs sont presque entièrement couvertes de bois et d'^arbrisseaux en alxmdanee. Nous couchâmes dans la plaine, qui est marécageuse dans Fhiver. On y sème beaucoup de tabac, et on y nourrit quantité de bestiaux. Vers le milieu de la plaine , il reste les débris à\m village Qii il ne parait rien de remarquable qu^^iux
' Mogody. (Sw.)
bain dont la structure est la même que cette qu^on enq[dc»e aujourd'hui dans ces sortes d^établissemens. Le lendemain, après avoir traversé toute la plaine , nous passâaoïes une chaîne de montagnes assez rude pour arriver aucapNègre,éloigné d'environ dix-huit Ueues de fiizerti.
Le 20 novembre, je partis du cap Nègre pour aller à Bège ' ^% &i^ de vœr ce qui me restait à examiner dans ce royaume. Nous fîmes route au S. S. E* , et après avdtr marché environ quatre Ueues dans les montagnes, traversant des vall(His pleins de bois de chêne et de liège, nous arrivâmes dans le pays des 4medous% où nous trouvâmes quantité de co« teaux très fertiles en blé. On rencontre dans cette route, et même dans les montagnes, beaucoup de sources d'eau, des rivières et des tCttrens dangereux dans Wiiver , après les grandes pluies. Nous '^mes sur notre chemin, à environ cinq Ueues du cap Nègre, une mine
« Béja , Fancienûe Vacca.
^ Peyssonnel a voulu peut-être désigner par ce mot fancientie tiibu des Medini , que M. le colonel Lapie placcy en effet, auprès de Béja.
Je plomb très abondante. Les Maures qui y: travaillent nous dirent qu^elle avait été ouverte par les anciens chrétiens. A Tentrée de la carrière il y a une pièce de marbre avec un cheval en bas-reUef . Nous nous, arrêtâmes à Tendroit où Ton fondait le plomb. Ils mêlent la mine avec du bois sec dans de mauvais fourneaux faits avec de Fargile , et font ainsi très imparÊdt^nent la séparation et la £3nte de4em' plomb. Continuant notre route^ nous trouvâmes des ruines de vUles et de villages où, à Fordin^re, il ne reste rien d^entier ; et nous arrivâmes le soir à Bège, après avœr traversé une petite rivière qui va sç déchsyrger dans le Bagradas.
Bège est une petite ville des plus considérables de ce royaume, située à 9 lieues S. S. E. du cap Nègre, à 16 heues à VO. de Tunis. Elle est tnangidaire, bâtie sur un coteau en amphi-: théâtre. Une des pointes du triangle se trouve au haut du coteau , où il y a qne espèce de château de peu de défense. La ville vient en s^'élargissant vers une petite plaine. Elle est bâtie sur les débris de quelque ancienne ville. On trouve encore des lambeaux de vieilles, murailles et , dans toute la ville , on voit des
pierres écrites en caractères romains; mais la ichaux qu^on passe dessus pour blanchir les maisons est^ cause qa^<m ne peut lire les caractères.
Voici quelques inscriptions que j^ai pu déchiffrer. Sur une pierre, dans les murailles de la ville, près de la porte de la Fontaine :