‹ Voyages dans les régences de Tunis et d'Alger (volume 2)Chapitre 7 sur 53 · LETTRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LETTRE TROISIEME

jfcrf Monsieur Vahhé Bignon^ Conseiller-^ Etat ^ contenant diverses relations sur divers sujets , êi principalement sur le pays pétrifié qui se troufoe dans le royaume de Tripoli; en Barbarie.

Tunis, ce 34 juin I7i4«

Monsieur^

Jieii'aiirais jamais entrepris de vous envoyer des éclaircîsaemaiis siir ce pays de Barbarie, persuadé que rien ne vous est nouveau, si vous ne me Paviez ordonné. Le journal de mon voyage et mes observations depuis Paris juscpies à Tunis font le sujet de la première lettre que j^ai eu Phonneur de vous écrire, le joiunal , les observations géographiques et la description des lieux que j'^ai vus dans le royaume de Tunis , font le sujet de la seconde. Elles contiennent des faits assurés , mais celle-ci va être remplie de rapports. Ce

sera toujours un on m'a dit qui sera la caution de ce que jWancerai, et si la cour ne veut pas croire ce on m'a dit que je rapporte, je suis en état d^aller moi-même sur les lieux mHnformer de la vérité; elle n^a qu'à me TcMrdoniœr précisément et efficacement; je ferai de mon mieux pour remplir cette cc»nmission. Quoique je sois dans un pays ou règne Tignorance, on ne laisse pas d'y trouver des gens qui vous donnent quelques lumières et Ton trouve des amateurs des belles-lettres. Vous aurez, monsieur, peut-être peine à le croire, on y trouve des Mécénas, des Agrippa, des Rgnons. Le kazanadar * de ce royaume est le Mécénas dont je parle. Cet homme, plein de bon sens, abeaucoupd'amoui^ 'pour les bellesJettres, et son mérite Payant rendu le premier ministre et le principal conseil du bey , il soutient la littérature dans ce pays autant qu'il le peut. 11 fait entretenir par le bey quatre-vingts écrivains qui^ non-seulement sont occupés à transcrire les livres de la loi, mais encore copient et formait les histoires des pays qu^^Us connidssent. M^ayant

■ Ou kaznadji, trésorier, miuUlre des finances.

fait appeler pour vpir une plaie qu^il avait à réfnne du dos par suite à^un anthrax très considérable^ il m'^assura qu'ail Êôsait travailler à une histoire fort juste , qui comprendrait le règne de tous les beys de ce royaume et les principaux évènemens arrivés depuis que Selim, empereur ottoman, en fit la conquête;. Un semblable manuscrit ne me Serait pas échappé si j'^avais eu le moyen et le temps de l'acquérir, le Êôre copier et traduire. On pourrait encore tirer plusieurs mémoires et manuscrits qui seraient très utiles à Fhistoire; peut^-ètre en trouVerait-on pour la médecine, quoiqu'elle soit i^orée dans ce pays.

Outre les monumens antiques qui^ sont où était Fandenne Guthage, que j'aurai l'honneur de vous décrire, il subsiste encore un ancien édifice ou amphithéâtre à Augen% à trois journées de Tunis, du câté du golfe de Tripoli; voici ce qu'on m'«a a rapporté. C'est un amphithéâtre, m'ar-t-on dit, qui a trois cents^ pas de circonférence, avec plus de deux cents portiques^ entre lesquels il y a des colonnesi

» £1-Jemme. Peysaonnel a déjà décrit cet amphithéâtre de ifîsu dans la deumème lettre, r. p. 87 et suiv.

d W grand goût pourFarchitecture, Cet édifice a plus de cent pieds d"^élévation; on y trouve plusieurs statues mutilées et dVutres enterrées tout entières. Près de là on aperçoit de très belles colonnes de marbre et les débris d^une ancienne ville où Ton découvre quantité de médailles antiques.

Au rapport de quelques esclaves du bey , il y a de très beaux restes d^antiquités à trois journées de Constantine, sur les confins de ce royaume; mais pour faire ces voyages , il faut des fonds considérables. Voici, à ce sujet, ce qui m'a été rapporté par le docteur Mendoze , juif, médecin du bey. Il dit qu'ayant suivi le bey au camp d'hiver l'année 1722, ils furent bien plus avant dans les terres que de coutume. Entre deux villes ruinées, dont ime est à huit journées de Tunis et à peu près à la mètne distance deTabisa, ville dans le royaume d'Alger, près le désert de Sahara, on trouve une ville entourée d'un lac formé par une rivière assez considérable. Cette ville, dont on ignore le nom, possède beaucoup de statues et une foule d'autres choses merveilleuses. Elle a une porte très somptueuse, et quatre tours

sur lesquelles sont gravées, en caractères romains, les inscriptions suivantes :

Inscription tracée sur une des tours :

LEG. m. AVGVST. LEO. XVI. LB6. IIII LE6. III APOLLINARIS LEG. II ADIVTRIGIS GOIfSEGVTVS OB VIRTVTEM IN EXPEDITIONEM PARTHICAM GORONAM MVRALEM VELAREM TORQVES ET PHALERAS...

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