LETTRE SECONDÉ
A Monsieur l'àhhè Biffnon^ Conseiller^dfÉtaiy cantetUmt ladesctiption géographique du royaume de Tunisy du côté du lemnt^
TiHkb, ce iS juin 1734*
Monsieur,
ie Qbntinue, stÛTànt vos ordres y de yous^ envoyer le journal de mon voyage. Comme j^ai déjà parcouru une partie de ce royaume, du côté du levant, et (|ae faî assez de matièi^ poulr fournir à une lettre, j^ai ITionneur de vous entretenir de tout ce que j'^ai vu.' Celle-ci ne contiendra quWe relation géographique des villes et viflages où j'ai été.™
Vous savez, monsieur, que le royaume die Tunis est le v pays qu'on appelait autrefois la Mauritanie proconsulaire V II est situé sur la
* Cette synonymie est inexacte. Le royaiuaie de Tunis représente la province que les Romains appelaienl
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bote d^Afiique dans la m^r Méditerranée, boiné, du côté du septenUioii ^ par la mer qui répond aux îles de Sicile et de Sardaigne; du côté du levant, par le golfe de Tripoli, tirant yers la côte de Malte et va jusqu^au golfe qu^on appelait autrefois Sjfrtis mtnorf du côté du couchant, par Jb royaume d^Alger; et du côté du midi, par les déserlsde Niunklie. Les villes prinapales et les plus connues sont le IcHig de Ul mer; En cœnmençant du coté du levant, on trouve les (krbi vis-à-vis Tîle du même nom, les Faz vi&-à-vis les îles Querquéni% PAfiicia*^ le Monestier'^ Suse^, Ergula^, Mahomete^, GaHpoU^. Oâ rencontre^ après, le cap Beau, ti Von (mtre du côté du nord* LaGoujiette^ Timis^ Cartilage, Porto- FarinOt Biz^rti, le éap N^re^ Tabarque et la
{tfOpreiBieiit TÀfriq^ie, ou k province proconsulaire d'Afiique«
' S&x> via-^-rvis de» fies Kerlînes. (L. «8^9.)
» Mehedia. (Sm.)
* Monastir. (L.) 4 Sbussa. (Sm.)
* Hwktak.(Sm.)
^ Hammamet. (Sm.)
; Probablemenl Kalibia. (Sm.)
Calle s'y rencontrent : je décrirai tous ces endrcnt&-là dans la suite.
De la Goulette.
Le 28 mai «724 , nious mouillâmes dans là baie de la Goulette. Cette baie sert de port à la ville de Tunis; elle peut avoir quatre lieues de large sur autant de long; elle commence au cap Carthage et s'enfonce jusque près dé Tunis. Cest un peu au-dessous du cap Carthage que mouillent les vaisseaux de guerre et les gros vaisseaux ; les autres avancent encore près d'une Ueue et vont mouiller devant les forteresses de la Gkmlette. Ces forteresses sotit à droite en entrant, vers le milieu de la baie, à une portée de fusil Tune de Pautre, ayant entre deux un canal qui Êdt la communication avec le lac. On a bâti, depuis quelques années , un quai de chaque côté du canal et on Fa creusé de sorte que deux sandals, qui sont des^ bateaux plats qui vont dans le lac , et dont on se sert pour charger et décharger les bâtûnens, y passent avec facihté; mais il serait bientôt comblé s'il était nécessaire. La for-teresse qui est du côté du midi ou de Tunis est carrée, flanquée de mauvaises petites tours^
carrées et ce côté , qui regarde la mer, sort en dehors en s^arrondissant. Elle peut avoir cent vingt pas communs sur chaque face ; elle a quinze ou dix-huit pièces de canon dans des casemates , vm peu plus haut qu'^à fleur dVau.
L^autre est bâtie sur les débris d^une ancienne et bonne forteresse carrée, flanquée de quatre bons bastions réguUers, qui avaient cent pa3 sur chaque face de bastion ; le 0anc et la courtine proportionnés. Ces bastions étaient voûtés , et les voûtes étaient de très belles citernes dont quelques-unes subsistent encore. Les Turcs ont conservé un seid bastion de cette citadelle, duquel ik ont formé un fort qui a douze pièces 4^ canon montées. On voit à la porte de ce fort les armes de Charles- Quint qui sont gravées sur le marbre. Cette pièce de marbre forme la première marche de rentrée du château; on y distingue encore le cordon, le Uon de Léon, les tours de Castille et quelques lambeaux des armes d^Aragon.
A une demi-Ueue de ce^ forteresses , il y a des puits, au bord de la mer, où les bâtimens vont faire de Feau qui est saunjâtre pjt guère bonne.
Après âvon* passé par ces citadelles, on entre dans le lac de k Goulette. Ce lac est presque nmd) ayaût deux lieues et demie de long sur une lieue et dettûe de large. Il n^est pas fort prc^nd) mais il est très poissonneux. Comme il a deux issues , Fime du côté des forteresses , et Tatitre vers le fond de la baie, pn a mis des pierres et des joncs qui ferment aux poissons la sortie de ce lac , et forment une espèce de labyrinthe où Ton prend le poisson. Cest ce qu^on appelle au Martigues, en Provence, pùurdiffouet vcipeschiere. Ce lac est rempli de diverses plantes marines , telles sont les algues, les Cfcetabulum^ ^sjucns et autres. Au «oâieu de cet étang, ily a une petite 3e oùTon a coastmît wi château cart*é, garni de quelques |Hèces de canon» Ce lac , que nous contournâmes pour alla:* de la Goc^létte àTunis, vit aboutie à Une portée de fiisfl de3 murailles de pette tiBé; il y a là un môle pour débarquer et embarquer les cnarohandises.
Le 29 , M, Pignon , consul à T^^Ûs, ayant été aui^ vaisseaux du roi pour saluer monsieur TaïGtbassadeur , eut la bonté de passer, au retoiff, à bord de la pînque sur laquelle fêtais embarqué et m'obhgea fort gracieusement d«i
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prendre mx ^ppmrhtmeBi ciicc lui. Nous ini- Tames à Tunis le même jom*.
On compte (fmtre lieues ^ la Goukite ^ Tunis.
"De la ville de Tunifi .
La wiUe^ Ternis eal k 0ig>ilflfeidii jr^yaume h<fiid eUe •dwiie son nopnu £Ue esl siteée «u £ind4u liK^de la QopdeOe «kneit nous venons de jMurkar, ^se sur le «doux pendbant d^une colline, de sorte que «e n^^est qa^tm. ^fuekpei^ iffîftdrcâts où IVm s^iaiçcnt que Vtm moBie oif ^^pie Ton deicm4- Ciqpatidant «tte fonne m^ &rtJi6aa spectade^ se laîs«0 déeomrrir 4iatt|. iCnti^èFe 4e bicm des •endrotlSf Elle atrt plu^ io»gue ^^«ile n^est iax^ ; aon anocoBle ne^»* rdk pas exïU^menei^ grande aHl ne fiailak joindre ses &ubourgs , qin An]^ .^i^anrdSui^ «me i^éritatde partie 'de 1^ i^e, et qm llaugœeBtent çcoasidé^aU^ai^it; , de sorle qu^^l^ a une ffr9màe Ue^ de fkanpe de Of^oonfërenne. JLe^ laies sont ébrcHt^ «t mal percées; il n^ en a que quelques-unes de pavées. Les maisons sontMties à b bvque , ç^est-ià-dûre tr^ basses j cQ»tenant «m ^?ai^ e^paoe*et peu de ](e^eiBeni ; pi>esme toutes carpées. Une cour
découTerte remplit le milieu et tous les aprpartemens y répondent. La plupart de ces maisons n'ont quW étage, peu deux , et plusieurs n'ont que le rèz-de-chaussée. Les toits sont plats, terrassés, n'ayant qu'une petite pente pour laisser écouler les eaux. Il y a , dans cette 'ville, plusieurs mosquées ou églises turques, quelques-unes assez belles; mais aucune ne mérite l'attention particulière des voyageurs. On ne trouve ni places, ni maisons, ni autres édifices remarquables.
Cette ville est entourée de très mauvaises murailles flanquées de quelques tours carrées sans défenses. Je ne sais si elles ont été bâties ou réparées sous Charles-Quint, mais à la porte de la marine on trouve, dans la muraille , une pierre gravée avec cette devise : Suh Carqlo Quinto.
Tunis est défendue, du côté de la mer, par les forteresses de la Goulette et par le fort qui est sur le lac. Du oôté de la terre , elle a trois châteaux qui dominent la ville et la campagne. Le premier, du oôté du midi ou sud-est , est attenant &ux murailles de la ville; il est très irrégulier. Le second, tirant vers le couchant ou nord -ouest, est ime espèce de
carré, flanqué de quelques grosses tours rmi-^ des. Le troisième est à peu près de même. Ces châteaux n^ont ni £3ssés, ni chemins couverts, ni aucun ouvrage extérieur pour les défendre. Ils ne sont pas dominés , et ils sont garnis de plusieurs canons assez bien entretenus.
Le dernier de ces châteaux doit avoir été bâti sur quelque ancienne forteresse, car Ton voit les murailles anciennes d^un aqueduc qui est destiné pour y porter de Teau, et qui a été réparé et entretenu pour cet effet. Cet aqueduc est assez beau; il a environ deux mille pas communs de long avec deux cents ^1 tout décades. Les voûtes sont de brique, assez dégagées. Quoique la bâtisse ait quelque chose d^ancien, ellen^a cependant aucun ordre ni rien qui puisse surprendre ou faire plaisir. Cet aqueduc conduit les eaux des puits qu^on élève par des rouages pour Fentretien de la citadelle.
Du Bardou ou palais du bej^ de Tunis .
Le 3o mai, je fus pour saluer le bey ou le roi du pays. Après avoir passé les châteaux et descendu la douce colline où ils scmt situés ,
j^arrirai «u pdais du bey, qa^oa appctie ie palais le Bardou. Ce chk^eani ou ce palais ^si un grand enclos de muraiBes presque carré, âanqoé de qi»^ques toixrs carrées a>rec quelcfues pièces de cancm^ raab dVrae très mau^ ifsim défense. U »t A denô-^ëeae de T\ms , dominé par le canon des citadelles , situé dans une beHe fdwieaa bord d^un étang.
En entrant dans cepafads^onpassepar «m corps-de-garde où restn^ les spahis de b carde du bey. On entre après dans une grande couripdsatd^ëcurie eto& scmt le» remâses; cat«n trouve iine seconde où est b mosquée^ 9is9-«Hvis de laqudle est Pentpée de la imi-soêu On monte une douzaine de marches de giarhre blanc cpn iorauBDt un nauvais ipêrron aboutissant à un péristyle qui se présente asses bien. A çoteé est b ^e où le bey rend b justice. De^cepéri^yle on entre d»es ime grande cour au milieu de laquelle fl y a un bassin de marbre. Autour de cette cour règne un cordon de colonnes de difierens marbres. Ces colonnes sont de plusieurs ordres et la plupart dVm ordre gothique et partîcHËer à ce pays, qid ne répond précisénent à smcffii de pQS ordres. Autour de cette cour carrée il y n
(rois gEMids sqpp«iteyyi6tis <fà ne sont que de$ salles fort àmgiies et âdtesen crdbt, parées de briques Temissées ; elle sont ornées d^eqpèces de pantnres d^W un goût Aosaïqoe , portant divers (WRcnuns de tCbrars^t des saitences de TAlcoraa dans une «^rméine asset partictdiè^ Au fond et aatom* âé çeÈ saHes, 9 y a un sopha ékfvi dW pîed, $ur lequel ûj ades nattes, on mat^as, ui| tapis et de grands carreaux d^m» eiqièce de drap dVn*. Les muraiifes sont tt»iduei^ de tapisseries d\m goût assez partîoolier; eHessontde pidces rapportées représentaoït desvftses et des fleurs dans une symârie gniciet^e et befte. Ces trois saUes sont presque égaies, et ce qcé occupe le vide qui serait entre cessaBes sont les appariemens des offid^rs e( des domestiques. Os apfMui^esasjotit très pauvres , dénués de meubles et ^saflts auecm ornement.
Le sérail ou TapparteHUttit des ^femmes se trouve dansraTsàit'Cour; et de Fautre côté du sérail, iiy a un jardm qui est très pende <ïhose, rempli d^orangers rangés en ligpfte droite , mais ilnYa ni aUées ni promenades. AunnUeudece ^ap^a, ily a un grand haMn eMouré de marbre Uaiic wtc qivelques fbnteims^ et au Ibnd^
on trouve une espèce d^appartement ou de pavillon fort gracieux , orné de peintures dans un goût mosaïque.
L'enceinte de ce palais peut avoir environ douze cents pas. Outre la maison du bey, il en renferme plusieurs autres pour les principaux officiers. Elles sont assez gracieuses , mais eUes ne méritent pas d'être décrites.
Le bey est gardé dans ce château par quatre ou cinq mille spahis qui sont des troupes de cavalerie toujours entretenues. Des détachemens de ces troupes y vont monter la garde et sont toujours prêts pour faire exécuter les ordres du bey. Il y a, outre cela, quinze cents Turcs, espèce de jannissaires entretenus et commandés par le dey et par un aga.
Il est servi par des esclaves chrétiens et par quelques renégats. Ces esclaves même lui servent de valets et d'espèces de gardes-du-corps, l'accompagnent partout, et le bey leur donne jSa confiance préflérablement aux Maintes et aux Turcs. Ils font la garde à la porte de la chambre, les renégats à la porte du château ou de la maison , et les spahis à l'entrée. Les esclaves seraient assez bien dans ce Palais, de même que dans la ville de Tunis, si
Tesclavitude n'était par elle-même une grande peine. Outre Ceux que le bey garde dans son &irdou pour son service, il y en a beaucoup d'autres dans If s baignes. Ces baignes sont de grandes maisons dans la ville de Tunis , où Ton renferme les esclaves et d'où on les tire pour les faire aller au travail. Ils n'y sont pas maltraités et sont heureux lorsqu'ils peuvent parvenir à avoir la permission de vendre du vin ou de l'cau-de^vie, où lorsqu'ils ont quelques métiers. Alors, ils donnent tant par naois au bey pour se libérer du travail journalier, et gagnent assez aisément leur vie et, bien souvent, leur liberté. On leur permet dans ces baignes le Hbre exercice de leur religion ; eii un mot , c'est de toutes les esclavitudes celle qui est la moins rude et beaucoup d'habitans du pays sont bien plus malheureux que ne le sont ces esclaves.
Ce serait ici le Ueu de vous entretenir des ruines de l'ancienne Carthage , mais je ne suis pas encore en état de le faire.
De la Galipoli.
Le quatrième juin, je fiis à la Goulette et je
m^embarcjuai sur le même batim^DA qui mV- Tait amené. Eu sortant de la baîe, le cmq juin, nous fîmes routé au nord-est pour joindre le cap Bon autrefois eiyipeiA Promùr^rium Mer^ curii. Le 6 nous; nous trouvâmes ^m le cap Boffi , après avoir passé entre W Z^Eibre et là terre ferme. Le Zimbre^ est imeile située à Fouest du cap Bon, à deux Ëeùes du large. Nous fîmes route à TE* S. E. La cote court à Test \ S. E. Le soir^ nous noua trouvâmes d^ tant la Galipoli'', ^ répond à VA^is ou Cljrpea de& anciens. Il y a un mouillage. Cet endroit avance un peu par une pointe basse i Hy à ime petite distance de la m^^ il y a un inonticule rond au haut duquel il j a une cir' tadelle flanquée de tours^ carrées. Quoique ks murailles soient mal bâties et mal eonstraites^ la place he laisse pas d^étré Quarte par sa situation, h^étant pas dominée et n^j pouvaatit approcher que par dea endroits assez difficiles et tout découverts. Autour decemcmtieule, on trouve les restes d^une viUe qui panut avoir été grande et bien bâtie. On aperçoit et Ton
^ Zembra, Zouamoureou Ël-Giouamer. (L. Sm.) * KaUbia.
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distille eucwe les débris des paries de la ville bien C(»istniiÉcs^ d7uii& ardétecture go*thique et sans ornement^ c^est cifoiud^nî im très petit vilkge.
Cefit àce inlbige que conunence ie golfe de la Mabomete ^ dovtt k cote oourt^ comme die est marquée dans la carte marine deBL Bei^ tbekM , jusqiMss au McMMStkr.
De la ville de Suse.
Le sept juk», nota mouittames dans ia rade de Suse. Cette iryiesetrmiTeaufofid du goHè qu^on aj^ieUe aigoupd^kui de la Mabomete; é^e^ une petite yiUe carrée, qui peut avoir un grand raille ou tiers de beiie de ôrconfi^r^ice, entourée de bcNinies sMHraâles flanquées de toars carrées. A ciiaque coin du carré de la ville, il y a des batteries garnies de jrfusieurs {àèces de canon, et sur lecmn qm regarde du côté du midé au éoudieoit, S 7 a une citaddle oa chêiteau irrégidier . La fa&tisse desmurailles, de âiéme que celle des édifices de la vitte, ne parak pas d^une trèi baute antiquité, mais seuk^nent du temps des prenners siècles de
-^ 3îî -^
FËglise. Elles sont construites de bonnet pierres de taille, solidement bâties et bien entretenues et réparées.
Cette petite ville carrée est fort riante ; bâtie sur le penchant dWe colline. La mer arrose tout le côté des murailles qui regarde le levant; le côté opposé est défendu par la citadelle qui se trouve au haut de la vifle et qui n'est point dominée. L'enceinte de la ville, le château et la ville même font un joU point de vue qui se laisse découvrir en anivant par mer. Les maisons sont basses, les rues étroites et assez rudes au haut de la ville. Elle n'a que trois portes. Au bas de la ville, on trouve deux grands enclos de murailles^ flanqués de demi-tours rondes, dont on a Eût deux mosquées. Ces enclos paraissent avoir été autrefois des monastères ^ ce que Ton connaît par la structure des portes et l'air de l'édifice. Il y avait un clocher à chai^un dont on a Élit des minarets qui sont de même Êibrique que les murailles. J'ai appris qu'il y avait làdedans des écritures gravées que les Turcs n'entendent pas; je crois fort que ce doit être des écritures latines. J'y aurais volontiers été s'il était permis aux chrétiens d'y entrer. On
y garde même, dit-oïi, dès manuscrits latins. Ce qui me confirme dans cette opinion^ c^est un ancien tombeau de marbre, de même £J)rique et structure que ceux des premiers chrétiens que nous trouvons en ProYence^ Ce tombeau Se trouve tout entier sous la porte de la ville du éôtê àé la citadelle, où il y a une inscription latine^ Margeli Alfondi Episcopi. Ce qui a été cause que le tombeau a été conservé, c^est qu^U n^ a aucune figure humaine gravée dessus: ce ne tônt que des ot*nemens. Il y a encore, sur une muraille à^une des mosquées , une pierre ^vée en bas-lrelief qui repr^enté Jésus-Christ pfèchaiit à ses apôtre^ sous un palmier; elle est presque effacée. On trouve encore dans cette ville plusieurs &çades de maisonsqui dénotent, par leur architecture , avoir été celle de quelque église. Quoique je ne croie Fanti^té àe telle ville que des premiers siècles de l^glise, une quantité de débris de colonnes de granit et de marbres difiërens, avec des diapitauit d^ordre corinrtbîen, nt^ feraient Étalement croire qu^elle a été bâtie sur les ruines d^une plus ancienne ville : on y voit des inscriptions arabes que je ii^ai pu copier.
En ffortanl de la ville, du colé du château ou dt| couchant , on trouve les débris d^une fortereMe qui a été démofie, il y a «iviron 25 ans, par Mahamet-Bey, et, un peu plus loin , ont voit de grands délxîs de maçonnerie dont il reste encore deux masses afireuses par leur grosseur. On voit le fondement de Péihfice en terre, mais on ne peut conjecturer ce que cela était, tellement cela est d^gitré.
Les vaisseaux mouillent à la tète des débris (Pun ancien môle qu'on avait bâti sur des écueils qui s'y trouvent. C'était alors un très bon port pour les bâtimens ; mais ce môle a été détruit par le temps. Le pcwt ne laisse pas d'être bon pour les barques et les petits vaisseaux qui mouillent à sept ou huit brasses d'eau. Ayant relevé de ce port le Monestier, il me restait à l'est 7 sud-est, à cinq Ueues au larg^. La campagne de Suse est très belle, située le long du coteau où la ville est bâtie; elle est pleine d'oliviers, de dattiers et de quelques autres aibres fruitiers* On n'y voitpoint de rtvière^ mais il y a beaucoup de puits dont gb m sert pour arroser les jardins ; elle est toute garnie delonauvaises tours carrées, àdetix ëCar»
ges, qui servent de maisons de campagne aux habitans et qui ne laissent pas de donner un fort beau point de vue. Du haut de ce coteau, on découvre plusieurs petits villages dans les (erres, qui sont gouvernés par le caïd de Suse qui a soin d'exiger le tribut de vingt-deux villages qui dépendent de lui.
Le treize juin, étant à Suse, je reçus une lettre du châya ou lieutenant-général du royaume, portant ordre au caïd de Suse de me permettre d'^aller où bon me semblerait. Je lus le saluer à un village où il était pour retirer le tribut : il me donna deux spabis ou cavaliers pour ma sûreté. Nous fîmes ensuite route au midi et fumes dîner à Gimel, village à icinq lieues de Suse. Je passai par les ruines de quelques palais où il reste encore des débris de colonnes de marbre.
. De Gimel et des villages de cette côte.
Gimel', de inéme que tous les villages situés sur cette côte et dans les terres qui y répondent, sont de très mauvais endroits. Les maisons n^ont qiie dix ou douze pieds de haut^
* Ojammel. (L: i833.)
bâties de terre et de fiente de cbameau, ks habitans y sont très misérables.
Toute cette côte, jusques à quinze ou vingt lieues dans les terres, autant que nous pûmes découvrir, est remplie de plaines à perte dé Tue, séparées par des coteaux et coiq>ées par des bosquets d^oliTia*s. On n^ trouve ni sources ni rivières; on n^ boit que de Peau des puits que Ton a creusés. Cela dure tout le long de la cote , depuis le cap Bon jusques aux Gerbi, qui est la fin du royaiune, Fespace de quatre-vingts ou cent lieues. Ce terrain, fort bon par lui-:méme, devient dans Pété une terre brûlante et aride , desséchée par les ardeurs du soleil, sur laquelle il ne paraît point de plantes si ce n^est quelques gramens ^ et des herbes aromatiques que les moutons brour tent comme du foin.
L^après-dmée, nous continuâmes notre route au midi: îicfus nous trouvâmes sur un coteau, à trois Ueues de (^mel, d^où nous découvrîmes deux étangs. V\m était à Test, à quatre lieues de nous , le long du bord de la mer; l'autre à Touest, à trois lieues d'où nous étions et à huit lieues de la mer. Ce dernier, assez constdérable, peut avoir sept ou huit lieues de cir-
cuit, produit par les égoûts des eaux des pluies qui, desséchant dans Tété, donne une grande quantité de sel très blanc. Ces lacs sont par le travers de PAfiica ou du Thysdrus ' des anciens : ainsi Vétang que M. Delisle met près de la ville de Suse est plus au midi qu'U ne le marque dans sa carte.
De là nous fômes coucher à Augen.
De Tamphithéâtre d' Augen.
Augen* est un mauvais village situé à la côte du levant de ce royaiune, à trois grandes journées de Tunis, à douze lieues au midi de Suse , à sept lieues à Fouest de la mer, et à six Ueues au sud-ouest d^Afiica, nommée par les Turcs Media, qui répond au Thysdrus des anciens. Nous couchâmes dans unjbndouy ou maison où les passans logent. On nous y apporta des œufs et ce qu^il§ pouvaient avoir que nous acceptâmes par bienséance.
Le quatorzième juin, dès qu'il fit jour, je fîis pour voir et prendre les dimensions de Fam-
* Synonymie inexacte. Le Thysdrus des anciens eçt à £i-Jemine.
# El-Jenune, ( L. )
phitéatre posé sur le haut d^un coteau, dans une espèce de plaine un peu élevée. G est un grand corps de bâtiment dont Tovale, en dehors j est si doux qu^ paraît rond. Sa circonférence est de treize cents pieds ou deux cents soixante pas géométriques; sa hauteur de cent vingt pieds.
Trois rangs de portiques se présentent et font la feçade et le tour de ce bâtiment. Il y a cent quatre-vingts portiques , soixante à chaque rang, entre chacun desquels sort un pilastre ou demi-colonne d^ordre corinthien. Ces pilastres sont surmontés de leurs chapiteaux et soutiennent la frise et la corniche du même ordre , qui régnent tout autour. L^ouverture des portiques du rez-de-chaussée est de douze pieds ; la voûte cintrée en rond. Le diamètre des pilastres est de deux pieds et demi, sur vingt-cinq pieds de long , et cinq pour la coi>uiche et la frise font trente pieds quV le premier rang, le second vingt^^-huit, le troisième vingt-cinq ; le quatrième a vingt pieds de haut, le pilastre du même ordre; mais au Ueu de portiques il y a des fenêtres carrées.
Quoique cet édifice, bâti de pierres de taille d^une médiocre grosseur ( les plus grosses
n'^ayanl que cinq pieds de long ), soit d^une grande simplicité pour la sculpture ( car à peine les feuilles d^acanthe des diapiteauxsont marquées ), il ne laisse pas d^être d^une grande beauté et d^un excellent goût pour rapdbdtecture. Il se prés^ate très bien, et donne une grande idée de ses auteurs et de la pinssance de ceux à qui il devait servir.
Une place ovale, de soixante-dix pas de long sur quarante de large, au ndUeu de laquelle il y a un puits, occupe le niilieude cet édifice. Six rangs de voûtessoutenaient les degrés de Fionptiitbéâtre. Le presader avmt douze pieds de large y et soutenait un corridor qui régnait tout autour de Tédifice , éclaire par le3 portiques de la façade.. Un .degré re»i{^sait la seconde' voûte; la troisième était un corridor; k quatri^sie un second escalier; la cinqiiième un troisième, corridoi?^ et la sixième sout^sait la balustmde. Tous ces corridors donna^it de& issues à FaiHpIiithéâtre.
Le premier corridor, en dehors, soutenait trois rangs de voûtes; le second, moins ; ainsi successivement. Les voûtes étaient de très bonne maçonnerie ; Tépaisseur des voûtes du premier rang avait dix pieds, les autres pro-
portionnelles , et le tout ^isemble avait qua-* rante pas communs ou cent vingt pieds de large, soutenant des degrés de deux pied^ d^épaisseur sur autant de haut.
L^amphithéatre avait deux issues , Fime au nord et Fautre au midi , avec de beaux souterrains proportionnés aux voûtes de Fédifice* Voilà quel devait être Pétat de ce superbe monument, lorsqu^il était dans son entier et qu^il servait de lice aux combats des gladiateurs ou des bétes sauvages, ou à donner FafTreux spectacle des hcmunes dévorés par des lions , des tigres ou par des animaux carnassiers.
Aujourd'hui, les murailles du dehors sont encore en bon état, à la réserve du plushaut rang qui est détruit , et du rezrde-chaussée qui ^st, en quelques endroits, ruiné et, en d'autres, comblé par la terre qui s'y est ramiassée. La porte ou l'entrée du mi£ est entiërement<lé^ truite : il y a même ime grande brèdie de tout l'édiQce qui a vingt-cinq pa& dç large. L'on avait commencé d'en faire une de même du coté du nord ; mais on n'a détruit que la fitçade. Ces deux brèches furent faites par ordre de Mahamet-Bey, il y a une trentaine d'années. Les Arabes s^taient retranchés dans cet édifice ^
il eut beaucoup de peine pour les réduire, et, crainte d^un second retranchement, il fit Êdre ces brèches. Les degrés de Famphithéatre sont tous ruinés de même que la plupart des voûtes. La seide forme et quelques lambeaux qui restent font conjecturer ce qui manque. Il semble que cet édifice ait été tait sur le modèle de Tancien colysée de Rome. Autour de ce monument antique , on voit diverses nones qui paraissent avoir appartenu à quelque superbe ville ; on y voit diverses statues de marbre qui marquent Thabileté des ouvriers de ces temps, et qui sont toutes mutilées par les Turcs, qui ne peuvent souffrir aucune figure humaine par un principe de religion.
Les habitans de ce viflagë, qui m^avaîent vu prendre les dim^isions de cet édifice et écrire en même temps, prirent ombrage de mes démarches, s^assemblèrent autour de moi et commencèrent à murmiurer, de sorte qu^il ne me fut pas possible d^examiner à fond les ruines qui sont autour de cet édifice. Je n^ai pu rien découvrir qui m'ait donné des connaissances du temps ni de ceux qui Font bâti. On nY voit rien qui le dénote; Ton n^ voit qu'une tête de Uon et ime d'une femme
assez grossièrement sculptées sur deuJ: clefs des portiques du premier rang, du coté du couchant. Je partis le même jour quatorze juin , d^Augen et fus coucher à Gimel et le lendemain à Suse.
Le i7juin,nouspartunesdeSuse pour venir à Tunis; nous fûmeâ dîner à Ergula', mauyais village à cinqUeues de Suse. Après dîn^, nous entrâmes dans une plaine qui a huit heues de long sur quatre ou cinq de large. Elle commence le long de la mer et finit par des coteaux du coté de la terre. Cette plaine est noyée, dans Fhiver, par les eaux des pluies. Des restes de vieilles murailles très épaisses subàstent encore le long de cette plaine , sur le bord de la mer ; elles paraissent avoir servi à ^elques châteaux ou maisons toctes , j W comptai^^inq posées à une Ueue de distance Tune de Fautre. Attenant l^kplps éloignée de Suse, on voiEt^ipie tourdWe bâtisse moins ancienne que celle des fondemens (eUe subsiste ^K^ore dsms son entier), sous laquelle il y a un tcnnbeau avec une inscription latine que je ne pu3 cc^pôer à cause quHl était nuit. Nous campâmes près de
' HciUah.
cette tour au bord du puits qpà est k long du chemin , à deux lieues de la ville la Mahomete '" qui répondait au Neapolis ou au Pulput des anciens. Cette vUle est petite, sise sur une colline, le long de la mer sans aucun miOuiUage assiu*é ; la campagne est pissez belle, et.la viUe paraît riante.
La nuit nous partîmes et traversâmes le boîiS de La Mahomete, qui a quatre à cinq lieues de travers sur une largeur très considérable , car il se perd dans les montagnes des Zav^ans et de la Emmelif •. Ce bois, à Fendroit où nous le traversâmes, n^était composé que de tamari$c&, de genévriers et dWtres arbrisseaux ; il est , dit-on, rempli de liions, de tigres qui restai du côté des montagnes.
Nous continuâmes de passer par des pays plats et, après avoir traversé ce bois, nom découvrîmes dfas ruines dWe ville qiii r^ip»^ dr^e^ à TubuiiiQ^ ïffsi$ q^l ne 4oiiWiU. élu^» cune idée d^une.dé&mt^ grandeur. Nqus nt^us trouvâipes là.dan§ une magnifique plffinie^.^uii
' Hammamet.
* ï^nunam-Lynpk. (Sni.L. 18^9.) »— Hammam- El-Enf. (L. i833.)
Ta d'une mer à Fautre, s'étend depuis les montagnes du cap Bon , jusques à celles de la Emmelif. Elle contientplusieurs villages, entre autres la Colombaire et Soliman. La Colombaire est un petit village autour duquel il y a de très beaux vergers d'oliviers, tirés au cordeau et très bien peignés. On ne peut pas voir une plus agréable campagne. Soliman est un autre vil-^ kge situé sur la baie de la Goulette ; il a été habité jmr des Maures andaloux qui conservent encore la langue espagnole.
On ne voit point de montagnes dans cet isthme de terre , depuis le cap Bon jusques près de Tuniâ ; ainsi je ne sais pourquoi M. DeUsIe y a placé le mons Aspidis qui ne peut être que la montagne qu'on appelle aujourd'hui les Zawans \
A midi nous passâmes devant la Emmelif , où il y a des bains d'eau chaude très salutaires. Je fus tUner à un très beau jardin où je trouvai M. le consul, qui y était venu pour prendre les bains delaEmmelif, Cette soiA^ce d'eau chaude sort du pied d'une montagne qui est le com-'
* Le mons Aspidis étajt à rcxtrémité de la péninsule 4u cap Bon , près de Kalibia.
mencement d^une chaîne qui s^étend le long et au sud de ce royaume. On aperçoit de Tunis , trois monts considérables; le premier est celui de la Ëmmelif , le second est la montagne de Plomb, où il y a ime mine de plomb qu'ion ne travaille point, et le troisi^e est appelé la montagne des Zawans« Elle est très haute, à ±o lieues au sud de Tunis; nous la décou- Trimes lorsque nous étions à Augen. Q y a^ à cette montagne, de très belles sources d^eau et des bains d^eau chaude. Ce soir, nous traver^ sâmes des belles plaines où il y a plusieurs jar^ dins très mal ordonnés , remplis d^arbres fiiii-^ tiers et dlierbes potagères, qu^on sorose avec Peau des puits. Nous arrivâmes à Tunîs^ qui est éloignée de 4 lieues de la RmmeKf et do a4 lieues de Suse.
•Pai Thonneur d^être, etc.