‹ Voyages dans les régences de Tunis et d'Alger (volume 2)Chapitre 9 sur 53 · VIXIT ANNOS L. A- V. MAXIMILIANO II ET HE · texte numérisé non relu

VIXIT ANNOS L. A- V. MAXIMILIANO II ET HE

REDIBVS HIC FVERE.

Je ne saurais, monsieur, passer sous ^lence ce que je viens d^apprendre de deux Français et de quelques Turcs qui ont été dans le golfe de Tripoli en Barbarie. On m'^a d'^abord assuré que la côte de Tripoli était pleine d'^anciens débris des jfameuses villes qui y étaient situées, qu^à Demé * et à Bergasi * on trouvait quan-* tité de médailles , de pierres gravées et d'autres antiquités. Mais voici le rapport des Turcs revenus du royaume du Faizan. Ahuit journées de Bergasi, du côté du sud, on rencontre un pays uniquement composé de sable grossier et dans lequel on ne trouve rien pour subsis-

1 Dern (carte de d'Anville).

* Bernic ou Ben-gazi ( lèid. ).

ter, pas même de Peau. Ce pays est rempli de dattiers et d^oliviers pétrifiés. Les arbres, les animaux et les hoimnes mêmes ont été convertis en pierres» Il Ëiut que ce prodige soit arrivé en peu de temps puisque les dattes et les hommes ne sont ni vides ni desfséchés^ mais conservés avec leurs incarnations » .

' Voici comment le docteur Shaw exprime son opinion sur le prétendu pays pétrifié :

« Les sables mouvans qui sont dans le voisinage de « Ras Sem y dans le royaume de Barca j couvrent « beaucoup de palmiers, d'hérissons de mer et d'autres « péti*ifications que l'on y trouve communément sans « cela. Ras Sem signifie la Tête de poisson et est ce « que l'on appelle le Village pétrifié , où l'on pré^ « tend qu'on trouve des hommes , des femmes et deâ « en&ns en diverses postures et attitudes qui, avec tt leur bétail , leurs alimens et leurs meubles , ont été « convertis en pierre. Mais à la réserve de ces sortes « de moniunens du déluge dont il est ici question et « qui ne sont pas particuliers à cet endroit / tout « ce qu'on en dit, sont de vains contes et fable toute « pure , ainsi que je t'ai appris , non-seulement par « M. Le Maire qui, dans le temps qu'il était consiil à « Tripoli , y envoya plusieurs personnes pour en « prendre connaissance , mais aussi par des gens gra- « ves et de beaucoup d'esprit qui ont été eux-mêmes « sur les lieux. » (Tom. Il, p. 84, not. tr. fr.) Il esta

Le janissaii^e du fondou , ou maison consu-* laire de Tunis, avait accompagné Ali, bey de Tripoli , qui fiit dans le pays pétrifié. Il m'^a rapporté qu^à quinze joiunées de Demé, y a un pays appelé Cyrax ce pays renferme trœs villages situés sur des collines. Le premier est actuellement habité par des noirs; il est bâti sur le haut dWe colline dont la base donne naissance à une source d^eau chaude très considérable , avec laquelle on arrose et Ton inonde mépie le pays , de sorte que ce lieu reste isolé, A. une portée de canon de ce lieu, on trouve, sur une autre montagne moins élevée^ une ville dans laquelle tout a été changé en pierre. Toutes les maisons, quisontpetites, sont dans leur entier. On trouve dedans les meubles, les bardes pétrifiées; les hommes, qui semblent dormir, sopt des statues naturelles. Les Turcs disent que c^étaient des chrétiens blancs qui habitaient cette ville, mais que Dieu, pour les

regretter que Peyssonnel n'ait pas visité ce pays. Sa véracité et la minutieuse exactitude de ses descripûons nous sont de sûrs garans qu'il ne se serait pas laissé égarer par des id^s préconçues et que nous ^aurions aujourd'hui à quoi nous en tenir sur ces pré^ lendues pétrifications.

punir, les pétrifia tous et tout ce qui leur appartenait , arbres et plantes, La troisième nciontagne renferme un volcan. On y voit une grande fosse d^où il sort du feu et de la fumée, et Ton peut même s'apiMrochetdes bords, lis prétendent qu^il y a là dedans de For et de Targent que le diable garde. Ce lieu est situé entre D^cné et Ongéla, à qUinze journées de r«n et de fautre. On ne peut y aller que dans le mois d^octobre et de novembre, parce quW trouve alors des caravailes qui y vont cheiXîher les dattes fort abondantes dans ce pays. On pourrait éclaircir la vérité de tous €es feits en suivant ces caravanes.

Jugez , monsieur, quel plaisir et quel avantage on retirerait d^être édairci sur des phénomènes aussi considérables et aussi particuliers, d^en savoir le quomodo et le quando^ de rapporter de ces statues naturelles. Quelle en serait la beauté et la curiosité ! Ce serait une belle entreprise d^essayer de sauver les dâiris de ces précieux monumens des Romains ou autres peuples qui ont possédé ce pays.

Si la cour le jujge à propos , je me port^w dans ce pays pour exécuter les ordres qu'elle

me prescrira. J^espère, monsieur, que vous voudrez bien mlionorer de vos nouvelles et de vos ordres ; je les attends à la Galle ou à Alger. Je compte y arriver au mois d'^août ou de septembre. Ce serait la saison Êivorable poiu* aller à Tr^>oli ; j Y arriverais en octobre ou ^n novembre pour suivire les caravanes.

J^ai rhomieur d^être, çtP-

PEYSSONNEL , doct. méd.

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