DANS
fi^U
iTùnis et ses environs. — Population et goûyernemerit du pays. — Mœurs et coutumes des haUtans. — Productions du soU
Je formai 9 en *783, le projet dW voyage aux côtes de Barbarie, pour j faire des observations sur la géographie, les antiquités, les mœurs des babitans , et particulièrement sur Fhistoire naturelle. Il me parut d^autant plus intéressant que ces contrées n'avaient été visitées par aucun naturaliste^ et que j'étais
assuré, d'après plusieurs lettres de M. de Kercy, consul de France à Alger, qu'il me serait possible de pénétrer dans rintérienr des terres, et de parcourir les royaumes de Tunis et d'Alger dans presque toute leur étendue , depuis les confins de Tripoli jusqu'à ceux de Maroc. Je fis part de mon dessein à l'Académie des Sciences ; elle voulut bien y applaudir, et m'accorda même les fonds nécessaires à mon ^itr^rise» Je me rendis promptement à Marseille; je m'embarquai pour Tunis le i6 août 1 783, sur un petit batim^it marchand de 80 tonneaux, conmiandé par M. Caudier, qui fiit très obligeant pour moi pendant toute la trayersée.
On leva l'ancre sm les ^ heures du Baatin ; un bon vent du nord enfla les Tofles : dèB le troisième jour, nous découvrîmes l'île de Sardaigne, que nous côtoyâmes sans presque la perdre de vue, et le 24 août nons motdllâmes dans la rade de Carthage, du c6té de Id riVe droite, où sont les ruines dé l'ancienne Ville. Le soleil était alors âur son décKn : notre capitaine fît arborer promptement le pavillon finançais, afin qu'on pût nous reconnaître de Tunis avant la fin du jom\
Je tlormis peu pendant la dernière nuit que je passai à bord : jWais Pesprit trop fortement occupé des lieux où je me trouTais. Tout ce que j^avais lu sur Tétat florissant de Carthage , sur les malhems et la destruction de cette ville câ^re , se retraçait à mon imagination avec trop de Tivacité pour me permettre de me livrer au sommeil. JVttendais lel^idemain avec inopâti^ice , et je brûlais d^envie de toucher une terre oik s^étaient passés anciennement tant dî^événemais m^orables, et de reconnaître eticm*e les débris d\me des plus fameuses villes àa monde, au milieu des champs où eUe fiit autrefois.
Notre pavilkHi avait été aperçu de Tunis comme nous le désirions. Le lendemain, sur ks dix heures du matin, un des janissaires du consulat vint à bwd pour s^informer d^où nous venions, et pour nous accompager* La chaloupe fut aussitôt mise à la mer, et nous abordâmes au château de la Goulette. Cest une grande fwteresse solidement bâtie en belles pierres de taille, à reml>ouchure d^un canal étroit et de peu de longueur, par lequel la mer communiqt» avec un vaste lac qui s^étend jusqu'aux portes de Tunis. L'histoire nous ap-
prend que Charles-Quint emporta d^assaul le château de la Goule tte en i537^ malgré la vigoureuse résistance ^e Barberousse, qui s'y était retranché. Il périt, le jour du siège, plus de i,5oo Turcs, tant dans la place que dans les environs , et on leur enleva un très graind nombre de pièces de canon , dont 3go étaient de broniie.
Nous saluâmes en passant le commandant de la place; il nous fit doiin^:* des chevaux pour nous conduire à Tunis. En sortant du châ-' téau, im triste spectacle frappa mes regards: cYtait une troupe de criminels condamnés à des travaux pubhcs. Les uns portaient de grosses <::haînes aux deux bras ; dWtres travaillaient eixchaînés deux à deux; plusieurs traînaient avec effort des boulets attachés à leurs pieds^; la plupart , avec une figure hâve et décharnée^ étaient couverts de haillonç sales et déchirés en lambeaux.
Nous côtoyâmes les bords de la mer pendant quelque temps, le long de Fisthme qui sépare le lac de la rade de Carthage, et se pro^ longe ien s -élargissant du côté de Pouest , où il fotTne une plaine d^une vaste étendue. Nous le traversâmes obUquement jusqu^au pied
di^ime petite chaîne de collines et de coteaux, située le long de la rive gauche du lac; nous suivîmes leur direction du sud au nord', jusquVux portes de la viUe.
La surfiK^e de la terre , desséchée par Pardeur du soleil, n^ofihdt qu^un très petit nombre de plantés : les seules que j^observai dans la plaine éiaknt des kali et des sahc<H*nes qui tapissaient les lieux bas et humides. Des bouquets de pancratimn maritime sVlevaient aussi çà et là au-dessus des sables brûlans du rivage, et des fentes des FOcha:*s les plus voisins du lac pendaient quelques toufifes de câpriers chargés de. fleurs, sur lesquelles nos yeux se reposaient avec plaisir.
Nous entrâmes dans la viHe de Tunis sur les deux heures après midi; Le capitaine, selon Fusage, continua sa route jusqu^au palais du bey, pour lui fidre part du sujet de son voyage , et pour lui donner des nouvelles de France. Je me rendis à la maison consulaire; c^était le 25 d^août : j^ trouvai tous les négocians réunis ; ils faisaient bonne chère, et célébraient joyeusement la fête de la Saint- Louis.
Tunis est ime ville très ancienne. Au rap-
pprt de Strabon et d^ historieiis roiaaiiK ' t elle existait déjà du teinp^ de Cartbage; mais ils ont tous gurdé le sâlanûe^w r^poqi^ de asi fondation. Elle a é(é depim eiitièir^iiie9tt dé— truite et rfhètàe par les Arabes, dD^es jHropres ruines et des délim de Cai^hage. Je n^aî retrouvé^ ni dai^ la villç pi dws kft environs, aiicun reste d^ monument mtkfm qui in<£qi^ même U plao$ q^^(E4le ogaupaU wtre&»s j vmst on qbserve, d^ins les muraiUe$i4e la plupart dçs mai^uiis, im gr^md ncmlv^ do pierres de t^mie de di^rwte^ ^>fWfi» et de diverses. grsM^urs, doi^ im reconnu &cil^ne|i| Fan^ çienneté« Elles n^ûnt pas ^ tsravaillées ps3^ le£< Maures , peuple sans goût, sans industrie, et dwt les désirs ne s^étendeait gu^ au-delà des ^oins de preo^^e n^^essité.
Les Homain^, depuis la destruction de Car-* thage jusW|au milieu du cinquième siècle de notre ère, étaieAt restés maîtres de Tunis et de toute cette partie c^ TÂI^ique que Ton conr naît aujourd'hui sous le nom de Barbarie, lorsque les Vandales , poussés par leur pre-
' Strab. XVII, i5, p. 834, éd. Casavib. Tit. Uy. XXX, 9.
nàfyre impétiu^lé au-^ddà de TEspagne qu1I$ vendent de cmiquérir, tniTersèrent le détroit de Gfliraltap, et se répandÎTent comme mi t<M^ rent dans tûuif TAfirique s^tinrtrîociale. Ik foreM dëAdU par Bélisaîrè, et'rempin d^O^ vient reeounta pour quelque Uitnps ce Taste temtcÔK» Mld^ en 690^ l'A^^ique aepteotrio- Bale pasaa mus la domiBatiai& des kafifira; ils y établirent, par la force des armes, le culte de Midiomet ^ et y donnèrent des lois pendant deux eem oinquauteans* L^aa 99B, Caim, ka- }i& du Caïrouan, se rendfe en Egypte , dont un de ses génénox lui avait, asiuré la ood<* quéley etkffisa e» son absenee les afiaires du gouTemement à up Africain nommé Abul Hageix; o^Ujinii souleva toiirt le pays, et se fit i^eoonnaître poue li^gidtme souverain, he Lar Wky poMT se ¥^iger de eette perfidie, accorda h permission «uix faebitans de rArabîe de passer en Afrique, avec promes^p de leur fournir dè6Tivré^,>de IWgent, et tcms les secours dont il^ auraient besoin, pouryu qu^ils lui ju-» rassent la perte d^Abul Hageix. Ils entrèrent en Baii>arie par le désert de Barca, au nom«brede plus dHin million, ravagèrent Je plupart des viHes quHls rencGmtr^ent sinr leur pas-^
sage j et yinrent mettre le sîége devant cdUr du Camnian où Abul Hageix: était renfermé ; ils s^empar&:*ent de sa personne, et le fir^it périr parles plqs cruels suppUoeis. Ses àewi fik, pour se soni^ti^EÔre à la fureur'des Arabes, «^ sam^rept, Tun à Tunis , Vautre, à Bougie. C^est à cette époque. que finit pofur jamais le règne ^s Lalifes en Barbarie ; Caim est le derr nier.
En io5i, un Afidcain, chef de la tribu des Morabites aj^lé Abute Chifirin, euToya une armée contre les deux fils d^AbùI Hagcôx; mais, Yoyant qu^ils ne di^rdiai^it pas. à lui résister, il se contenta de leur, imposer tfiimt , et les laissa paisibles possessf^urs die. )eur$ Ëtats, dont ils ont toujour$ joui , eux et l&œ^ descendans, pendant le règne des Morabites. En ii4o, Abdalla, natif des montagne^ de FÂtlas, premier chef de la dynastie de^ Almohades, se rendit maître de toute la, Barba-r^ rie, et Tunis fut gouverné par de$ rmsde eette tribu pendant plusieurs somées. Siup le déclic de Tempire des Almohades, les Ai*^e$ $e ^pju-: levèrent et assiégèrent plusi^iu*s fois le gouverneur que le roi de Maroc tenait à Tunis^ Celui-ci envoya une flotte co^unandée par»
^bAidedi, céltUire capitaine de Sévijfe; il y rétablit pa^aitement les affîdres, laissa Vm fib paisible possesseur de cet Etat, et la couronne fut héréditaire dans la même fiunille pendant plus de 4^0 ans. Il est à observer que, depuis ces kaUfes jusqu^à Pempire des Turcs, les princes de Tunis ont proscpie toujours^ été dépendans des roîs de Maroc.
Barberousse fit la conquête de Tunis &x i534 j et soumit le roymune à Fempire ottoman. Muley-rHasfian régnait alcnrs à Tunis. Ce prince, cbassé du trône, s^était retiré chez dea .Arabes ses alliés. Un esclaye génois lui cou*seilla d'^envoyer une idnbassade vers Charlefr- Quint, pour isiplor^ 3a protection et lui de- Qiander des secours. Touché des malheiyrs de Muley-Hassan, et charmé de trouver une occasion favorable de se venger des excès inouïs que Barbèrousse^avait commis contre les chré* tiens, Charles-Quint fit aussitôt équiper une ilotte et lever une armée formidable* Il s^embarqua enEspagne le 3o mai iSSj, aborda à Porto-Farina , et de là alla camper sur les rives de Carthage , à peu de distance du château de la Goulette, où Barberousse s^était ret^ché. Cette forteresse emportée d^assaut ,
Charles--Qiimt mena sim armée vers Tunîs^ {Htt cette TiUe , et rétablit Midey-Hassan sur le tréne. Celui-ci en fiit ensuite dépossédé par son fils Hamida^ qui le fit enfermer dans un oaoiiot «près Pavoir pivé âfi \m tub^
Aly^ gouvemeiu* d^Mf^^ r^rit Tum$ en.
1570, et quatre ans après^ leK Turcs le réuni-* rent de nouveau i leur empire. Pmidant les premières années, Iç grand sdignem* y envoyait un paoha qui comsnandait sous ses ordres; mais, dans la suite des temps ^ les injustices et les vexations de oes offîders dét^Etmnèr^mt la miKôe à se choisir eltensiéme ses maitres. Au^ jourdliui le trône apparti^it^ èpck à Falné des enfans mates. Le bey, à sdn avènement, reçoit du grand seigneur le caftan , avec le titre de pacha à trcÂs queues. Ce sont les seuls droits que la Porte ait conservés, et les princes de Tunis ne lui paient point de tribut, comme on le croit communément.
La ville de Tunis est située à trois lieues au nordKiuest de la rade de Carthage, sur la pente et au pied tfun coteaà qui regarde Torient , tout près dW lac dent j'ai*déjà parlé. Les maisons, blanches comme la R^gé, et disposées en amphithéâtre , s^apercoivent à \É^
Igrande distance du coté de Test 9 et ofl^rent , dans le lcHntain\| im ws^nUe très a^:'éable et très pittoresque. Le mur d^entieiote^ eoutniit ^vec solidité , peut avoir quatre miUes de cir* cpoférence. Les ru^^^ ^es, étroites, tortueuses et t^on pavées, sont remplies de boue pe»à^i^t lliivw. n y a plusieurs places publiques dun&rintérieur de la viUe ) i«a>s ^es ne sont m régulières, ni décorées d^aucun édifice qui mérite IVt^^ntion du voyageur. On compte k Timis euyircm i5Q,ooo ivabitans.! y comfris les JuiJ&, dont cm fsi% npcmter )q naombre à plus de 3o,ooo. L^afilu^ce du peuple est aussi grande qu^à Paris. La ville renferme a«^ un grand nombre de nK>squée^f don$ les mmarets, bâtis avec beaucoup d^ l^j^^ et d^étégance, présentent des (ormes très variées, et sTélèvcttit souvent à de grandes l^utelu'S'*
Les maisons , cpQStruites esi f^^rres ou en briqués,, sont peu élevées çt ^^OQt ordinaire-* ment qu^qn étage : elles sont si rapprochées, que Ton pourrait Safiîi^juent p^s^r de Tune sur Tautre, et parcourir ainsi un quartier de
* Le crieiir y monte cinq ûàa par jowr à des heui'ea ^narquee». (^Noie cle t>ejfçnf aines.)
la vitte. Chacune d^^eflcs est de forme canrée i dans le centime est une cour de même figure, ouverte par en haut, set entourée d'un cloître soutenu sur des piliers ou sur des colonnes ;« il ressemble beauooupà ceux des couvens. Les sqppartemens sont placés dans le contoiu*. Dès que les fortes chaleurs se font sentir, on déploie au-dessus de la cour une large pièce de toile pour arrêter les rayons du soleil. LVsca- Uer, situé en dedans , proche Taitrée ou vers Vvai des angles , aboutit , au premier étage , à une galerie qui Êdt le tour de la maison audessus du cloître. Les appartemens y sont disposés comme autour de la cour. Un second escalier sWèye de la galerie jusqu'au sommet de Tédifice, dont la terrassîe est entourée d'un parapet assez bas. En été, leahabitans mon-r teirt, veijs le soleil couchant, sur ces terrasses pour y chercher la fitdeheur, pour y jouir de la beauté du ciel et du spectacle de la campagne. C'est là que les femmes, lorsqu'elles sont seules , soulèvent leur voile et se montrent aux regards des Européens.
Elles habitent dans un appartement séparé de, celui des hommes. Si elles sont dans la cour ou sur la galerie lorsqu'un étranger se
présente à la porte de la maison ^ il attend pour entrer qu^elles se soient retirées dans leur logement. Les gens pauvres demeurent souvent en &mille dans une même chambre t alors les femmes en occupent une des extrémi* tés, et se tienn^it toujours à Fécart.
Chaque chambre a la fcnine dW carré long, et de peu de largeur : c^est une espèce de galerie de la longueur de la cour, ou Ton peut se promener à Taise. Les Maures dorment à Tune des extrémités, couchés sur un matelaà ou sur un simple ta{HS étendu par terre ^ ou bien sur une estrade qui a un pied ou deux pieds d'^élévation. Le sol est ordinairement pavé de briques, à peu près comme en France; chez le%riches , on le couvre de beaux tapis* d'^Orientyiet, avant d^entrer, on a soin délais^ ser les pantoufles à la porte, de orainte de le salir. On lave et on nettoie souvent lesaj^par-temens, et, en général, ils sonttenifô avec beaucoup de propreté* Les muraille sont blanches, ou recouvertes de petites briques carrées ressemblant à de la Êuence, et sur lesquelles on voit des dessins irréguliers grossièrement tracés. Les appartMoens, peu éclairés, ne reçoivent la lumière que par de petites fe-
nâtres qui s^ouTrent sur la cour ou sur la rue^ Chet les grands^ ks murailles soiU revêtues , jusqu^à la moitié de la hauteur, de riehes tâj^is de yelours, de damas ^ du de quelque autre étoffe de prixi
Siu* le démit des maisons^ on roit soUTent la figure i^tmé main peinte en rouge ou en noir : c^efit une espèce de conjuration ccmtre les malveillans. Ce signe veut dire : ce Ces cinq doigts dans les yeux de celui ^ Voudrait fiôre du mal. »
Sous la plupart des maisotis ^ sont creusées de Ttôtes atomes , où s^amassent les eaux de^ pluies qui tombait en hiver sur les terrasses ou sur la oour. On n^en boit presque point d^autre : celle des puits a un goût sauttàtre ; il n^ ^ quW petit nombre de sources d^eau douce dans les ^ivirons; encc^e S(Hit-^Ues peu abcmdantes, et les plus voisines de la ville en sont distantes de deux à trois milles.
Les mosquées, construites à peu près sur le même modèle que les maisons, n^ofirent rien d^imposant à Poeil du .voyageur s ce âont de grandes salles carrées et fort obseures , dont le jdafond ou la voûte n^a communément que douze à quinze pîeds d^élévation aU'-dessus du
payé. On n^y toîI ni autel, ni. statues^ ni ta«bleaux. QuelquesHumes sont décorées de oo* loduies de marbre ^ que les Maures ont enlé* yées du milieu des ruines anciemies% Dans le mur qui regarde la Mecque, se trouTe ordî*nairemeût une niche Tide^ vers laquelle les musulmans ont le Tisâge tourné lorsqu'iU prient t ce Meu leur rappdle la présence tnvi* sible de la dÎTinité. Ils tout à la roosqii^ pat^ ticuËèrement les yendredisf Un imaii y explique des passages du Coran, allWmil lv% fid^es dans la loi de Mahomet, ei les r\V>Mf ^ à- là piété et aux bonnes oeuyres. Les musuU mans obserrent le silence le plus religieux dans les mosquées, et y conserrent le msin^ tien le jdus respectueux et le plus décent. L^entrée de ces temples est absolument wèêt^ dite aux chrétiens et aux jui& : cependant les premiers peuvent y pénétrer quelquefois en prenant des précautions, surtout en donnant de Fargent au gar^en; c^est im moyen que j^ai employé et qui m^a réussi.
La TiUe de Tunis est riche et oonunercatite : on y fabrique des toiles, des étofibs de soie et de laine, des ceintures, dès bonnets à la mode des musulmans, dont il se fait un commerce
considérable euL Barbarie et dans tout TOiient. Le territoire produit en abondance des blés ^ des oliyes, des légumes^ des finiits exceUens^ De nombreux troupeaux couvrent les campa^ gnes; le lac et le golfe sont très poissonneux^ et la yill^ est bien approvisionnée de toutes les choses nécessaires à la vie. Il y a, dans les divers quartiers, plusieiurs bains publics pour la commodité des habitans et des étrangers. Le grand nopibre de plantes aromatiques que Ton brûle contribue sans doute à purifier Pair vicié par les exhalaisons infectes qui s^élèvent des bords du lac et des égoùts où se rendent les inunondices d'aune cité immense , et par la puanteur horrible que r^andent les cadavres d^animaux exposés , et souvent entassés , le long des chemins et dans les campagnes voi-^ sines.
. Au nord-ouest de la ville, à qudique distance au-delà des murs, est une grande forteresse située sur une hauteur, d^où elle conunande tous les environs. On croit qu'elle fut bâtie par Abduledi , un des anciens rois de Tvmis. Le hej y entretient une garnison, et elle est dé^ fendue par plusieurs pièces d'artillerie , dont quelques-unes sont d'un gros calibre.
On jouit à Tunis dW très beau climat. L^hi- Ver y offre Timage du printemps : dès le mois de janviw, les champs sont couverts de verdure et émaillés de mille fleurs. Le thermomètre de Réaimiur se soutient ordinairement à 1 o ou 1 2 degrés au-dessus de zéro ; souvent il monte à i5 ou i6. Les pluies^ commencent à tomber en octobre et continuent par intervalles jusqu^à la fin d^avril. Plus elles sont abondantes, plus on a Pespoir dWe heureuse récolte. Elles sont toujours annoncées par les vents du nord. Souvent ils se déchaînent avec violence, excitent des tempêtes le long de la côte, et rendent la navigation très dangereuse. Dans le commencement de mai , les nuages diq[>aràissent, et le ciel est presque toujours s^:*ein jusquVu retoiu» de ITiiver*
Les chaleurs de F^é sont brûlantes , et seraient insupportables si elles n^étaient tempérées par un vent frais qui s^élève sur les neuf heures du matin. Il vient de la mer et aug-^ mente à mesure que le soleil monte sur Phorizon; il diminue ensuite à proportion que Pastre s^abaisse, et tombe tout^-à-fidt aux approdbes de la nuit. Alors un eafane absolu règne sur la nature. Les vapeurs aqueuses élevées II. 3
et répandues dons ratmosphène pendant la chaleur du jour, retombent en rosées abon-^ dantes, et épanchent une fi:*aîdieur déUcîéu^ sur la terre aride et desséchée. Des tnilUers d^étoiles brillait ^ir un ciel d^azur : eDes lan^ cent des feux beaucoup plus vi& et plus étsncelans que dans les dimats teinpérés> Nos poètes célèbrent les btaux jours ) ceux d^Mi^ que dbantent les douceurs et la pureté des nuits.
Dans les mois de juin , dlB juillet et d-août^ le thermomètre se soutient , à Fombre, depuis 24 jusqu^à 3o degrés* Un grand nombre tfhabitans se retirent à la csonpagnB : ils j vont respirer im air plus pur et plus frais datisteiâ^ jardins^ sous des bosquets toufius de lestisques, de jasmins, de grenadiers et d^orangers.
Les Tunisiens, livrés au comnerCe et accoutumés à Toir beaucoup d^étrangers de différentes nations, dont ils sont obligés êse se rapprocher par des besoins d^inlià:*ôts^ scmt en général beaucoup moins durs et moins insolens que les Algériens. Les du^tieins sont traités à Timis avec douceur, et même avec des égards. Un consul peut faii^ valoir et réclamiei* avec force les droits de sa nation lorsqu'^ils ont
été violés. A Alger, au contraire , il faut toujours ramper, et encore obtient-on difficilement justice. L^on n^y réussit jamais en par-» lant avec fierté. Les Algériens font trembler toute la Barbarie; et les puissances européen-* nés qui^ pour des vues de commerce, entretiennent la paix ayec eux, soufirent patiem^ ment les injustices^ les vexations, les excès de toute espèce qu'ails ne cessent de commettre , les comblent de prés^is, ou leur paient même annuellement de honteux tributs» La prospé* rite étonnante dont jouissent ces pirates leur a tellement enflé le cœur, qu^ik se croient les maîtres de toutes les nations d% la terre , et je ne serais point étonné, si on ne réprime pas leurs prétantipQS et leurs brigandages, de les voir s^arroger ^i peu de temps le droit de ven<3re des passe-ports à tous ceux qui voudront naviguer siu* la Méditerranée.
On parle trois langues à Tunis et sur toute la côte de Barbarie : Parabe , la turque et la fi:*anque. Celle-ci , qui mérite a plus juste titre le nom de jargon que cdkii de langue , est en . usage dans toutes les villes situées le long de la cotfi : à Tunis, elle a beaucoup de rapport avec TitaH^i; à B^e et dans les environs ^
elle diffère peu du provençal; enfin, à Alger et du côté de Maroc , C^eât un mélange d^italien et d^espagnol. Les traités de la régence sont écrits en langue turque, quoique ce soit la moins répandue des trois. L'arabe est celle que Ton parle le plus imiversellement ; elle a beaucoup dégénéré dans les villes, tandis qu'elle s'est conservée dans presque toute sa pureté primitive parmi les Bédouins.
Toutes les religions sont tolérées à Tunis, et même dans toute la Barbarie. Chacun peut suivre en liberté celle qu'il a embrassée , poiu'vu qu'il ne trouble point l'ordre publiô , et qu'il garde un silence absolu sur celle de Mahomet^ Les prêtres catholiques y isont respectés, et peuvent paraître en pubUô avec l'habillement distinctif de leur état. Il y a, dans la maison du consul de FtwcLce^ une chapelle où l'on célèbre le service divin le dimanche et les fêtes.
Les portes de la ville se ferment régulièrement au coucher du soleil, et on ne les rouvre que le lendemain^ vers l'aube du jour. Tous les Vendredis, elles sont fermées depuis dix heures du matin jusqu'à midi, parce qu'un des prophètes des Musulmans a prédit qtgd^ ce
mêmejour etàces mêmes heures, les chrétiens s^empareraient de tout le pays. La garde rôde pendant la nuit et veille à la suinté pu-r blique. Elle s^annonce de temps en temps par des cris ^e Ton entend de très loin au miUeu du silence. Il est très rare qu^il se conmiette des désordres, et si des malfaiteurs sont sur* pris, et arrêtés, ils sont rigoureusement punis.
Les Tunisiens, ainsi que tous les autres peuples de la Barbarie, sont plongés dans Pignorance la plus profonde. Les plus habiles d^entre eux savent lire, écrire et compter; ils ne désirent pas d^étendre plus loin le cercle de leurs connaissances. Nos sciences leur paraissent inutiles au bonheur de la vie. Ils disent de bonne foi que les chrétiens sont des fou$ qui se tourmentent joiu* et nuit pour de vaines chimères. La chaleur du chmat les porte na^ turellement à Pindolence et à Pioaction. D^ailleurs, quelle sorte d'^énergie pourraient avoir de malheureux esclaves dont les biens et la vie même sont à la merci de la cupidité ou des caprices du tyran qui gouverne? Chacun se hâte de jouir d.u moment présent , et ne 3^occupe guère de Pavenir.
Lorsque la faveiu' les él^ve à de grandes
places, ils n^y paraissent pas étrangers, et en remplissent les dcYoirs aYec dignité. Viennentils à les perdre , alors ils se soumettent avec résignation au revers de la fortune. Assez généralement persuadés que tous les événemens de la vie ont été marqués par une sagesse éternelle, et qu^il n^est pas au pouvoir de lliomme de rien changer à sa destinée , crédules j avares, superstitieux, jaloux à Pexcès, souvent livrés à la débauche la plus honteuse et la plus infème, la plupsa*t mènent une vie indolente et désoeuvrée.
Les plaisirs de la société leur sont inconnus^ ' parce que les femmes , qui en forment le lien te plus puissant et le plus doux, en sont bannies. Condamnées à passer leurs jours^dans TcAscurité et la servitude, toute espèce de communicati(Hi avec les hommes leur est interdite. Elles sortent rarement^ et ne paraissent jamais en pubUc sans être voilées. Le v^idredi, jour consacré à la j»ière, elles vont or^ dinaii^ment à la mosquée. Quelquefois elles rendent visite à leurs parentes et à leurs amies^ I^a réserve entre les deux sexes est portée à un tel point, qu^un mari n'entre jamais dans Fapparlement de son épouse quand une femme
^ao^re y a été admise. Bornées uniquement aux amns de leur ménage et de Téducation de hors ^ifens, le cercle de leur empire ne s^é* twd pas au^là du harem ; dUes ut jouent pas un rôle briUant sur la scène du monde ; elles nWt point d^influaïce dans les affaires de TEtat. Elevées dès leiu* plus tendre enfimce dans la r^tmite et dans la soumission, affermies dans ces {Ncincipes par les leçons , par rexempW de leurs mères , par la force de TopinioD, par Tmpire de la loi, n^ayant aucune liaison avec les Eurqpé^m^, pour lesquelles on a soin de leur în^irer de la haine et du mépris, elles ne soupçonnent m^ne pas qu^il puisse exister un sort {nréféraUe à celui dont elles jouissent^
La polygamie, autorisée chest les Maures comme dans tout FOrient, est un droit injuste et tyrannique que le sexe le plus fort s'est arrogé sur le plus faible, et qui répugne à toute bonne politique , puisqu'il oppose nécessairement un obstacle à la population. Partout où les deux sexes sont à peu près en nombre égal, un homme ne ddit posséder qu'une seule femme. La justice et Thumanité réclament surtout contre ces sérails odieux où des milliers
de jeunes filles, Tendues à resclavage, consu« ment leu]::s plus beaux jours dans une foison j et sont condamnées à renoncer pour jamais au plus sacré de tous les liens, au plus Tif et au plus aimable de tous les pendians, pour satis-' faire la vanité ou les caprices passagers de quelques tyrans.
Les Mauresques sont en général très belles : elles ont le teint délicat. et animé , les yeux pleins d'expression, de sentiment et de vie; de longs cheveux noirs tressés tombât et flot^ lent siu* leurs épaules, ou sont fixés aviec des rubans au sommet de leur tète. La plupart teignent d'une couleur aurore Pextrémilé de leurs mains et de leurs pieds, en y appliquant des feuilles de henné pulvérisées ; elles se noircissent aussi les sourcils et le bord des paupières avec de la mine de plomb ' . Cette couleur
* Elles se servent , pour cela , d'un petit pinceau de la grosseur d'une plume à écrii^< Cet usage était particulier aux femmes de la Grèce et de Rome. Shaw rapr porte qu'il a vu tirer des catacombes d'Egypte , un bout de roseau qui contenait environ une once de la poudre dont on se sert aujourd'hui. (^Nofe de Des/ont.^ Voy. Shaw, t. n, p. i59, tr. fi*.
empruntée ajoute encore quelqiœ chose dé plus Tif et de plus piquant à Timpression de leurs regards. Leurs bracelets et leurs bou-* clés dWeille sont dW ou d'^argent ; les plus pauvres en portent de cuivre. Les boucles d^oreille ont quelquefois deux ou trois pouces de diamètre , et sont dWe forme circulaire. Les femmes sont d^une propreté que rien n^égale; elles vont souvent au bain : là, après s^étre Inen lavées <et avoir épilé toutes les parties de leur cofps avec une pommade comr posée pour cet usage % elles brûlent du bois d^aloës, se parfument d^éssence de rose , en répandent sur leurs cheveux, sur leur Unge, sur leurs habits. Il est vraisemblable que des soins si recherchés et si délicats sont principalement mis en usage pour vaincre leurs rivales , et la vanité y a sans doute plus de part que Pamour. Comment, en efifet, pourraientelles aimer celui sur qui le chmx libre de leur cœur n^est point tombé?
La chaleur du climat hâte le dévdoj^>eiiient
' Loi^sque leurs maris sont absents pour Icmg-temps^ elles ne s'ëpilent plus ; c'est une preuve de la fidélité qu'elles lui ont gardée. (Noue de Desfont J)
dits sexes. Il n^est pas rare de voir des femmes m^res^à Fâge de onze ans. Elles allaitent ellesmêmes leurs enfims : e^est mi devoir que la loi du prophète leur commande de remplir. Les en&ns sont aussi blancs que ceux d^Euvope* Parvenus à un âge iplm avancé , Fardeur^ du sideil leur brûle le tduit, et leur donne une couleur presque basanée.
Lesang des Maures est très mélangé par^ les alliances continuelles que les Turcs, les^ reiiégs^ chrétiens de diva:*ses nati(ms , contradeni avec les femmes du pays. Les hommes, sont, en général^ d^une constitution sèche ; ils ont du caractère et de la fierté dans la physionomie ; leur taille commune est de cinq pieds trois À quatre pouces; on en voit peu d^infir-^ mes et de contre&its : la vie sobre et paisible qu% mènent les exempte de beaucoup àe maladies particulières aux p^iples policés. Ils vivent aussi long* temps que ceux des climats tempérés , et atteignent le terme de leur car^ rière sans crainte, sans inquiétude , et presque sans s'en être aperçus.
Le peuple est extrêmement superstitieux, et a |e plus grand respect pour les santons , espèce de fous et de vagabonds qui vivent aux
c^>eiis de la charité publique ; ils les regardent comme des saints et des inspirés, parce qu^ c(Hnmettent toutes sortes d^extravagances. On en Toit qui s^enfoncent des clous dans la tète, et se portent des coups Tiolens sans pousser un cri, sans témoigner le moindre sentiment de douleur; d^autres courent nus au milieu des rues; quelquefois même ils arrêtent les femmes , et se fivrent puUiquement à leur lubricité. Alors On les entoure, on écarte les passans ; des personnes charitables se dépouillent de leurs habits pour recouvrir le couple heureux. Les femmes honorées de pareilles faveurs sont en odeur de sainteté.
Le royaume est gouverné par un prince qui porte le titre de bey . Sa dignité est héréditaire et appartient à Paîné des enÊms mâles. Le bey dicte et réforme les lois, juge les affaires de ses sujets, les condamne ou les absout, sans rendre compte de sa conduite à personne. Dans les affaires imprévues et d^cates, il assemble et consulte le divan ; mais il est toujours libre de suivre sa volonté. Lorsque ses peuples ont des contestations , ils viennent plaider leur cause en sa présence ; après que les témoins ont été entendus, s^ilen est besoin,
les parties' sont jugées sans délai| satis appel , et sans quHl en coûte aucun frais. J^ai assisté plusieurs fois aux audiences du bey, et je puis assurer qu^il régnait alors dans sa cour une bonne foi , luie justice et un désintéressement qui pourraient servir d^exemple aux nations les plus éclairées et les mieux |)olicées de FEurope. Hamed pacha, bey régnant, entrait dans sa vingt-quatiième année. Depuis trois ans, il avait succédé à son père Aly bey, prince universellement regretté de ses sujets. Moustapha Coja^ beau-frère du jeune bey, gé^ rait depuis long-temps les affaires du gouver-r nement. Géorgien de naissance , et amené en esclavage à Tunis, il sut si Inen se concilier Famitié et la confiance d'Aly bey, que ce prince lui accorda la liberté, et: Péleva au rang de premier ministre , a[M:*ès lui avoir donné sa fille en mariage. Moustapha s^est montré digne . d^un tel choix : sage, juste, humain , désinté^ ressé , il a rempU avec distinction tous les àe^ voirs que sa place lui imposait , et a rendu les services les plus importans au gouvernement, en encourageant de tout son crédit Fagriculture et le commerce.
Les témoignages de bienveillance que j^ai
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reçus de lui pendant mon séjour à Tunis , ne s^eflQK^eront jamais de mon souvenir. CTest à ses bontés que je dois toutes les fiMnfités -dont j^ai jotd pendant le cours de mes voyages* Il ne m^a jamais refusé aucune des graceà que je lui ai demandées^ et souvent même il est allé audelà dettes désirs.
La milice, soldée parle gouvernement, est composée de renégats, de Maures et de Turcs. Cha^ie soldat est armé dW pistolet, d^un sa^ bre, dW poignard passé à k ceinture, et dW fîisil sans bau>nnette. La plupart des renégats sont Italiens, Sardes, G)rses, Français ou Géorgiens. On en compte envinm douze à quinze cents. Plusieurs sont employés à la garde du bey, et raccompagnent à cbeval lorsqu^il sort de son palais, ou qu^il marche à la tête de son camp. Ils jouissent en général d'aune grande considération, et parviennent même aux places importantes du gouverne-* ment. Le nombre des Turcs se montdt anciennement à quatre ou cinq mille; mais, comme ils excitaient souvent des séditions et des révoltes, on a jugé qu^il était prudent de les réduire à cinq ou six cents. Dq>uis ce temps, le pays a été plus tranquille , et la per-
scmne du bey, plus en sûreté* Les Maures sol^ dés, au iKWibre de sefi à huit miUe , sont les moins estimés; V<m ne compte que médiocre-^ ment »]r leur valeur et leur fidâité. Les r^ié-' gats et les Maures forment la cavalerie; Tin^ &nterie, beaucoup moins nombreuse, n^est composée que de soldats turcs. Les troupes sont peu disdpHnées, et n^ont aucune connaissance de la tactique militaire ; elles mai^ chent et combattent fNrescpie sans auctm or^ dre ; leur principale occupation est de lever les tributs imposés aux Arabes. Les Turcs sont beaucoup mcmis respectés à Tunis qu^à Alger, où ils ont un droit exclusif à toutes les grandes charges de la régence, et où les ^i£hb9 mêmes du dey ne peuvasit jamais y parvenir* Ces privilèges inq^irent aux Turcs d'^Alger une fierté et ime morgue insui^por tables; il n^en est aucun qui ne nourrisse en luirmème Tarnbition d^arriver aux praqaières places^ et qui ne s^en croie digne. Aussi arrive-t*il souvent que cette milice turbul^ate et audacieuse se porte aux d^wers excès, et les deys en ont été plusieurs ùÂs les pr^odères victimes.
Il m^a été imposable de me procurer des renseignem^is missi exacts que je Faurais dé-
siré sur les revenus de la régaice de Tunis^ La plupart des pa:*soiiiies que f ai consultées les estimaient à dix ou douze milKcms; queltpies-unes les portedent jusqu^à vingt millions« On lève les tributs les armes à la maiif • Deux i^amps volans partent tous les ans de Ttmis^ et vont mettre les Arabes à contrSiution. Ces peuples vagabonds et sans domicile Exe ne paieraient rien s^iis n^ étaient contraints par la force. LW de ces camps entre ordinmre* m^it en csâupagne dxm le courant de jufllet ou d^août^ et sWance du coté de Touest, vers la frontière d*^ Alger. LWtre wrt en novembre, parcourt toute la partie méridionale du royaume, traverse les mcRitagnes de TAtlas, et pénètre dans le désart , jtisqu^aux confins èa territoire de Tripoli. Les trU>nts payés par Ie6 Arabes consistent en blé, dattes et huile, en moutons , en chevaux, et en argent. De plus , le bey possède de vastes domaines dont les revenus sont considérables. Il lève des droits siu* les mardiandises étrangères qui entrent dans ses Etats. La compagnie d^Afiique lui paie une somme annuelle pour la pêche du corail , et une compagnie italienne lui donne trente mille francs par an pour la pèche 'du
thon. La piraterie n^est pas , à beaucoup prés y dW aussi grand revenu qu^à ^ger : néan-^ mrâis, les corsaires de la régence foQt dé temps e|i t^sips de riches pris^ sur la Médi-^ terranée.
Le bey réside dans un joli dbàteau qu^on appelle le Bardo, situé au milieu dWe grande plaine, à trois quarts de lîeue nord de la ville. Ce château est fort anciai : Léon Fi^cain ^ nous apprend que, de son temps, les rois y Êdsaient déjà leur séj(Hu*. Le mur quiPentoure est bien bâti , et dâfendu par quelques pièces de canon placées du côté de la porte d^entréé* La cour du bey est nombreuse ^ les offiôers qui la composent sont, en gjénéral, très hon*nêtes et très polis eavers les étrangers : ils n^oni pas Tarrogance dédaigneuse de ceux dWger.
Il y a à Tunis six maisons de négocians français. L^^pât du commerce a aussi attiré dans cette ville plusieurs Italiens. La régence leur a accordé la permission de s^ établir, quoiqu'elle soit en guerre avec les puissances dont ils sont les sujets* Les marchandises que Ton
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^exporte dans les pays «Iraugers sont des huiles, des bUs, des dattes, des pois chiches, du séné, de la barille, des cuirs, des laines , des Ronges, de la cire, des bonnets, des ceintures à la mode des Orientaux. On rapporte en retour des laines d^Ëspagne, des draps ^ du bois de campéche ; de la codienîlle , du Laines, des ^iceiies, du suo-e^ du café, du papier, des toiles de coton, des soieries^ diverses eq)èces de gomme, de la noix de galle, des planches, du fer, du cuivre, des liqueurs s[Hritueuses dont les Maures sont très avides , quoique Fusage leur ai soit défendu par la religion et par les lois.
La ville de Livoume dispute à celle de Mai> seille l'avantage du commerce de Tunis, de manière qu'il est difficile de diï*e à laquelle des deux il appartieïit. La somme des marchandises apportées de Marsâlle pendant le courant de Tannée lySS, se montait à 1,326,559 livres; Livoume en avait envoyé pour 907,514 livres ; souvent leur valeur excède un million. Celles qui avaient été exportées à MarsâUe la même année s'élevaient à 815,487 hvres; on en avaitexpédié à Livoume pour i,458,5oo livres. Les marchandises ap- 11. 5
^H>rié6S de Venise^ de Trieste, d'AHcante, de Sardaigne et de Malte s'élèvent, année cornmune, à peu près à 5oo,ooo Evres. Truste et Venise en fournissent* la majeur partie. Outre les exportations de Tunis à Masrseille, ks négocîans firançais font encore passer tous les ans à Smyme, à Alexandrie, à Constandnople , pour un ntîHinn à peu près de marchandises; cdles quHls en rapportent Talent de quatre i cinq cent mille livres. Tel était le commerce de Tunis lorsque j^ séjournais. Ces notes ont été prises sur les registres dn consulat de France , et Ton peut conîpter sur leur exactitude. La paix que la Porte et les puissances de Barbarie viennent de conclure avec FEspagne apportera sans doute un jour une différence considérable et très désavantageuse dans la balance du commerce de la France avec Tunis et tout FOrient.
Les marchandises qui entrent dans la ville pour le compte des Français ou des Anglais ne paient qu'environ deux pour cent, tandis qu'on lève à peu près un dixième sur la valeur de celles des autres nations. Cet avantage favorise d'autant plus notre commerce, que depuis la prise de Mahon , celui des An-
^laîs est mitièrement tombé sur les .cotes de Barbarie^ Les Jui£» , qui font presque tout le négoce avec LiToume, ne peuvent soutenii^ la concurrence des Français que par des épargnes sordides^ par des prÎTaticms continuelks et par un g^ore de vie auquel ils peuvent seuls se soumettre^ Nos négocianSy au contraire^ vivent dans Taisante et fimt une dépense pttiportionnée à lein* rev^iu. ^''ils n^amass^^t pas de grandes rkdiesses, du nunns leur ccmvaxetoe est asses sûr. Qiaeun d^eux se k*etire ordinairana:^ au bout de douze k quinze ans avec une fortune honnête. Ils jouissent en paix du bénéfice qu'ils ont fiât^ et jamais ils n'^essuient d^avanies comme au Caire et dans pinceurs autres villes d^Oiient* Le gouviMTiement de Tunis est toujours prêt k leur rendre justice lorsqu'^ils ont des contestations d^intérét avec les mitiH*els du pays.
Outre le commerce que les Juij& font avec Livourne^ ils trafiquent aussi dans Tintérieur du pays, vendent en détail diverses espèces de marchandises et denrées , exercent toutes sortes de métiers, particuhèrement ceux qui exigent le plus d^intelligence et d'^activité. LV gnorance et la paresse insoucieuse des Maures
ieur fournissent des moyens faciles de gagner leur vie et même de s^enrichir. Voilà isans doute le motif qui les attire en si grand nom Jbre sur les côtes de Barbarie , malgré les hu-imiliations^les mépris et les outrages de toute espèce dont on les accable, et qu'ails sont obligés de souflfrir avec patience, sans avoir pour ainsi dire le droit de se plaindre. Il arrive même firéquemment que le gouvernement exige d'yeux des sommes considérables qu'ails sont obligés de payer sur-le-K;hamp ' .
Les chrétiens habitent presque tous le quartier de la ville qui avoisine la porte d^entrée du côtédulaCé Chaque nation en paix avec la régence entretient à ses firais un consul à Timis pour régler les affaires des négocians et pour soutenir leurs droits auprès du gouvernement. Il leur est permis de conserver le costume national et de porter des habits de toutes sortes de couleurs, à Pexception du vert pré. Cest une marque de distinction que les chérifs se sont réservée et dont eux seuls ont le
On les connaît sous une dénomination qui marque bien tout le mépris qu'on leur porte : Canisensa bandieruy chiens sans pavillon. (^Note de Desjhnti )
Jix)it de se parer. Les Européens peuvent se. promener seuls dans les rues et dans les environs de la ville. S'ils sont insultés et qu'ils portent des plaintes au gouvernement, elles sont écoutées et le coupable est pimi suivle-champ selon la gravité deFoffense.
Tout étranger résidant à Tunis ou dans tout autre lieu delà Barbarie doit se conformer autant qu'il est possible aux usages du pays, et bien prendre garde d'y jeter jamais le moindre ridicule, parce que les peuples de ces contrées y sont très attachés. Ils supporteraient difficilement cette marque de mépris. Il feiut aussi éviter de parler de la religion : le bien qu'on en poiurait dire paraîtrait suspect, et si l'on en parlait en mal on s'exposerait aux plus grands dangers. L'^on doit pareillement user de la plus grande retenue envers les femmes. La loi de Mahomet leur défend toute espèce de liaison avec les chrétiens; et les Maures sont si jaloux, qu'ils ne souffrent pas même qu'on leur demande, lorsqu'on les aborde, des nouvelles de leurs épouses.
Je vais rapporter un événement terrible arrivé sous mes yeux, et qui prouve jusqu'à quel point l^s lois sont sévères à cet égard. Un car.
{Htainé de vaisseau ragusain fut un jour surpris et arrêté par la garde dans la maison d^un Juif où des femmes musulmanes s'étaient introduites. Le consul de Raguse^ qui savait combien cette affaire était grave, se rendit promptement chez le bey. Il implora le pardon du coupable par des prières, par des larmes, par les sollicitations les plus vives et les phis pressantes ; mais ce fiit en vain : Tarrêt de mort était irrévocablement prcwioncé. Le lendemain ^ sur les onze heures du matin , le malheureux capitaine fut mas6ac»*é sans pitié par dos soldats y sur la place pubhque voi* sine de lliabitation des Francs. Une populace furieuse et barbare se saisit du cadavre et se livra à des horreurs et à des ex,cès dlnfamie dont il me répugne de tracer le tableau. La femme coupable fiit enfermée dans un sac et noyée ; son cadavre fut ensuite retiré de Peau et exposé pendant trois jours à Tune des portes de la ville. Le Juif, attaché à un poteau hors des miu'ailles , fut brûlé vif, et nous vîmes de nos fenêtres s'élever les flammes qui le consumèrent.
La plupart des esclaves chrétiens , dont le çombjre n'excède guère soixante à quatre-.
vingts, appartiennent au gouvernement. Les. principaux officiers en ont aussi quelques-uns à leur compte ; on les traite avec douceur et ils sont aussi heureux qu^il soit possible de Té* tre dans Tesclavage. Avec de Tintelligence, de Téconomie et une bomie conduite, ils amas* sent souvent en peiji d^années de quoi payer leur rançcm : elle se monte à environ 3,oooli^ vres. Ils sont employés au service intàrieur de la maison du bey ou des maîtres auxquels ils. appartiennent, et on leur laisse la libellé de changer de religion. A Alger ^ au ;€Kmtraire , rintérêt du gouvernement exige qu'ail s^ oppose , parce que la venie des esclaves lui rapporte chaque année des scnnmes considérables. La dureté des traitemens qu'on leur fidt essuyer, la vie malheureuse qu'ils mènent, en détermineraient un grand nombre à embrasser le mahcHnétisme si cela était en leur pouvoir. La régence ne le permet guère qu'à ceux qui peuvent lui rendre des services essentiels.
Mœurs et usages.
Dès qu'un enfant est né, le père et la mère, lui dbnnent le. nom qu'il do4t porter le reste . de sa vie. Les garçons s'appellent Aly , Achmed, Ahmida, Ibraliim, etc. j si c'est une fille, on la nomme Ca:<Ëcha, Fatma, Aïcha, etc. Si l'enfant est d'une naissance distinguée , on lui donne] le titre de sidy (monsiear), ou de lella (madame). Sept ou huit jours aprèsla naissance, l'enfant eist porté au bainj on le lave, on le parftune et on récite les prières usitées en pareille circonstance. Cette espèce de baptême est commune aux deux sexes fies garçons ont de plus à subir là ckconciâon, mais on attend qu'ils aient atteint l'âge de sept à huit ans. Le jour fixé pmu* la cérémonie, la famille donne une fête. Tous l^s amis y sont invités, et il est d'usage que chaque personne conviée apporte avec elle un présent. Un iman ou un marabout fait l'opération ayec une paire de ciseaux en répétant plusieurs fois le bùm-allah (au nom de dieu), formule sacrée que les musulmans prononcent en commençant la plupart de leurs actions. L'opération finie, le prêlre maure applique un bandage sur la par-
tie quHl vient de circoncire. On prie pour b conservation et la prospérité de Tenfant , et le reste du jour se passe en festins et en diver* tissemens.
Voici comment se font les mariages. Après que les deux parties ont pris respec^vement avec d^assez longs détours toutes les informations qu^elles jugent nécessaires, le futur charge une femme de confiance de Êdre la proposition à la personne qu^il désire épouser; si la demande est agréée, on commence à marchander si^ le saddec ou présent qu^il doit donner à sa future. Il sVngage par contrat passé devant le ca.di de lui payer, par exem^ pie, une certaine somme dWgent, de lui foiu> nir tant de négresses , tant de laine, de perles, de bijoux, de caflans en drap d^or, en ver lours, en damas ou autres étofiès. Iol moitié du saddec est domiée le jour mén^ du mariage ; Tautre peut s^acquitter à loisir. Le père de la fiUe est obligé de lui &ire présent d^habits , de so&s et de divers ameublemens d'^ur sage. Si par la suite le mari répudie sa femme, il faut qu'ail lui paie sur-le-champ la seconde moitié du saddec , et s^ils ont eu des enfans , ils restent avec la mère. A Alger, Faiïaire dif
saddec est moins scrupuleusem^at traitée* LcH^squ'^il s^agit de rompre un mariage co£h tracté avec un Turc , la (emxae est ordinairement réduite à composer avec son mari de la mamère la moins désavantageuse qu^il lui est possibl^.
La veille du mariage, la jeune fflle va mi bain ; à son retour , ses esclaves lui expri-ment leur joie par des cris d^allégresse : LoUf. lou , louj qu^elles modifiait en se frappimt le gosier avec les doigts. Lejour de la noce^ une vieille femme amie de la mnson, qui [H*end le nom de mariha , préside à la càréiRcmie (les prêtres n^ ont rien à &ire) et est diargée du soin déparer la nouvdle épouse. Elle lui peint le visage en Manc et en rouge ^ les som> cils y le bord des paupières et le dedans des mains en noir , les extrémités des doigts en jaune; elle lui applique çà et là sur la figure des petites mouches de papier doré, la couvre de perles , de pierreries , de petites chaînes dW ou d^argent auxqudies sont suspendues de petites boîtes de diverses grandeurs. Ainsi parée, et ^itouréed^un voile demi transparent , elle se place sur un tàUrteuil. Toutes les dames se i^assemblent autour
d^elle poui' la conteoapler , pour lui parler de sa beauté et de Télégance de ses atours; p^»^ dant tout ce temps ses yeux immobiles sont fixés à terre et die garde un prc^ond silence. L'époux arrive sur ces entrefaites; on l'introduit dans une chambre voisatue richement ornée de so&s , de tepis d'Orient, de sept à huit paires de rideaux de diverses couleurs placés devant la porte* Alors lamartha ]M*end la jeune épouse par la maip et la conduit dans Fappai^ tement du mari ; elle enlève missitôt le voile qui la couvre, çt il la T<Ht pour ]a première fois de sa vie. Après qu'ils se sont salués mutuellement en s'appelant couvent par lem* nom, la martha leur verse daos les mains de l'eau de rose ou de fleur d'orange ; ils y boivent réciproquement , après quoi elle se retire en leur adressant mille souhaits de prospàité. Nulle fille ne paraît à ces cérémonies; les femmes mariées et les veuves ont seules le droit d'y assistai. On leur sert des viandes, des pàdsseries, du sorbet, du café; de temps en temps des chants d'allégresse se fcmt entendre. Le repas fini, le bal commence» Chaque fenune danse ordinairement seule, tenant dans chaque main un mouchoir de soie d^loyé qu'elle
passe fréquemment autom* de sa tête et de son> corps. Ces danses ne ressemblent point aux nôtres : ce sont des pantomimes d^amour où Findécence est pctttée à un tel excès qu'ail est impossible de s^ former une idée sans les avoir vues. Mais des peintures aussi lascives ne sam*aient plaire qu^à des peuples peu délicats.
Un grand nombre de musiciennes à gages sont appelées à ces fêtes; les unes animent la danse par leur chant, dWtres jouent à\xn violon à deux cordes ; plusieurs battent la mesure sur un petit tambour, ou bien agitent le dstre. Chaque danseuse distribue de Targent^ à ces musiciennes.
Les hommes invités à ces fêtes^ font société à pai't ; ik mangent , boivent le café et le sorbet j frunent la pipe, chantent , dansent et se réjouissent à peu près de la même manière que les femmes*
Le septième jour après le mariage, cellesci se réunissent encore, et vont poser le sarma sixr la tête de la jeune femme : c'^est une espèce de bonnet d'or ou d'^argent massif travaillé à jour. Il y en a qui coûtent depuis vingt-cinq jusqu'^à quatre cents sequins. Ce sarma est une de leurs parures les plus ch^.
t^s; les fommes ne le quittent pas même pen-^ tiant la nuk, et les plus pauvres se privent du nécessaire pour se procurer cet ornement.
Quant aux funérailles, aussitôt quWe per^ sonne d'un rang distingué est expirée, les gens de la maison poussent des cris lamentables et des hm*lemens. Les femmes se couvrent de poussière , ç'^aiTachent les cheveux et se déchirent le visage. On fi*appe sur des chaudrons, on tait un bruit épouvantable, comme si Ton voulait réveiller le défunt. On Fappelle à' grands cris , en disant : Pourquoi es-tu mort? pourquoi nous as-tu quittés ? Le bruit et les lamentations recommencent et se succèdent par intervalles; on loue même de pauvres femmes pour aider à pleurer. Celles qui donnent les signes du désespoir le plus violent sont les mieux payées. On lave ensuite le mort , et , après Favoir enfermé dans un sac de toile de coton tissu exprès pour cet usage, on le porte sur un brancard recouvert de beaux tapis de diverses couleurs, après quoi il est porté à la mosquée ou devant quelque Ueu saint, où il reste exposé pendant une demi-journée. Des étudians de la retigion, nommés thalibs, y récitent des prières jusqu'au moment où on
l^enlève pour le transÉérer au lieu de la sépuï-î ture. Le long du chemin, chacun des assis-' tans s^empresse de soulenir la bière : c^est une œuvre méritoire* Le convoi marche rapidement, et Ton dhante quelques passages choisis du Coran. Arrivé au cimetière, le mort est mis dans la fosse, la tête tournée du côté de Forient. Si, avant de mourir, le défunt à acH cordé la liberté à quelques esclaves, ils assistent aux funérailles , portait leur luSte d'émancipation à Fextrànité d'une canne. Les pat-^is du défunt distribuent pendant trois ou quati^ jours aux pauvres des aumônes en argent , en pain, en figues sèches, selon leurs facultés^ Les tombeaux soi^t situés hors des villes^ Les riches y ont un lieu marqué poiu» leur sépulture. Les tombeaux des grands sont construits en pierre ou en brique , ont une forme quadrangulaire , ou bien sont arrondis et voûtés en dôme. Ceux du peuple sont simplement pa^ vés de briques ou recouverts seulement d'une pierre ; on en voit d'autres plus petites , de figure carrée, posées sur l'un de leurs bords; l'une est placée du côté de la tête, et l'autre vers les pieds j on y lit les noms et les quaUtés du défunt. Souvent on place du côté de la
tête une pierre de taille en forme de turban ; quelquefois les tombes sont seulem^it bordées de petites pierres. Tous les vendredis, des veuves, des filles, des mères éplcnrées, vont répandre des fleurs et réciter des hymnes funéraires sur les tombeaux.
Les hommes laissent croître leur barbe, ccHmne dans tout TOrient, et se rasent la tête. Qu^ques-uns se rasent aussi le visage et ne cousirent que leurs moustaches. Tous les grands ont la barbe longue ; lorsqu^on veut dégrader quelquW on lui coupe la barbe. Les enÊms laissent croître leurs cheveux jusqu^à Fâgc de puberté.
Les Kabayles d'^Alger ne se rasent point dans Tendroit où nos prêtres se font la tonsure; ik^ j laissent pendre une toufie de cheveux plus ou moins longue.
Productions naturelles.
Les campagnes des environs de Tunis, bornées du côté du midi et du nord par de grandes chaînes de montagnes qui s^élèvent des bords de la mer, et se prolongent obliquement
du nord-est au sud-ouest, offrent un mélange agréable de plaines , de monticules, de collines et de coteaux. Le sol calcaire et sablonneux produit, presque sans soins et sans culture, les plus riches moissons. On y recueille du filment, de Forge, du maïs, du sorgho. Dans les années abondantes, les bonnes terres rendent jusqu'à quatre-vingts et cent fois autant qu'on a semé. On rencontre çà et la de très belles plantations d'oUviers, qui sont une des principales sources de la richesse du pays. L'huile est, à la vérité, d'une quaUté bien inférieure à celle de Provence ; sans doute parce qu'on ignore l'art de la perfectionner. Les négocians français en achètent tous les ans pour
'/les sommes considérables; ils l'envoient à Marseille, où elle est employée dans la fabrique des savons.
La vigne est cultivée particuUènpment lé long des bords de la mer, sur la pente des coteaux arides et sablonneux; on la soutient, comme en France, sur des échalas, et elle rapporte de très bons raisins. On en fait sécher tous les ans une grande quantité au soleil, ce qui fournit l'objet d'un gi^and commerce avec
l'étranger. On sème aussi, dans les mêmes
icantCHis, beaucoup de pastèques, de concombres et de melons délicieux.
Le genêt épineux, le myrte, le romarin, là lavande , la bruyère à plusieurs fleurs , diverses espèces de cistes, le laurier-rose, le lentisque, le caroubier, dont les gousses pulpeuses servent à h. nourritm^e des hommes et des troupeaux, croisstot naturellement dans les lieux incultes. La fertilité du territoire est principalement due aux pluies abondantes de rhiver et du printemps. En été, la plupart des sources tarissent, et la terre ^ brûlée par les feux du soleil ^ cesse de produire jusqu^au retour de rhiver.
Les principaux habitons de Tunis possèdent des miaisons de campagne avec de jolis jardins,' où les orangers , les amandiers , les figuiers , plantés sans aucun ordre et très rapprochés les uns des autres, forment des voûtes impénétrables aux rayons du soleil. Dans le printemps, la fleur écarlate du grenadier tranche sur le vert foncé du feuillage et biille dW éclat éblouissant * . Les roses musquées, Paca-
' Le grenadier, selon Pline (XllI, 34), est originaire de Carthage, d'où il fut porté à Rome lors des guerres
t;ia famèse , le jasmin d^Espagne et d^Arabie y mêlent leur parfum à celui de Foranger, et Pair est embaumé de leurs suaves émanations.
Pendant Tété, des mules ou des chan^aux , auxquds on met un bandeau sur les y^ix , tournent des roues à chapelets, et font monter Teau des puits creusés dans les jardins ou dans le- voisinage; die tombe dans im réservoir, d\>ù die se distribue, par divers conduits, sur k ^irfieK^e de la terre, dans toute Fétendue des plmitations.rOnycultive également une grande quantité "de limons aigres et doux, depruniers, de cédrats, de jujubiers, de henné {laçpsonia in^mus).' Ce: joli arbrisseau, indigène de rinde et de FAitJ^ie, est aujourdliui très répandu sur k côte septentnomale d'AfHque et dans tout FOrient, où il est devenu un objet de luxe et de cottunerce. Il sVIève à la hauteur
puniques. Le findt est très rafraichissant ; on peut le conserver pendant plusieurs mois en le faisant sécher au four. Uécorce de grenade est employée à teindre les cuirs en jaune ; on fixe la couleur au moyen de l'alun. Les Aeurs sèches connues sous le nom de halatistes sont légèrement astringentes, et d'usage en médecine.
^e dix à douze pieds ; ses rameaux nombreux et grisâtres font un angle presque droit avec le tronc; ses feuilles opposées, elliptiques, entières, aiguës aux deux extrémités, large» de quatre à cinq lignes, sur huit à dix de longueur, àont d'uri vert luisant. Les fleurs sont <3isposées en panicule au sommet des tiges et des rameaux ; le calice est divisé en quatre folioles ovoïdes, et la corolle composée de quar tre pétales blancs , arrondis i alternes avec les feuilles du caUce. Chaque fleur renferme huit étamines environ une fois plus longues que la corolle, insérées au réceptacle, et rapprochées deux à deux. L^ovaire , surmonté dW style terminé en pointe , devient une capsule sphérique de la grosseur dW pois, partagée intérieurement en quatre loges rempties de petites semences anguleuses. Le henné fleurit vers le milieu de Tété, et ses fleurs exhalent une odeur forte qui plaît beaucoup aux Maures*. Ils en cueillent les feuilles dans le mois de juin ou de juillet, et après les avoir fidt sécher à Tair libre, ils les broient et les réduisent en une poudre fine dont tes femmes se servent pour teindre d^Une couleur aurore Textrémité de leurs mains et de leurs pieds.
EUes en délaient dans Fean une cettaône quan * Ûté^ et en tormmt une pâte qd*dles fixent pendant cinq ou six beures , au moyen d^'un bandage^ sur la partie qu^eUesY^ilrait teindre. Ce court espace de teimps suffit pour que la couleur s'Imprime sur la peau et s^j consanre pendant cinquante à soixante jours. 01es ont soin de la renouveler lorsqu'elle commence à disparaître, et elles ne s'en dispensent que dans les temps de deuil. On colore aussi de la même manière les doigts des jeimes garçons , d^uis le moment de leur naissance jusqu'à ce qu'ils aient atteint l'âge de huit à neuf -ans. La couleur du henné s'attache particulièrement aux ongles; elle les pénètre entièrement, et ne s'efface qu'après plusieuJs annéesv On l'aperçoit même souvent sur ceux des momies que l'on retrouve dans les tombeaux et au milieu des sables brûlans du désert. Les Maures teignent encore le dos, la crinière, et Pextrémité inférieure des jambes de leurs chevaux avec le henné; ils en apphquent des cataplasmes sur les plaies récentes pour en faciliter la réunion , sur les tumeurs pour les fondre et les résoudi'e. Une particularité qui mérite d'être observée , c'est que la couleur passe
dans le sang, et se communique promptemeut aux urines.
^ Dans plusieurs cantons , les femmes se sont particulièrement réservé les soins de la culture du henné ; après en avoir &it tremper la graine dans Feau pendant trois à quatre jow^s, elles la mettent dans un sae de toile , et lorsqu'elle a perdu ime partie de son humidité , elles Fenveloppent dans une ceinture de laine^ et la portent autour de leur corps jusqu'au moment où le germe commence à pousser; alors elles la sèment sur ime terre finement divisée, dans des lieux humides et ombragés.
Le henné réussirait vraisembjiablement bien dans nos îles d'Amérique , à Cayenne et au Sénégal ; je suis persuadé que Ton pourrait tirer un grand parti, pour la teinture des étoffes, d\me substance dont la couleur s'imprime si facilement sur les chairs, sur les ongles et sur le poil des animaux.
M^ l'abbé Tessier, de l'Académie des Sciences , m'a conmiuniqué quelques observations sur les usages du henné, que je crois devoir rapporter ici pour compléter l'histoire de cet arbrisseau intéressant. Elles sont extraites d'un mémoire sur la cidture des terres dans
la Basse-Egypte , par M. Marc , consid de France à Alexandrie. « On £stille des fleurs a du henné , en Egypte , une eau que Ton a mêle avec c^Ue de rose dont oa ^e sert dans m les bains , et que Ton répand sur Les habits <c des personnes qui viennent &ire des visites^ H avant de Iwr présenter le pariQum. Les H vieilles femmes en teignent leurs chevaux j ^ et, pour les rendre plus Ix^uns, elles mettent tt avec la poudre de henné une égale quantité <( de galles noires brûlées. On en teint les cha* « meaux, les moutons apr^ la tonte , les pef( tits pous^bis^ au sortir du foxur. On en appUr a que sous la plante des pieds à ceux, qui sont u attaqués de fièvres malignes. On en mêle « avec Fhuile de lin , et on en con^pose des H cataplasmes pour la guénsoisr des bêtes de (( charge. Enfin , les gens de distinction con- 4c tribuent , même après leur mort , à en aug- <( menter le débit : on ne les enseveht jamais u que sur une couche de henné plus ou moins « grande^ quelquefois de 7 ou 8 pouces d^éu paisseur^ répandue dians le cercueil. Le& « tiges sèches du henné, coname celles de IV a sier, servent à fisdre des paniers grossièreu ment travaillés, pour Tusage des jardiniers,,
tt des T^ideurs en détatt ^ et âe tous les me* u nages. »
Les jardins sont ^atourés da kiMS impénétcdl>les^ fidtes arec l^espèce de nopal quelinné a désigné aous le nom dé cactus Uma^ et que les Maures appellent camums el sara (figue des chrétiens). Ce végétal, qui croit il>ondam^ meai sur toute la cote de Barbarie, est d\me grande ressource lorsque les fomrages sont peu abondans : on en hàdie les tiges par morceaux après en avoir retrandié les ncmibreih ses laines dont elles sont armées de toutes parts^ et on en nourrit le bétail pendant une partie de Tété et de rautomne. Les gens pau*- Très en mangent ^ussi les fruits : ils sont très nourrissaw^ quoique d^une saveur fiide et aqueuse. J^en ai observé deux variétés bien distinctes : Tune rouge et Tautre jaune; celle* ci est la |ilu8 commune. On les cueille avec une perche fendue à Pextrémité en trms ou quatre parties, dont les divisions sont écartées au moyen dW petit morceau de bois ou d^une pierre enfoncée dans le centre : les épines nombreuses dont ces fruits sont parsemés ont rendu cette précaution nécessaire. On les coupe aux deux extrémités, et on fend la peau
longitadiiialemeât ; alors elle se sépare avec facilité de la substance charnue.
Le lac de Tunis n'est éloigné de la ville que d'environ trois cents pas ; sa forme est à peu près circulaire, et il peut avoir six à sept lieues de circonférence; les immondices qui s'y renr dent continuellement le comblent peu à peu , et sa {dus grande profcmdeur n'est que d'environ quatre à six pie^s. Il serait bien facile d'y creuser un port 'assez vaste pour recevoir une flotte nombreuse; mais les Tunisiens n'en ont ni le pouvoir ni la volonté; ik regardent même le peu de profondeur du lac comme leur sauvegarde contre les puissances européennes. Il est très poissonneux» L'on voit presque toujours à sa surface des vols considérables de beaux phénicoptères aux ailes roses , et diverses autres espèces d'oiseaux aquatiques. Au milieu du lac est un petit château où les navigateurs, de même que les marchandises qui viennent d'Orient dans les temps de peste , sont déposés pendant quinze joints. Cette précaution serait beau<" coup plus utile, et pourrait arrêter davantage la contagion , si la même loi était établie dans tous les autres ports situés le long de la çôte^
OÙ Ton admet indistmctement tous les vaisseaux.
Lorsque les vents du nord soufflent avec violence, ils poussent les eaux hors du lac par le canal de la Goulette. Alors la vase reste à sec le long de ses bords, et Podeur infecte qui s^^i exhale se répand jusque dans la ville.
Les vaisseaux mouillent dans la rade de (Wthage. Toutes les marchandises que Ton embarque ou que Ton débarque sont transportées sur des bateaux avec une voile latine que Ton connaît sous le nom de sandals. £n im mot , la sur&ce de ce lac présente sans cesse un spectacle vivant et animé.