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Première Ietti*e à M. Lemontiier, contenant la relation d'un voyage de Tunis à Ca&a et dans le Gérîd.
TuqU, le i5 avril 1784.
Monsieur,
Depuis mon arrivée à Tunis, je n^ai pas reçu ime seule fois de vos nouvelles. J^ai eu Fhonneur de vous écrire plusieurs lettres dans lesquelles je vous en demandais avec instances ; je suis dans la plus grande inquiétude; elle ne m^abandonnera que lorsque j^en aiu*ai reçu.
Je vous envoie onze rames de dattes que j^ai cueillies à Nefta. Elles étaient en très bon état lorsaue je les ai fedt charger sur le bâtiment ; je désire bien que la mer ne leur apporte
aucun dommage. Elles sopi de la même qualité que celles que mange le bey «
Je suis de r^x>ur a Timis. Mon voyage a duré plus de trois mois et demi : je Tais tous en tracer un court tablew; puisse-t-il tous être agréable et tous amuser im mommt.
Je suis parti de Tunis le 29 décembre dernier, à la suite du bfey q]yd marchait cette année à la tête de son camp. Il a eu la bonté de me donner quat|:*e chameaux ; j^avais en outre acheté deux ^Miles, loué uoe t^ate, :et pris à mon service quat|:*e domestiques dont trois nègres ; vcûlà mon train. Avant mon départ , j^avais eu soin de faille une ample pix>visioD de riz, debiscuit^, de yigndes salées, etc., parce que la manne n^ tombe fim dans les déserts. Notre marche était lente : à peine fiâsions-nous cinq à six Ueues par jour, au son des timbales , des trompettes et de quelques autres instrumens de guerre. Nos mu$ici0ns n'aurraient certainement pas eu le pouvoir d^Orphée.
La première ville que j^ai rencontrée après huit jours de marche' est Caïrouan : c^est la plus grande du royaume après Tunis ; elle est même mieux bâtie et moins sale que c^lle-ci.
Les miirs qui Pentourent sont assez forts pour^ la mettre à Pabri des insultes des Arabes qui n^ont pas de canon. La grande mosquée passe pour la plus belle et la plus sainte de tout le royaume. Cinq cent deux colonnes de direr^ ses couleurs la soutiennent et la décorent inté^ rieurement : je les ai feit compter par un renégat italien. Il m^a assuré qu^il y çn avait quatre de violettes , douze d^un beau vert: les autres sont blanches pour la plupart; quelques-unes sont pointées de rouge. Elles varient en grandeiu»: il y en a qui ont jusqu^à vingt pieds d^élévation. Le même renégat m'*a encore copié deux inscriptions latines qui attestent que cet édifice est Fouvrage des Romains. LWcbitecr ture extérieure n^offre rien de remarquable- J'ai parcouru toutes les rues du Caïrouan sans découvrir aucune inscription. Shaw^ pense que cette ville est le yicus Augusti des Romains. Si je n'avais pas été de la suite du bey , il m'eût été très difficile d'entrer à Caïrouan : le peuple y est fanatique ; il ne veut pas y voir de chrétiens, à cause de plusieiu's khaUfs descêndans de Mahomet qui y sont
» T. I, p. 267, tr. fr.
enleirés. On en voit encore les mausolées aux environs de la ville. Leconunerce de Caïrouan consiste principalement en pelleteries, queles habitans savent employer à divers usages. On y fait des brides, des selles, des souliers à la mode du pays. Ils fiibriquent aussi des étoffes de laine appelées baracan. Le peuple y mène une vie phis heureuse que partout ailleurs, étant exempt d^impots en récompense des services qu'il rendit au grand-père du bey actuel. Il s'y tmt renfermé pendant long-temps ; les habitans aimèrent mieux souffrir toutes les horreurs de la £simine que de le livrer à ses ennemis^ Les plaines voisines sont très étendues, mais presque partout incultes. La terre est imprégnée d'une si grande quantité de sel marin, qu'elle en est toute blanche dans certains endroits : aussi les eaux sont-elles toutes amères et saumatres , et l'on ne trouve dans ces contrées que des plantes marines, des salsola^ des kali^ deux ou trois espèces de Umonium , la scille^ et autres plantes qui couvrent les bords de nos meré. Le sel de nitre est aussi fort commun. A quelques lieues de Caïrouan , on en trouve en quantité dans une très grande étendue de terrain ; on en fait de la poudre à
canon. Nous nous plaignons qu^il manque en France : je crois qa^il serait &cile à notre goùvemement'de faire un arrangement à ce sujet avec la rég^ice de Tunis. La quantité qu'ion en retire des terres est si considérable, que ce serait, je crois, un projet prc^saUe et utile à la France.
J^ai eu le plaisir de voir pour la première fois, daifô ces contrées, un très bel oiseau cpi^on' appelle houbara. Je crois que Shaw est le seul auteur qui Fait connu'. J^en ai Fbis^. toire complète.
Nous avons eu , au milieu de Thiver, des chaleurs presque égales à celles de nos étés : moDL tbermomètre est monté plusieurs fois à 20 et 24 degrés dans le mois de janvier. Les jours moyens étaient fort tempérés , et je n^ai souffert du fix>id que pendant cinq à six jom^. Le vent du nord soufHaît alors avec impétuosité, et il tombait un peu de pluie ; néanmoins mon thermomètre n^a jamais baissé au-dessous de trois degrés, même à sept heures du matin. J^ai éprouvé beaucoup d'ennui à Caïrouan,
• Voy. Shaw, 1. 1, p. 3^6 et planche.
parce que nous y avons séjourné pendant plus de quinze jours. Point de plantes, peu d^oi^ seaux , encore moins de minéraux. livré à moh-m^me , je comptais fes heures et brûlais d^envie de m^^èr rers des nonlagnes que j^sqperœvais dans le lointain*
Le moment du départ est enfin arrivé : nous» avons continué de marcher droit atr imdi, et le troisième jour nous somnïés entrés dans une i^bine inunense située eùtre deux ' chasnes de morïtagiies qui se dirigent à peu près du nord ao sud. Nous partions régnfièrement sur les sept heures du matin ; notre marche était (ordinairement finie à mi£; je dînais promptement , je m^armais de mon fusil et j^aillais hedbonser, accompagné d^un de mes nègres ou de gens du bey, selon qu^il y avait plus oa m^ins de danger de rencontrer des voleurs ou des bétes fik'oces. Quelquefois je m^écartais d^nne ou deux Ueues. Chaque plante nouvelle que;^ trouvais me donnait un sentkn^itdepkdsirinexprimaMe : citait pour moi une nouvelle conquête. Enfin, après huit joars-de marche, nom sommes arrivés au bord du désert, dans une ville que Ton nomme Cq/ta , distante de Tunis d'environ soixante-
dix lieues, autant que j'^ai pu Testimer eiî comptant les heures de marche.
Pas une seule habitation sur notre route; beaucoupderuines peu intéressantes, à la vé-rite , mais qui prouvent que cette partie de FAfiique, quoique la plus aride du royaume de Tunis, était autrefois habitée. Je les ai visitées avec soin, sans rencontrer aucune inscrip-^ tion ni aucun reste d'édifice qui vaille la peine d'être cité. J'ai pris exactement le nom des lieux, leur distance, leur situation relative, afin de pouvoir découvrir ce qu'ils étaient autrefois. Aujourd'hui, ces plaines inmienses n'offrent l'aspect que d'un vaste désert. Les Arabes bédouins sèment l'orge dans le voisinage des ruisseaux , qui sont au reste très rares. Depuis Tunis jusqu'au Gerid, je n'ai pas trouvé une seule rivière. La culture de l'olivier serait , si je ne me trompe , la seule qui réussirait dans ces contrées. J'en ai vu de sauvages qui étaient beaucoup plus forts que ceux de Provence* Le cyprès, le cade, le rhus oxyacantha^ une sorte de pin à feuilles fines, croissent dans beaucoup d'endrœts, et forment ça et là des bosquets qui consolent un peu la vue de l'aridité des plaines. A quelques jour-
nées en deçà de Gifsa, j'ai observé beaucqu|) de mastics : ce sont de très beaux arbres qid ne s'élèvent pas à une grande hauteur, mais dont la tête s'étend fort au large. Les Maure^ en ramassent le suc pour le mâcher; ils n'en font aucun commerce. Ces arbres étaientcouverts de fleurs lorsque je les ai rencontrée. Il y a pareillement beaucoup de gazeUes aux environs de Cafsa. Les gens du bey leur donnaient la chasse à cîheval , suivis de lévriers j souvent ils les attrapaient à la course : leur 'chair est très bonne à manger.
Nous avons Campé pendant quatre jours aux portes de Cafsa. Cette ville située entre des montagnes calcaires et arides , dans un lieu bas , est très mal bâtie. Elle n'est défendue que par un vieux château qui commence à tomber en ruines , où le bey tient une garnison de 4^ Turcs. Ce nombre suffit pouv mettrtî les Arabes à la raison, tant est grande la peiïr qu'ils ont des Turcs. Les maisons de Cafsa sont bâties sur lemêmemodèle que toutes celles clc Barbarie; les murailles sont de boue , quelques-imes de briques; les portes, les fenêtres, tous les meubles sont en bois de dattier ; on n'en connaît point d'autres dans ces con- IT. 5
pédilive , nous n^avons entendu parier de rien.
J^ai parcouru la ville de Ca&a, et j Y ai trouvé plusieiu:*s inscriptions , malheiu*eusement la plupart effacées. On lit sur plusieiu*s pierres du château les noms d'^Antonin , de Trajan ^ d^Adrien. Le conunerce de Cafsa consiste principalement en laines ^ en baracans , huile ^ oli^ ves , grenades , en dattes beaucoup moins estimées que celles du G^d. Le peuple y est dans la misère parce qu'il est très paresseux , et que la régence de Tunis sait bien le dépouiller du superflu. A quelques lieues au S. Ë, de Gafsa sont deux autres pays que je nV pas eu le loisir de visiter. LW se nomme Sdiquêt et Fautive Aisch. Les Maures y logent dans des imaison». On m'^a assuré que ces lieux étaient fertiles, et qu'ion y voyait des plantations d'o^ liviers, de dattiers et d'autres arbres fruitiers du pays.
Quelques heures après notre départ de Ca&a^ nous commençâmes à entrer dans le désert , ayant à drâte et à gauche les deux chaînes de montagnes dont j'ai déjà parlé. Pendant deux jours on ne trouva que de Peau saumâtre; heureusement j'en avais fiât provision à Ca&a. Le
troisième jour nous campâmes tout près de El-' hammah, petit pays du Gerid, où les Maures Dût une halHtation et de grandes plantation^ de dattiers. Un peu avant cet endroit finissentles deux chaînes de montagnes entre lesquelles nous marchioiis depuis k)ng<-temps ; elles se joignent k deux autres dont Tune s^allonge vers Test , et Vautre vers Fouest. Ce sont les bornes du désert ; elles sont habitées par des Arabes vagabonds qu^il est dangereux de ren-r contrer. J^ai observé près de Ëlhammah un rocher de très beau grès voage dont j^«Enporte des échantillons. Le lendemain nouspaiv tîmes pour Tozer , où nous arrivâmes de très bonne heure. Le bey fit dresser le camp au c6té droit de la ville, si Von peut donner ce nom à un assCTciMage de maisons de boue. To- ^er est un liw très renommé pour les dattes ; elles passent pour les meilleures de tout le Gerid aprè^ ceUes de Nefta. Les eaux sont ici très abondantes ; mais elles ont le goût saumatre et amer. Nous étions obligés d^en en-r Toyer chercher à Ëlhammah y où dles sont excellentes. Les environs de Tozer m^ont donné quelques joUes plantes , entre autres vme superbe espèce d'orobanche à fleurs violettes ^
une sorte de paburus qui s'élève fort haut , un apocin, une nouvelle espèce deperiploca^ etc. Le bey m'^a fait présent de trois à quatre oiseaux rares. J'ai empaillé un i^ccfsa^ espèce de moineau qui niche dans les maisons, et dont le chant est fort agréable; il ne se trouve que vers le désert. Le serpent que les Arabes appellent leffah estfort commun danscepays, ainsi qu'un grps scorpion noir dont la morsure est très dangereuse; j'en ai trouvé deux fois dans ma tente, et je ne me couchais jamais sans inquiétude. Les griv^, les canards sauvages, les tourterel^ les, sont econmuns au Gerid. Je me donnais souvent en heiiicmsant, le plaisir delà chasse. A cinq heues au sud-est de Toser est un autre canton assez; étendu où l'on trouve de bonnes oranges, d'excdleps binons doux, des grenades en abcaidance: c'est Neiito. Les dattes de ce lieu sont les plus estimées du royaume; on en fedt un commerce considérable. Près de Nefta commence un immense lac d'eau salée qui se nomme lac des Marques ^ ; (to dit qu'il a pdus de 20 lieues de long. A quelques lieues
• Schibkah el Lowdiah ; le Libfa palus des ancien», géographes. (Sh.)
Ters le midi de Tozèr , est une mer de sabte qu'ion appelfe mer de Pharamcmd' ; il est dangereux de s^^i approcha ; des voyageurs ara-r bes j ont péri pendant mcm séjour au Gerid : le bey n^a pas voulu me permettre d^aller le voir.
Loudian est encore uh pays de dattes , à trois lieues à Test de Tozer. J'y ai passé une nuit sur la dure , et j^en ai visité les environs. Les oliviers de ce canton sont les plus beaux que j^aie «icore vus. L'orge vient à merveille dans les jardins ; mais les halntans scmt souvent pillés par un c^f arabe qui réside dans les montagnes vcnsioes du désert. J'ai vu des ruines fort étendues près de Loudian ;^ elles paraissent étredu temps des Rcnnains, Une grande tour de forme carrée subsiste encore dans son entier:. Les amix sont très abcmdantes {fresque dans tout le Gerid , ce qui est bien étonnant dans un pays où les pluies ne tombent que très x*arenient : il &cat qu'elles filtrent de très loin à travers les sables.
Le désert proprement dit n'est qu'une immense mer de sablequi fatigue et attriste la vue
' L^ Trilonis l^cus de Tan^quité. (Sh. )
par son imifonmté ; on iî^j voit ni verdure ni habitation htunaiiie. La nature- paraît morte dans ces tristes contrées; les vents j sont très fréquens; lorsqu'ils soufflent avec impétuosité toutç ratmo$phèi« est obscurcie par une vapeur de sables volans qui ne laissent voir le soleil que comme au travers dW brouillard ^>ais; alors les voyageurs sont obbgés de s'^aiv rcter et d'attendre c^ te calme sc^ rétabli. Pendi^nt Fêté on ne voyage que la nuit : la chaleur brûlante du soleil réflédiie par les sables suffoquerait nécessaârement ceux qui oseraient s'y exposer durant le jour«
Les lainest du Gerid passent pour les mei^ leures de. tout le royaume; cm en fidt un comma'ce considérable. Les gens du pays se sepvent d'un sable très fin pour les blanchir ; ils les lavent , puis les saupoudrent avec ce sable, ^rès les avoir laissées dans cet état pendmit qudiqu^ jours, ils les lavent une seconde fois* Cette opération leur donne un beau bhmc. Les Geridiens vivent de dattes , d'orge , de sauterelles préparées avec le sel et l'huile ; ils sont aussi très friands ^es chiens , coutume qu'ils ontconservée de leurs ancêtres.Leur commerce consiste en laines ^ baracans, peaux d^autrù-
phes , et sui'tout en dattes. Ils seraient riches ^^ils n^étaient continuellement plies et par leurs che& et par les Arabes vagabondis. Ce scmt des sujets très peu attachés à leur prince; ils ne lui paieraient tr^ ceptainement rien sHl ne les y forçait les armes à la main. Le teint de ces peuples commence à tirer sur le noir ; ib sont assez grands et d'aune c<Histitution sèdie. De Tautre côté du désert, au midi, commence le pays des nègres quW a[qpdUe Ouareglif j^ai TU un de leiM:*s princes dans le temps que j^étais au Gerid. 11 ne faut que six jours pour aller de Tozer dans les canton$ qu^ik habitent*
Les Geridiens quittait leurs mmscms pendant Tété pour aller respirer le frais dans Les jardins ; quoique plantés au hasard , ces hfxix offrent un spectacle qui j^t par sa yariété et son désordre même. Ce sont des forêts de dattiers, dWangers, de vignes, d^amandiers , plantés très près les uns des autres , et qui donnent un ombrage impénétrable aux rayons du soleil. On voit aussi ça et là de beaux tapis de verdure oCk il est agréable de se reposer.
Vers la fin de fëvri» nous abeBdonnâmes sans regret le Gerid poiu* revenir vere Cafsa ; jpous suivîmes la route que nous avions faite
jusqu^à quatre journées au-delà de Cafsa* Le bey me fit appeler pour me demander si j'étais curieux devoir les ruinesde SpaStla' • Je l'assurai que rien ne pcHivatt me faire plus de plaisir. n me dit que nous y s^oumerions , et que j'aurais le temps de les vi^t^ à loisir. Nous y anÎTâm^s le 5 mars, sur les deux heures après midi, et nous cam{^imes au côté gauche des ruin^. €e s<mt , sans contredit , les plus belles de tffut le royaume, et elles màitent bien d^êtré visitées. L'enceinte de la ville avait au moins deux milles de circonfiérence. On distingue encore très bien l'alignement des rues , les rpstes de plusieurs beaux édifices , etc. Au midi delà ville , à p^i de distance , est un superbe arc de triomphe de forme à peu près carrée ; je ne peux mieux le comparer qu'à la porte Saint-Daiys, excepté que la feçade était soutenue par quatre cok>nnes d'ordre corinthien, qui sdftit actuellement tombées. Au pied de Parc de trioihphe , coinmence un pavé en grandes pierres plates oblongues, qui conduit droit au centre de la ville, à un grand édifice de forme «arrée; il paraît, par une inscription.
' yancienneSuffetula.
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que j^ai copiée sur une des pierres , que c^était un teiople. P|us loin, dans la même direction, est un magnifique palais divisa en trois corps de batimens ornés de colonnes et de pilastres d^ordre corinthien. Il est^guré dans TouTrage de Shaw, mais aveC'pçu d^ei^actitude*. La &*çade est actuellement tombée ; les ccdonnes qui la soutenaient ont 19 pieds de longueur sur 9 de circqnfërence.
Les ruines de Spaïtla sont situées dans une plaine immensg couronnée de hautes montai gnes. 4^ couchant et au midi elles se perdent dans le lointain et offrent des points de vue très agréables et très diversifiés. J^ ^ trouvé de très jolies plantes et une sorte de pin dont je vous envoie des cônes. Tout près des ruines, coule un fort ruisseau d^aau douce dont les bords sont agréablement ombragésdelauriersroses. 11 prend sa soui:*c^ à peu de distance audessus de la ville , et se pml dans les sables; 'un peu au-dessous ; il est traversé par un
* %aw ponsîdère commje trois temples réunis dans une même cour , fédifice que Desfontaines regarde comme un palais divisé en trob compartimens. Voy. tom. l, p. 260, ti\ fr.
aquédue qui ccmduisait les esaxs. à Spaîtla. Pai copié une inscriptioD intéressante gravée sur une pierre de Tarehe du milieu : c^est un ouvrage des Romains.
11 est bien triste que ce beau pays soit in-, cuUe et qu^l soit infesté de voleurs; ce sont les Maigers , nation arabe , qui habitent ces contrées. Ils passent pour les phis méchantes gens de tout le royaume. U y a quatre ans qu^ils ' pensèrent assassiner plusieurs gens du bey qui. s'^étaient écartés du camp pour aller voir les? ruines. Les Maigers s^étaient cachés au nom-, bre de plus de soixante dans le vallon formé par le ruisseau ; ik tirk'ent fdusieurs coups de fusil sur les gens du bey : ceux-ci remontèrent promptementsurleurs chevaux et retour^ nèrent au camp. Le bey y vint aussitôt à la tête de son armée ; quatre de ces brigands furent arrêtés et eurent la tête tranchée.
J'ai visité -avec un plaisir inexprimable les ^ IHiines de Spaîtla; Tarchitecture en est si belle, si ressemblante à celle de nos jours , que je ne croyais plus être en Barbarie. J'ai quitté ce beau Ueu avec regret ; nous avons marché au nord-ouest pendant plusieurs heures , dans une forêt de pins et de genévriers de Phénicie,
puis nous sommes descendus dans une grande plaine verdoyante située entre dmix longues chaînes de montagnes. Nous aTons campé pendant plusieurs jours aOprès des ruines deSUba. CellesKîi sont situées à environ sept heures de marche au uoinà de Spaïtla ; elles s<mt bien moins belles, mais beaucoiq> phis étendues ; on y voit néanmoins les. restes de grands édifices et trois fontaines publiques à deim-tombées. Je n^ai pu déchiffrer aucune inscription. JHgnore le nom que les anciens donnaient à cette ville, mais je crois que Shaw a commis ime erreiu* à son sujet'. Les Turcs brûlerait , près des ruines , un superbe olivier qui était fort ancien. A peu de distance coule un fort ruisseau qui descend des montagnes situées à Fouest ; elles sont couvertes de bois. Les lions et les tigres y sont aussi fort communs ; heureusement je n.^en ai renccmtré aucun dans mes promenades. J^ai trouvé , dans^ les envi*rems de 3biba , de très jolies plantes qui m^ont dédommagé des fatigues que j^ai essuyées. De Sbiba nous avons été aanper à quelques lieues
* Le nom ancien est«Si}/«^;Shâw ditàtort quecW Tucca Terehinthina.
au nord j tout près d'un saint ou marabout. Les eaux découlent en abondance des montagnes qtii bornent la plaine , et y aitretiennent la fécmidité. Les Avabes qui habitent ces cantons se nomment Ùuedlali] ils logent sous des tentes et sont beaucoup moins méchans que lés Maigers , avec lesquels ils sont presque toujours en guerre. Lebeyles a forcés de faire la paix pehdantnotre séjour dans ces contrées; ils Pont câtébrée par des courses à cheval, par des fêtes et des présens. Il 49St bien fâcheux que la belle plaiiie de Sbiba soit inculte : le terroir en est excellent ^ le fi^oment et Porge y Tiàidraiént en abondance* Toutes les montagnes qui Fentourènt sbiït couverte^ dWe belle verdure et très bien cultivées.
Je les ai visitées avec smâ , et j'y ai trouve plusieurs jolies plantes , une nouvelle espèce d'asphodèle sans tige, un joli rbamnus à feuilles fines , Vièoia crocatà^ le siapéha urens , plusieurs^^ro/zmufc. Nous avons ajourné pendant plus de quinze jours dans ces contrées, où je ne me suis pas enomyé parce q^e j'y trouvais des plantes et des oiseaux. Vers la fin de mars , itious avons marché du côté de Kef , ville fi^ntière du royaume , assez bien forti-
fiée ; tous ses environs sont fertiles et bien cultirés* On y rencontredes mines à chaque pas. Dans tout ce cantob, les Maures habitent sous des toits; c^est la partie la plus riche et la plus féconde du royaume ; on y cultiTe le mûrier pour les vcrs-à-soie , le safiran , Tolivier , le figuier , etc. JPai traversé le Megerdah deux fois ) visité un pays agréable habité par d^an« ciens Andalbus , et dont les maisons sont couvertes de tuiles comme celles d^urope ; et enfin j je suis arrivé àTunis le 8 avril, jouissant dWe parfidte santé ; j0 ne vous ^ivoie , monsieur, qu^un très court tableau de mon voyage. J V jpns beaucoup de notes stu* les pays où j^ai passé , sur les arts, la culture ^ les mœtirs des habitans, les diverses tribus d*^ Arabes qui halntient le royaume, sur les ruines que j^ai rencbntrées. J^aiacheté des mé-* dailles , cqpié beaucoup d'^inscriptions qui pourront éclairer la géographie ancienne de ce pays ; mais ce n^est )pks en voyageant qvCon peut faire quelque chose de suivi.
JM reçu des lettres de M. de Kércy^ consul d'^Algeir ; il me dit d^attendre la décision des affaires d^Ëspagne et d^Algk*. Sans cette &cheuse gueli^re, j ^aurais eu au moins aiifcant de
ùalhés pour voyager dans lerayarauedLyg^ que dans celui de Tunis. Les beys de Constanime et de Mascara sont prérenus de mon arrivée^ et très disposés à me bien recevoir. Mais il fmit que tout soit tranquille.
Le gouTemement de Tunis mV donné, avec une honnêteté sans égale , les secours dont j V vais besoin. Le bey m^a comblé d^amitiés; il aimait à s^entretenir avec moi ; j^allais souTcnt dans sa tente , et toutes les fois que ses gens tiraient quelques oiseaux qui lui paraissent rares, il ne manquait jamais de mêles envoyer: aussi jetais obligé de voir les malades dont la santé Fintéressait , et je le faisais avec grand plaisir. Sidy Moustapha^smi^^NrraGder ministre, est attaqué de la goutte et de la gravelle; ilm^a prié, au nom de Dieu , de trouver quelque soulagement à son mal. Je le désirerais ardemment, lui devant une reconnaissance infinie. M. Desparron , vice-consul , va faire savoir au ministre la {manière oMigeante dont j^ai été traité%
Il y a ici un botaniste de Danemark qui n^aura pas les mêmes avantages que moi« et qui ne pourra pas voir les mêmes lieux. Je connais aiqourd^hui une grande partie du royaume
— gifle Tunis, En peu de jours je partirai pour Zar wan, où Ton me promet beaucoup de plantes* Le mois d'^avril est ici la saison du printemps» J^faerborise du matin au soir.
ïlî.
Deuxième letti-e de M. Desfontames à M. Lemonniei^ de r Académie des Sciences.
Tunis y le 11 ^oût tySf.
Monsieur*,
Depuis le moïs d^avril, j^ai fait divers voyar ges dont j^aurai Thoimeur de vous entretenir' suoces^vement. La saison des plantes est pas-^ sée : je suis sédentaire, et je vais m^occuper maintenant à rédiger les observations que j^ai faites, pour vous en faire part. Si elles méritent le suffrage de FAcadémie et le vôtre, mes vccux sfront remplis. Il sera mention, dans cette lettre, de la Mamelifi, de Soliman, de Porto-Farina, de Bizerte, et de Zawan*
' Hammam el £nf.
• La BfatiKielifest «ne montagi^ ^uée à Texiréantè die la rade de Tunis, À trois lieiies de distance de cette TiAle. Ëtte est cét^e par les ^ains duiuds auxquels les Tunisiens attribuent de% Teitus admirables pour ta guérison de toutes sortes de maladies, ils sy rendent «n ibule dans toiftes les saisons de Tannée, ma» surlifHtt an pxiisteHips^ S^il ne SbêoI pas i^outer &Nl à toutes les iiiermUes qulh ea racontent, on ne saurait cependant refuser à ces eaux la propice de gviérîr la gale^ «t surtout la xuladie vénéïi^^^ «aeore plus commune ki qm da&s m96 tdimais'.. J]ak vu des malades 4p en ëtakint Mifeotés , ^éris par ce œ«l seoours dafis re^[ia0e de. quelgttas «doîs, ce qu^ilibut isai^ d^diito îâtinbucr ^hmx «ueinrs «bondafiles que ce^ Imus pnocurent; peut-être ^lAissi que la gi»iide,<}nantîlé déiselixnarîn qu^ tîenneaC en dissokttiyau yiconlribise pour quelque ebose , car les gens du jwj^ assurent que leurs autres lAÎtis chauds nWt psis la même vertu.
Les haàis appartiennent au bey^ iU sont
" Cette «naladie n'est point dangereuse en Aïrique; les Maure» vivent et vieillissent avec elle sans y faire beaucoup d'attention. (^Pfote de Desfont,')
(Commodes et bien tenus. Le thermomètre li^ Réaumur s^y élève à la hauteur de 32 degrés* On peut les prendre ati terme que Ton veut, au moyen d\m robinet qute Ton ouvre pour don-* ner passage à un ruisseau dWu fixride qui y tombe. A peu de distance de là, est une fontaine dont les eaux sont encore plus chaudes de quatre degrés que celles des bainsi. Cellesci sont purgatives, et excitent méîne quelquefois le vomissement ^ .
La Mamelif a peudWévation : mie heiù^e'êt demie suffit pour monter au sommets Elle est le commencemeait d^une dbmne de montagnes qui, en se dirigeant du nord-est i^ stid-k>uest, traverse le royaume jusqii^au désert de Salwiraw Cette longue chsdne oj^ose line barrière aux nuages qui sont presque toujours am^oés par les vents du nord : ils s Y arrêtent, sy condensent, s^j résolvent, «t clest sans doute à cette cause qu^il faut attribuer principalement la sécher^se qui régné continuellem^it dans la partie Théridionale du royaume , tandis que
' J*ai observé dans ces eaux une grande quantké'<ie tortues , tesludo lutaria (Lin. ) La même espèce se retrd(ave aussi dans les eaux fi^oides. (^Note d^ Desfont S)
«reUe du nord, située en deçà des montagnes, €st arrosée de temps en temps par des pluies bienfaisantes qui la tempèrent et la fertilisent.
J'ai trouvé dans les montagnes de la Marne, lif plusieurs plantes rares, entre autres une iris à fleurs jaunes et à fèuiHes étroites qui se plaît dans les lieux les plus arides , un beau, cyprès, un daphné approchant du Dapkné cNoica de Gouan, etc.
L'^arbousier, le sain bois , la bruyère à plur sieiu'S fleurs , la maure en arbre , le myrte*, le lentisque, le laurier-rose y croissent en abondance. Ces jolis arbrisseaux forment ça et là des massife agréables, le long des Vallons ^1 dans tous les lieux humides. |Je vous ferai cependant observer. Monsieur, que les montagnes d'Afrique sont en général beaucoup moins fertiles que celles de nos climats : jamais le printemps n'y fait naître ces beaux tapis de Jver^ dure émaillés de fleurs, où mes yeux se reposaient avec tant de plaisir lorsque j'herborisais dans nos alpes d'Auvergne et du Daiiphiné. Je crois pouvoir avancer avec certitude que le nombre des plantes du royaume de Tunis se naonte à peine à mille ou douze cents espèces^ tandis qiie la seule province du Dauphiné ,
beaucoup moins étendue, eo j[H:*oc[uît plus <ie deux mille; «t, comme le rè^se animal est essentiellement lié au règne végétal, oa ne dcHt pas être surpris qu^ s^y trouve aussi un plus petit nc»abre d^animaux , et que les espèces même les {dus utiles y soi^t mrâas maltw pUées que dans nos climats^
Le terrain qui s^étend depuis^ la base de la montagne jusqu^à la rade est bas et maréca* geux» Les plutiers dorés, led béeass^es, et plusieiu^s autres espèces d^cûseaux aquatiques, y abondent p^idant Fhiver* CVst dans ^e lieu que j^ai observé pour la première fois- une belle espèce d^fairondelle sqppelée par Linné Hùpunda praiincola , en français , perdrix d» mer* Elle paraît ici vers le conunencemeiit de i^ara, et y demeure jusqu^à W fin de Fautomne. Les hi-i rondelles eomnl\me$ de nos dimats y arrivent aussi à peu près dans le même temps, et y fon^ le même séjour •
A tms beues au sud de la l^Iamelif , est ta petite ville de Soliman, siti^ au milieu d^une grande plaine couronnée de mo^ût^gnes. Les environs sont très riants , et offrent Timage de Pabondance. On y £iit de riches récokes çVoi'ge, de froment et d^olives» Les habitans
soaai d^origine âspagnote , et ies (dirélieHS en 9ont très bien accueilHs. A trois ou quatre lieues au murd-est de Soliman, ^t le village de. Corbus, où Ton cultive des oannes à sucre que les gttis du pays veinent à Tums. Il y a aussi dans ce lieu un bain d^eau très chaude : le thermomètre de Réaupiur y monte à 4^ de-* grés.
La nade de l'unis est ime des plus belles ^ des plus vastes de toute la Méditerranée : bornée au sud par les mçmtagnes de Corbus, au sud^'Ouest par la MameM , au ilord par la rive de Carthage, elle oâre un abri sur aux vmsseaux qui y mouillent. Le vent du sudouest, autrement dit vent de Soliman , est le seul dont ils aient à craindre. Le rivage , du côté des montagnes de Corbus , s^élève beaucoup; celui de Carthage, au contraire, est presque à fl<eur d^eau. Cette ville était bâtie le long de la côte , sur une espace d^isthme large d^environ une heue , qui s^élève et se rétrécit insensiblement en sWançant vers la mer. La pointe de cet isthme fixe Tentrée de la rade. Là est un petit village nommé i^y Bouseïd, du nom dW £gimeux nuyrabout ou saint qui y a été enterré^ et en llicmn^ir duquel il est dé-
fendu aux cfaréciens à^approAer de ce lieu. On y TcÂt encore une TÎeiUe lour aqppdée Ibrt Saint-Louis ^ que Ton dit ayœr été bâtie du temps des croisades.
Les loiines de Gothage n^(^rent plus rien d^intéressant t trois grandes dtemes, ks débris de raquéduc, quelques Tieilles. murailles y des monceaux de pierres répandus çà et le dans la campagne sont tout ce qui reste de cette fameuse rivale de Rome* La charrue a passé sur ses murs, et Ton sème le blé au milieu des ruines. Cest bien le cas de dire : Etiamperiere ruiruR.
La rade nVst défendue que par deux forts situés sur la rire droite. Le principal se nomme le fovi de la Goulette; celui-ci est bâti sur le bord d^un canal qui établit la communir cation du lac avec la rade.
Le lac do Tunis peut avoir cinq à six Ueues de circonférence } sa forme pandt circu^ire. Los immondices qui s^ rendent continueller ment le comblent peu à peu, et sa plus grande profondeuî* n'excède guère cinq à six pieds. II serait bien facile d'y creuser un port où une flotte nombreuse pom^rait mouiller à Fabri de tous les vents ; mais les Tunisiens n'en ont nji
le pouvoir ni la volonté ; ils regardent même le peu de profondeur du lac c<nnme leur sauvegarde contre les puissances chrétiennes. Il est très poisscmneux, et sa sur&ce est i»*esque toujours couverte de beaux flamants et autres (Hseaux aquatiques. Lorsque les vents de nord soufflent avec impétuosité, les eaux sont poussées hors du lac par le canal de la Goulette. -^ors la vase qui reste à see exhale une odeur infecte qui se répand au loin , et même jusque dans la ville. Ses bords sont peu élevés, et les plaines marécageuses qui Pentourent sont très fécondes. A une lieue et demie à Test, est la MarsCj où plusieurs riches habitans de Tunis ont des maisons de caïQpagne et de jolis jardins plantés de vignes, de grenadiers et d'orangers, à Fombre desquels ils vont se reposer pendant Fêté. On y cultive, le long de» bords de la mer, beaucoup de melons et des pastèques excellentes.
En suivant la côte vers le nord, pendant trois ou quatre heures, on traverse un Heu montueux planté d'oliviers, puis on descend dans une belle plaine au milieu de laquelle coxjAi^Xe Mejerdah. Semblable au Nil, ce fleuve dépose, dans ses inondations, un hmon qui
engraisse la terre et la féconde : ai|$$i ses bords sont presque toi\joiir$. couverts de ri-* ches moissons. Cest dans les contrées à envi^ ron six lieues au nord de Carthage y que Ton retrouve encore les ruines d^Utique; mais à Texception de Taquéduc , des càternies et de quelques murs, elles sont toutes enserebes sous le sable. JL^hojstaire nous aj^eod qu^Utique était une ville maritime; aigourd^bui, le* ruines sont distantes de la mer de pris d^ deux lieues.
A «aviron quatre li^«es au nord'^l d'Util que, est Porto-Farina, que les Maures appel-* lent Gav-^l^Meleh : cette ville, fort petite^ est située au bord dç la mer, à la basa d^uu long promontoire qui la met à Vabri dos vents du nord. Cast dans le port de cette ville que Je bey ûdt construire les plus forts corsaires qu^il envoie contre les puissances chrétiennes. Les maisons de Porto -Farina, bâties en ampbitbéâtre le long de la montagne, offrant dans le lointain un fort beau coup d^o^. Ce pay/s est riche, et Ton y est plus en sûreté que dana tout autre endroit de la Bsrbarie , parce que le caïd ou chef y exerce une justice sévère.
Le golfe de Porto-Farina est très sûrcontret
tous les veats ; mais son ^atrée se comble de ^our en jour par les sables que la mer j en* tasse sans cesse ; aujcMrd*hiii les gros bâti^ mens maixhands n^y sauraient plus entrer.
Le promontoire de Porto-Farina sWance à plus de trois lieues dans la mer : c^est le commencement d^une autre chaîne de moptatr gnes parallèle à celle de la Mamelif , c^est-à* dire dont la direction s^étend du nord-^est au sud-ouest. Vers son extrémité, il y a des monceaux de sable blancs cornue la neige, que Ton aperçoit de très loin. Sa base est bien cultivée, et lorsque Von est sur le sommet on jouit d^un très beau spectacle. Au midi, la ^ue s^étend jusqu^aux montagnes de la Mamelif et de Zawan, qui ne paraissent dans le lointain que comme des nuages légers. Du coté de Fouest, elle découvre une plaine immense couverte des plus riches moissons. A Test et au nord,. elle se perd siu la Méditerranée. Enfin , si on rabaisse vers la base de la montai gne, elle se repose délicieusement sur des jardins bien cultivés, où une verdure toujours nouvelle est entretenue par des sources d^eau vive, et par le voisinage de la mer.
JV trouve , dans les environs de Porto-
Farina , plusieurs jolies plantes , entre autres, une très belle espèce de àcrophulaire dont je vous envoie des graines , et que je crois nouvelle. Quelques jours avant mon départ , le caïd ou dief me fit conduire dans un lieu où Ton avait découvert une mine abondante de mercure , sous le règne d^Aly Bey , père de celui qui gouverne aujourd'hui. Ce prince Payant appris la fit boucher aussitôt, en disant: Si les princes chrétiens savaient qu'il y a des mines dans mon royaume , je n^ vivrais plus en sûreté.
La ville de Bizerte .est située à 7 lieues au nord-ouest de Porto-Farina , entre un grand lac et la mer ; c'est une des plus conamerçantes de toute la Barbarie. On y fait des chargemens considérables d'huile, de légumes et de blé que Ton transporte à Malte, à Livoume , à Marseille, etc. Les environs de la ville sont bien cultivés et les jardins s'étendent fort au loin du côté de l'ouest. J'ai vu près de Bizerte de belles plantations de coton.
Le lac est très poissonneux ; sa largeur est peu considérable , mais , en revanche , il s'étend jusqu'à Mattery ville ancienne dont on voit encore les ruines plus de sept Ueues à
Vouest de Bizerte. Il est fcwt rétréci dans son milieu et comme divisé en deux. Il communique avec la mer par un canal fort étroit siu* le bout duquel la ville est bâtie. On pourrait y creuser facilement un port aussi sûr que celui de Marseille. Autrefois les vaisseaux marchands fôatraient dans le lac , msds aigourd'^faui , le canal ne reçoit que de très petits corsaires et des bateaux. J^ai observé pendant le temps que j^ai passé à Bizerte, que les eaux de la mer entraient constamment dans le lac depuis midi ou midi et demi jusqu^à trois heures, et qu^^es en sortaient pendant les heures suivantes\ Mais Farrivée des Vénitiens , dont le bruit s^était déjà répandu , a été cause que je n^ai pas osé mesurer rabaissement alternatif des eaux, qui d^ailleurs n^est pas fort considérable.
La rade de Bizerte est vaste et profonde , les plus gros vaisseaux peuvent s^ipprocfaer très près de la ville; c^est à son entrée que sont deux écueils appelés les chiens, autrefms drO' confia : on les aperçoit facilement des. bords de la mer.
Entre Bizerte et Porto*-Farina , sont deux
^ Voy.tom»I,p. î43.
jpetits villages situés à peu de distance de la mer. LW senaanne Melelin et Tautre Ba»-e)- GibeL Tous les eaviroDs sont plantés de tîgnesetd^<diYÎers« ÀpeudedSetaACedudenner, immédîatement sur la cote , on trouTe des ruines considérables.
Il me reste encore, nion«ieaa*, arasit de finir œtte lettre à^ous parler de Ziawaïit Cn ^ppdle de ce nom une petite ville côtuée à dix fieues au sud-ouest de Tteais ^ à la base <l^une montagne qui n^est qu^une cc^e^uatsQvi de celles de la ManeliC €^était près de ceM TiHe que commençât l^ofoédac-qm conduisait les eaux à Carthage^ et dont <m voit encore un très grand nombM d\ircemix très bteKi conservés. Sur la droite et ver& le ttdlieu du chemin qui conduit de Tunis à Zavr«n , dans le lieu d\)t]i scHlait la source^pn fournissait les eaux à Faquédoc ) sont les mioeB d^un beaoi temple dont les murs solidement baàs en grandes pierres carrées ^ subsistent encore dans leur entier. On vok int^eurement dans le con^ tour , un grand nombre de niches qui recevaient sans doote les statues des divinités bien* faisantes qui présidaient aux fontaines.
La ville de Zawan est bâtie au nord de la
HMmtagne ifai porte le même nom. Les mai^ sam dies particuliws sont très bieki fooniks dWu^ an mojrea d^tm grand non^re de t<mdiàtB wutamuois (pii s^ distriineièiit« Il y a à Zawan une célèbre tcmtnrem de bontt^ts ti)Uges à la node ches orientaux : il s'en fait nu coocmenee dans k Barbarie «Pt dMA$ tout le Levant ^ qui se monte a» morns à ^detnt iniUions par an. il ai^ étié iœpo^ihh de rien ^fp|H*endre rektivêuietil: aixx procédés qt»^ emploient pote* !6ffl« <^t<« teinture; ^ en fent le phid gnMd mystëte et s^imagment être les Seuls qui possèdent le «eeret de donnefr us^ hfMf^ couleur ttnige mix kme^. Ce sont 1^ laines d^Ëspegne qu^ emplment peiur Ut fa^
On tdnl: lencore à 2fitwan beiMOoiftp «de tuirs jMfiiea dont on â&t4ee sMd^M k la mode d^ pay^ Voici leur précédé qui e»t ti^ simple t On m^ eur trok on ^quatre litiges d>écoreède «^ennde aéetiée«M eoleil^ pul^sëe ^ wieb^ Vre d*alun ; on «délaie le tout dieas une 'qu&si^ tité suffisante d'eau, puis, après avoifr monifté le y%iir, ^n <é^nd snar ta èuriKice pkisiettf s -étudies de teinture ; •im h ttielt à jsrécher à Vomhm pcoidaM ^qm^ques jouns , et lorsqu^il est
hysa sec , ils le mouillent encore et Pencluisent de nouvdifes couches de teinture, après quoi ils le font sécher comme la.prenuère fois. Le cuir pr^id une belle couleur ;^uun!e , mais elle s^efiaoe en peu de temps.
Ea parcoinrant la ville de Zawan , j^ai obserré beaiKX>up de vieux murs àâeur de terre, plusieurs colonnes que les Maures. ont employées à Tcttuement de leurs mosquées et de leurs maisQnSi Le seulmonumaït ancien digne d^attenti<^. est unedes portesde laviUe; encore est-elle en partie tombée en noues. Sur une pierre du milieu du cintre , on vmt ime tète jde bélier sur laquelle est posée une courcmne et ddns la .coiu*onne on lit AuxiLiO;
Les environs de la ville sont riants et ferti-^ les. L^on y JQWt dW air pur. Les eaux qui sortent en jabpndaïica de la hase de la mcmla-^ gne , distribuées avec art dans les jardins , y eptretienn^nt la verdure et la fécondité. Les habitans de Zawan commercent beaucoup ; ils sont dans Paisance et par conséquent traita-^ blés et humains.
. La montagne de Zawan est une des jius élevées de tout le royaiune. Je doute néanmoins qu^elle ait plus de 3oo toise^ de hau*
leur perpendiculaire, jy ai trouvé un beau prunier nain à feuilles blanches en dessous, et une très belle espèce de chardon que je n^ai Tue nulle part.
De Fautre côté de la montagne on voit encore quelqpies ruines ^t les restes d W temple ^evé, près dWe source dont les eaux aUaient se rendre dans Taquéduc de Carthaget ce heu se nomme Zuggar.
Vers le itiiheu du chemin qui conduit de Tunis à Zavran on rencontre les ruines d^Oudenat; elles sont fort étendues. L^on y trouve les restes de deux grands amphithéâtres, des 4iitemes, plusieurs souterrains et un long aqueduc ; Shaw n^en a pas Êdt mention.
Journal d'un voyage fait le long de la côte de la mer, depuis Tunb jusqu'à Sfax , sur leé bords de la petite Syrte.
Je suis parti de Tunis vers le commencement de juillet 1 784. La saison des plantes était alors passée ; mais j^avais Fespoir d^être dédommagé de mes peines en recueillant des graines, des insectes et autres productions naturelles. J^étais bien aise aussi de voir la partie la plus riche et la plus habitée du royaume, où Ton retrouve un grand nombre de ruines et de beaux monumens qui annoncent encore aujourd'hui son ancienne splendeur. Le bey mVvait accordé des lettres de recommandation pour les caïds ou gouverneurs des lieux que je devais visiter, avec une escorte suffisante pour que je n^eusse rien à
craindre desf Arabes bédouins, toujours prêts à dépouiller les voyageurs , et qui feraient encore moins grâce à un chrétien qù^à tout autre.
Je dirigeai ma route vers le midi en suivant la côte de la mer, dont Je tie iH^éloignai i|ue très rarement pendant le cours de mon voyage.
Le premi» soir après mon départ , je couchai à quelqiiies lieues au-delà des bains de la Mamelif', à l^entrée dWe grande plaine (jui sWlonge du nwd au sud, entre des montagnes médiocrement élevées d'^oîi découlent , pendant Phiver, plusieurs ruis'seaUx qui Farrosent et la fertilisent. Elle raifernie trois petites villes. La plus considérable est Soliman. La seconde se nomme Crombalia : celle-ci est à cinq Ueues vers le sud de la Mamelif. Enfin , la troisième, qui porte le notn de Turki, est située à une Ueue au midi de Crombalia. Ces villes;, qui mériteraient à plus juste titre le nom de village, n^ofFrent rien d^intéressant. On ii^j retrouve^ ni ruines , ni aucun monument qui atteste leur ancienneté primitive/
* Hammam el Ënf.
Les environs sont fertiles en blé et embeUis par des jardins plantés d^oliviers, de grena^ diers, dWangers et de myrtes.
A quelques milles au-delà de Turki, nous entrâmes dans un bois fort étendu où les oliviers sauvages, les caroubiers, les cyprès, les yeuses, etc., nous donnaient un peu d^ombrage et de fraîcheur : je dis un peu, car les arbres, dans toute la partie méridionale du royaume , si j^en excepte PoHvier,' ne ressemblent qu'^à des arbrisseaux , et les pins euxmêmes, que Ton voit dans nos forêts s'élever jusqu'à la hauteur de 80 ou de 100 pieds, n'en ont guère ici que i5 à 20 d'élévation.
Le bois dont je viens de parler s'étend, le long des bords de la mer, jusque dans le voisinage de Hammamet. Je n'étais plu^ éloigné de cette ville que d'environ une lieue et demie^ lorsque je détournai ma route du côté du sud-^ ouest, pour aller voir ^es ruines que les Ara-^ bes appellent Czar-el-Zeit. Shaw * pense avec maison que ce sont celles de l'ancienne Siaffi- Ijntty et, en elTet, les Arabes appellent encore
' Tom. I) p* ao6, tr. fr. Le voyageur anglais Domme cet endroit Cassir-Aseite«
-^ toi —
wjourd^hui la partie du bois qui les avoisine* Hangar-^l^Siagitana , ou bois de la Siagi-^ tana. J^ai aussi transcrit à Hammamet deux inscriptions gravées sur des jrierres qui for-^ ment le jambage de la porte d^une maison , où on lit le nom dé Siagitana. Le propriétaire m^a assuré qu^elles avaient été apportées du terrain où sont les ruines. Voici ces inscriptions : •
TICTORIAE ARMEHIACAE FARTHICAS MEOICAE
▲TGYSTOEYM ▲. 8ACETII €ITITA8 SIAGITAlfA