‹ Voyages dans les régences de Tunis et d'AlgerChapitre 22 sur 26 · II · texte numérisé non relu

II

<i brisseau araient un goût si délrcieux, qu^ils « Cedsaicnt perdre aux étrangers le souvenir a de leur patrie. »

Sur une nouvelle espèce d^arbre a mastic. — Le mastic est, comme Ton sait, une sorte de résine un peu transparente, de couleur jaune pale, d^une odeur et dW goût assez agréables, que Ton recueille surtout dans Tîle de" Scio. On croit généralement que cVst le lentisque (pistaeia lentiscus ou lentiscus vulgaris) qui produit cette substance. Tuurnefort a établi cette opinion dans son Voyage au Levant^ et la plupart des botanistes Font embrassée.

J^avais cru d^abord devoir m^en écarter, car j^avais trouvé dans la régence de Tunis un arbrisseau qui, produisant du mastic tout-à-fait semblable à celui quW recueille dans File de Scio, différait pourtant essentiellement du lentisque vulgaire. Mais ayant fait demander à Scio des fruits et des branches de Farbre à mastic qui croît dans cette île, afin de les comparer avec ceux de Tunis, j^ai dû me ranger à Fopinion de Toumefort, et reconnsati^e qu^à Scio le mastic est bien réellement le produit du lentisque.

Les observations que je vais présenter ici

— 3îï3 —

n^en sont pas moins utiles ; eOes feront con-* naître un arbre nouveau qui produit une substance semblable au m^tic et que Ton pour* rait employer aux mêmes usages.' J^ai nommé cet arbrisseau Pistacia atlantica Jblùs deci^ duù ùnpari'-pinnatisjfoliolis lanceolatiSf surbundulatis , petiolis alcUis.

Il s^âève à la hauteur de quinze ou vingt mètres ; le tronc est court et gros, j'en ai vu qui avaient jusqu'à trois pieds de diamètre; les branches, qui sont très nombreuses, forment une tête large et arrondie. L'écorce est épaisse, gercée sur le tronc et sur les vieux rameaux , lisse et de couleiu* grise sur les plus jeunes.

Les feuilles tombent pendant llnver; elles sont alternes, pinnées avec une impaire, composées de neuf à onze foholes lisses , minces, glabres, litières , presque opposées, quelquefois légèrement sinuées sur les bords , amincies vers les extrémités , longues d'environ un pouce sur trois à quatre hgnes de largeur. Le pétiole commun est grêle et un peu ailé sur les cotés. Les fleurs sont dioïques comme dans tous les pistachiers; elles paraissent avant les feuilles vers le commencement de mars.

Les fleurs mâles naissent en grappes vers Pextrémité des rameaux; elles sont pendantes, amoncelées en petits groupes d'^un rouge foncé; chaque petit rameau est accompagné à sa base d\me squammule ovoïde , sèche , qui tombe presque aussitôt après Pépanouisseraent de la fleur.

Le calice est composé de trois à cinq folioles aiguës qui sèchent et se détachent promptement. Il n^ a point de corolles. J'ai compté ordinairement cinq étamines dans , chaque fleur; il y en a quelquefois jusqu'à sept; chacune est soutenue par un filet très court. Les anthères sont petites, oblongues, obtuses, teintes d'un rouge noir ; lorsqu'elles sont au terme de la maturité, elles répandent ime très grande quantité de poussière jaune.

Les ÛQurs femelles naissent comme les mâles en petites grappes à l'extrémité des jeunes tiges; elles en diffèrent en ce qu'elles sont un peu plus grêles et en plus petit nombre. Les squammules qui soutiennent chaque rameau sont aussi im peu plus aiguës que dansles fleurs mâles. Il n'y a point de corolles, et le calice est ordinairement partagé en trois ou cinq petites feuilles aiguës, presque ovales. Chaque

fleur reiiferiaQ*traî$ styles couris, rouges, abaissés, souvent inégaux. Le stigmate est velouté et un peu épais.

Le germe qui est fort petit devient un fruit sphérique, charnu, dW jaune tirant sur le pourjHre; il renferme une coque osseuse. Son diantre est d^environ deux lignes.

LWbre femelle ofire un aspect un peu diffé* rent de celui du mâle , ce que j^ai toujours observé dans les plantes dioïques.

Les botanistes connaîtront facilem^it, dVprès cette description, que notre a]4)re est une espèce de pistachier, qu^il a même de grands rapports «vec fe ientisque, mais qu^en même temps il en diffère par des caractères très dis^ tincts et très faciles à saisir; il devient beaucoup plus gros que le Ientisque; sa tête s^étend aussi davantage. Les feuilles du Ientisque sont plus raides, elles ne tombent point pendant rhiver ; celles de Tarbre que j^indique se détachent en automne, et se renouvellent vers le commencement d^avril. Les folioles de ce dernier sont toujours en nombre impair , tandis que celles du leiitisque sont en nombre pair. Ce caractère est essentiel et suffisant pour d^tinguer ces deux arbres de manière à

ne jamais les confondre. Les finiits de Tarbre que je viens de décrire viennent à peu près comme ceux du lentiscfue , mais ils en dîfi<èrent beaucoup par le^ grosseur; ils sont au moins une fois plus gtH>s« Il est donc bien dé-* montré que Parfïre en question est une espèce fort diâer^ite du lentisque ordinaire (jn^ada leniiscuê).

Exposons maintenafnt les raiscms qui me portaient à croire que Farbre décrit ci-dessus était celui qui produisait le mastic. Je Vch^ s^vai pour la première fois en voyageant aveô le camp du bej de Tunis, dans de grandes [daines situées au nord de Cai^. Depuis lors j'en ai découvert en plusieurs autres lieux ^ mais toujoiu*s dans la partie méridionale du royaume. Ces arbres, pour la plupart, étaient fort vieux ; dan^ beaucoup d'endroits ils étaient pkntés en bosquets et alignés dans quelques autres, ce qui semblerait prouver qu'on les avait cultivés anciennement. Les gens du camp couraient vers ces arbres d'aussi loin qu'ils les apercevaient pour en ramasser le mastic , qu'ils regardent absolument comm^ le même que celiri qui vient du Levant : ils lui donnent le même nom , l'emploient au même

usage. Je m^en procurai une assez bonne quantité , et, à mon retour, je le comparai à celui de Scio. Je puis assurer que je n'y trouvai aucune différence : il avait la même couleur j le même goût , laméme odeur\

Une remarcfue singulière, c'est que le lentisque qui produit le mastic dans l'île de Scio n'en donne point sur les côtes de Barbarie. J'ai pris les informations les plusexactespoursavoirsi le lentisque ne produit pas de mastic en Afiique ; tous ceux à qui je l'ai demandé m'ont assuré qu'ils ne l'avaient jamais observé. J'ai recherché avec l'attention la plus* scrupuleuse en différend- temps, en diâférens Keux, sur les lentisques que l'on cultive pour l'cMmement des

* Le suc résineux du pistachier atlau tique sort des gerçures de Técorce, des feutes qui s'y font naturelles ment 9 de Textrémité des branches qui ont été brisées , des endroits qui ont reçu quelque contusion. Il se réunit en petites masses iiTégulières y de la grosseur du bout du doigt ou même du pouce. Quelquefois il forme un enduit le long des rameaux, souvent il en tombe Jusqu'à terre ; c'est surtout dans le printemps , lorsque la sève est le plus en action y que cette substance découle en plus grande abondance .

jardins, sur ceux qui croissent naturellement sur les montagnes et dans les plaines, sans pouvoir en découvrir; j^ai brisé dans toutes les saisons de Tannée des branches de lentisques ; j^ai Êdt des incisions au tronc et aux rameaux , sans jamais avoir pu obtenir de mastic. Les finnts du pistachier atlantique ont un goût légèrement acide; les Arabes le nomment ihoum; ils le mêlent aux dattes après les avoir broyées, et les mangent.

Cet arbre est très commun dans les plaines sablonneuses et incultes voisines de Cafsa. Oans pinceurs saisons, et surtout en été, il découle deFécorce de son tronc et de ses branches un suc résineux, se durcissant à Pair, d'un jaune pâle, dWe odeur et dWe saveur aromatiques assez agréables , difTérant à peine de celles du mastic du Levant, et nommé également heulc par les Maures; il se condense en lames qui entourent les branches, ou en globules irréguUers de dimensions et de formes diverses, souvent de la grosseur du doigt ou du pouce; souvent la terre est jonchée de ceux qui tombent de Farbre. Les Arabes ramassent cette substance en autonme

et en hiver. Elle est employée au même usage que le maslic de Scio; ils la mâchent pour donner une odeur agréable à leur bouche et de la blancheur à leurs dents.

J^ai observé le pisUxcia atlanticaj au pied des montagnes près deMayané , à Tremessenet ailleurs. Il y devient très grand , et c'est le plus gros de ceux qui croissent dans F Atlas; mais le suc résineux qui suinte de Técorce est plus mou, dWe saveur et dWe odeur moins agréables, et enfin dWe nature différente que celui que Ton recueille sur les arbres du désert; ce qu'il £aut attribuer à im climat moins chaud et à un terrain plus gras et plus hu* mide. On voit souvent sur les feuilles des noix de galle épaisses, rondes, rougeâtres, ressemblant à des baies ' •

' Ces deux derniers alinéas sont traduits de la Flore atlantique.

Page 1