II. lû
le disent incorruptible; ils en font des pou-^ très, des solives, des instrumens.de labou* rage, etc. Il brûle lentement et. ne donne presque point de flammes; mais les charbons qui en résultent sont très ardens et produis^at une f(»*te chaleur.
Les Arabes enlèvent Pëcorce et les parties Êbr^ises des jeunes dattiers, et mangent la moelle qui est dans le centre. Cette moelle est placée dans Fintervalle des fibres, qm vcmi toujours en se s^rant du centre à la circon-* fërence , en sens contraire des autres aii^res , et elles ne sont pas placées par couches, comme j^ai eu mille fois occasion de Pobserver sur des troncs coupés. Cette moelle, dWe couleur blanche, est nourrissante et d^un goût sucré : les Arabes mangent aussi les feuilles lorsquVlles sont encore tendres, assaisonnées avec le suc du citron. Les anciennes sont mises à sécher ; elles servent à faire des tapis et autres ouvrages de sparterie , qui sont dW usage très fréquent, et dont on fait un comm0rce considérable dans Tinlmeur du pajs. Des cotés du pétiole, dans fendrcnt où il s^unit au tronc, il se détache un grand nom bre de filamens déliés avec lesquels on fabrique
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ém cordes , et que Ton pourrait convertir en toile.
On retira aussi du dattier une liqueur blanche connue sous le nom de lait ; pour Pobtanir , on coupe toutes les branches du sommet de ces arbres, et, après y avoir fait plusieurs incisions , on le couvre de feuilles pour quHl ne soit pas desséché par Fardeur du soleil. Le suc découle dans un vase adapté convenarblement à une rainure circulaire pratiquée au-'-de-ssous de ces incisions pour le recevoir. Le lait du dattier a un goût sucré et agréable lorsqu^il est frais ; il est rafi*aîchissant , et on le donne à boire même aux malades ; mais il amaigrit ordinsdrement au bout de vingt-quatre heures. On choisit, pour cette opération, de vieux dattiers , parce que la coupe des branches et la grande quantité de sucs qui découlent de Farbre Fépuisent et le font souvent périr*
Les fleurs maies du dattier entrent aussi dans Fusage économique; on les mange lorsqu'elles sont encore tendres, en j mêlant un peu de jus de citron ; elles passent pour aj^irodisiaques. L'odeur virile qu'elles exhalent est
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peut-être cause qu'on leur a attribué cette propriété.
Les dattiers sont d'un gi-and revenu pour les habitans. du Sahara^ il y en a qui produisent jusqu'à vingt grappes de dattes; mais on a toujours soin d'en retrancher une partie , afin que celles qui restent puissent grossir davantage. On n'en laisse jamais plus de dix à douze sur les arbres les plus vigoureux. Il y a des grappes qui pèsent jusqu'à trente-six livres; elles se vendent quelquefois six francs la pièce, lorsque les dattes sont d'une bonne qualité; mais, pour l'ordinaire, elles ne valent que quarante à cinquaiUe soûs. On estime qu'un bon dattier rapporte, année courante, douze à treize francs au propriétaire. Il se£dt un grand commerce de dattes dans l'intérieur du pays; on en envoie aussi une grande quantité en France et en Italie : c'est à la fin de > novembre que l'on en fedt la récolte. Lorsque les grappes sont séparées de l'arbre, on les suspend dans des lieux bien secs où elles sont à l'abri des insectes. Celles du Beledulgerid, dans le royaume de Tunis, sont les plus estî- . mées de toute la Barbarie.
La datte est un aliment sain, nourrissant et dW goût très agréable, surtout lorsqu'elle est fi^îche. En séchant, elle devient dure et difficile à digérer pour ceux qui ont Testomac faible ou qui n^ '*^ont pas accoutiunés. Les dattes peuvent se conserver pendant plusieurs années, pourvu que Ton ait soin de les préserver de ITiumidité. Les Arabes les mangent pour Tordinaire sans assaisonnement. Dans quelques endroits , ils y mêlent le finiit d'une espèce de thérébinthe, qu'ils appellent /Aoiim/ son goût acide uni à celui de la datte en fait un mets agréable et d'une digestion facile.
Les Arabes du désert mettent aussi des dattes sécher et durcir au soleil pour les réduire en farine, qu'ils mangent délayée avec un peu d'eau sans la faire cuire ; ils en font provision pour les voyages de long cours. Cet aliment, qui n'exige aucune préparation , suffit pour les nourrir pendant long-temps; quelquefois ils y ajoutent un peu de farine de froment ou d'orge.
Les habitans du Sahara retirent encore* des dattes une sorte de miel d'une saveur douce et sucrée. Pour cet effet, ils choisissent celles dont la pulpe est la plus molle ; ils en. rCn^-
plissait une jarre percée dW trou vers Jabase, puis Us les compriment en les surchargeant dW poids. La substance la plus fluide qui sort par le trou de la jarre est le miel des dattes^
Les boyaux , quelque d We substance très dure, ne sont pas inutiles; on les donne à manger aux chameaux et aux moutons après les avoir broyés ou mis ramollir dans Peau*
Les dattiek:*s , ainsi que tous les arbres cultivés, offrent une grande variété de fruit quant à la forme, la grosseur , la quahté , la couleur même ; on en compte au moins vingt sortes différentes. Les meilleures dattes sont d^une consistance ferme, dWe couleur jaune et transparente; elles sont sujettes à la piqûre des vers , et se gâtent promptement dans les temps humides et pluvieux.
On voit, diaprés ce que je viens d^exposer, quHl estpeudWbres dan» la nature qui offrent des usages aussi précieux et aussi multipliés que le dattier.
L^olivier tient le second rang parmi les arbres utiles que Ton cultive en Barbarie : il est une des plus grandes sources de richesse dans le royaume de Tunis, J^en ai vu de superbes
plaïUaticqis le long des bords de la mer, depuis Bîzerie jusqu^aux environs de la petite S jrte , dans une étendue de près de loo lieues en kmgueur. Ces arbres , qui sont beaucoup plus grands en Afrique que dans nos provinces méridionales^ prodinsent chaque année d^a«" boudantes récoltes d^oliyes. L^huile qu^on en retire est fort grasse et dWe qualité bien inférieure à celle de Provence , sans doute parce que les Africains ignorent Fart de la perfectionner. On en fait un cc»nmerce c(Hisidérable avec les étrangers. Les négocians français «n envoient tous les ans ]^^eurs chargemens pour les manufactures de savons à Marseille. On en embarque ai^si beaucoup pcHn* Li- Tourne, Candie et autres lieux. L^fauile la ipiua estimée de toute la Barbarie est celle de Suse, de Hammamel et d^Africa. Les Maures &bri- «puent des savons d^une consistance molle, qui conservent la couleur verte de Folive. Il y a des olives douces que Ton mange sans être assaisonnées.
La otdture de Polivier est fort négligée à Alger; on ^i voit néanmoins de belles planta-** (ions tmx environs de Bône, de Bougie^ dte Bdiide et de Tr^siessw*
seconde espèce est la plus commune et la plus estimée ; on sème le tabac vers le mois dV^ril dans les terres grasses et hmnides : il s^en &it une grande consommation dans toute Fétotidue du pays.
La canne à sucre réussit très bien à ilger et à Tunis, mais die n^ est quW objet de curiosité, on ne cherche point à la multiplier, et on ignore entièrement les moyens dW extraire le sucre.
Les légumes, excepté le mekmchier {coi^ chorus oUtoriw) et le gombaut {hibiscus e*çulentus)^ sont les mêmes en Bai43arie qu^en Europe. On mange les feuilles du prenais bouiUies et apprêtées à peu près comnae nos ^nards^ les fruits du gombaut, quoique d^un goût fade, se mangent assaisonnés avec les viandes.
Les Maures sèment en novembre et décembre beaucoi:^ de pois chicfaes, de lentilles ^ de fèves. Les négocians chrétiens en achètent tous les ans de grandes provisions qu% envient à Marseille et sur les cotes dUtafie.
La Barbarie produit en ontx» ua grand ncodbre de fruits partiouUers aux climats chauds, <ie grenades, d'^oranges, de limons ai-
grès et doux, de figues, de jujubes, de pistai ches, de raisins, de pastèques^ et d^excellens melons. Les oranges d^Alger le disputent à cdles de Candie et de Malte. A Tunis elles «ont d^une qualité inférieure.
Les melons et les pastèques croissent furesque sans culture dans les terres sablonneuses ; ces finiits ofl&^nt un grand nombre de variétés et sont infiniment meilleurs que ceux qu^on cultive en Europe avec beaucoup de soins.
Les vignes viennent très bien le long des bords de la mer, sur les coteaux sablonneux et exposés à Tardeur du soleil ; elles produirsent de très bons raisins. L'^espèce la plus oom^ mune est le muscat blanc; on n^en retire pœnt cle vin (Pusage de cette liqueur est défendu par la religion et par les lois), mais on en sèche tous les ans une grande quantité dont on fait commerce au dehors et dans Fintérieur du pays.
Quelques-uns de nos arbres fi:*uitiers, tels que les pommiers et les poiriers qui ont été ti'ansportés en Afrique y ont dégénéré, ce qui vient sans doute du peu de soin que Ton prend de les greffer et de les cultiverconvenablement.
Les Marnées qui habitent les villes aiment
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beaucoup les fleurs ; leurs jardins plantés de myrthes, de lentisques, de jasmins, de grenadiers, d^orangers, de hennés offrent un mélange qui plaît par son irrégularité même. Les eaux, qui j sont conduites et distribuées avec art, y font naître beaucoup de tapis de verdure sur lesquels ils vont se reposer et respirer le frais pendant ks fortes chaleurs de Pété, Dans le printemps, les orangers fleuris répandent une odeur déUcdeuse. Le rouge éclatant des grenades et les couleurs variées des fleurs, font le plus beau contraste avec le vert foncé des lentisques, des orangers et des myrtes. Une multitude d^oiseaux, attirés par la fraîcheur de ces ombrages, les embellissent encore par la diversité de leur plumage et les animent par leurs chants.
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Observations sur le cbènc à ^land doux y sur le lotos et sur Farbre à mastic.
Les {»*oductions du règne végétal dont la société peut retirer des avantages sont celles qui méritent particulièrement Tattention des botanistes, et qu'ails doivent s^appliquer à décrire avec exactitude, afin qu^on puisse les reconnaître et en Ëdre usage dans tous les temps. De ce nombre sont i"* une espèce de chéne>, connu sur les cotes de Barbarie sous le nom de baUote, dont les glands, aussi doux que la châtaigne, servent de nourriture pendant Thiver à un grand nombre d^habitans du mont Atlas ; 2"* le lotos si souvent mentionné dans les écrivains de Fantiquité, et qui avait fait donner à un peuple de Libye le nom de lotophages ; 3** enfin Tarbre qui produit cette es-
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pèce de résine transparente, agréable au goût, et qui est connue sous le nom de mastic.
Du CHÊNE BALLOTE. — Pline paraît avoir eu connaissance du chêne à gland doux, a II est « certain, dit cet auteur, qu^il y a des glands a qui font la principale richesse de plusieurs <c nations même pendant la paix; ces glands, « torréfiés et réduits en farine, servent à faire (( du pain dans les temps de disette ^ )> Plusieurs botanistes modernes ont pareillement fait mention du chêne à gland doux, mais aucun de ceux que j^'ai consultés ne Ta décrit avec exactitude 9 c^est ce qui m^a déterminé à publier les observations que j^ai £ûtes sur cel arbre intéressant p^adant mon séjour en Barbarie.
Je Tai nommé et désigné ainsi : quercus BaîrloUi^foUis eUipticis ^ perennantibuê^ denticurlotis integrùi^e^ subtus tomentosis^Jhuctu iongissimo.
Le tronc du chêne à gland doux peut avoir un ou deux pieds de diamètre sur trente ou quarante pieds d'élévation. Ses rameaux, qui sont raboteux, foiment une tête ovale ou quel-
' PUn. XVI, 6, éd. Hard.
quefois sphérique. L^éoorce est siUotmée dWe couleur brune tirant stu* le gris. Les jeunes pousses sont blanches , cotonneuses, légèrement cannelées.
Les feuilles sont persistaRles, elliptiques, plus ou moins allongées, ordinairement ar^ rondies au sônmiet, vertes et glabres en dessus, blanches et cotonneuses en dessous, entières ou légèrement dentées, un peu roides, Icmgues dW a deux pouces, larges de six à dix lignes, moins piquantes et moins ondées que celles de Pj^use, quercus ilex^ Lin. Le pétiole a environ deux lignes de longueur.
Les fleurs sont monoïques comme dans tou^ tes les espèces de ôhénes . Les fleurs maies ont leurs chatons grêles, pendans, cotonneux. Elles viennent tantôt solitaires , tantôt réunies aux aisselles des feuilles, et forment de petits groupes rapprochés le long de Taxe du chaton. Le caUce, membraneux et de t3rès petite dimension, renferme cinq à six divisions profondes, obtuses, inégales. Qiaque fleur a sept étamines à filets capiUaires, un peu plus longues que le caUce. L^anthère se compose de deux loges à peu près sphériques, renf^v mant des poussières jaunes.
Les fleurs femelles- naissent comme les malles, seules ou réunies en paquets aux aisselles des feuilles , mais toujours sur les plus jeunes rameaux. Leur calice est persistant « composé de petites écailles ovoïdes étroitement serrées. Il n'y a point de corolle.
Le style est très courte divisé en trois ou quatre parues qui débordent le calice ; Fembryon est ovoïde.
Le fruit est sessile ou porté siu* un pédicule d'une à deux lignes. Le gland a d'un pouce et demi à deux pouces de longueur siu* cinq à six lignes de diamètre. Il est entouré à sa base d'une coque hémisphérique , composée d'un grand nombre de petites écailles obtuses, cotonneuses, très rapprochées les unes contre les autres ; cette coque ressemble beaucoup à celle des glands de l'yeuse.
On voit, d'après cette description, que le chêne ballote a de grands rapports avec l'y euse. Il en diffère principalement par ses feuilles recouvertes en dessous d'une substance cotonneuse, blanche et très épaisse, par ses fruits beaucoup plus allongés en proportion de leur grosseur, enfin par leur saveur douce et approchant de celle de là châtaigne. Le
baflote s^élève à une plus grande hauteur que Fyeuse, et il a un aspect si différent qu'on les distingue facilement Tun de Tautre , même à une grande distance, lorsquHls croissent dans les mêmes lieux.
Le ballote a aussi quelque ressemblance avec le liège , mais son écorce n'est jamais fongueuse comme celle de ce dernier. Les glands du liège sont plus courts, plus grêles, d'une saveur amère et astringente, et ses feuilles ne sont point blanches et cotonneuses en dessous comme celles du ballote.
J'ai observé deux variétés bie» saillantes de chêne à gland doux : l'une à feuilles orbiculaires dont le diamètre n'était que de cinq à six lignes ; les feuilles de la seconde variété étaient très allongées et teiminées en pointe. Ces différences peuvent venir de Page de l'arbre, de son exposition, de l'élévation ou de la nature du sol où il croît. Il fleurit en mai, et ses fruits sont mûrs dans le mois de novembre.
Je suis porté à croire que ce chêne est le même que Vilex majora glus, rar., p. 22, dont les feuilles sont pareillement cotonneuses en dessous , et qui porte desf glands doux que l'on mange dans plnsiews cantons de IL 20
PEspagne. Néanmoins, la descinption qu^en fait Fauteur est si abrégée que je n^oserais rassurer bien positivement , quoique tout ce qu^il en dit, ainsi que la figure qu^il en donne , se rapporte assez bien au chêne ballote du grand Atlas. M. de Lamarck, dans FEncyclopédie méthodique, a parlé dWe espèce de chêne à gland doux originaire d^Espagne, qu'il a nommé chêne à feuilles rondes. Cette espèce, dont j'ai vu plusieurs individus à la vérité encore très jeunes, m'a pai'u très difierente de celle du mont Atlas. D'après cela, il est possible qu'il existe deux espèces de chênes à gland doux.
Le ballote croît en grande abondance dans les royaumes d'Alger et de Maroc. J'en ai vu de vastes forêts sur les montagnes de Bélida, de Mascara et de Tremessen. On les rencontre quelquefois dans les plaines, mais toujours en petite quantité. On en vend les glands dans les marchés pubUcs. Les Maures les mangent crus ou grillés sous la cendre ; ils sont très nourrissans et n'ont aucune amertume. On m''a assuré que, dans quelques cantons de la Barbarie, on en exprimait une huile très douce qui le disputait à celle de l'olive. Le bois du
chêne ballote est dur, compacta et fort pesant^ il est excellent pour le chauffage. On pourrait remployer utilement à des ouvrages de charronage et de menuiserie. Je suis persuadé qu^on s^en servirait aussi avec avantage dans les constructions navales.
Il serait facile et en même temps très utile d^acclimater en France cet arbre précieux ; il réussirait sur les montagnes de nos provinces méridionales, dont la température approche de celle des lieux où il croît naturellement. On le trouve le plus ordinairement siu* celles dont les neiges disparaissent vers le commencement d^avril. Les glands que j^ai rapportés, et ceux que j'ai fait venir depuis mon retour des côtes de Barbarie, ont levé dans plusieurs jardins de la capitale. J'ignore encore si ceux que j'ai distribués à plusieurs cultivateurs de Provence ont réussi dans cette contrée.
Du LOTOS DE Libye. — Les naturalistes an— ciens avaient donné le nom de lotos à diverses espèces de plantes économiques, parmi lesquelles il en est deux qui ont eu la plus grande célébrité.
L'une, particuhère à PEgypte, croissait dans les canaux qui servaient à conduire les
eaux du Nil pour arroser et fertiliser les cam-* pagnes : c'^est le nénuphar des Arabes, connu des botanistes modernes sous le nom de nymphœa lotus ^ Linn., dont Prosper Alpin nous a laissé une histoire très exacte et très détaillée ' . Cette plante, remarquable par la beauté de ses fleurs, qui ressemblent beaucoup à celles de notre voletblanc, nymphœaalbay Linn.^ est décrite dans les ouvrages de Théophraste et de Pline sous le nom de lotos d^Egypte*. Ses semences et ses racines étaient employées autrefois, et le sont encore aujourd'hi , à la nourriture des hommes ^
• Alpin, Exot. p. 21 3. (Note de Desfonlaines .)
* Plin. XXIV, 2 ; XV, M , éd. Hard. Theophr. His(, plant. IV, 10.
s Od voit aussi sur d'anciennes médailles , sur des pierres giavées et sur des monumens égyptiens, le fruh d'une auti^e «spèce de lotos, qui est évasé comme un ciboire, et percé de trous ronds à son extrémité. Ce fruit appartient au nymphœa nelumhoy Linn . 11 paraît que c'est la fleur de cette plante qu'un poète présenta comme une merveille à Hadrien, sous le nom de lotos antinoïen. EUe est représentée sur plusieurs monumens anciens, servant de siège à un enfant que Plutarque dit être le crépuscule , à cause de la couleur rose de la fleur du nelumbo, {Hist, del'acad. des inscr. et bellesAetlres, 1. 111, p . 1 84 î éd in-4° . ) (Note de Desfon la ines . )
L'^autre espèce de lotos qui va fidre le sujet de cette notice, aussi célèbre mais beaucoup moins connue que la précédente, croissait naturellement sur les côtes de la Libye, et avait donné son nom à un peuple nombreux de ces contrées auquel elle servait de principale nourriture.
La plupart des naturalistes et des historiens anciens ne nous en ont laissé que des descrip- • tions très imparfaites, et d'après lesquelles il est difficile de s'en former ime idée juste : aussi leurs interprètes et leurs commentateurs CHit-ils fait des efibrts inutiles pour le reconnaître, et rarement même s'accordent-ils entre eux. Les uns ont dit que c'était l'aliaier, cratagus tomdnalis^ Linn. ; d'autres l'ont pris pour le micocoulier, celtis australis^ Linn. ; quelques-uns ont pensé que c'était une espèce de plaqueminier, diospyros lotuSy Linn. Mais en lisant attentivement les descriptions du lotos que Théophraste , Pline et Polybe nous ont transmises, et en les comparant avec les arbres dont il vient d'être fait mention , on voit qu^elles ne peuvent s'y rapporter; et, pour réfuter plqs sûrement encore toutes ces conjectures, il me suffira d'assurer qu'aucun de
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ces arbres ne se trouve dans le pays des anciens Lotophages, où j'ai séjourné pendant longtemps, et que j'^ai visité avec beaucoup de soin.
Il est hors de doute que ces peuples habi-^ taient particulièrement dans le voisinage du golfe qui portait le nom de petite Syrte, sur les confins de la partie méridionale du royaume de Tunis , où se trouve Fîle Gerba ^ connue des anciens sous le nom de Lotophagitisr^ parce qu'elle produisait abondamment du lotos.
Strabon désigne le pays des Lotophages de manière à ne nous laisser aucun doute sur sa position : <c A Feutrée de la petite Syrte , dit « ce géographe célèbre, est une île oblongue^ a d'une moyenne étendue , nommée Cer^ «1 einnaf tout près on en trouve une plus pen tite nommée Cipcirmitis ^ . Là, ajoute le H même auteur, commence la petite Syrte n des Lotophages ; sa circonférence est d'en- H viron 1600 stades , et sa largeur de 600.
* Ces deux îles, situées exaet^neBt comme le dit Strabon, ont conservé leur ancien nom. (^Note de Des/on^ taincs. )
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« Vis-à-vis les deux promontoires qui forment « rentrée du golfe, sont deux îles voisines du H continent : Fune est celle de Cercinna , qui « vient d'être citée ; Fautre se nomme Meninx^ « que Fon croit être le pays des Lotophages « dont Homère a parlé , parce que le lotos ^ « dont le fruit a une saveur tris agréable, y <{ croît en abondance. »
Pline confirme exactement ce que dit Strarbon siu* la situation de ce pays célèbre : « La partie de FAfrique qui regarde Fltalie « produit un arbre remarquable connu sous « le nom de lotos ; il vient en grande quantité
a aux environs des Syrtes Son fruit a un
« goût si délicieux quHl a donné scm nom « à un peuple nombreux , et à toute Féten- « due du pays où il croît naturellement. *
Cest donc dans la partie méridionale du royaume de Timis , et particulièrement aux environs de la petite Syrte , qu'il faut recber^ cher le lotos. 11 est presque impossible qu'un végétal qui y £ut autrefois assez abondant poiu* servir de nourriture aux hommes, et pour fournir, comme le dit Phne, à la subsistance des armées romaines lorsqu'elles travers
saient TAfiique, ne se soit pas conservé dans ces contrées.
Le lotos de Libye était un arbre et non une herbe comme celui d^Egypte : c^est un fait attesté par tous les naturalistes anciens qui en ont parlé et que Ton ne peut révoquer en doute, comme nous le verrons ci-après. Pendant le séjour que j^ai fait siu* les côtes de Bar^ barie et dans les lieux mêmes où'croissait anciennement k lotos^ je n'ai rien négligé pour ^découvrir un végétal aussi intéressant. JWais lu avec attention les descriptions qu'en ont laissées les anciens , et entre autres celles de Théophraste, de Pline, et surtout de Polybe, qui avait observé lui-même le lotos.
Les recherches que j'ai faites m'ont condiât à croire que c'était une espèce de jujubier sauvage, qui est encore aujourd'hui très répandue dans toute la partie méridionale du royaume de Tunis , sur les bords du désert et aux environs de la petite Syrte.
Le docteur Shaw* avait le premier embrassé cette opinion, sans cependant qu'il l'ait ap*-
» T. I, p. aga, agS, tr. fr.
puyée sur des preuves aussi fortes que celles que je vais offrir. D^ailleurs il n'en a donné qu'une description très imparfaite à la fia du catalogue des plantes imprimé à la suite de ses voyages^ , avec une figure qui n'en représente ni les fleurs ni les finiits , et d'après laquelle il est très difficile, pour ne pas dire impossible, de le reconnaître. Il le nomme ziziphus sxhestris inst. rei herh. , dénomination qui manque d'exactitude, puisque Tour^ nefort désigne, par cette phrase, une plante différente de celle qui est en question.
Le jujubier, décrit par Linné sous le nom de rhamnus lotus ^ paraît bien être l'arbrisseau dont j'offre ici l'histoire ; mais il faut avouer en même temps que les caractères qui le distinguent ont échappé à ce célèbre naturaliste; il paraît même qu'il n'en a parlé que d'après le docteiu* Shaw. Je vais en donner une description abrégée, et je discuterai ^isuite les passages de quelques auteurs anciens où il est fût mention du lotos ^ et d'après lesquels il me paraît évident qu'il n'y a que l'arbrisseau en
' T, II, p. lat, laayCt planche
question qui puisse raisonnablement B^y rapporter.
Le rhamnus lotus s^élève à la hauteur de quatre à cinq pieds. Ses rameaux, nombreux et recourbés vers la terre, sont garnis d^épines qui naissent deux à deux, et dont Tune est droite et Pautre courbe, comme celles du jujubier cultivé.
Ses feuilles tombent pendant Thiver; elles sont alternes, ovales, obtuses, lég^ement crénelées, larges de trois à quatre lignes, et marquées de trois nervures longitudinales.
Les fleurs naissent en petits groupes aux aisselles des feuilles , quelquefois elles sont so-^ litaires.
Le calice est à cinq divisions ovoïdes ouvertes, partagées longitudinalement par une petite ligne saillante.
La coroUe est composée de cinq pétales, plus courts que le calice et creusés en forme de demi-entonnoir.
Les étamines , au nombre de cinq, sont opposées aux pétales , et les deux styles sont courts et rapprochés.
Le fruit est un drupe pulpeux à peu près
sphéiique, de la grosseur d^une prunelle sau-* i^age, renfermant un noyau osseux à une seule loge ; en mûrissant ^ il prend une cou-* leur rousse approchant de celle de la jujube*
Le rhcannus lotus fleurit en mai, et ses firuits sont mûrs dans le courant d^août et de septembre : leur goût approche de celui de la jujube , mais il est plus agréable.
Il est évident , diaprés ce que je viens de dire \ que cet arbrisseau a de grands rapports avec le jujubier cultivé, dont il difîib:^ surtout par la forme de son fruit , qui est spfaérique, et au moins une fois plus petit que la jujube. Ses feuilles sont aussi mmns allongées proportionnellement à la largeiu*. Le jujubier s*é^ lève à la hauteur de vingt à vingt-<cinq pieds; le rkamnus lotus forme toujours un buisson. Il se trouve abopdamment dans presque toutes less plaines sablonneuses et arides du royaume de Tunis, partiouUèrem^it sur les bords du désert et auic environs de la petite Syrte.
Je vais maintenant rapporter les passages des ai^tifôurs anciens , où il e$t question du lotos ^ afin de les comparer avec mes observations , et d^établir les raisons qui me portent à icroii^e que le jujubier que je viens de décrire
est bien véritablement le loU)s de Libye* Hérodote dit que le finiit du lotos a la forme des graines du lentisque; qu^il a une saveur aussi agréable que la datte; qu'il sert d^aliment aux Lotophages, et quHls en font du vin. Ce récit ne nous donne à la vérité que peu de connaissances sur le lotos f mais du moins la comparaison que Fauteur fait de son fruit avec la semence du lentisque est exacte et conforme à ce que j'ai dit de celle du jujubier , que je regarde comme le lotos : elles ont Fune et Fautre une figure à peu près sphérique, et elles ne diffèrent sensiblement que par la grosseur. Selon Théophraste^ , le lotos , qu'il nomme celtis , est à peu près de la grandeur du poirier ; ses feuilles sont découpées et ressemblent à celles de Vilex* Le finiitest de la grosseur de la fève d'Egypte (ou colocase) ; il mûrit comme les raisins, en changeant de couleur, et naît , comme le finiit du myrte, sur les deux côtés des tiges qui sont nombreuses et touffues... Sa saveur est douce; il ne &it aucun mal. Celui qui est sans noyau' est préféré à Fautre; on en
' HlsL plant. IV, 4-
* Le» noyaux des pèches, des cerises, des prunes, elc^,
fait du vin, et Parbre produit une grande quantité de fruits.
Pline* parle du lotos k peu près dans les mêmes termes que Théophraste ; il le compare au celtis d^Italie ; mais il dit que le climat Ta fait clianger, qu^il est de la grandeur d^un poirier, quoique cependant Cornélius Népos assure quHl a moins d'élévation. Ses rameaux sont touffus comme ceux du myrte. La couleur du finit y qui imite celle du safi:*an , change souvent avant la maturité, comme dans les raisins. Si ces deux descriptions ne sont ni aussi précises , ni aussi détaillées qu'on pourrait le désirer, du moins elles renferment plusieurs caractères qui conviennent mieux à notre jujubier qu'à aucun autre arbre du pays des anciens Lotophages. Ce que Théophraste et PUne disent de la (orme du fi:'uit, de sa gi^osseur, de son goût, de sa couleur, de la manière dont il naît sur des rameaux touffus comme ceux du myrte, etc. , se rapporte par-
s'oblitèrent quelquefois par la culture. (Duham. Traité des arbres fruitiers .^ (Note de Desfontaines ^ ' XIII, 32, éd. Hard.
faitementà Farbrisseau dont je viens de parler. Il ne me paraît pas d^ailleurs que ces deux auteurs aient eu des notions bien précises sur le lotos; aucun d'eux ne dit Pavoir observé, et Ton voit qu'ik n'en parlent que sur la foi d'autrui : il n'est donc pas étonnant que leurs descriptions manquent d'exactitude.
Théophraste raconte que le lotos était si commun dans l'île Lotophagite et sur le continent adjacent, que l'armée d'Ophellus ayant manqué de vivres en traversant l'Afrique pour se rendre à Carthage , se nourrit des fruits de ces arbres pendant plusieurs joiu'S ; et précisément la plupart dej plaines arides et incultes, qui condtdsent de la partie méridionale du royaume de Tunis vers les ruines de l'ancienne Carthage, sont encore aujourd'hui couvertes en beaucoup d'endroits de l'espèce de jujubier que je prends poiu* \e lotos f je n'y ai observé aucun autre arbre ou arbrisseau avec lequel on puisse le confondre.
Si nous consultons Polybe, qui avait vu le lotos en Libye, cet historien nous offrira encore des rapprochemens plus frappans que ceux que je viens de rajçorter.
<( Le lotos ^ dit cet auteur , est un arlms* fc seau rude et armé d^épines; ses feuilles sont a petites, vertes, semblables à celles du « rliamnuSj mais plus larges et plus épaisses. « Les finûts encore tendres ressemblent aux n baies du myrte : lorsqu'ils sont mûrs , ils a se teignent d'une couleur de pourpre; ils <c égalent alors en grosseur les olives rondes , <( et chacun renferme un noyau osseux dans « son intérieur. »
On voit que ces observations sont parfidtement d'accord avec la description que j'ai donnée du rAa/n/ii^ lotus. Je sais que quelques commentateurs regardent le /oto,ydePolybe comme une espèce différente de celle de Théophraste et de Pline ; mais il me semble que c'est sans fondement; car les descriptions de ces deux naturalistes ont plus de rapport avec le jujubier que j'ai indiqué pour le lotos ^ et qui est le même-que celui de Polybe, qu'^avec aucun autre arbre qui croisse sur les côtes de Bai^ barie.
Polybe ne s'est pas seulement borné à le dé-
* Apud Athenaeu0i,XlV, 65, éd. Schweig. Strasbourg, i8o5.
crire^ il nous apprend aussi la manière dont on le préparait autrefois % et ce quHl en dit servira encore à confirmer Fopinion que j^ai embrassée*
<( Lorsque le lotos est mûr, les Lotophages ({ le recueillait , le broient et le renferment a dans des vases. Us ne font aucun choix des « fruits quHls destinent à la nom^'iture des es- <( claves, mais ils choisissent ceux qui sont de « meilleure qualité pom' les hommes libres. <( Ils les mangent préparés de cette manière... « leur saveur approche de celle des figues ou « des dattes. On en fait aussi du vin, en les « écrasant et en les mêlant avec de Feau. Cette « Uqueur est très bonne à boire , mais elle ne « se conserve pas au-delà de dix joiu's ; c^est « pom^quoi ils n'^en font qu^à mesure qu'ails en <( ont besoin. »
Pline "* dit la même chose que Polybe sur la préparation du lotos ^ ce qui me porte dVutant plus à croire que c^est le même arbrisseau dont ils ont parlé Pun et Pautre ; il ajoute seulement que le bois était recherché pour feare
' Apud Athenaeum, 1. c.
* Xlll, 32 cd. Haid.
dès instrumens à yent et diyers autres ouvrages.
Aujourd'hui les habitans des bords de la petite Syrte et du voisinage du désert recueillent encore les fruits du jujubier ^le je prends ipour le lotos f ils les vendent dans les marchés pubUcs, les mangent comme autrefois et en nourrissent même leurs bestiaux. Ils en font aussi de la hqueur en les mêlant et en les triturant avec de Feau. Il y a plus, c'est que la tradition que ces fruits servaient anciennement de nourrilure aux homones s'est même conservée parmi eux.
D'après toutes ces considérations, il me paraît évident que c'est le jujubier que je viens de décrire qui est le véritable lotos des Lotopbages. Il est le seul végétal des contrées qu'ils habitaicint autrefois qui puisse s'accorder avec ce qu'en ont dit les anciens et surtout Polybe qui l'avait observé lui-même.
Il est vraisemblable que c'est ce même lotos dont Homère a parlé, mais ison imagination féconde l'avait entraîné au-delà de la vérité eh lui faisant dire ' que <c les fruits de cet ar-
y Odyss. IX, vers 97.