CHAPITRE VII
Des lettres du prince des Tartares au Pape.
Or la teneur des lettres que Bajothnoy écrivit et envoya au Pape étoit telle.
« Par la divine disposition du grand cham , la «parole de Bajothnoy est envoyée; vous Pape, «sachez que vos messagers sont venus vers nous, » et nous ont apporté vos lettres; ils nous ont «fait d'étranges discours 3 et ne savons pas si «vous leur avez donné charge de parler de îa «sorte, ou si d'eux-mêmes ils en ont usé ainsi. «Vos lettres portoient ces mots entr'autres , » Vous tuez et perdez beaucoup d'hommes ; mais «le commandement de Dieu ferme et stable, et «qui s'étend sur toute la face de la terre , nous
» est tel , Quiconque entendra cette ordonnance, » qu'il demeure assis eu sa propre terre, eau et «héritage, et mette toute sa force et puissance » entre les mains de celui qui contient toute la «face de la terre. Et quiconque n'entendra ce «commandement, et fera autrement qu'il ne » porte ^ que celui-là soit perdu et exterminé. «Nous vous envoyons donc ce même comman- » dément et ordonnance , qui est que si vous vou- » lez vous tenir assis sur votre terre , eau et héii- «tage , il faut que vous Pape , vous vous transportiez en propre personne auprès de nous , et «veniez trouver celui qui contient toute la face de «la terre. Et si vous n'écoutez le commandement » ferme et stable de Dieu et de celui qui tient tonte «la terre en sa main, nous ne savons ce qui en » aviendra , Dieu le sait. Or, avant que de vous » disposer à venir, iJ faut que vous envoyez vos am- «bassadeurs, pour nous signifier si vous viendrez »ou non , si vous désirez vous accommoder avec » nous , ou nous être contraire ; et ne manquez à » nous envoyer prompteinent réponse sur ce com- » mandement , lequel nous vous envoyons par les «mains de Aybeg et Sargis. Fait ie vingtième de «la lune du mois de juillet, aux environs du châ- » teau de Sitïens. »
Pour ce qui est des lettres du cham à Bajothnoy , que les Tartares appellent lettres de Dieu, la teneur en étoit telle :
« Par le commandement du Dieu vivant ,
DU F. ASCELIN. 2ÔÔ
» Cingis-Cliaiii iïïs de Dieu , doux et vénérable , «dit ainsi : D'autant que Dieu est grand et élevé » par-dessus toutes choses, et est immortel, et «Cingis-Cham est le seul seigneur sur la terre; «nous voulons que ces paroles parviennent aux «oreilles de tous et en tous lieux, tant aux pays «qui nous obéissent qu'en ceux qui nous sont «rebelles. Il faut que vous, Bajothnoy, les aver- » tissiez et fassiez savoir que tel est le eomman- » dément du Dieu vivant et immortel; et que sans «cesse vous leur donniez à entendre, et fassiez, «partout où messagers peuvent aller, proclamer «cette même ordonnance. Et quiconque y con- «tredira soit aussitôt tué, et sa terre détruite. Je »vous certifie aussi que celui-là sera bien sourd , )> et perclus entièrement de l'ouïe, qui n'enten- » dra ce commandement ; et bien aveugle qui le » verra, et n'y obéira ; et bien boiteux et estropié » qui le verra et le connoîtra , et ne le fera pas. » Que cette même ordonnance parvienne à la » connoissance de tous ignorans et savans : et quiconque l'entendra et négligera de l'observer, «qu'il soit aussitôt exterminé et perdu. Faites » donc savoir cela partout et à tous. Et quicon- » que désirera le bien et le repos de sa maison, » et le cherchera , et voudra nous obéir et servir, » il sera sauvé et honoré; mais quiconque n'en » voudra rien faire , faites le châtier s ainsi que » vous aviserez bon être.