‹ Voyages de Benjamin de Tudelle, autour du monde, commencé l'an 1173. De Jean du Plan Carpin, en Tartarie. Du frère Ascelin et de ses compagnons vers la Tartarie. De Guillaume de Rubruquin, en Tartarie et en Chine, en 1253Chapitre 41 sur 92 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Des animaux dont ils se nourrissent , de leurs habillemens et de leurs chasses.

Les grands seigneurs tartares ont des métairies et lieux pour leurs provisions vers le midi,

(i) Gri-ut , le Contarin dit que de son temps les Tartares l'appellent Thur. C. 7.

qui leur fournissent de millet et de farines durant l'hiver: les pauvres s'en pourvoient par échange de moutons et de peaux; pour ce qui est de leurs esclaves, ils se contentent de boire de Feau fort épaisse et fort vilaine. De tous les animaux dont ils se nourrissent , ils ne mangent d'aucune sorte de rats à longue ou courte queue. Ils ont beaucoup de petits animaux qu'ils appellent Sogur >j qui s'assemblent vingt ou trente ensemble en -une grande fosse l'hiver , où ils dorment six mois-durant. Ils en prennent une grande quantité. Ils ont aussi des lapins à longue queue, qui ont au bout des poils noirs et blancs , et plusieurs autres sortes depetites bêtes bonnes à manger. Je n'y ai point vu de cerfs, peu de lièvres, mais force gazèles ; j'y ai vu grand nombre d'ânes sauvages qui sont comme des mulets, et une autre sorte d'animal qu'ils appellent Artak , qui a le corps justement comme un bélier, et les cornes torses, mais de telle grandeur, qu'à peine d'une .'main,. en ,pouvois-je lever deux. De ces cornes ils an» font de grandes tasses. Ils ont aussi des faucons, des gerfaux et des cigognes en quantité. lis portent ces oiseaux de proie sur la main droite , et mettent au faucon une petite longe sur le cou, qui lui pend jusqu'à la moitié de l'estomac, et quand ils le lâchent à la proie ils baissent avec la main gauche la tête et l'estomac de l'oiseau, de peur qu'il ne soit battu du vent et emporté en haut. La plus grande part de leurs vivres vient de chasse.

Pour ce qui est de leurs vêtemens, Votre Majesté saura que toutes leurs étoffes de soie, d'or et d'argent et de coton , dont ils s'habillent en été, leur viennent du Cathay, de la Perse , et autres pays d'orient et du midi. Mais pour les fourrures précieuses dont ils se couvrent en hiver, de plusieurs sortes que je n'ai jamais vues dans notre pays, ils les font venir de Russie, de Moxel, de la grande Bulgarie , de Pascatir , qui est la grande Hongrie , de Kersis et autres pays pleins de forêts , qui sont tous au nord ou à côté, et qui leur obéissent. L'hiver ils se font toujours deux pelissons au moins , l'un dont le poil est contre la chair, et l'autre dont le poil est en dehors contre le vent et la neige ; celles-ci sont ordinairement de peaux de loup ou de renard ; et quand ils demeurent au logis., ils en ont d'une autre sorte plus délicate encore. Les pauvres se servent de peaux de chiens et de chèvres pour le dessus.

Quand ils veulent chasser, ils s'assemblent en grand nombre aux environs d'un pays ou quartier où ils savent qu'il y a des bêtes , et s'approchent ainsi peu à peu tant qu'ils les enferment comme dans des toiles , alors ils les tuent à coups de flèches : ils se font aussi des chausses et caleçons de ces peaux. Les riches fourrent encore leurs habits d etoupes de soie ou pluche , qui est fort douce, légère et chaude, mais les pauvres ne les doublent que de toile , de coton et de laine

la plus déliée qu'ils peuvent tirer : de la grosse ils en font le feutre pour couvrir leurs maisons, leurs coffres et leurs lits. Ils font leurs cordes de laine et d'un tiers de crins de cheval. Les feutres leur servent aussi à couvrir des bancs et des chaires, et à faire des capes et cabanes contre la pluie , de sorte qu'ils dépensent fort en laines pour leur usage.

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