‹ Voyages de Gulliver (volume 2)Chapitre 25 sur 29 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

L'auteur es4 perc^ d'une Jlecke que

lui décoche un sauvage» llesf.prîs

par des Portugais qui le coniui-'

sent à Lisbonne , d*oU il passî en

Angleterre.

Jb commençai xe malheureux voyige le i5 de février, Fan lyif, à neuf heures du matin. Quoique j'eusse le ▼ent favorable , je ne me servis d'abord que de mes rames : mais coksidérant que je serois bientôt las , st que le vent pouvoit changer , je nr.e risquai de mettre à la voile ; et do cette manière , avec le stcours de la marée, je cinglai environ l'espace d'une heure et demie. Mon maîtro «vec tous les Houyhnhnms de ta

5l8 YOTAOB AU FÂTft

compagnie restèrent sur le rivage jusqu'à ce qu'ils m'eussent perdu de vue , et j'entendis plusieurs fois mon cher atii l'alezan crier : Hnuy illa nyha majah yahou ^ c'est-à-dire PrenJs bien garde à toi , gentil yahou,

ACon dessein étoit de découvrir , si je puvois , quelque petite isle déserte et inhabitée où je trouvasse seulemmt ma nourriture et de quoi me vêir. Je me figurois , dans un pareil sébur , une situation mille fois plut hmreuse que celle d'un premier ministre. J'avois une horreur extrême dî retourner en Europe , et d'y être , obligé de vivre dans la société et S)us l'empire des yahous. Dans cette Leureuse sSlitude que je cherchois j'espérois passer doucement le reste de mes jours ^ enveloppé dans ma philosophie, jouissant de mes pensées»

DES HOUTHMHIIMS. S19

n'ayant d'autre objet que le sourerain bien , ni d'autre plaisir que le témoignage de ma conscience , flans être exposé à la contagion des vices énormes que les Houyhnhnms ii'a- Toient fait appercevoir dans ma détestable espèce.

Le lecteur peut se souvenir qie je lui ai dit que l'équipage de mon vaisseau s'étoit révolté contre moi, et m'avoit emprisonné dans ma chambre ; que je restai en cet état pendant plusieurs semaines , sans (avoir où l'on conduisoit mon vaisseai , et qu'enfin l'on me mit à terre sais me dire où j'étois. Je crus néaimoins alors que nous étions à dix degrés au sud du cap de Bonne-£sp(france, et environ à quarante - cing degrés de latitude méridionale. Je l'inférai de quelques discours généraux que j'avois entendus dans le vaisseau au

SaO VOTAOB AU PATS

suiet du dessein qu'on avôit d'aller à Madagascar. Quoique ce ne fût là qu'une conjecture , je ne laissai pas de Drendre le parti de cingler à l'est , esptrant mouiller au sud-ouest de la côte de la nouvelle Hollande , et de là me rendre à l'ouest , dans quelqu'une des letites isles qui sont aux environs.

Le ^ent étoit directement à l'ouest, et sir les six heures du soir je supputa, que j'avois fait environ dix-huit lieua vers Test.

A)Qut alors d^oyvert une très petiteisle éloignée tout au plus d'une lieue et demie , j'y abordai en peu de tenps. Ce n'étoit qu'un vrai rocher, avec ime petite baie que les tempêtes y avoient formée. J'amarrai mon canot en cet endroit; et ayant grimpé sur un des côtés du rocher, je découvris vers l'est un« terre qui s'étendoit du sud au nord.

DÈS HOUTttNHNMS. $11

îe passai la nuit dans mon canot; et le lendemain , m'étant mis à ramer de grand matin et de grand courage , j'arrivai en sept heures à un endroit de la nouvelle Hollande qui est au sud-ouest. Gela me confirma dans une opinion que j*avois depuis longtemps, savoir, que -les mappemondes et les cartes placent ce pays au mpins trois degrés plus à l'est qu'il n'est réellement. Je crois avoir , il y a déjà plusieurs années , communiqué ma pensée à mon illustre ami monsieur Herman Moll , et lui avoir expliqué mes raisons ; mais il a mieux aimé suivre la foule des auteurs.

Je ii'apperçus point d'habitants à l'endroit où j'avois pris terre ; et comme je n'a vois pas d'armes , je ne voulus point m'avancer dans Je pays. Je ramassai quelques coquillages' sur le rivage , que je n'osai faire

Page 1