‹ Voyages de Gulliver (volume 3)Chapitre 1 sur 49 · Voyages de Gulliver · texte numérisé non relu

Voyages de Gulliver

SWIFT (Jonathan), surnommé le Rabelais d'Angleterre, naquit à Dublin en 1667, d'une bonne famille. Les liaisons de sa mère avec le chevalier Temple, ont fait concevoir quelques doutes sur la légitimité de sa naissance. On prétend que Swift lui-même n'a pas peu contribué à accréditer ce soupçon, ne doutant pas qu'il ne fût plus glorieux d'être le fils naturel de Jupiter, que le fils légitime de Philippe. Mais ces soupçons étaient sans fondement. La mère de Swift était parente de madame Temple, et le chevalier voyait quelquefois son allié : voilà tout ce qu'il y a de vrai dans ce conte. Il prit ses grades à Oxford, où Temple fournissait aux frais de son éducation, Ce seigneur, ayant renoncé aux affaires publiques, s'était rc-

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tiré dans une de ses terres, où il recevait souvent des visites du roi Guillaume. Le jeune Swift eut des occasions fréquentes de converser avec ce prince. Le roi lui offrit une place de capitaine de cavalerie, qi^il refusa pour embrasser F état ecclé< siastique. Il obtint un bénéfice en Irlande, à la recommandation du chevalier Temple; mais il se lassa bientôt d'une place qui l' éloignait de l'Angleterre à laquelle il était attaché, et qui le privait de ses sociétés ordinaires. Il résigna son bénéfice à un ami, et vint retrouver son protecteur. Swift employa tout le temps qu'il passa avec lui, à cultiver l'esprit et les talents d'une jeune personne, qu'il a célébrée dans ses ouvrages sous le nom de Stella. C'était la fiîle de l'intendant du chevalier, qui devint la femme du docteur, quoique leur mariage ait toujours été caché : l'orgueil de Swift l'empêcha d'avouer pour son épouse la fille d'un domestique. Il continua même de vivre avec elle après son mariage comme auparavant, et il ne parut rien dans leur conduite, qui fût au-delà des bornes d'un amour platonique. Stella ne s'accommoda point de ce genre de vie, qui la plongea dans une noire mélancolie, et elle mourut, la victime d'un sort aussi cruel que bizarre. Longtemps avant la mort de sa femme, Swift avait perdu son protecteur. Privé de tout secours du côté de la fortune, il vint à Londres solliciter une nouvelle prébende. Il présenta une requête au roi Guillaume ; mais ce prince avait oublié le docteur. C'est au mauvais succès de cette démarche qu'il faut attribuer l'aigreur répandue dans tous les ouvrages de Swift contre les rois et les courtisans. Il obtint pourtant quelque temps après plusieurs bénéfices, entre autres, le doyenné de Saint-Patrice en Irlande, qui lui valait près de 30,000 livres de rente. Obligé de retourner en province, il fit de l'étude sa principale occupation. En 1735, il fut attaqué d'une fièvre violente, qui eut

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j pour lui des suites très fâcheuses. Sa mémoire s'affdbUt ; un ! noir chagrin s'empara de son âme ; il devint de jour en jour 1 d'une humeur plus difficile, et tomba enfin dans un triste délire. Il traîna le reste de sa vie dans cet état déplorable. Il eut cependant des moments heureux , quelque temps avant sa mort, qui arriva à la fin de l'année 1745. Il mit à profit ces instants déraison pour faire son testament, par lequel il a laissé une partie de son bien pour la fondation d'un hôpital de fous de toute espèce. Swift était un homme capricieux et inconstant. Né ambitieux, il ne se nourrissait que de projets vastes, mais chimériques, et il échouait dans presque tous ses desseins. Sa fierté était extrême, et son humeur indomptable. Il recherchait l'amitié et le commerce des grands, et il se plaisait à converser avec le petit peuple. Durant ses voyages qu'il faisait presque toujours à pied, il logeait dans les plus minces auberges, mangeait avec les valets d'écurie, les voituners, et les gens de cette sorte. Il était aimabJ t dans ses politesses, sincère dans ses amitiés, et sans déguisement dans ses haines; il parlait comme il pensait. Il eut pour amis les plus grands hommes de son siècle. Il était surtout étroitement lié avec le comte d'Oxford, le vicomte de Bolyngbroke et le célèbre Pope. Les femmes, celles particulièrement qui se piquaient de belesprit, recherchaient son amitié. Il avait sur elles un pouvoir étonnant; sa maison était une espèce d'académie de femmes, qui F écoutaient depuis le matin jusqu'au soir. Son principe, en matière de politique, était celui de Cicéron : l'intérêt et le bonheur du peuple est la première de toutes les lois. Il répétait souvent cette belle maxime : « Tout sage qui refuse des « conseils, tout grand qui ne protège pas les talents, tout riche « qui n'est pas libéral, tout pauvre qui fuit le travail, sont des « membres inutiles et dangereux à 1$ société. » JLe docteur

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