‹ Voyages de Montesquieu (volume 2)Chapitre 30 sur 152 · PREFACE XXXIX · texte numérisé non relu

PREFACE XXXIX

de Gratz à La Haye. Le manuscrit où ils sont consignés n'a pas moins de 6o3 pages. Il commence par le titre : Voyage en Italie, et se termine par les mots : Fin du Voyage en Hollande, sans que rien indique dans le texte au lecteur l'endroit où il passe d'Italie en Allemagne et d'Allemagne aux Provinces-Unies.

Ce manuscrit est entièrement de la main de secrétaires du Président. Il ne subsiste qu'un feuillet des notes originales et autographes. Il a été conservé, sans doute, parce que le copiste avait négligé d'en transcrire le verso.

On peut donc se demander si le manuscrit des Voyages est une copie pure et simple des notes que Montesquieu avait prises de ville en ville et au jour le jour. Il est incontestable qu'à certains endroits des phrases ont été insérées après coup dans le texte primitif. Pendant son second séjour à Rome, par exemple, notre voyageur s'était convaincu que le cardinal Corsini ne serait jamais pape, et en avait consigné les raisons dans ses papiers. C'est évidemment plus tard, après l'élection de Clément XII, qu'il a ajouté, à la fin d'un paragraphe, cette exclamation ironique: «J'ai fait là une belle conjecture!» Mais nous estimons que les modifications de ce genre sont rares et non déguisées. Le caractère général des articles est bien celui des notes improvisées ; témoin les confusions de mots, les fautes de syntaxe, les phrases interrompues, l'inexactitude de certaines dates, la violence de quelques expressions.

Au Voyage en Italie et au Voyage en Allemagne se rattachent deux manuscrits complémentaires : l'un, sur les objets d'art de Florence; et, l'autre, sur les mines du Hartz. Tous les deux sont autographes '. Le dernier surtout montre à quel labeur Montesquieu se soumettait pour ne rien perdre des observations qu'il pouvait faire 1

Ce n'est pas tout! — Dans le volume relié, intitulé Spi*

i . Pour les mines du Hartr, outre les notes originales de Montesquieu, oh possède un mémoire qui est écrit de la main d'un de ses secrétaires.

XL PREFACE

cilegium, où l'on trouve pêle-mêle des extraits de lecture, des réflexions personnelles et même des fragments de gazettes, le Président a noté bon nombre de renseignements, très variés, qu'il devait à des hommes d'État ou d'Église avec lesquels il s'était entretenu à Vienne ou à Rome. Mais ces renseignements, pour la plupart, n'ont pas trait aux pays qu'il visita en 1728 et 1729. Quelquesuns seulement font exception à cette règle.

Lorsqu'il fut revenu en France, Montesquieu reprit une partie des observations qu'il avait faites à l'étranger, pour leur donner une forme nouvelle.

C'est ainsi qu'il composa ces Mémoires sur les Mines de Hongrie et du Hartz que nous avons mentionnés plusieurs fois, et qu'il entreprit deux dissertations spéciales : l'une, sur « la manière gothique », et, l'autre, sur « les habitants de Rome».

En outre, vers 1754, il songea à communiquer au public les impressions et les souvenirs qu'il avait jadis rapportés d'Italie et d'Allemagne. Mais il hésita sur la forme à adopter '. Devait-il écrire des récits ou des lettres? Une Lettre sur Gênes nous montre comment il entendait mettre ses notes en œuvre sous forme épistolaire. Quant aux récits qu'il eût faits, peut-être en existe-t-il un spécimen dans les quatre pages qu'on lira plus loin sur la Styrie, pages qui nous semblent être une refonte d'une rédaction première et hâtive.

Au reste, la mort empêcha l'achèvement d'un travail, qui eût été considérable, à quelque parti que l'auteur se fût arrêté.

Nous n'avons rien à dire ici des pensées et des notes éparses où le Président s'est exprimé sur le compte de l'Angleterre.

Mais nous ne terminerons point cette préface sans y signaler quelques pages relatives au voyage qu'il fit en

1. Lettre de Montesquieu à l'abbé de Guasco, du 8 décembre 1754. — Voyez Œuvres complètes, tome VII, page 445, note 2.

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