L. Le Lazaret
M. La Cala ou le port de Ria.
N. La Punta di Pezino.
O. Le port de Panigaglia.
P. Porto de La Spezia.
Q. Côte du Couchant.
R. Côte du Levant.
les arrêts qui ont gêné les étrangers sur le pavillon, ils gagnent moins.
Le 21, il fallut séjourner à Portofino, et, le 22,
nous nous rembarquâmes. Mais, le vent étant devenu
? contraire, nous pensâmes périr, et ce ne fut qu'avec
toutes sortes de peine que nous arrivâmes à Porto-
Venere.
Le port de LaSpezia, c'est-à-dire tout ce golfe, est une des choses des plus admirables qu'il y ait en
10 Italie. Ce golfe a i5 milles de tour. On y entre par deux ouvertures. La petite, qui est du côté du couchant, et peut avoir 60 toises, et est formée par la côte et une île, qui est à l'entrée du golfe, qui s'étend le long de l'entrée du golfe un peu moins qu'un petit
i5 mille, et elle a 3 à 4 lieues de tour. Après cette île, à une centaine de toises du côté du levant, est un petit rocher, sur lequel il y a une tour. Puis est la grande ouverture, qui peut avoir 4 milles de large. Or, la largeur du golfe, en y comprenant les îles,
io peut avoir 5 milles. A (sic) côté du couchant, à l'entrée, est le Porto -Venere. A (sic) côté du levant, un peu plus avant dans le golfe, est le port de Lerici. Dans le fond du golfe est le bourg de La Spezia, qui est éloigné de 5 lieues de Porto-Venere et de 5 autres
25 lieues de Lerici. Il y a encore quelques villages sur le golfe, que je ne marque pas.
Un peu derrière la grande île, il y a, du côté du levant, une petite île, qui a environ 2 milles de tour, et qui n'est point habitée comme la grande.
Le golfe n'est proprement exposé qu'au vent d'est : les îles le couvrant des autres vents. Mais il y a dans le golfe, du côté du couchant, de petits ports dans de petits golfes, où les vaisseaux sont extrêmement sûrs, et où les navires sont comme 5 dans une chambre. Par exemple, en montant du Porto-Venere au fond du golfe, on trouve un golfe, qu'on appelle La Castagna; puis, une pointe de terre, où est un fort; puis, un golfe, qui est le port Velignan, qui est admirable; puis, une pointe, où est le Laza- io ret; plus, un golfe de Ria; plus, la pointe di Pezino; plus, le golfe de Pascigalia; et ensuite, La Spezia.
De tous ces ports, les meilleurs sont ceux qui sont des deux côtés du Lazaret, et là, les vaisseaux (comme j'ai dit) ne sont exposés ni au vent, ni à la mer. i5 Or, à la mer, ils ne le sont pas même dans le grand golfe. Et toute la côte du levant, dans le golfe, n'a point de petits ports; c'est une simple rade. — Voyez page 41 3.
De Lerici à Lucques il y a 42 milles. 20
On passe par les états du prince de Massa et Carrara. C'est le plus petit de tous les souverains, et ses sujets, les plus brutaux et les plus mal policés de tous les peuples. J'y ai couché une nuit, et je n'y ai vu personne, hommes, femmes et enfants, qui ne 2? fût d'une grossièreté sans exemple. Pour le Prince, il a un vieux carrosse doré, qu'il fait traîner par quelques misérables chevaux, dans son village, avec deux gardes et une pique à la romaine, comme ont les princes qui paroissent sur nos théâtres. J'aimerois 3o
mieux être un bon capitaine d'infanterie au service du roi de France ou d'Espagne, qu'un si misérable prince. C'est dans ses états que se trouve le beau marbre blanc de Carrara; ce qui fait son revenu 5 principal. Il y a aussi plusieurs mauvais sculpteurs, qui y travaillent à de mauvaises statues, que l'on y va acheter pour des églises.
A 1 mille de Massa, on entre dans le pays du Grand-Duc, que l'on quitte ensuite pour entrer dans
10 le pays de Lucques. Ce que j'ai vu de pays de cette république, depuis là jusqu'à la capitale, est assez montagneux et assez peu peuplé. Ces montagnes, cependant, sont, pour la plupart, assez fertiles : il y a des oliviers, des pins, des chênes verts. Les vallées
i5 sont des terres labourables, dans lesquelles il y a des rangs de vignes, qui se joignent avec des peupliers. On m'a dit qu'il y avoit des mûriers dans d'autres endroits de l'État.
Lucques est une ville qui peut faire 22,000 âmes.
20 Le commerce y est un peu déchu depuis que ses manufactures de soye ne se débitent pas si bien en Allemagne, et que les princes, surtout l'Empereur, fatiguent le commerce. Elle tire ses soyes quelque peu de son état, partie de la Romagne.
25 Le sieur Colonna m'a dit qu'il y avoit à Lucques environ 5, 000 personnes qui travailloient la soye. C'est beaucoup, pour une ville si dépeuplée.
Il y a 4 ou 5oo familles de la Ville qui ont la
l5û MONTESQUIEU •
noblesse, c'est-à-dire part au gouvernement. Cette noblesse s'achète comme à Venise et vaut 12,000 écus., ou environ/c'est-à-dire 1 0,000 piastres. A la différence de Gênes, les Lucquois sont pauvres, et leur trésor public est assez riche. Ils n'ont guère de dépenses 5 que celles des petits souverains d'Italie, qui est d'acheter leur repos et leur liberté de l'Empereur. A Lucques, il n'y a aucun divertissement public. Le revenu de la République est considérable. La gabella sopra il tabaco e Vaqtia-vita andara a 10 12,000 scudi ; point d'impôt sur le sel; et le tout ensemble, soit droits d'entrée et de sortie de la Ville, soit tailles sur les fonds de terre, peut aller environ à 200,000 écus de 7 livres et demie lucquoises pièce, c'est-à-dire un peu moins qu'une piastre i5 florentine. Les droits de la Ville vont à i5o,ooo écus, ceux de la campagne à 5o,ooo, selon le compte.
Il faut examiner cela. C'est le sieur Colonna qui me l'a dit; mais il est impossible que ces revenus aillent si haut que 200,000 écus. Je n'en crois que la moitié. 20
Le spese délia Republica sono 500 soldati, clie mantiene per guardia délia Città ; poi 80 Svizzeri, clie sono la guardia del Principe; 44 artiglieri: tout cela pour la défense de la Ville; et, outre ce, environ 200 hommes dans les petites places de l'État, 2?» qui sont: Castiglione, sur les confins du Modénois; Viareggio, qui est leur port de mer (ce n'est qu'une rade, ove solamente una galeota pao entrave) \ et Montignoso, sur les confins de Massa. Le tour de l'État peut être de 28 à 3o milles. La fortification est bonne : 3o il y a onze bastions garnis, chacun, de 10 canons; il
y a une demi-lune à chaque courtine. Les remparts sont garnis d'arbres; ce qui fait un très bel effet, et c'est la promenade de la Ville : les souverains tranquilles n'ayant point de jalousie sur leurs fortifica- 5 tions. Il y a toujours des vivres dans la Ville pour trois ans, et, quand le bled est en danger de se gâter, on le distribue à la campagne pour être rendu à la récolte. Il y a, dans l'Arsenal, de quoi armer (dit-on) 22,000 hommes. Au moins est-il certain qu'il y a
io deux très grandes salles bien garnies d'armes. Outre cela, chaque citoyen est obligé d'avoir chez lui un fusil.
Les étrangers ne peuvent entrer que par une porte, et le nom en est porté au magistrat, et l'hôte
i5 est obligé d'aller dire au Prince qui est-ce qui loge chez lui; et un homme qui seroit réfugié à Lucques pourroit savoir tous les jours si ceux qu'il craint seroient entrés.
L'archevêché de Lucques (ce titre a été donné au
20 prélat vivant) voie ç,ooo d'entrata. Il Papa nomina
canonicati délia Cattedrale e di San - Giovanni ; il
Principe, quelli di San- Michaele e di San-Paolino ;
il gonfaloniere, per il tempo, nomina a San-Paolino.
Il gonfaloniere ha nove anziani ovvero consigliarii ,
25 che ogni due mesi si mutano. L'uno e gli altri non possono, secondo le leggi, uscire del palazzo ove allogiano, che è uno Inogo destinato alla loro residenza, ne andar alla loro propria casa. Ils sortent pourtant quelquefois le soir, en cachette. Traquesti
3o sono distributi molti uffizii del governo. E un altro magistrato composto dal gonfaloniere, che cambia
tutt' i due mesi, e di tre altri, che cambiano tutti gli anni, qui ont une autorité de mettre en prison, faire le procès à qui ils veulent; mais, après l'instruction, c'est le Conseil qui juge.
Il n'y a point d'inquisition à Lucques. 5
Ouesto consiglio è per la polizia epolitica del buon governo ; perché, per gli affari ordinarii criminali, c'è il podestà.
Il gonfaloniere e nove anziani non h an no altro del publico che la tavola. 10
Habbiamo visto due g aller ie di quadri.
La del signor Alessandro Bonvisi, nobile famiglia di questa città. Les principaux tableaux sont : un tableau de Raphaël représentant la Vierge et Jésus; un d'Annibal Carrache, qui est une Déposition de i5 Croix; un de Barroccio, qui est une Madeleine et le Christ : «Noli me tangere»; plus un tableau du Guerchin, qui est Marsias écorché ; et autres.
L'autre est celle del signor Stefano Conti : toute de peintres modernes. 20
Al Duomo, il y a trois belles^ statues de Jean de Bologne : un Christ, san Pietro, san Paolino. Onella del Christo, estimata assai, è svelta e pare di carne. Alla Chiesa di San-Frediano, in refettorio, c'è uno san Gregorio a tavola, opéra grandissima di Pietro- 2 5 Paolino Lucchese. Nella Chiesa di San-Romano vi sono due quadri del fraiel del Piumbo : l'uno, délia Madona, che, col suo manto, copre molti divoti e santi : artificio grande del pittore, per le ombre di
quel manto, che fa un bel chiaro-oscuro e un bel disegno ; Valtro è santa Madalene, e Catharina di Siena, e il Padre eterno, che le benedice.
In Santa- Maria -da-corte-Horlandini vi sono duc 5 tavole di Guido Reni, una di Giordano, una del Vanni, e una del Paulini; dipinta lutta la CJiiesa da Pietro Scorsini. NeW istessa cJiiesa è una capella esattamente copiata, posta corne quella delta Madonadi-Loreto, di maniera che chiascheduno mattone è 10 simile a quello delV originale.
Nella CJiiesa di San-Ponciano è una tapota delV Ispagnoletto , diBologna, che è bona assai, cheripresenta san Bemardo in estasi.
A Saint -Michel, il y a une façade ch'è d'ordine
i5 greco moderno, che è una mescolanza del greco col
gotico, e a sette ranghi di colonne : le prime, d'ordine
composito, ma senza proporzioni; gli altri, diffe-
renti manière.
Les terres de Lucques sont séparées, à 5 milles 20 de la Ville, des terres de Pise, par une montagne qui est aussi à 5 milles de Pise. Il faut beaucoup de peine pour la traverser, parce qu'elle est très escarpée; et, avec peu de dépense, on pourroit la rendre très commode et très praticable.
25 On ne peut, sur les chemins d'Italie, tourner la tête sans voir un moine, comme dans les rues des villes, sans voir un prêtre. Toutes les voitures de terre, tous les bateaux, sont pleins de moines. Ces gens, ennemis mortels du couvent, voyagent tou-
jours. L'Italie est le Paradis des Moines. Il n'y a aucun ordre qui n'y soit relâché. Les affaires que tous les moines du monde ont à Rome en peuplent beaucoup les chemins.