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sur le fleuve, qui empêchent les Turcs d'avancer. Semendria est plus avancé. Dans la Servie, les Turcs ont Nissa et Widdin.
Ce qui atrbiblit beaucoup l'Empereur, ce sont les 5 Pays-Bas. Le pays n'est pas, par lui-même, en état de se défendre contre la France. Il faut donc que l'Empereur lui envoyé des troupes. Or elles lui coûtent beaucoup : le double et le triple qu'ailleurs. Elles n'ont point de quartiers d'hiver. Les officiers, 10 qui vivent dans de bonnes villes, s'y ruinent. De façon que tous les pays de l'Empereur entretiennent, et (sic) plus, les troupes ; ce que les Pays-Bas ne peuvent pas faire. On a donc affoibli l'Empereur en lui donnant les Pays-Bas.
ô Tous les pays fort habités autrefois aujourd'hui sont malsains : témoin le Pays du Pape et l'Egypte. — Voir ce que c'est que la Grèce. — Quelque jour, Paris et Londres seront de même. Voilà ce qui fait que l'on quitte les anciennes villes, et qu'on ne les
20 réhabite point. Les Romains habitoient et faisoient leurs maisons de plaisance dans le pays qui borde la Méditerranée, et négligeoient les pays de l'Adriatique, comme le Bolonois, le Ferrarois, le Pays vénitien, comme malsains. Aujourd'hui, c'est tout le
25 contraire. De façon qu'on peut dire que l'air est bon dans ces pays-ci à présent, parce qu'il y étoit mauvais.
La campagne de Rome inhabitable, parce qu'elle
n'est point habitée. Il est étonnant que, dans cet ancien Latium, le voyageur ne trouve ni un poulet, ni un pigeonneau, ni souvent un œuf.
On peut voir Naples dans deux minutes. Il faut six mois pour voir Rome. 5
Les fontaines de Rome, qui sont éternelles, valent mieux que les eaux de Versailles, à mon avis.
Borromini est singulier : il a mis (me semble) le gothique dans les règles.
L'Église de Saint- Andrea-delle-Fratte , qui est de 10 Borromini, est originale, en ce que son plan est le même que celui d'un chapiteau composite.
Les portes et les fenêtres doivent être composées de deux carrés. Les niches ont le cintre ou le fronton de plus, afin que la figure puisse se remuer. Dans les i5 portes et fenêtres, le chambranle doit être le quart du vide; l'architecture, le quart aussi; la frise, aussi le quart; la corniche, de même : ce qui est particulier dans ce cas et déroge aux règles ordinaires.
Toute colonne doit avoir son contre-pilastre. Il 20 faut toujours, pour le moins, qu'entre deux colonnes on puisse placer deux carrés formés par la ligne qui est entre les deux colonnes. La Porte du Peuple de Michel-Ange a ce défaut qu'étant une porte de ville elle devroit être plus massive et rustique, et avoir, 20 par conséquent, des colonnes moins grêlées (sic). Une bonne porte de ville est celle de Saint-Jean-de-
Latran. La Porte du Château-Saint-Ange, aussi de Michel-Ange, très bonne : rustique, massive, plus large par le bas que par le haut; ce qui est très bien.
On appelle attique ce qui n'est d'aucun ordre.
5 Voici comme, avec le diamètre d'une colonne, on sait la hauteur d'un édifice. Je suppose une colonne d'ordre corinthien, et qui ait 10 palmes de diamètre. Ce diamètre est un dixième. Ainsi la colonne : fût, base, chapiteau, aura ioo palmes; l'entablement, le
10 quart de cela; la hauteur du cintre, la moitié de l'espace qui est entre les deux colonnes. Le tout fait la hauteur.
L'arcade simple, d'un pilastre ou colonne à l'autre, a la moitié de sa largeur pour hauteur.
i5 La corniche architravée est le septième de la colonne. Ce septième se divise en trois parties, dont deux sont pour l'architrave, et l'autre, pour la corniche. Cette corniche architravée n'a point de frise et a peu de saillie; ce qui la feroit paroître mesquine
•20 dans les dehors. Elle ne s'employe guère que dans les dedans. Elle est dans le portique de Saint-Pierre.
Le portique de Saint-Pierre est admirable; mais, par dehors, la façade ne fait pas un si bel effet : il
y a trop de pour un ouvrage si colossal.
25 Au lieu de ces petites niches, il auroit fallu seulement mettre de simples cadres. Au lieu des colonnes de marbre qui sont dans le dehors, et qui répondent à celles de dedans, qui y font un très bel effet, il
auroit fallu mettre un pilastre, qui n'auroit pas peutêtre paru si petit que cette colonne, qui en a une voisine, qui est immense.
Le dehors de Saint-Pierre est admirable.
Dans le jardin du Vatican, il y a un petit bâtiment 5 fait sur le modèle d'un temple antique, qui est un petit lieu de plaisir admirable.
Il y a deux fontaines : Tune est entre deux grosses tours rustiques, qui font un très bel effet; l'autre est une rocaille : toutes deux, d'un très bon goût. 10
J'ai été voir, hors de la Porte-Majeure, à 2 milles, le Temple de l'Espérance. Il est porté sur une colonne. Comme il falloit, sans cela, faire une voûte, et qu'il n'y avoit pas assez de hauteur, l'architecte imagina de mettre le temple sur cette colonne, d'où i5 il a fait naître des arceaux; et c'est, sur cette colonne, qui est au milieu, que les arceaux reposent d'un bout, et, de l'autre, sur le mur des fondements. (Vignole a imité cela au Château de Caprarola.) 11 n'y a guère d'autre exemple antique de pareille 20 chose. Le temple qui est dessus est bien conservé; c'est à présent un lieu pour les brebis, qu'on y fait coucher.
Le Borromini, voulant contrecarrer le Bernin, a imaginé une architecture nouvelle: c'est un gothique 25 mis en règle; et s'est éloigné des Anciens, qui ne se servoient jamais que de l'angle dr^it. Mais il faut bien qu'un autre que lui se garde de le suivre.
La façade de l'Eglise de la Paix, par Pierre de Cortone, est admirable; elle ressemble à un théâtre.
La Porte de Saint-Jean est admirable pour son rustique et sa force, convenable à une porte de ville. 5 Elle est de Michel-Ange.
Coscia entend bien les choses; mais il ne se soucie de la réussite d'aucune. Fini, rien. Lercari, bon, mais foible. Corradini, impétueux. Ce sont les ministres régnants.
10 Le Pape a les mœurs angéliques.
La colonne élevée derrière Sainte-Marie-Majeure, qui a été tirée du Temple de la Paix, fait un très mauvais effet. Elle paroît trop grêle, à proportion de sa tête et ses pieds.
i5 Saint-/4//(//T«-de-la-Vallée, la Chiesa-Nuova, le Grand-Jésus, Saint-Charles (à la façade près), sont quatre très bonnes églises de Rome, aussi bien que le Noviciat des Jésuites.
Si les Vénitiens avoient mis en troupes réglées to et perpétuelles la moitié de l'argent qu'ils ont mis en armements précipités, ils auroient fait grande figure dans le monde.
J'ai été voir le Pignetto Sacclietti. C'est une maison abandonnée, parce qu'autrefois tous ceux qui y •5 étoient logés moururent par le mauvais air, qui vient
et d'une vallée qui est au-dessous, et d'un bain qui étoit au-dessous de la maison. Il reste encore la façade et le bain, ouvrage admirable de Pierre de Cortone. C'est à i mille de Rome.
La Vigne Madame est encore plus près. Elle est 5 de l'architecture de Raphaël, et il y a des peintures que ses élèves ont faites sur ses dessins. Cette architecture est simple, ferme et de bon goût. Il n'y a pas autour de Rome une vue si charmante. On voit la campagne de Rome du côté du nord jusqu'à la 10 montagne, et le Tibre, qui serpente, se perd et reparoît. Il y a aussi un grand bois champêtre, charmant. C'est là où a été fait le Pastor fido.
V Hercule Farnèse a des muscles très ressentis par devant, et point par derrière. C'est qu'il devoit i5 être vu de loin par devant, et de près par derrière. Il ne faut donc pas croire que l'on fasse mieux paroître les muscles à force de les taire voir gonflés. Il faut que cela se fasse avec l'application convenable.
J'ai ouï dire à milord Dumbar que le Prétendant 20 avoit souvent couché d'Albano à Rome et de Rome à Albano, [avec] la Reine et sa maison, dans les jours d'été, sans que personne eût aucun mal. L'affaire est de passer d'un bon air à un bon air. Mais, si on va, d'un bon air, dormir à un mauvais, on est pris : 25 car, en effet, l'air de la campagne de Rome est pestiféré. Il est vrai que le comte de Gallas et huit ou dix de ses gens moururent. Mais ils couchèrent dans des lieux où l'air est effroyable, marchèrent dans la
plus grande chaleur du jour. Ses gens étoient presque tous ivres. Une autre troupe de ses gens qui fit le voyage, mais avec des précautions, n'eut aucun mal. Depuis dix ans, on a retardé le séjour des villé- 5 giatures. On revenoit, autrefois, au moins à Saint- Pierre; à présent, des gens ont poussé (sic) trois semaines sans danger.
J'ai vu de bons ouvrages d'architecture : le Jésus, de Vignole; le palais du prince Altieri; le Palais io Barberini; le Noviciat, fait par le Bernin. Tout ce que Vignole a fait, le Bernin et Pierre de Cortone, en fait d'architecture, à Rome, est très bon. Au Palais Barberin, beaux escaliers. Le palais a l'air d'une forteresse.
i5 Les Princes romains. — Ils sont dans un cas singulier, et les princesses, aussi. Comme il n'y a point de cour à Rome, lorsque le Pape fait un prince, il dépend des autres princes ou de l'autre noblesse de les (sic) reconnoître, s'ils veulent. Le Pape ne se
20 soucie pas de cela : car cela augmente la mésintelligence. Il n'y a pas de princesse du sang si fière qu'une princesse romaine. Cela vient de ce qu'ils (sic) n'ont point voyagé.
Les plus forts du Sacré-Collège sont Imperiali, 25 Porzia, Davia et quelques autres. Que (sic), selon les apparences, on fera Colonna, fils de la connétable Mancini; que, si l'on fait le Pape tout d'un coup, ce sera un homme de mérite, qu'on aura
voulu prendre; que, si cela traîne, on sera revenu à quelque chose da poco. La faction Albane s'est beaucoup accrue sous ce pape-ci, par inimitié contre les favoris ; outre que, plusieurs des créatures de ce pape dévoient le commencement de leur élévation à 5 Clément XL Corsini ne le sera pas, parce qu'il a eu l'exclusion de France, et qu'on croit qu'un Italien se souvient plus du mal qu'on lui a fait, que du bien qu'on lui fait. D'ailleurs, il est Florentin, et les affaires de Florence embarrassent. — J'ai fait là «o une belle conjecture.
Les Romains fortifioient chaque fois leur camp, qui étoit en façon d'un carré-long, de la contenance de 2 carrés, dont il y en avoit toujours une partie sur une hauteur. Là étoient les principaux officiers, et i5 là étoient les armes; les soldats étoient de l'autre côté. Or, on fortifioit toujours le camp pour deux raisons : l'une, pour accoutumer les soldats au travail; l'autre, afin que les soldats ne fussent pas étonnés dans les cas où on auroit besoin de se 20 retrancher.
Frascati ou Tuscule est à l'est de Rome, distant à peu près de 10 à 12 milles de Rome; est sur la
colline C'est une petite ville. La Cathédrale
est telle qu'il n'y a pas de plus belle église en 25 France. L'architecture en est de très bon goût. Tous les entours de Frascati, de près et de loin, sont pleins de belles maisons de campagne.
Belvédère est une maison charmante du prince
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Pamphile, où est une cascade qui est au-dessus (sic) d'aucune pièce d'eau que j'aye vue à Versailles : tant l'architecture en est belle.
Auprès est la Villa Conti.
5 Plus, la Villa Montalte, où il y a des peintures admirables du Dominiquin et d'Annibal Carrache, et les copies des meilleurs originaux vendus au duc d'Orléans. Elle appartient à la maison Odescalchi. Dans la vallée entre Frascati et Tivoli est le Lac
10 Vigille, qui est grand comme la main, et qui diminue
tous les jours. Entre Frascati et Tivoli est le Monte-
Porzio, où étoit la maison de Caton. Plus loin, du
côté du nord de Frascati, est le Mont-Soracte.
Au delà de la Villa Montalte est la maison de
i5 Cicéron; où est à présent un couvent de , où
il y a une belle église et des peintures à fresque du Dominiquin admirables. Cette maison avoit appartenu à Sylla, et tout contre est le lieu où il y a apparence qu'étoit la maison de Marius. M. le cardinal
20 de Polignac y a trouvé une inscription où on devine qu'il y a Caio Mario, Imperatori. De plus, c'est de là que sort le ruisseau appelé Aqua Marana, qui est Mariana. On n'y voit rien ; mais il paroît, par les enfoncements du terrain, qu'il y avoit autrefois des
25 étangs et pièces d'eau.
• Tout ce pays appartient au Connétable. Il entretient l'été des chariots qui n'ont autre chose à faire qu'aller dans tous les villages ramasser les malades pour les porter dans les hôpitaux de Rome. Il y a
3o auprès du Monte-Porzio un lieu où il nourrit du bétail, où les hommes les plus robustes ne vivent
que trois ans. C'est qu'ils couchent à l'air. Il a 100,000 écus romains de rente, à 1 pour 100, en fonds de terre.
Le cardinal de Polignac m'a dit que, venant ici au conclave de Benoît XIII, il dit à M. le Duc: 5 «Comment me conduirai-je avec le Prétendant? Je suis cardinal de sa façon. Je lui ai toujours été attaché. — Il est juste, dit-il, que vous le voyiez; mais il faut que cela soit rare, comme une fois la semaine, et je me charge de le faire approuver à 10 l'Angleterre. » Il vint ici et trouva l'abbé Tencin, qui ne bougeoit de chez le Roi, qui étoit de toutes les parties et gouvernoit tout. Cela lui fit faire des réflexions, et il disoit: « Quoi! Moi, qui ne suis qu'un particulier, on me défend de voir le Roi, et Tencin, ô qui est le ministre, on le lui permet tous les jours. » — Layer vint à Rome, ne vit le Prétendant que deux fois, ne vit que lui (il étoit du reste toujours enfermé dans une chambre), et retourna en Angleterre. A peine fut-il arrivé qu'on le prit et lui ouvrit le 20 ventre. Le roi Georges dit au Parlement que, par le courrier de Rome, il avoit avis d'une conspiration, et que Layer avoit vu le Prétendant. Le duc de Warton vint ici, ne vit personne, et le Prétendant une seule fois, et cela fut su d'abord. Cela donna 25 de furieux soupçons au Cardinal, et, quand la Reine vit la Gazette de Hollande, où étoit ce discours du roi Georges, elle, qui voit plus loin que son mari, qui ne voit rien, alla à lui : «Vous êtes trahi! » — Le Prétendant n'avoit de confiance que dans le cardinal 3o
Gualtieri, Hay et Tencin. Le Gualtieri tiroit près de 100,000 livres de la France. Le cardinal Polignac apprit, ensuite, que Tencin avoit acheté de M. et Made Hay la nomination au chapeau. « Seroit-il 5 possible, dit-il, qu'après l'avoir trahi il en retirât encore ce prix-là. » Que (sic) lui, Polignac, devenu ministre, dit au Roi : «Je vous demande une grâce : ne me parlez jamais de vos affaires. — Et pourquoi cela? — Je ne veux pas vous trahir. » Jamais le Roi
«° ne s'aperçut de rien. Le bonhomme disoit : « Les Romains sont terribles: je ne puis pas faire un pas qui ne soit su en Angleterre. — Sire, vous n'êtes pas assez méfiant: je me méfierois de tout le monde, excepté de la Reine, qui a les mêmes intérêts. >
i5 Nota que, la Tencin ayant eu cette affaire, le roi Georges la prit sous sa protection.
Le feu Roi, après Utrecht, voulut donner l'abbaye de Saint-Germain au cardinal de Polignac, et celle d'Anchin au cardinal de Bissy, nommé et non encore
20 fait cardinal. Le père Le Tellier, que cela n'accommodoit pas, dit au Roi : « Sire, il vaudroit mieux changer cela : Anchin est régulière (sic) et ne peut être possédée (sic) que par un cardinal déjà créé. Il faut donner Saint-Germain au cardinal de Bissy, et
25 l'autre au cardinal de Polignac; d'autant qu'elles sont de même revenu. » Ce qui étoit bien faux à cause de lods et ventes. Il avertit Bissy, qui va remercier le Roi, et le brevet est expédié, et ne dit rien au cardinal de Polignac. Quand il fallut donner Anchin, il
3o dit au Roi : « Sire, il y a une difficulté : c'est que votre T. n. 6
Majesté a donné un billet à ceux d'Anchin, par lequel elle s'engage de ne nommer qu'un régulier. » Il n'apporta point ce billet, et cela se trouva faux, le billet ne disant seulement que ces paroles: «Je déclare que la nomination que j'ai faite du cardinal de La 3 Trémouille ne préjudiciera en rien aux moines d'Anchin et ne sera pas comptée comme une collation. » Il en faut trois pour perdre le droit. Le duc du Maine parla si bien à Le Tellier qu'il n'osa plus faire d'opposition. 1"
Le Roi voulut donner Cambray à Polignac. Voici comment il (sic) l'empêcha. Il alla au duc d'Orléans. «Je puis vous rendre un grand service. Le Roi a beaucoup de bénéfices à nommer. Si votre Altesse royale veut me promettre qu'elle ne sera pas défavorable '5 ni au Testament, ni à la Constitution, je persuaderai au Roi de ne point charger sa conscience de cette nomination. • Le duc d'Orléans parut se vendre à la Constitution. Tellier disoit qu'il étoit sûr du duc d'Orléans comme de lui-même, et le duc l'exila le 20 lendemain, avec 5oo livres de pension.
L'évêque de Chartres, qui vouloit attaquer Quesnel, ne vouloit pas un homme modéré pour confesseur et choisit Le Tellier. L'évêque de Chartres gouvernoit Made de Maintenon. Lui, M. de Meaux 25 et M. le cardinal de Noailles avoient chassé M. de Cambray. M. de Meaux étoit mort, et le même M. de Chartres avoit ruiné M. le cardinal de Noailles. Il resta donc seul. En mourant, il dit qu'il n'y avoit que le curé de Saint-Sulpice, Lachétardie, qui pût ?o
succéder à la confiance, et ce Lachétardie étoit un petit esprit, mais un saint, et ne voulut jamais être cardinal, mais mourir curé. En mourant, il donna M. de Bissv.
5 Au conclave d'Innocent XIII, les cardinaux françois eurent peu de part, parce que les Albani étoient convenus (sic) avant qu'ils arrivassent. A celui de Benoît XIII, le cardinal de Rohan lit mille sottises. On étoit convenu d'Olivieri par toutes les cours. Le
10 cardinal lâcha son secret, et l'abbé de Vauréal dit la belle pensée qu'on venoit porter l'olivier, et se mit beaucoup à rire. Dès que l'on sut cela, les ennemis d'Olivieri se déchaînèrent si fort qu'il ne put plus être question de lui, et il y a eu un écrit où on
i5 disoit : «Je ne me soucie point d'être damné pourvu que je puisse poignarder ce cardinal Olivieri dès qu'il sera pape. » — « Ou'ai-je fait aux François, disoit Olivieri, pour aller divulguer un secret qui me feroit manquer dix papautés?» — Vous remarquerez que
20 ce qui faisoit dire cela au cardinal de Rohan et à Vauréal, c'est que la faction françoise et celle de l'Empereur s'étoient réunies pour Olivieri. Mais les Albani, qui ne vouloient pas qu'on leur fit un pape à la barbe, comprirent cela. Vous remarquerez que
e5 la faction de France jointe à celle d'Espagne, laquelle avoit ordre de suivre celle de France, avoit douze cardinaux, et celle de l'Empereur n'en avoit que trois : car les Allemands n'étoient pas venus, Cienfuegos comptant sur les cardinaux du Milanois et
îo du Royaume de Naples, lesquels prétendirent n'être
d'aucune faction, comme effectivement cela a toujours été. Or il y avoit bien de la sottise de donner douze cardinaux à Cienfuegos, qui n'en avoit que trois, et qui étoit (disoit-il) le chef. Et effectivement il rétoit et procédoit ainsi. 5
Olivieri manque. On convient de porter Piazza. Et les Albani n'en voulurentpas non plus(quoiqu'une de leurs créatures), parce que les Couronnes le vouloient faire.
Vous remarquerez que le cardinal de Polignac 10 n'étoit de rien de tout cela. Quand il voulut, en arrivant, savoir l'état des choses, M. de Tencin le renvoya au cardinal de Rohan ; le cardinal de Rohan, à Ottoboni. Ottoboni lui dit qu'il n'en savoit rien, et que c'étoit au cardinal de Rohan à l'instruire. Et, i5 quand il vouloit aller dans la cellule du cardinal de Rohan, il étoit en affaires ou malade.
Un jour, Albani dit au cardinal de Polignac: « Eh bien! En quel état sont vos affaires? — Je n'en sais rien, dit-il: car, comme (sic) on ne me communique 20 rien. Mais on dit que vous voulez faire Piazza. — Il ne le sera jamais, dit Albani. — Mais vous avez donné parole au cardinal de Cienfuegos pour Piazza. — Je ne la lui ai jamais donnée. Il est vrai que je lui ai dit que je n'avois aucune raison particulière 25 pour rejeter Piazza. Mais autre chose est de n'avoir rien contre un homme ou porter ses intérêts, et, . puisqu'ils veulent me faire faire les choses de haute lutte, je ne le ferai jamais. » Le cardinal de Polignac alla chez le cardinal de Rohan, qui lui dit : « J'allois 3o envoyer chez vous, pour vous demander si vous
aviez (sic) rien à écrire, parce que je vais faire partir un courrier pour annoncer au Roi que le cardinal Piazza sera demain élu pape. — Le savez-vous bien ? dit le cardinal de Polignac. — Oui, je le sais bien. — 5 Monsieur, dit-il, n'écrivez pas. Et (sic) vous ne savez pas qu'il n'y a rien qui soit sujet à plus de révolutions que les projets qui se font dans les conclaves. » Le cardinal de Rohan crut qu'il vouloit l'empêcher d'avoir la gloire de la prophétie, écrivit à la Cour
10 que Piazza seroit nommé le lendemain, et le courrier avoit ordre de porter un billet au marquis Monti, en passant à Bologne, où il lui mandoit : « Vous serez bien aise d'apprendre que le cardinal Piazza sera élu demain. » Monti communiqua cette lettre au
i5 Sénat de Bologne, qui fit une députation pour complimenter le frère de Piazza, auquel mille lettres de félicitations plurent (sic) de tous côtés.
Cependant, pour se moquer du cardinal de Rohan, les Albani firent donner 17 voix à Orsini,
20 et, le lendemain, 17 voix à Paolucci. Rohan resta comme un fondeur de cloche. Il fit assembler les cardinaux des Couronnes, auxquels se joignit Pereyra, pour les Portugais, et déclama beaucoup contre la perfidie des Albani; et il fut résolu de
25 brusquer la chose et de l'emporter d'assaut. Le cardinal de Polignac dit qu'il ne réussiroit pas. « M. le cardinal de Polignac sait toujours les choses mieux que les autres. — Oui, dit le Cardinal, je sais mieux les choses que je sais, que ceux qui ne les
3o savent pas, mais non pas que ceux qui les savent. Ne vous dis-je pas que Piazza ne seroit pas élu, et
qu'il ne falloit pas envoyer le courrier?» Pereyra dit que, quand las quatro Coronas... « Monsieur, dit Polignac, il faut dire quatre Couronnes , mais non pas les quatre Couronnes : car il n'y en a que trois. » Comment ne s'informer pas, par soi-même, si la 5 parole que Cienfuegos disoit avoir, étoit sérieuse? Enfin, tous les jours, les voix croissoient pour Orsini, et les nationaux dirent : « Si le manège étoit sérieux pour Orsini, on y viendroit. — Pourquoi non? dit Albani. C'est un saint.» Il fut fait pape. ««" 11 vouloit s'évader et descendre par la fenêtre. « Signor cardinale, disoit-il au cardinal de Polignac, sono incapace. Non so die qualche fraterie. Jo governerb maie. Non conosco gli affari délia Caméra , che è ruinata. La ruinera ancora pi à. Non conosco i5 gli affari délia Cristianità. Mi condurrb maie. » Enfin, il lui dit qu'il feroit tout ce qu'il a fait. Mais il fut fait pape. Le cardinal de Rohan dit que c'étoit Gualtieri qui lui avoit dit qu'il ne falloit pas mettre Polignac dans le secret. — Je tiens ces choses de 20 M. le cardinal de Polignac.
J'ai été, le 1e1' de juin 1729, à Monte-Porzio. Le village appartient au prince Borghèse. Là étoit la maison de Porcius Caton, d'une famille originaire de Tusculum. Annibal étant venu camper auprès, 25 Caton fit afficher que ceux qui voudroient lui vendre les fonds où Annibal étoit campé, il les achèteroit aux prix de l'année précédente. Il y a, dans le village, une église très jolie, de fort bonne architecture. Le tableau du maître -autel est très beau. ?o
On voit de là toute la campagne de Rome, à l'ouest et au septentrion, et c'est la chaîne des montagnes où habitoient les Sabins. On voit de là Tivoli ou Tibur, Palestrine ou Préneste; sur le penchant des 5 collines, au septentrion, le Mont-Soracte et d'autres villages. Le vin y est fort bon. La plaine entre Monte-Porzio et les collines vis-à-vis est très malsaine pendant l'été, même au pied de la colline de Monte-Porzio et des autres lieux voisins. Il faut que
10 les exhalaisons ne puissent pas monter si haut que Monte-Porzio, Préneste et Tivoli. La Colonna est dans une colline moins élevée, et l'air n'y est pas pur. Proche de Monte-Porzio, à 2 milles, il y a un autre village qui dépend du prince Borghèse, appelé
i5 Monte- Conti. La colline est plus haute que celle du même Monte-Porzio.
Hier, 4 juin, j'entendis la lecture du Ie1 livre de V Anti- Lucrèce de M. le cardinal de Polignac, qui est un ouvrage admirable, divisé en neuf livres. Le 20 Ier livre combat le principe de Lucrèce, que nous devons chercher la volupté pour trouver notre bonheur.
M. le cardinal de Polignac fut chargé par M. le Duc de terminer l'affaire de la Constitution à Rome. »5 Le Pape consentit à donner 12 articles pour tranquilliser le parti du cardinal de Noailles. Ces 12 articles avoient été soutenus dans plusieurs thèses particulières, à Rome et ailleurs, sans que l'Inquisition eût rien dit, et le père de Graveson les
avoit dressés, et ils avoient été convenus, et, sur les difficultés des Molinistes, on les avoit encore modifiés et mis en moindre nombre. M. le Duc, sur ce que l'affaire s'est (sic) regardée comme terminée, proposa l'affaire au Conseil, la croyant déjà faite. 5 Mais les Molinistes avertis ne songèrent qu'à la faire échouer. M. de Saintes fit un mandement contre les 12 articles. On fit écrire de demander au Pape que le Saint-Office approuvât le tout : chose que le Pape ne pouvoit comprendre. « Quoi, disoit-il, 10 le Saint-Office que les François ont tant en horreur! » Ensuite vint la lettre des trois puissances : cardinaux de Bissy, de Rohan, M. de Fréjus. On disoit que les propositions étoient catholiques, mais peu orthodoxes. Cependant, elles étoient bien plus i5 modérées que le corps de doctrine du Clergé de France, que ces messieurs avoient signé. Enfin, ils écrivirent que, quelque explication que le Pape donnât, ils ne les accepteroient pas. C'étoit les Jésuites qui animoient tout cela. Les uns ne vou- 20 loient pas que le cardinal de Polignac réussît. Les autres ne vouloient pas que M. le Duc eût cette gloire. Tout se rompit. Le Pape étoit au désespoir. Le cardinal de Noailles se plaignit qu'on l'avoit trompé, et même il publia les lettres du cardinal de 25 Polignac, qui fut irrité au dernier point de se voir maltraité par les deux partis. Enfin, M. de Fréjus vint au ministère et sentit combien il étoit utile de finir. Il négocia quelque temps avec le cardinal Corradini et avec Ottoboni, et, après deux ans de 3o négociation, les choses furent si avancées que Cor-
radini alla à demander que l'on prescrivit l'Infaillibilité, et Ottoboni, qu'on reçût le Saint-Office. Le Ministère vit bien qu'il n'y avoit rien à faire avec ces messieurs. Corradini et Ottoboni croyoient dis- 5 poser de M. de Fréjus, et vice versa. Et, enfin, le cardinal de Polignac renoua l'affaire avec le Pape. Il ne fut point question d'explication, ni des 12 articles. Le cardinal de Noailles reçut, et on le reçut.
J'ai été, le 5e, avec le père Cerati, à Tivoli. Il étoit
10 ami de l'abbé Jacobacci, ministre du duc de Modène à Rome, qui nous reçut très bien dans la Villa d'Esté, qui est une des plus belles d'Italie. C'est un cardinal de cette maison qui la fit bâtir. Le fleuve Anio, prœceps Anio, y passant, y donne des eaux en abon-
i5 dance, et qui sont perpétuelles. Ce qui fait partout un très grand nombre de fontaines, bassins, gerbes et jets d'eau. Ce qu'il y a de plus surprenant, ce sont quatre belles fontaines, les unes sur les autres, jusques au haut du bâtiment. Une girandole ou
20 gerbe monte si haut qu'elle cache tout le palais, quoique très haut. Il y a encore une allée dans cette délicieuse maison où, d'un côté, il y a une continuation double de petits jets d'eau, en façon presque d'espaliers; ce qui donne à cette allée une fraîcheur
25 charmante. Toutes les fontaines sont d'une très belle architecture, et il y a des statues très belles. Il y a, dans une salle de la maison, une Vénus dans l'attitude de celle de Médicis, qui est admirable. Dans l'escalier, il y a une figure de femme très
3o bien travaillée, qui ressemble beaucoup à la sainte
Bibiane du Bernin. Il y a une petite salle où il y a plusieurs fontaines en grotesques, où est une statue de Diane admirable. Il y a encore dans deux salles des peintures de Frédéric Zuccari. On y voit les Travaux d'Hercule, de bonne manière, et un Festin 5 des Dieux. Les trois frères, Jupiter, Neptune et Pluton, paroissent entièrement copiés sur ceux du Petit Farnèse. Tout ce travail est admirable. Il y a un portrait de Zuccari lui-même, sous la figure de Mercure, qui est admirable. 10
Il y a, outre l'Anio, un grand réservoir d'eau, qui vient des montagnes, à 2 ou 3 milles de là, pour les plus hautes fontaines.
Tivoli peut avoir 4 ou 5, 000 âmes.
Il y a la cascade que le prœceps Anio forme. Les i5 eaux tombent avec une si grande impétuosité qu'il en rejaillit tout autour, à plus de 5o pas (même sur le pont, qui est haut), une espèce de rosée ou petite pluie. L'Anio, après être tombé, entre dans la terre et ressort environ à 1 mille de là. 20
A 2, à 3 milles de Tivoli est la Villa Adriana, maison de campagne d'Adrien. Ce sont des ruines bien respectables, et le bâtiment paroît avoir été immense. On y voit les restes de plusieurs temples, d'amphithéâtres, de réservoirs d'eau pour les jeux. 2? On y trouve encore les logements pour les soldats prétoriens et de grandes voûtes qui servoient d'écuries. Enfin, on y voit le palais d'un grand empereur.
On y voyoit, dans les siècles passés, au moins du temps du renouvellement des arts, de belles 3o peintures, qui n'y sont plus : car les propriétaires,
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qui sont le comte Fede et les Jésuites, traitent cela comme des Goths et des Tartares. Les Jésuites ont percé nouvellement une voûte, la seule où il restât quelques peintures d'architecture, pour y jeter des 5 décombres. Enfin, ils y travaillent non ad majorent gloriam, sed ad utilitatem nostram.
Il y a, dans une autre, quelques restes de statues, mais peu : trois ou quatre figures d'un bon goût.
Il y a à Tivoli, au-dessous des grandes cascades, 10 les Cascatelles, qui sont plusieurs petites cascades très agréables, et que le temps ne m'a pas permis de voir.
Il y a aussi, dans une fontaine, une concrétion d'une espèce d'albâtre, que je n'ai point vue, n'ayant i5 su la chose qu'après coup.
Il est impossible1, m'a dit le cardinal Imperiali, que Civita-Vecchia ne croisse, parce qu'il y a la forteresse et les galères, et que l'on y porte plus d'argent que l'on n'en retire.
20 J'ai vu à Frascati trois hommes, sur le perron d'une église, faire la contrebande du tabac devant tout le peuple, devant cinquante sbires, qui les regardoient. Je les ai trouvés, le lendemain, à Tivoli, auprès de l'église, faire le même manège, et aller
2b ainsi se promener dans tout l'État ecclésiastique. Ne vit-on pas dix ou douze coquins réfugiés dans un couvent de moines, chasser les moines, et, de là,