‹ Voyages de MontesquieuChapitre 16 sur 91 · ÉTATS DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

ÉTATS DE L'ÉGLISE

Je me mis, à 2 heures après minuit, dans ma chaise de poste. Je passai par la Porte-Pie et par Ponte- Molle. Je ne me crus sauvé du mauvais air qu'à 5 Otricoli, qui est à 6 postes de Rome, et j'y arrivai à 3 heures après-midi — dans une chaleur à faire calciner la terre — Dieu merci! en bonne santé. Cette partie des États du Pape est déplorable. L'air est très mauvais. Il n'y a pas seulement de l'eau; on 10 croiroit être en Arabie; je n'en trouvai ni pour boire, ni même pour rafraîchir les essieux de mes roues. Il faut, de bien des villages, l'aller chercher fort loin. Les puits y tarissent l'été. Tout le pays est fort dépeuplé et d'une misère extrême. i5

Ce pays que j'ai passé pour aller à Otricoti, passant par Civita-Castellana, n'est pas précisément la campagne de Rome, laquelle est précisément cette partie qui est au midi de Rome et à l'est du Tibre jusques à la mer, et qui est à l'ouest de Naples jusques au 10 Royaume de Naples; mais j'allois au nord de Rome sur les frontières de la Terre sabine, qui est à l'est, et le Patrimoine de saint Pierre, et la Principauté de Ronciglione, qui est à l'ouest.

D'OtricoIi à Narni et, ensuite, à Terni, l'aif devtent aS meilleur à mesure qu'on entre dans les montagnes,

et qu^on s'éloigne de Rome. Je ne pus pas m'em* pêcher de dormir un peu dans ma chaise, dans le mauvais air, et cela ne me fît aucun mal. Il est vrai que le mois de juillet n*est pas le plus funeste, mais 5 ceux d'août et de septembre.

La première poste après Otricoli est Narni, qui est une assez vilaine ville. L'autre poste est Terni. Comme j'y passai pendant la nuit, je n'y pus pas voir la cascade. Terni est la patrie du marquis Damis. Il

10 a fait abattre sa maison paternelle, a commencé à en rebâtir une, mais qu'il a laissée à moitié faite.

Lorsqu'on arrive auprès de Spolète, on trouve un tout autre pays: abondant, cultivé, peuplé; des montagnes et des collines fertiles; surtout beaucoup

i5 d'oliviers.

C'est la Nera qui passe près de Narni et de Terni, et qui se jette dans le Tibre vers Orte. La Nera vient de l'est, et le Tibre vient de la Toscane ou l'ouest. Cette Nera coule dans un fond, entre de

30 hautes montagnes; elle ne porte point de bateau.

Le pays de Spolète jusques à Foligno est en bien

des endroits stérile et montagneux. A Foligno, on

tourne au nord- est pour aller à Lorette. A 2 postes,

on trouve Serra valle, qui est aux confins du Duché

aS de Spolète et au commencement de la Marche d' Ancône. Tous ces pays sont plaines (?) de l'Apennin. On arrive, après 3 postes, à Tolentino, et, une poste après, à Macerata, une des principales (sic) de la Marche d'Ancône. Le fleuve appelé Potenza prend sa

3o source après Serravalle et va se jeter dans l'Adriatique.

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que j'aye vues. Je ne sais si ceci a encore été gravé. Il y a surtout une Annonciation, où la Vierge paroit effrayée, qui est admirable; une Vierge, avec un certain accommodement de tète que Carlo Maratta 5 (je crois) a pris pour toutes ses Vierges; unjérémie qui pleure, et qui est admirable. Cette santa Casa, et surtout la Madone, est (sic) couverte de présents immenses et de grand prix, sans compter le trésor, qui est, pour l'Occident, le plus riche qu'il y ait. Un

10 prêtre vous dit tous les noms de ceux qui ont fait chaque présent : lesquels (avec bien de la politique) ont été enregistrés. Tous les princes de la Terre ont épuisé leur libéralité, surtout la maison d'Autriche, d'Espagne et d'Allemagne. La maison de France

i5 n'y brille pas, à la couronne de la Vierge près et

du Jésus f don de Louis XIII pour avoir Louis XIV.

Si je vais à Vienne, il faudra faire un compliment

au prince (sic) de Lobkowitz, de Dietrichstein et à

la marquise de Rofrano, sur les présents qu'ils ont

30 faits. Ce trésor (je crois) monte à plusieurs millions d'écus, et ce seroit (à mon avis) la meilleure ressource que les Papes eussent pour payer leurs dettes : car, outre les pierres de couleur, il y a des diamants inestimables. Il y a une roche où les émeraudes, au

23 nombre de plus de vingt et grosses, sont (dit- on) attachées depuis la minière (au moins, le paroissentelles), et cela semble inestimable. Il y a encore une perle sur laquelle on a gravé un portrait. Les peintures du tréàor sont du Pomarancie, et très

3o belles; c'est l'histoire de la Vierge et des Sibylles. La Ville est passablement fortifiée pour défendre

la VUIe ec le :.ttjuc ie la goeaiêcs tnanfEg. Le Pape h't tient pas ie ^zrniaaii.

De LoretiE i ^•-■■'''^"^ d 5 » s soa&cs.

Acccne est une viZe csasiàâaciiie. et je Is croîs biea de lo i tz.:cc xiCL^oiia. Tjqies les igtises 5 soct gothiqoes. Ht* q^K^-xes paZais dont les biç>dea et la sit!ia!ioa sec: assez '7eC<s. Màs ce qn'il j a, i Ancâoe. à <r:ir. c'est «e poct.

Ce port a été b4d par Air^ea. L semble qae les Romaiii» ont travaillé pccr des gcas qoi ne s'en ■• soucient gaiTCr tant ce port est peu soi^oi et nal gardé. La Ville est sitr su r>:her baot et escarpé, £ait de manière qa'il s'abaisse par te miliea, oà est le gros de la VLIîe, et s'élêre fort hant des deux côtés, oà est, da côté de roaest. le ChAteaa, et, da ■ côté de Test, la Catbédiale; et, snr la colline de l'élévation sor laquelle elle est située, 3 y a quelques pièces de canon, et on en pourroit mettre beaucoup d'autres. La Ville, du reste, est entourée de murailles assez bonnes, n y a, da côté de Touest, tout 1 près du Cb&teau, tm autre rocher ou montagne, sur laquelle on pourroit faire un antre cbfttean, qui mettroit la Ville tout-à-fait hors d'insulte.

Or le port est tout artificiel et hit fait par Adrien, et on y voit encore un bel arc de triomphe dédié > il cet empereur par les Romains, sur le môle de l'est. Il est de grandes pièces de marbre ; il semble qu'il ne soit que d'une seule pièce, très bien proportionné; il est d'ordre corinthien, sans modillons

ni denticules à la corniche; mais le tout est d'une régularité admirable. L'imposte n'a pas une grande hauteur et n'en est que mieux. 11 est dédié à Trajan, à Plautine, sa femme, et à Marcienne» sa sœur. 5 Un vers de Juvénal fait voir qu'il [y] avoit un temple de Vénus là où est la Cathédrale :

Ante Domutn Veneris quem Dorica sustinet Ancon,

Mais il ne paroit plus.

Il y a, dans le port, une machine pour le net-

lo toyer : car il a été si négligé qu'il s'atterre peu à peu. Cependant, les navires de Venise y entrent. Au reste, il est très bien défendu, tant par la montagne qui y règne, que le fort qui y est du côté de l'ouest, que par les pièces de canon qui sont sur les môles

i3 de l'est et de l'ouest. Adrien donc fit du côté de l'est une jetée, qui fait le môle de ce côté -là, et, entrant dans la mer du côté du nord, se recourbe un peu à l'ouest, au commencement. Là est l'Arc d'Adrien, et, au bout, un petit fort, où il y a des

3o batteries de canon tout autour, et il y a trois étages, garnis tous de canons, les uns dessus les autres. Le toit de la batterie supérieure est renouvelé comme il étoit autrefois. Il porte à vide, sur une espèce de tonne, qui est en l'air. Ce sont des chevrons qui

23 portent sur ladite tonne, qui est au milieu, et sur la muraille tout autour. A l'autre bout de la tonne, il y a un cercle de fer, sur lequel appuyent d'autres chevrons, qui vont aussi aboutir à la muraille, qui leur sert d'appui; de façon que tout est en l'air.

Ce môle est de brique et étoit autrefois couvert de marbre. Il y a un autre môle, du même côté de l'est, qui fait comme un nouveau port dans le port, et c'est entre ces deux môles que l'on met les galères, quand il y en a. Ce môle est plus court; il 5 est de beau marbre blanc; il y a des degrés qui vont à la mer; et c'est par ce môle que l'on monte et descend les marchandises. Il y a des banquets (sic), où la noblesse va prendre le frais. En continuant vers l'ouest, on va trouver le môle de ce côté-là, qui lo est sous le Château et n'est que comme une espèce de perron, pour rompre la mer de ce côté -là.

On voit que, lorsque l'on est dans le port, on ne sent point les vents du midi (on est couvert par la montagne), ni les vents d'est (on est couvert par i5 le môle), ni les vents du nord (la recourbure du môle en couvre encore); seulement on peut sentir les vents de l'ouest : encore l'éperon qui est à l'ouest les rompt- il un peu.

Il y a, d'un môle à l'autre, environ i petit mille. 20

Le beau côté des États du Pape, c'est celui dé l'Adriatique : le pays est plus peuplé, mieux cultivé, plus sain.

Mansard, ayant vu que son oncle avoit inventé la mansarde — ce qu'il n'avoit fait qu'en faveur des a5 bourgeois de Paris, pour diminuer la dépense et épargner le terrain : car la mansarde n'est qu'un étage brisé, pris sur le toit, et pour lequel il ne faut pas de si longues pièces de bois — il l'appliqua, comme

un âne, au Château de Versailles, pour un prince qui avoit ses coudées franches et assez d'argent.

Sinigaglia est à 2 postes d'Ancône, et on y va côtoyant toujours la mer. Le port est un revêtement 5 de pierre d'un petit fleuve qui traverse la Ville et se jette à la mer. La mer entre dans ce revêtement, et les grosses barques aussi. Le petit fleuve nettoyé sans cesse le port. La Ville fait actuellement un avancement de ce revêtement dans la mer, afin

10 d'avoir une partie du port où il y eût (sic) plus d'eau, et ils l'ont faite aussi étroite que l'autre, afin que le petit fleuve pût le nettoyer : car, dans cette partie de la mer où ils entrent (sic), il y a trois ordres de hauteur et d'enfoncement. Les hauteurs empêchent

i5 les grosses barques de passer. Or le petit fleuve

aplanira tout. Enfin, ce port ressemble à un canal

ou à une rue de Venise. Mais il y a des parapets

plus larges pour mettre les marchandises.

Sinigaglia a été assez bien fortifiée (sic) par les

20 ducs d'Urbin.

Ils y ont établi une foire qui fait l'opulence de la Ville, et effectivement les marchands de toutes les nations de cette partie y viennent. Les Grecs y portent des cuirs, des soyes et d'autres diverses

25 marchandises de leur pays; ceux de France et Boucharitz, du bois ; ceux de Brescia, du fer ouvré et non-ouvré; ceux de Naples, des vases de fayence, huile, fruits. Le pays fournit du bled. Venise apporte de ses manufactures. Comme ce pays n'est pas loin

3o de la Toscane, il y a une communication par cette

foire à ulie autre qui se fait en Toscane, et, par ces deux foires, les marchandises des deux mers se communiquent.

Les Vénitiens tourmentent cette foire le plus qu'ils peuvent : car elle prospère tous les jours. Comme il 5 n'y a pas de lazaret, ils font courir des bruits, dans le temps de la foire, qu'il y a contagion au Levant, et, à cette occasion, ils défendirent la communication Tannée passée. C'est qu'elle fait un tort considérable à Venise. Les marchands aiment beaucoup 10 mieux aller là qu^à Venise : i^ parce qu'on ne leur fait pas de vexations; — 2® parce que les vivres y sont pour rien; — 3** parce que l'on n'y paye aucune douane pendant la foire.

Il y a entre les Sinigagliens et les Ancônitains une i5 haine mortelle ; c'est que ceux d'Ancône sont jaloux de cette foire et de la prospérité de leurs voisins.

Le Pape, qui a réuni plusieurs seigneuries, est tombé dans l'inconvénient des rois de France; c*est qu'il a gardé tous les droits d'entrée et de sortie et 20 toutes les défenses d'entrer et de sortir que deux états voisins se font pour se fatiguer l'un l'autre. Ainsi la monnoye d'une légation est différente de celle d'une autre, et les denrées d'une légation payent de si grands droits, pour entrer dans celles (sic) 25 d'un (sic) autre, qu'il y a souvent plus de profit à les faire venir de l'étranger. Ainsi le vin ne peut entrer du Duché d'Urbin dans la Marche d'Ancône, sans payer de si grands droits qu41 ne peut y entrer.

La Marche d'Ancône, le Pays d'Urbin, la Romagne, sont les belles et fécondes parties des États du Pape. Enfin, toute la côte de l'Adriatique est bonne. On trouve, presque à chaque poste, de bonnes villes

5 de 8 à 12,000 habitants; la plupart bien fortifiées par les seigneurs feudataires de ces pays, qui les ont longtemps possédées. Ainsi, après Sinigaglia, on trouve Fano et Pesaro, qui ont, chacun, 8 à 10,000 habitants, Rimini, Cervia, Ravenna, Forlî,

10 Imola et autres.

Fano, jolie ville. D'un théâtre ancien, un architecte, nommé Torrelli, en construisit un nouveau à ses frais, qu'il donna à la Ville.

Les Pères Philippins, à Fano, ont une église de i3 bon goût. Il y a deux tableaux du Guide et un du Guerchin. Le maître -autel est singulier: il y a, de chaque côté, deux colonnes adossées, et l'architrave est recourbée de chaque côté, d'une colonne à l'autre, et le milieu vide laisse de l'espace pour 30 une autre architecture en haut.

L'arc de Fano, en l'honneur d'Auguste, subsiste encore; mais, dans la guerre du temps de Pie II, il fut fort endommagé par le canon ; surtout le second ordre supérieur.

35 Sur une muraille, auprès de cet arc, il y a un modèle de ce qu'il étoit autrefois.

Le fleuve Métaure se jette dans la mer là auprès.

sur le bord où Asdrubal fut vaincu et tué par les deux consuls Livius Salinator et Claude Néron.

Auprès de là est le lieu où Totila^ roi des Goths, fut détruit par Narsès.

On travaille actuellement, à Fano, à faire un port, 5 l'ancien étant comblé. On veut, comme à Sinigaglia, faire un canal où un fleuve passe pour le déboucher.

Pesaro, bonne ville de 8 à 12,000 habitants.

Rimini.

Acheter un petit livre intitulé : Balance du Corn- 10 merce de l'Angleterre avec la France y fait par M. Law.

En Hollande, il faut acheter aussi : V Atlas mari' tinte du Commerce.

Il me semble que les mœurs et les coutumes des nations qui ne sont pas contraires à la morale ne i5 peuvent pas être jugées les unes meilleures que les autres. Car par quelle règle jugeroit-on? Elles n'ont pas de commune mesure, excepté que chaque nation fait la règle de ses mœurs propres, et, sur elle, juge toutes les autres. 20

Le cavalier Rusconi, qui mourut un mois avant que je n'arrivasse à Rome, étoit le meilleur sculpteur qui y fût.

Le lapis-lazuli est fort cher : il est à bon marché

au poids d'argent (sic); il vaut quelquefois le poids de l'or. Le beau est d'un bleu mêlé de veines d'or.

Il n'y a rien dans le monde de si insolent que les républicains : les Romains, à l'égard des rois ; les

5 Bolonois, à l'égard d'Enzio, roi de Sardaigne, fils de l'Empereur, qu'ils retinrent prisonnier jusques à la mort, sans jamais vouloir le délivrer, pour avoir le plaisir de le traiter comme un roi prisonnier, avec magnificence; les Génois, à l'égard du roi de

À Chypre; les Hollandois, à Gertruidemberg.

Une poste après Fano, on trouve Pesaro, qui est une ville à peu près de même, et, ensuite, on arrive à Rimini, belle ville : des rues grandes et bien percées ; deux belles places, et très grandes ; et des antiqui-

i5 tés. C'est une ville plus grande et plus peuplée que Fano. A la place de la Forteresse, qui est un carrélong, il y a d'un côté le Palais des Magistrats, qui est d'ordre dorique; le portail, rustique. Il règne, tout du long de ce palais, un beau portique.

30 A la Ptazza-Grande, il y a un monument érigé à César : c Caio Cœsari dicLy Rubicone superato, civili bello commilitones suos hic, in foro Ar. (id est Ariminensium), adlocut. » — On voit, par le mot de dictatori, qu'il fut érigé après la fin de la guerre. Le

25 peuple dit que cette colonne a été érigée contre les François.

L'Église de Saint- François à Rimini est très belle; elle est magnifique. Bâtie par les Malatestes» elle

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est surtout très curieuse et très singulière par des morceaux de bas et de grands reliefs antiques qu'on y a mis en œuvre, surtout sur les pilastres. Ils sont mis sur les pilastres, en forme de cadres, et ils ont été sans doute tirés de quelques temples anciens : ce s qui fait un amas très rare, et ceci est très digne d'être gravé. Là sont des animaux, des histoires, des sacrifices Ces pilastres portent sur des chapiteaux antiques, qui leur servent de base, et ils sont très singuliers : ils sont composés; ils sont bombés. lo Quatre Enfants ou Amours, en grand relief, sou- r tiennent des festons, et ces Amours sont comme les angles du chapiteau corinthien. Le tout est de marbre, et, au-dessus, il y a un feuillage de vigne, avec des raisins : le tout, de bronze. Il semble que i5 ces raisins sont de leur couleur naturelle.

Cette église est toute de marbre. On prétend que les Malatestes ont tiré ce marbre des ruines de l'ancien port. A la façade, il y a des plaques de grandes pièces de pierre, très riches, comme de porphyre et 20 de vert antique. A la porte, du côté de l'orient, il y a un très bel arc de marbre, élevé à l'honneur d'Auguste, pour avoir fait réparer cinq chemins publics, surtout la voye Flaminienne, qui alloit de Rimini à Rome. Cet arc est d'un très bon goût d'architecture. 25 La frise rentre en dedans; ce qui fait que la corniche ne paroît pas avoir tant de saillie.

Du côté de l'ouest, en allant vers Bologne, il y a un très beau pont de marbre, avec une (sic) inscription : l'une, en l'honneur d'Auguste; l'autre, en 3o l'honneur de Tibère ; lequel pont joint le faubourg

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à la Ville et la voye Émilienne à la Flaminienne. Il est sur le fleuve Marecchia, autrefois appelé Arù minus, qui a donné son nom à la Ville.

A 12 milles de Rimini, au midi, est la petite RépU' 5 blique de Saint-Marin. On commence à monter à 12 milles; puis, on monte toujours. Le bourg est au pied d'une montagne ou rocher qui est en pain de sucre, et il regarde Rimini. Il n'est point fortifié. On monte ou plutôt on grimpe i mille sur le pain de lo sucre, et là est le Château, où sont les principaux de la République, même des gentilshommes, n'y ayant au bourg que les gens du commun. Dans le reste du petit territoire ou partie de montagne sont les paysans. Ils n'ont pas valu la peine d'être soumis, i5 et ils n'ont jamais pu insulter personne. Ils gardent leur château avec une grande jalousie ; c'est là qu'est leur liberté. Les étrangers, en y entrant, laissent leurs armes et donnent leur nom. On n'y peut guère monter à cheval.

30 De Rimini, laissant le bord de la mer, on va à Cesena, à 2 milles. Avant d'y arriver, on trouve le fameux Rubicon, qui n'est vénérable que par le respect que l'on y mit. Tout près est la pierre qui contient les exécrations contre les généraux,

25 capitaines, tribuns, chefs de file, qui le passeroient, feroient passer les enseignes, des provisions de guerre : ut sacer esset, ennemi de la République, criminel, comme s'il avoit tué son père et sa mère

Rien n'est plus beau que cette Romagne. On trouve à toutes les postes une belle ville, bien bâtie, bien percée; toute (sic) y une belle place: ce qui vient de ce que la plupart de ces villes furent fondées par les Romains, et que (comme dit Vitruve), en s bâtissant une ville, on songeoit, d^abord, à faire la place, comme le lieu principal, ^ où l'on devoit s'assembler. Je crois que ce furent les colonies romaines qui sauvèrent la République contre les Carthaginois.

D'abord, c'étoit le fleuve Esino, à présent Fiumù lo cello (sic), entre Sinigaglia et Ancône, qui séparoit l'Italie de la Gaule. Mais, les Romains ayant repoussé les Gaulois, ce fut le Rubicon qui fit la séparation, et qui séparoit l'Italie du gouvernement de la Gaule.

Les Papes firent un grand coup de retirer les villes i5 de la Romagne des petits tyrans qui les avoient en fief: car c'est leur meilleure pièce; elle abonde beaucoup en soye.

J'ai oui dire d'assez bon lieu qu'il y avoit 28,000 âmes à Ferrare. On y vit à très grand marché.

Le 9 juillet 1729, au matin, j'arrivai à Bologne.

Je rendis une lettre de l'abbé Niccolini au cavalier Pecci, qui étoit maestro di caméra du cardinal de Sainte-Agnès, légat de Bologne, et une autre, du même, au marquis Grossi. Les uns et les autres me 35 firent bien des politesses, me menèrent au Monticello, qui est le cours de Bologne. C'est une petite

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éminence, hors la Ville, entourée d'arbres, qui font un grand rond ; au milieu et aux côtés, d'autres arbres et des prairies : ce qui est fort agréable. Là les dames viennent dans leurs carrosses, et les cava- 3 liers descendent leur conter leurs raisons. De là, on va à une conversation, où il n'y a point de maître ni de maîtresse du logis : c'est une maison publique, aux frais de la Noblesse, où les dames et les hommes se rendent; et, lorsqu'un étranger y est une fois lo admis, il y est maître comme les autres.

Je vis, ce même jour-là, la marquise Tanova (sic) et sa fille, qui étoit promise à un Doria, Génois.

J'avois une lettre du père Cerati pour M. Manfredi; mais il n'y étoit pas : il étoit allé pour niveler les i5 eaux avec les députés de Ferrare.

On m'apportoit tous les jours, à Bologne, pour déjeuner, la valeur de i5 ou 20 bouteilles de vin.

n y a, à Bologne, une histoire fameuse de deux paniers qui cachèrent un drôle qu'un mari jaloux 30 cherchoit.

J'ai aussi reçu des politesses du marquis Fasanieri(?), dont la mère est des Bréquigni, de Bretagne, et m'a dit avoir des alliances avec les d'Estrades.

Le Palais Caprara est un des beaux de Bologne.

25 II y a de beaux tableaux. Cette maison est éteinte;

ce sont les MontecucuUi qui en portent le nom. Le

général Caprara qui est à Naples est MontecucuUi.

Il y a encore une prélature, fondée par un cardinal Caprara, qui donne le nom de Caprara à celui qui la porte. Elle est à présent possédée par Mgr. Monti.

Saint- Pierre est la cathédrale, qui n^est pas finie. Très beau saint Pierre, habillé en pêcheur et pieu- 5 rant, de Louis Carrache.

Au Palais Fava, beaux ouvrages à fresque des Carrache, représentant le voyage d'Énée. La seconde salle, par TAlbane: continuation des Voyages d'Enée. Autres ouvrages des Carrache. zo

Au Gesu-e-Maria, beau tableau du Guerchin: la Circoncision du Seigneur.

Alla Chiesa dei Mendicanti : Cristo chiamante Matteo, vasto pensierone di Lodovico Carracci; la Madona addolorota, due Angeli e il corpo del Cristo i5 sotto, e Santi anco a sotto, bella opéra di Gui do Reni.

San^GiacomO'Maggiore : san Rocco di Carracci; il san Micaele di Lorenzo Sabbattini, bellissimo quadro; Battesmo del Signore, dal Tibaldi; le Sposalizie di santa Caterina, nella maniera di Raffaele, 20 da Innocenzo da Imola,

Palazzo Magnani : le prime Historié di Roma dai Carracci, afresco; una délie belle loro opère, che contrasta con la Galleria Farnese; chiaro'oscuro bellissimo. Vi è una copia di Raffaele, d'Innocenzo a3 da Imola, che mi pare superare l'originale.

A Saint- Martin- Majeur, le saint Jérôme de Louis Carrache.

Il y a une grande querelle entre les Bolonois et les Romains : ceux-ci élèvent Annibal Carrache, 3o qui a vécu et travaillé dans leur ville ; les Bolonois

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élèvent Louis, qui â (sic) resté à Bologne, et regardent Ânnibal comme déserteur. Aussi Malvasia, qui a écrit la Felsina pittrice et le Pitture di Bologna, élève-t-il toujours Louis, maître d' Annibal. Le même 5 Malvasia prétend que Vasari a fait de grandes injustices aux peintres de Bologne, en faveur de ses Florentins, n ne veut point que Cimabué, Giotto, ayent ressuscité la peinture, puisqu'il y avoit de leur temps de bons peintres à Bologne, pour le temps. Il avoue 10 pourtant que Cimabué et Giotto firent mieux; ce qui est (me semble) beaucoup avouer.

J'eus rhonneur de dtner, le i3, chez M. le Légat, avec Mgr. Lanti, et il me fit une infinité de politesses.

Je vis à Saint-Grégoire le fameux tableau de Guer-

i5 chin, qui est un saint Guillaume.

Saint -François : Quelques tableaux des Carrache; grande église ; grands cloîtres ; beaux appartements pour ces moines, qui sont rentes. C'est un des magnifiques escaliers que j'aye vus : c Hœc est regina

2o scalarutny, dit la reine Christine, quand elle le vit. Ce qu'il y a de surprenant, outre sa grandeur, c'est qu'il a, du palier, qui est très grand, une vue dans la descente de deux corridors, les uns sur les autres : celui d'en haut ayant une ouverture qui laisse échap-

23 per la vue. Plus, il y a la cantine, avec une voûte dont les arcs ont 17 de mes pas.

Au Palais du Gonfalonier, qui est une partie de celui du Légat, il y a deux tableaux insignes.

L'un est le saint Jean de RaphaSt, que le Grand- Duc dit être une copte du sien ; au lieu que les Bolonois disent que celui de Florence est une copie. J'ai vu tes deux; il y a apparence que ni l'un ni l'autre ne sont des copies d'autre main que de s Raphaël lui-même. Us sont tous deux admirables.

L'autre tableau est un Samson, qui avale l'eau qui est venue dans sa mftchoire d'âne. II est impossible de voir un plus beau tableau, une plus belle attitude, plus de grâce. Il a un pied qui s'appuye en arrière lo sur des Philistins morts. Il montre le côté, en avalant l'eau de sa mftchoire.

J'ai été aujourd'hui, t4 juillet 1729, avec Mg^. Santi à l'Institut.

C'est un beau palais que la Ville a acheté pour i5 cela. Il y a l'Académie et l'Institut. L'Institut est composé de professeurs, qui ont 20 écus par an de la Ville, pour donner des leçons publiques de certains jours de la semaine, chacun dans sa science, et ils ■ont de l'Académie, laquelle est un corps & peu près » formé comme les autres académies des sciences.

Primo, on nous a menés dans une chambre où est ce qui regarde la fortification et le militaire. Ils ont taillé en bosse, sur une table, une partie de place, avec ses dehors, avec les tranchées, les batteries et iS tout ce qu'on fait, dans le temps d'un siège, pour l'attaque ou pour la défense : chaque chose marquée d'une lettre, qui se rapporte à chaque article d'un livre qui en donne l'explication. De plus, dans le mtme relief, il y a des places de tous les ingénieurs. 3o

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Plus, il y a, en petit, les diâférentes machines de guerre qui sont aujourd'hui en usage.

François Marchi, Bolonois, Architecture militaire , d'où Coehom a beaucoup pris.

5 De là, nous sommes entrés en une autre chambre, où le professeur de physique nous a fait voir les différentes. machines nécessaires pour faire les expériences, lesquelles machines sont presque toutes tirées de S'Gravesande. La fortune de cet Institut

10 est d'avoir un fort bon et fort ingénieux machiniste. — Ils ont une machine pneumatique fort commode : c'est une espèce de table à quatre pieds, le long de laquelle, en dessous, est couché le corps de la seringue, dont le piston est retiré en tournant une

i5 manivelle. — > Il y a une machine pour le choc des corps : plusieurs boules d'ivoire attachées à un centre ; il y a une boule au milieu qui, par le choc, est poussée sur une espèce de lame, un peu circulaire, et est plus ou moins poussée, selon que la

20 boule est choquée par un angle plus ou moins incliné. — Plus, une machine où il y a, d'une grande longueur, une espèce de poutre, où il y a une espèce d'enrayure où passent des boules de même poids. Il y a, dans de certaines distances, une petite détente

35 que la boule, en passant, fait aller et fait partir une autre boule, qui est au lieu d'où la première est partie, par une communication par le moyen d'un fil à une autre détente. Or il arrive que, toute cette étendue étant marquée par des détentes pareilles.

elles s'accélèrent toujours en raison des nombres impairs i, 3, 5, 7, 9. — Plus, une machine qui prouve que la descente des corps se fait par une parabole : c'est un tuyau coupé en long, courbé en cercle et, ensuite, droit; et la boule qui tombe le long de ce 5 demi-tuyau ou enrayure prend un mouvement mêlé du circulaire et du droit et décrit une parabole : ce que font aussi les corps qui tombent. — Plus, une machine pour les plans inclinés : on incline, plus ou moins, une petite plaque; on y pose un corps 10 attaché à un petit fil; à l'autre bout, on attache tels poids qu'on veut, qui (sic) tiennent le corps incliné en équilibre, et on juge des différents eâfets dans les diâférentes inclinaisons.

J'oubliois de dire qu'il y avoit, dans la dépendance i3 du même professeur, une chambre de livres rares; entre autres, des livres de géographie turcs en arabe. J'y ai vu l'Italie, qui y paroît très bien.

Ensuite, on passe dans une chambre où est un recueil complet des ustensiles qui servoient aux 20 usages domestiques ou à la religion des Anciens. J'y ai remarqué des statues d'Egypte, de terre cuite. Elles sont creuses et percées. On y mettoit de l'huile ou des parfums. J'y ai remarqué, entre les vœux, une partie naturelle de l'homme et une partie naturelle 25 de la femme, chacune de terre cuite.

De là, on va dans l'appartement de l'histoire naturelle. C'est là que l'on voit des amas immenses de toutes sottes de curiosités, disposés dans plusieurs chambres, dans des armoires en forme de pupitre, 3o couvertes de verre. On y voit, primo ^ toutes sortes

de pétrifications singulières. On y trouve, entre autres, la pierre de Bologne, qui se trouve dans le territoire de cette ville. C'est une pierre de la couleur des cailloux, et qui a des fils en long et si 5 brusquement mis les uns sur les autres qu'il semble qu'il seroit aisé de les séparer. On fait calciner cette pierre, et, lorsqu'on la porte de l'ombre à la lumière, elle s'en empreigne, et, portée à l'ombre, elle paroit comme une espèce de charbon. Il y a apparence que

10 les rayons de la lumière ont assez de force pour mouvoir les parties des soufres extérieurs, comme le mouvement du feu les remue.

On passe dans d'autres chambres, où il y a différentes autres parties : des oiseaux rares de l'Amérique

i3 et ailleurs; des poissons rares ; un ramas même de nids d'oiseaux singulièrement construits, avec leurs œufs; un ramas de plantes marines ; un de coquillages ; un de toutes sortes de minerais de métaux, d'étain, cuivre, or, argent, plomb; un de toutes sortes de mar-

20 bres, avec leurs noms ; un des fruits de différents pays. Après avoir passé par le professeur de l'art militaire, de la physique, des belles-lettres, de l'histoire naturelle, on monte dans les appartements pour l'astronomie, où règne M. Manfredi, et où il a fait

25 des élèves qui lui succéderont. Il y a là de très beaux et de très bons instruments pour observer.

Une très grande partie des choses qui sont dans cet institut ont été données par le général Marsigli, qui avoit de la fureur pour cet Institut. Il s'est

3o brouillé avec l'Académie et s'en est allé à Marseille ; mais amantium irœ amoris redintegralio est.

go MONTESQUIEU

On ne sauroit ajouter rien au zèle que les profes. seurs témoignent pour cet établissement. Il y a un

professeur d'histoire naturelle, nommé , qui

se sacrifie entièrement à cela.

De là, on passe dans une salle en bas, où il y a une 3 école de peinture, et où, autour du lieu où se place le modèle, il y a des bancs circulairement mis et en amphithéâtre. Au bas, il y a les modèles en plâtre des plus rares antiques de Rome et de Florence; et même, dans l'appartement, des belles peintures à lo fresque.

Il y a, de plus, une bibliothèque et, enfin, un jardin de simples.

J'oubliois de dire qu'il y avoit auprès des chambres pour la physique, un cabinet pour les ouvrages i5 du tour.

Il est impossible de ne sortir point avec admiration de ce beau palais, qui est admirable par sa beauté même et son bel escalier, mais bien plus par la beauté des recherches et l'amour pour les 20 sciences de ceux qui Thabitent.

La ville de Bologne devroit élever une statue au général Marsigli.

Outre l'Institut, il y a un autre palais où sont les Études, qui est l'Université. Il y a des peintures des 25 Carrache jeunes. C'est une belle cour, des portiques tout autour, par où l'on va dans les appartements. Il y a une surprenante perspective.

La Madonna-di-San-Luca est une église à 3 milles de Bologne, où il y a une image de la Madone peinte 3o

par le fameux peintre saint Luc. On a fait nouvellement un portique pour y aller à couvert, et c'est une des plus grandes extravagances qu'il y ait à Bologne. Ce portique est assez grossièrement fait 5 et n'a aucune beauté. D'ailleurs, il y en a la moitié qui est en saillie le long de la montagne. Il ne va pas droit, mais selon que le demande le terrain. Les particuliers achètent des arcs pour y mettre leurs armes : marchandise que l'on vend beaucoup plus 10 cher qu'elle ne vaut.

On a raison de louer les escaliers de Bologne. Les principaux sont celui des Franciscains, des Palais Fantuzzi (où étoit le chevalier de Saint -Georges), Aldovrandini, Ranuzzi, Legnani, et même Caprara,

i5 et enfin Pepoli.

La Maison Legnani a une cour en portique, séparée par le milieu en deux carrés par un autre portique, par où on va à une autre cour. L'escalier est très grand, et, quand on est au deuxième palier, on

20 a un appartement d'un côté, et, comme on fait le tour de l'escalier, on entre, de l'autre, dans un autre appartement, et, derrière un des quatre corridors, dans le fond, on trouve un autre escalier en limaçon.

L'Église du San-Salvatore est une des plus belles 25 de Bologne pour l'architecture. On y voit de beaux tableaux et, dans la sacristie, un très beau saint Sébastien ébauché du Guide, et, dans l'Église, plusieurs tableaux de bons peintres : Carrache, Guide, etc.

A Sainte-Marguerite, beau tableau du Parmegia-

nino, d'une Vierge avec son fils et sainte Marguerite. Les Carrache étoient fous de ce tableau, tant il a de grâce. Au maitre-autel, il y a une sainte Marguerite

du Sammacchini, qui ressemble à la Le Fr , dont

l'air de tête est admirable. 3

A Saint-Paul, un tableau du Guerchin, qui est le Purgatoire; beau, mais j'y ai remarqué une grande faute de jugement. Il y a dans ce tableau deux lumières : l'une vient d'en haut, et l'autre vient d'en bas : qui sont les flammes du Purgatoire, qui entou- lo rent les âmes ou les corps. Le Guerchin, à son ordinaire, n'a pas manqué de faire des ombres noires, opposées à la lumière d'en haut, sans songer que la lumière d'en bas doit la (sic) détruire.

Sainte -Agnès : le tableau du Martyre de sainte i5 Agnès est un chef-d'œuvre du Dominiquin.

Il se fait à Bologne goo,ooo livres de cocons de soye, qui font 90,000 livres de soye.

Le Pape remet de Targent à Bologne; il en remet à Ferrare ; non à Comacchio, où il y a une excel- ao lente pêche d'anguilles.

Les sujets du Pape se plaignent du gouvernement des Prêtres. Il n'y en a pas de plus doux. Il envoyé de l'argent dans presque tous les pays de sa domination.

J'ai vu à Rome et à Bologne, Mgr. Lanti, gouver- 25 neur d'Ancône, avec lequel j'ai fait grande connoissance : il est neveu du duc de Noirmoutiers et frère de la duchesse d'Havre.

VOYAGÉ EN ITALIE gS

L'escalier Ranuzzi est très beau. Il est en espèce de fer à cheval, au milieu duquel il y a un palier, d'où il part une autre rampe droite, entre les deux côtés du fer à cheval, par où Ton monte au premier 5 étage. En vue du second palier est un grand corridor, qui fait un des côtés du dessus du portique qui fait la cour. On va tout autour de l'escalier, comme à l'escalier Legnani.

A Saint- Michel -tn-|So5co, il y a dans l'Église,

lo qui est hors des murs, d'assez belles peintures du Cignani. Mais ce qui est remarquable, c'est un cloître où Louis Carrache, le Guide, le Brizzio, Cavedone et autres auteurs ont peint la Vie de saint Bruno et de sainte Cécile : ce qui est presque partout

i5 un chef-d'œuvre de l'art. Mais, par la négligence de ces moines, ces peintures sont presque ruinées. Les principales et mieux conservées sont la Naissance de saint Benoît^ du Brizzio; les Femmes qui sont envoyées dans le Jardin, et qui font fuir saint Benoît ^

20 de Louis Carrache ; la Folle qui court vers le Saint ^ pour qu'il la délivre, encore de Louis (expression admirable); les Religieuses mortes qui sortent du tombeau pour entendre la messe, du Massari; le Diable qui jette inutilement un Moine du haut du

35 bâtiment y 4u Spada; un Voleur conduit au Saint ^ VAme de saint Benoît qui vole au Ciel (forme de l'âme, admirable), du Cavedone; le Moine désobéissant désenterré, du Tiarini (il est admirable pour l'expression, quoique d'un mauvais coloris de craye;

3o toutes les figures sont d'une vérité admirable).

Belles perspectives dans la Bibliothèque. Un pein-

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