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l'eau, comme Venise ; c'est terre ferme. Il faut pourtant bâtir presque partout sur des pilotis, comme à Venise. On s'en exempte du côté du lac de Dessus, qui est plus haut, à moins qu'on ne bâtisse un grand bâtiment. 5
On fait l'hiver, sur le lac, une chasse aux canards et autres oiseaux pareils. C'est un droit du Prince. On y fait aussi une pêche, qui est un bon revenu de la Chambre. Quand on a pris les poissons, on les met dans des réservoirs où passe l'eau du lac. lo
Le Palais du Té est au midi de la Ville.
Le Dôme est de l'architecture de Jules Romain, et il y a des peintures de lui. Cette église ne fait point du tout d'honneur à Jules Romain. Les pro^ portions ne sont point observées: les colonnes i3 corinthiennes ont les proportions toscanes; la nef est trop courte ; les membres d'architectures (sic) ne recourent (sic) point ; les piédestaux des pilastres sont un peu plus bas que ceux des colonnes: la règle est que chaque colonne demande un pilastre 20 opposé, et avec les mêmes proportions.
Pour revenir au Palais du Té, Junon est auprès de Jupiter, rassurée par sa présence: elle est sans frayeur et lui montre des Géants qu'il faut foudroyer. On voit avec plaisir les différentes impres- 25 sions de tous ces Dieux et Déesses. Il semble que la frayeur est moindre dans ceux qui sont plus proches de Jupiter, et cela doit être ainsi, comme il arrive
dans les batailles. Le chef-d'œuvre est le Palais du Ciel, que les Géants vouloient escalader, qui est au milieu^ et où est une (sic) aigle. Il n'y a rien de si difficile à représenter que cela, et Jules s'en 5 est admirablement acquitté.
Jai été au Palais ducal. Il est habité par le Gouverneur. C'est une ville. Il est entièrement démeublé, excepté ce qu'occupe le Gouverneur, qui est meublé de meubles pris à La Mirandole.
lo On peut bien dire que l'Empereur est empereur romain par les dépouilles des princes qu'il a pu subjuguer. Les Allemands ont meublé le Palais de tous les ancêtres des ducs de La Mirandole, et cela en fait une galerie. Je ne sache rien de plus bas que
i3 d'avoir employé en meubles tous les tableaux de famille. Du reste, les Allemands ne méritent que d'avoir des verres et des bouteilles. Ils laissent tout périr. Il n'y a rien de si malpropre que le Palais. J'ai vu des tableaux renversés contre terre, et qui
3o y resteront pour jamais. Le reste est exposé à l'air. Dans le lieu où étoit la bibliothèque, il y a encore quelques os de géant et pétrifications, os de poisson, que la poussière mange. Quand les Allemands arrivèrent, ils mettoient leurs chevaux dans les
a5 chambres de Jules Romain du Palais du Té. Dans ce palais, la foudre a gâté entièrement quatre grands tableaux de Jules Romain.
Lorsque je suis arrivé, l'Empereur ayant donné 3o l'administration des affaires du Duché à un président
Poulicani, Mantouan, et l'ayant ôtée aux Allemands, on faisoit des réparations au Palais du Té, qui périssoit.
Ce même président, sur les représentations de la dévastation et destruction du Mantouan faites à s l'Empereur, au voyage de Gratz, avoit reçu l'administration du Duché, et il avoit diminué les impôts, qui étoient intolérables, et les ailes avoient été rognées au Gouverneur.
A Mantoue, FÉglise de Saint -André, assez belle. lo Le dôme n'est pas fait. Les pilastres sont d'ordre ionique.
Le 29 juillet 1729, je partis de Mantoue, et j'arrivai le même matin, de bonne heure, à Vérone, que iS j'avois déjà vu. J'eus la curiosité de revoir ce que j'avois déjà vu, afin de voir les différentes impressions. Et, primo, pour les peintures, j'avoue que j'y ai trouvé peu de chose, et moins que la première fois.
Le palais du comte Orlandino est d'un beau rus- ao tique. Un ionique, dessus, imité d'un reste de temple qui est au Capitole : y ayant quatre volutes ; les mêmes. Ce palais a une attique. Au-dessus, il me paroît un peu trop d'ornements (sic).
A la place aux Herbes est le Palais du Podestat, celui du Capitaine et la Loge des Cavaliers véro- 25 nois, où ils s'assemblent. Il est bien bon que ce soit près du Palais du Podestat. Auprès de là sont les
trois mausolées, en forme de pyramide, des trois frères Scaliger, d'un vrai gothique et du plus barbare. Ils sont devant l'Église de Santa^ Maria- Antica.
Sur une montagne, à la rive gauche de PAdige, 5 sont deux châteaux (l'un appelé San-Pietro ; l'autre, Sati'Felicejj qui peuvent battre commodément la Ville. Il y a, à chacun, 5o soldats.
L'Adige passe par le milieu de la Ville. La communication se fait par quatre ponts de pierre. On lo m'a dit que l'Adige commençoit à porter bateaux à 5 milles au-delà de Bolzano.
A Sainte-Marie-in-Or^aito, des Olivétans, la façade n'est que commencée. Elle est d'un dessin très gentil. Il y a quelques belles peintures du Titien: i5 entre autres, une Résurrection du (sic) Lazare; une Vierge de Hyacinte Bandi (et l'on n'est pas fâché de trouver, parmi les attitudes gênées des Vénitiens, un tableau de l'école de Rome); enfin, c'est un saint Michel de Paul Farinato-Véronèse.
2o A Saint- Lazare, au clottre, sur une porte, une tête de Paul Véronèse, admirable ; dans le réfectoire, une Cène de Jésus-Christ chez le Publicain, de Paul Farinato-Véronèse, qui n'est pas le grand : mais ces tableaux ne sont que du second ordre.
25 Auprès du Ponte-Nuovo, quelques peintures sur un palais, à fresque, et ouvrages de clair- obscur, où il y a quelque chose d'assez bon.
En général, Vérone brille peu pour sa peinture.
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J'ai revu le fameux Amphithéâtre. Je trouvai qu'on y travailloit, et il faut dire à la louange des Véronois qu'ils n'ont pas conservé, mais réparé ce monument : ayant remis à neuf au moins la moitié des degrés; commencé à nettoyer les conduits 5 qui recevoient et rendoient l'eau de l'Adige et entraînoient les urines; ôté les terres des lieux où étoient les cachots de ceux qu'on exposoit; découvert le rez-de-chaussée; et cela, avec 400 philippes que l'Amphithéâtre a de revenu, par an, des ro boutiques et places qu'on y loue. Remarquez que les pierres qui joignoient dans les degrés anciens étoient relevées dans les jointures, pour empêcher l'eau d'y couler. On ne Ta pas fait dans les réparations nouvelles; ce qui fait que l'eau coule dans i5 les boutiques. Ils ont dessein, à Vérone, de réparer le morceau qui subsiste, qui peut donner l'idée de tout l'amphithéâtre. C'est au troisième ordre, où l'on mettoit des degrés de bois pour les esclaves et le reste du même peuple : ce qui faisoit autant de 20 places qu'il y en avoit en bas.
Le marquis Mafféi est l'intelligence de l'Académie de Vérone, et il est chef de secte.
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