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Voyages de Piron à Beaune

dit de lui un ingénieux critique^ et il sera nommé quand on ne répétera plus que sept ou huit noms de ce XVI 11^ siècle oh tant d'hommes furent célèbres^. «

Cest qu Alexis Piron a mis en effet à soîî actif, — à son passif si l'on veut, — une ode fameuse qui est à la fois un péché mortel et immortel.

Possesseur des manuscrits autographes de ce

I. Villemain. Tableau de la littérature au XVIII'' siècle, t. 1, p. 4i5.

dernier de nos (Janlois et ayant successivement publié quatre volumes de ses œuvres inédites, — prose et vers\ — accompagnées de sa biographie détaillée, à laquelle nous renvoyons le lecteur, nous nous bornerons ici à retracer les phases de sa jeunesse oii se sont produits les faits se rattachant à l'un de ses plus piquants opuscules dont nous faisons aujourd'hui la réimpression. Nous voulons parler de ses Voyages a Beaune.

Nous le prenons en 171 5, au moment oit, les CnKVALiERS DE h' Arqi:kbi:sk dc Bcaunc ayant remporté un prix sur ceux de Dijon, Piron crut devoir venger ses compatriotes par une pièce de vers qui ouvre le présent volume.

Le jeune Alexis était alors à Dijon, dans sa famille, désœuvré, sans position^ indécis sur le choix d'un état et se disposant à aller à Paris pour tenter fortune. Il avait déjà eu l'occasion

I. Œuvres inédites Je Piron prose et versX accompagnées de lellres également incdiles de M''e« Quinaullel de Bar, publiées sur les manuscrits autographes, avec introduction et notes par Honoré Bonhomme. Paris, Poulet-Malassis, 1S59, in-8etin-i8. — Vo)\iges Je Piron à Beaune. Seule relation complète et en partie inédite, publiée sur les manuscrits autographes originaux, avec introduction et notes, par le même. Paris, iSô3, Jules Gay, in-32. — Complément des œuvres inédites de Piron fprose et vers), par le même. Paris, 1860. Sarlorius, in- 18. — Poésies choisies et pièces inédites de Piron, avec notice et notes, par le même. Paris, 1879. A. Quantin, in-iS.

PREFACE m

d'exercer sa verve erotique endiablée en chantant le Dieu des Jardins, et il saisit la nouvelle occa^ sion qui lui était offerte de donner carrière cette fois à sa causticité. Les Beaunois ripostèrent, et il s ensuivit un feu croisé de chansons et de brocards, espèce de tournoi littéraire oîi les armes furent peu courtoises de part et d'' autre; mais il va sans dire que Piron sortit triomphant de cette lutte, devenue légendaire. C'est qu'aussi les Beaunois avaient devant eux un terrible adversaire, et de plus vaillants eussent également succombé sous ses coups. Au témoignage de Grimm, « personne n'était en état de soutenir un assaut avec Piron; il avait la repartie terrassante, prompte comme Véclair et plus terrible que V attaque,.. Voilà pourquoi, ajoute le même critique, Voltaire craignait toujours la rencontre de Piron, parce que tout son brillant n était pas à l'épreuve des traits de ce combattant redoutable. ))

Et c'est là plus qu'il n^en fallait pour consoler les Beaunois et les porter à la résignation, s'ils eussent été philosophes. Mais ils eurent le tort de persévérer dans la lutte, et maître Alexis imprima sur leur nom une teinte de ridicule dont la trace ne s'est pas encore effacée.

Eu Bourgogne on appelait alors les Beaunois

IV pni:i ACK

les iincs de Bcaunc, attendu quc^ selon Rignley de Juvigny, ces animaux y étaient très beaux et fort communs. Chcvignard de la Pallue, dans deux petites brochures devenues /ort raresy intitulées, rune : lks Anes df. Bfaune, et l'autre : lks Fuî;res Lasne, anciens commerçants à Beaune^, prétend que le nom et la bonne réputation de ces riches industriels ont donné naissance au sobriquet qui est resté à leurs compatriotes. De son côté, Peignot ne croit pas que les ânes soient plus communs rii plus beaux à Beaune qu'ailleurs; et, quant à Vexistence des frères Lasne, elle lui paraU asse^ douteuse. Il aime mieux admettre que l'appellation en question est un de ces quolibets arbitraires attachés à la plupart des villes de l'ancienne Bourgogne par la jovialité du vieux temps. C'est ainsi, ajoute-t-il, qu'on disait les veaux dWrnay, etc.. »

Quoi qu'il en soit de son origine, ce sobriquet fut exploité par Piron de la manière la plus plaisante, la plus cruelle souvent, la plus spirituelle toujours.

I. D'après Chevignard de la Pallue, ces honnêtes commerçanis avaient placé en relief, au-dessus de la porte de leur maison, la moitié du corps d'un âne. On peut se demander, sans être trop malin, si c'étaient là les armes parlante^ des seigneurs du lieu.

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