‹ Voyages de Piron à BeauneChapitre 2 sur 61 · P R !•: FACE V · texte numérisé non relu

P R !•: FACE V

Se promenant un jour aux environs de la ville, il se mit à abattre du bout de sa canne tous les chardons qiiil rencontrait, en disant : « Je suis en guerre avec les Beaunois et je leur coupe les vivres. « Un autre jour, au théâtre, un Beaunois apostrophait le public en s'' écriant : « Paix là ! Messieurs, on n'entend pas. — Ce n'est pas faute d'oreilles y), reprit Piron. « Quelle pièce donne-t-on ce soir? avait-il demandé en entrant. — Les Fureurs DE ScAPiN, répondit gravement un habitué du lieu. — Ah! merci, riposta Piron, je croyais que c étaient les Fourberies d'Oreste. » Puis, comme il avait chaud et s''essuyait le front, deux mauvais plaisants placés à sa droite et à sa gauche lui dirent qiCil « cuisait dans son jus. — Pardieu! répondit-il, rien d^étonnant à cela : je suis entre deux plats. » Enfin, comme on le menaçait de la vengeance des Beaunois, il répondit du ton d^un héros de tragédie :

Allez, je ne crains pas leur impuissant courroux; Et, quand je serais seul, je les bâterais tous.

A la sortie du théâtre il fut assailli par vingt ou trente jeunes gens menaçants et armés, et il ne dut son salut qu'à l'agilité de ses jambes. Mais il se moqua du danger qu'il avait couru

Vt PRI^KACE

par lies vers mordants^ par des lardons a l'emporte-pièce, dont voici un faible échantillon :

Avec Piron, de sa burlcs^juc liistoirc

De francs Hcaunois riaient comme des fous,

« Or v'à ! »^iit l'un, mise à part toute gloire,

Kt franchement convenez avec nous

Qu'eûtes bien chaud quand courions après vous.

— Certes, dit-il, rien n'est plus véritable.

J'eus chaud sans doute, et même un chaud du diable.

De son haleine un seul âne eut de quoi

Rcchaufler Dieu jadis dans une éiable,

Et j'en mis trente hors d'haleine après moi. »

Les autres é^igrammcs qu'ail ctcrnua à ce sujet, pour nous servir dune de ses expressions ', s'ont consignées dans le récit de son Vovagk ou mieux de ses Vovaghs a Beaune : car il s'y rendit à deux fois différentes; mais jusqu à ces derniers temps on ignorait ce fait. On ne connaissait pas davantage la narration de ce Seco.nd Voyage, que nous avons eu la bonne fortune de découvrir et qui, copiée par A/"'<^ Capron, nièce de Piron, a été revue et annotée par Piron lui-même à Vâge de près de quatre-vingts ans.

1, Lettre de Piron au président de l'Acatlcmic de Cicn. du i4 de'cembre ijSS, insérée dans VArtiste de i83o. — Dans une autre lettre à Fonteltc, écrite un mois après, Piron disait que ^'oltai^e était à ses d:rnicrs hoquets et lui à ses derniers étcrnucmcnts.

Quant au Premier Voyage, dont nous possédons également le manuscrit autographe^ il a souvent été imprimé; mais aucune des éditions antérieures à la nôtre n'hélait exacte. Dans celle quil publia en i83i ', Peignot annonce que trois manuscrits de ce Voyage lui ont été communiqués^ et qu'au besoin il en eût trouvé plus de trente. Ayant comparé ces manuscrits entre eux, il y trouva, dit-il, des lacunes, des variantes et des corrections de style fort malheureuses, ce qui ne Vempêcha pas de s'écrier , en se frottant les mains, qu^il était parvenu à rétablir le texte dans sa pureté primitive.

Tout en rendant justice à la bonne foi de Peignot, à sa sagacité d'érudit, on peut lui ré' pondre quil na rien rétabli du tout; qu'il lui était impossible de démêler la vérité entre des copies également fautives, et que son prétendu texte primitif e^/^ une rédaction arrangée, qui a le tort de reproduire la plupart des inexactitudes contenues dans les éditions précédentes et d'y en ajouter de nouvelles.

Pour ce qui nous concerne, nous avons publié

I. Voyage de Piron à Bcaïuic. Accompagné de notes historiques et d'un préliminaire, par G. Peignot. Dijon, iS3i; Brugnot, in-8» de 32 pages. — Le même, Dijon, 1S47 ; Lagier, in-8« Je y6 pages.

vm PRI^FACK

ce Pkkmik.h Voyagk avec le Skcond, en i863 [Paris, Jules Gay, in-32) , en les accompagnant, pour la première foisy de toutes les pièces accessoires; et c'est ce curieux petit volumCy épuisé depuis longtemps^ que nous rééditons aujourd'hui, en y joignant, comme surcroît d'intérêt, comme élément de curiosité tout à fait imprévu, les Amours de Piron et de M"e Quînault, la charmante soubrette de la Comédie-Française , ainsi que nous l'expliquons plus loin dans une notice spéciale.

A la suite du Second Voyage à Beaune, nous avons placé une petite notice concernant les livres et les brochures qui, à différentes époques^ ont été publiés^ soit pour attaquer les Beaunois, soit pour les défendre. C'est une opinion résumée, un jugement impartial quil nous a paru curieux de formuler sur les apologistes et les détracteurs des Beaunois, afin de réduire à leur juste valeur les exagérations des uns et des autres.

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