‹ Voyages de Piron à BeauneChapitre 11 sur 61 · REPONSE DE PIRON · texte numérisé non relu

REPONSE DE PIRON

Ce 19 août 1715.

Cœhim et te?^ras et tertia niimina juro que, si Ton avoit songé à M. le curé de CorceUes, on n'auroit pas martinisé les Beaunois. Que Dieu m'attache aux deux côtés de la tête toutes les oreilles de vos rossignols, si je ne dois à vos reproches les premières réflexions que j'ai faites sur le droit de mitoyenneté que vous avez avec eux sur ce nom. Foin du nom! Il joue assurément un mauvais tour à l'auteur,

qui vous estime infiniment. J'en scrois caution au prix de ma tête; mais, comme dans sa verve il n'avoit que des ânes en vue, pou voit-il songer à vous ? Les Beaunois sont de francs Beaunois de vous agréger à leur corps. Us prennent le curé pour les paroissiens, ou peutêtre ce quMls en ont fait, c'a été pour se faire un bras vengeur plutôt qu'un membre offensé.

Maître, je ne prends point le change; Ce n'est pas toi que ta satire venge :

Tu diras si; moi, je dis non.

Un zèle charitable en ceci te gouverne : Tu ne veux pas venger l'affront fait à ton nom , Mais celui que ce nom fait à ceux que l'on berne Protège tes enfans, rien de plus naturel : Des ânes offensés la cause t'est remise. Exerce ton esprit pour eux, puisque l'Église

T'a fait leur père spirituel.

Je suis charmé de vos deux quatrains. Quel dommage de laisser rouiller vos armes poétiques ! Et qui diable se seroit avisé qu'il y eût des Orphées au Mont - d'Afrique ' ? Notre Parnasse en sera jaloux. Après tout, qu'ont-

I. Haute montagne sur laquelle est assis Corcclies. (Note de Piron.)

RÉPONSE DE PIRON l5

ils à se reprocher ? Il n'y a que des ânes sur l'un et sur Tautre, sans nous compter. Or çà, Monsieur, à la botte que vous me portez, je pare... Cependant, le ferai-je ? ne le ferai-je

pas ?

Ne délibérons plus; vains scrupules, silence*! Ma gloire intéressée emporte la balance; Un Martin menaçant détermine mon cœur : Mon respect sembleroit un effet de la peur.

Holà ! Phœbus, à moi !

Page 1