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sation devint plus sérieuse en considération de Sa Révérence. De coq-à-Tâne en coq-à-Fàne, nous tombâmes, je ne sais comment, sur la poésie. Je conçus bientôt que cette cliute avoit été ménagée adroitement par le religieux, car il
parut là dans son élément. Il ne nous laissa plus rien à dire, et Ton jugeoit aisément, par la critique qu'il fit de tous nos poètes modernes, qu'il s'en croyoit le meilleur.
Des rimcurs insensés méthode universelle! Si vous les en ci'oyez, eux seuls ont le bon goût; En régens du Parnasse ils décident de tout : (( C'est un badin que Fontanelle.
— Et Rousseau? — Rousseau n'a ni tête ni cervelle.
— Vous avoûrez du moins que ses vers sont très beaux ^
Sens admirable, tours nouveaux.
Il n'a pas la froideur d'un faiseur d'élégie.
Aisé, fécond, sublime... — Oui, mais...
— Quoi, mais?... parlez! — Mais je ne sais... Il n'a pas de Gacon ' la force et l'énergie.
— Eh! quel est ce Gacon? — Le poète sans fard.
— C'est juger sainement. Entin, c'est donc votre homme?
— De temps en temps je conviens qu'il assomme... Mais ses défauts sont un effet de l'art. Pour plaire, pour surprendre, il n'a pas son semblable.
I. Gacon (Fr.), poète satirique (Lyon, 1667-1725;, auteur du Poète sans fard, ou Discours satiriques : Co\ognQ ^ 1696. I vol. in-i8.
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Cent pages de discours inutile et glacé,
A l'enlour d'un endroit heureusement placé,
V donnent un lustre admirable.
— El Lamothe? — Oh! I.amothccsi fait pour l'oraison. C'est à tort qu'à des vers ce bel esprit travaille. Il est heureux en rime, il est riche en raison,
Et si n'y fait chose qui vaille. »
Voilà comme le moine opinoit gravement sur le mérite de nos auteurs. 11 les plaçoit et les déplaçoit à sa fantaisie : on eut dit qu'Apollon l'avoit fait son maréchal des logis, lors de la nomination où il fit Gacon son lieutenant de police, suivant les patentes enregistrées à la tête de ses satires -, à propos de quoi je veux vous faire part d'une épigramme qu'on lui envoya :
Le public, infesté de mauvais écrivains,
Vint présenter requête à la Cour du Parnasse,
Afin qu'on députât quelques esprits malins
Dont la dent de ces sots exterminât la race.
Ouï le rapport des Sœurs, le dieu de l'Hélicon
Appointa la requête et députa Gacon,
Qui briguoit un emploi depuis longtemps pour vivre.
Il voit, juge, compose ou débite son livre.
Et le fait bien payer au peuple curieux.
Mais à peine dessus eut-on jeté les yeux,
Aussitôt on cria : « Miséricorde! à l'aide!
Quoi ! de fièvre en chaud mal ! se moque-t-on de nous:
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Phœbus! chacun son lot; gardez vos sots chez vous : Nous aimons encor mieux le mal que le remède. »
Ce lâche et violent ennemi de Tinfortuné Rousseau s'attira encore ce quatrain, après qu'il eut publié le livre qu'il a composé contre ce fameux satirique :
Petit chien qui sur un dogue Oses mordre impudemment, Souviens-toi de l'apologue De la lime et du serpent.
Pour en revenir au bon père que cette digression fait perdre de vue, il prononçoit ses sentences d'une voix qui faisoit retentir les échos. Il rélevoit avec cet air triomphant que donne un esprit présomptueux. Que de gens pareils à lui qui jugeroient du poids de leurs discours par la force et l'élévation du ton dont ils les prononcent! C'est sur un quidam de ce calibre qu'on me montra l'autre jour ces quatre petits vers :
Cléon croit ce qu'il dit fort beau :
Il est vrai qu'il a bon organe; Mais, avec sa voix de taureau, 11 n'en paroît pas moins un ane.
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De quel front tant de gens s'oscnt-ils ériger en censeurs ? Ignore-t-on que pour pouvoir Tctre il n'en faut point craindre ? N'est-ce pas dire qu'il ne le faut jamais être ? Quelle gloire d'attaquer celle des autres ? Il y en a sans doute une plus juste et plus solide à bien établir la sienne. Enfin, morale à part, le moine s'évertua fort à nous faire pressentir ses heureux talcns pour la poésie, et cela en critiquant tout ce que nous voulûmes vanter.
Le jeune Beaunois dont j'ai déjà parlé le crut, sur sa parole, la terreur du Parnasse. Après lui en avoir fait ses complimens, voyant son homme en belle humeur:
« Morbleu ! mon père, lui dit-il, c'est bien dommage que je ne vous aie pas connu l'an passé : j'aurois lâché votre muse aux trousses d'un jeune écervelé ' qui composa contre nous une ode au sujet du prix que nous remportâmes au jeu de l'arquebuse. Vous en auriez fait bonne curée et à bon marché. C'est un rimailleur ù la