‹ Voyages de Piron à BeauneChapitre 42 sur 61 · L IMPRIMEUR · texte numérisé non relu

L IMPRIMEUR

nr JOURXAl. LirrÉRMRE UE bUOS A SES ABONNÉS

Dijon, ic f Iuviô<c an \II

Citoyens,

Venant de recevoir une lettre du préfet du département de la Côte-d'Or, qui me défend de continuer la publication de la feuille périodique à laquelle vous êtes abonnés jusqu'à ce que le grand juge, ministre de la justice, ait prononcé

I. Le créateur de la géométrie descriptive, le célèbre Gaspard Monge, était né à Beaune en 1746: et une contrée qui peut revendiquer une telle gloire a droit à nos respects. Du reste, d'autres Beaunois se sont distingués, soit dans les arts, soit dans le? lettres : Joseph Bard, antiquaire : Lebret, romancier; le marquis de Damnierre, etc.

DES BEAUNOIS lO'

sur celte suspension momentanée, je crois devoir vous prévenir sans délai de la cause de cette disparition du journal, laquelle, au reste, ne pourra durer longtemps, puisque les réclamations que je tais actuellement auprès de Fautorité supérieure ne manqueront sûrement pas d^être accueillies. J'espère donc que vous voudrez bien attendre que justice me soit rendue, et je me dis

Votre respectueux concitoyen,

BERTHAUx-PErrror '.

I. Le journal cessa de paraître. Il en était à son huitième numéro.

I 08 l;l, in AC I LL KS II Al'OLOGISltS

Nous arrivons maintenant au bouquet, au morceau délectable et friand, comme dirait Montai<Tne. Il s'agit d'un dernier brocard, disons mieux, d'une ruade suprême qui a clé lancée aux Beaunois, en l'an de grâce 1811, par un auteur badin, qui s'intitule Membre de plusieurs Suciétés de femmes aimables^. Oji se demande de quelles femmes aimables il a entendu parler : car il y en a de plusieurs espèces. Si les siennes brillaient par Tesprit et les fines élégances du bien dire, elles n'ont pas déteint sur lui *, si, délicates et discrètes, douces et indulgentes, elles avaient une parole pour toutes les souffrances, une excuse pour tous les travers, il a peu profité à leur école. C'est

I. Ktrcnn:s aux B,..nois, par 111, Guyol Duvigneul, rricmbre de plusieurs Socicle's de femmes aimables : Paris, Pigoreau. i X 1 1 . i Q. I S .

DES BEA UNO I s I O9

dire que notre auteur ne se distingue ni par le beau langage, ni par la chanté chrétienne. Ses préiQnducs femmes aimables sont évidemment de ces tristes et désœuvrées commères de petite ville qui, pour se consoler d'une ride qui vient ou d'une dent qui s'en va, dénigrent le prochain à la journée ; pies-grièches insatiables, honnêtes pestes, comme les appelle un vieil auteur, dont la province, du reste, n'a pas précisément le monopole, et qui critiquent d'autant plus volontiers les autres, qu'on a plus à leur reprocher à elles-mêmes.

Voilà sans doute la société à laquelle notre auteur était affilié, où il a pris ses degrés, ses inspirations et le mot d'ordre. Sa brochure, qui ne contient pas moins de quatre-vingttreize pages, est un tissu de personnalités où la passion le dispute au grotesque. Il s'attache aux Beaunois, les suit pas à pas, sur la place publique et dans les actes les plus intimes de leur vie privée, afin de se donner le plaisir cruel de signaler en eux de ces petites infirmités morales dont dame Nature nous a tous

Voy.ii^cs de Piroii. 10

I lO ni: I RACTEUKS ET APOLOGISTES

gratifies plus ou moins, cl qu'il est d'une prudence humaine bien entendue de se passer les uns aux autres. Il n'en est pas ainsi pour lui : ni grâce ni pitié : telle est sa devise. Rien ne lui échappe ; et s'il nous dit comment on fait l'amour à Beaune, comment on s'y marie, il nous dit avec la même candeur comment on y meurt, comment on y est enterré.

Voici les titres de quelques chapitres de sa brochure: Mon Entrée dans un cercle^ les Dîners^ les Bals, Mes Amours, Belles-lettres, les Inhumations^ les Caquets.

Nous devons naturellement nous arrêter à ce dernier titre, afin de le laisser dans son élément.

Les pseudonymes sous lesquels il met ses personnages en scène sont aussi neufs qu'ingénieux ; c'est : M"''' du Bel-Air, M^e de Basse-Cour, M'^^ de la Bosse, M"^^ Turlupine, M. Badin, M. Trissotin, M. Luculli, M. Lingot, M. Josse, etc.

Et il faut voir comme tout ce monde-là se meut, parle et agit sous sa plume maladroite !

D !•: s B E A U N O I s III

Il veut ctre léger, il est lourd; il veut être gai, et c'est le plus triste des mauvais plaisants.

Nous ne pouvons résister aj malin plaisir de donner ici quelques échantillons de son style et de sa manière. Ce sera sa punition et la vengeance des Beaunois !.,.

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