‹ Voyages de Piron à BeauneChapitre 43 sur 61 · DES · texte numérisé non relu

DES

KTRENNES AUX BEAUNOIS

Notre chroniqueur folâtre commence par des considérations générales auxquelles il donne le titre de Variétés :

I A Beaunc, dit-il, comme dans la plupart des petites villes, s'il existe un homme d^esprit, il est rare qu'il puisse en rencontrer un second dans le cas de rapprccier, rarement aussi Tinstruciion supplée à ce ton léger et brillant qui place un fat au-dessus de Térudit. J'ai vu beaucoup de gens dont les connaissances sur les trois règnes se bornaient à distinguer Tivraie du froment, un centime d'un napoléon, et un cheval d'un âne. Ainsi des autres sciences

Si, par extraordinaire, il se rencontre dans la société (il s'agit d'une soirée où l'on joue) trois hommes au-dessus de vingt-quatre sois, ils sont

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désignés partenaires de M^^ Mimi, qui, habituée à faire douze tours, borne la partie à six lorsqu'elle est en perte

Voici un échantillon du dialogue :

Pour moi, je me promène, et j^adresse un mot, un sourire. « Madame, la fortune vous a-t-elle caressée? — Non, j'ai perdu i fr. 2 5 cent., sans comprendre mes caries... — Vous êtes enguignon. — Il est vrai, j^ii fait plusieurs bétes... — Je m'en suis aperçu. — Vous avez daigné prendre part à mon jeu ? — Non, je faisais la partie de vos aimables enfants. — Monsieur a Tœil à tout. — Le hasard souvent dirige ma vue loin de ma pensée... » En prononçant ces derniers mots, je^xe (sic]j comme involontairement, une gorge qui, quoique découverte, semble prescrire les soins de la plus stricte pudeur. '

Il termine un chapitre par cette réflexion profonde :

D'honneur, je pense qu'un homme d'esprit se perd en province, comme une plante dépérit sur un sol qui lui est impropre

I. Cette manière de fixer les objets a dû être particulièrement désagréable à Mme Mimi, pour peu qu'elle connût la grammaire.

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11 en commence un autre ainsi :

Assez ordinairement, dans toutes les villes du premier ordre, une maison donne le ton. A Paris, c'est la cour; à Beaune, c'est M"»' de Bel-Air, Icmmc de vingt-cinq à soixante..., taille d'un mètre cinquante centimètres, teint rose turc et nez à caprices. Je passe rapidement sur le physique, laissant aux antiquaires le soin de disséquer de pareilles caricatures

Autre réflexion profonde :

La coquette aime le bal paré, l'intrigante le bal masqué; moi, je donne la préférence au bal comique de Beaune! A six heures et demie, sept heures au plus tard, il ne manque que ceux qui veulent se distinguer. S'il ne fait que mauvais, toutes les femmes arrivent en sabots, et les hommes en bottes, ou leurs souliers dans leurs poches. Si, toutefois, le temps ne permet pas de sortir à pied, le voiturier du pays va de maison en maison prendre les danseurs et danseuses, les range dans sa charrette et les conduit au bal pour la modique somme de 60 centimes par personne, impôt compris. [Historique.) Malgré quil .sic] n'y ait pas queue de voitures, la dithculté est très grande pour arriver au salon

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Quelquefois il ne trouve rien de mieux que de se citer lui-même, et il dit :

Aucune femme ne me paraissant digne d'une attention particulière, je commençais à trouver pleine de sens cette pensée d'un auteur moderne. (Cet auteur moderne, c'est lui; la pensée, la voici : Si la beauté offre au mois de janvier les illusions du printemps^ la laideur ne couvre-t-elle pas d'ombres nébuleuses jusqu'au riant mois de mai ?)

Enfin, il fait passer sous nos yeux un enterrement, en disant que Tentrée dans le monde est un sujet de réflexions si tristes qu'il préfère s'éga3'er sur Taccident tragique qui termine la comédie que nous jouons dans cette vallée de douleurs.

A peine Tame du moribond, ajoute-t-il,a-t-clle pris son essor que quatre crocheteurssont pendus aux cordes du clocher; le carillon qui résulte de leur exercice est de nature à rendre le malade à la vie, si toutefois il n'est qu'en léthargie. Cet effet heureux n'arrive pas souvent, tandis que des migraines, des surdités déposent journellement contre un pareil vacarme. Sans tenir compte des

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