I. Le comlc de Caylus probablement
■• roycTiTt'S de Piron. i3
Iciuc de rccominaiulalioiuiui me servira dans mon procès. Je suis loule à vous.
La Comtfsse de Pimbkche '.
Ainsi donc, M"*^ Quinault a un procès sur les bras, et elle reconnaît que Piron s'entend aussi peu qu'elle à ces sortes d'alîaires. Mais bientôt elle se ravise et se met dans la tête que, vu rétat évident de quasi révolte et de fiiyardcric de son ami, — pour parler son langage, — Userait d'une bonne politique de lui donner un rôle dans ce même procès. Elle lui demandera donc un factii}?:, tout en insistant pour sa chanson gauloise ; et ce n'est pas encore assez: pour tenir Piron en haleine, elle lui adressera une troisième demande, en ayant soin, cette fois, d'intéresser particulièrement son amourpropre de poète. Il s'agissait d'adapter des pa-
r. Personnage très processif de la comédie des Plaideurs, et dont elle prend ici le nom en forme d'allusion au procès qu'elle a sur les bras.
rôles à une chaconne^ espèce de danse sur un air de symphonie, composée par le duc de Rochechouart, et qui avait été exécutée la veille sur le théâtre de la cour, à Fontainebleau. Mais rendons-lui la parole, que nous nous reprochons de garder trop longtemps.
Ce 28 avril.
Je suis bien étourdie, et vous êtes bien lent. Il est vrai que je ne vous ai pas donné mon adresse; mais vous savez mes qualités et le nom de l'endroit où j'habite. Je suis pourtant bien aise de n'avoir à me plaindre que de mon étourderie. Vous aurez mon adresse, et, si vous ne m^écrivez pas, vous aurez affaire à moi; je vous ferai souper avec des ducs et des marquis '. Serez-vous puni? Sans doute autant que vous m'aurez fait de la peine.
Mon Dieu, le joli pays ! On ne m'y dit que des choses agréables, et je m^y déplais à mourir. Je suis logée dans la rue la plus tranquille qu'il y ait à Fontainebleau , mais les jolies choses que j'entends ! La nuit passée, je fus réveillée par un
I. Piron n'aimait pas la compagnie des grands, oij il se trouvait fort gêné.
14^ AMOUKS Di: PIKON
mot allemand; ce matin, c'est un mot grec. Quand me parlera-i-on françois ?
A propos de françois, savez-vous qu'à la première visite que j'ai faite ici on m'a parlé de vous. Je ne connois point l'homme qui se trouva chez M. le duc de Rochechouart ', fils de M. le duc de Moncmart. Cet homme dit un bien infini devons, et je fus priée de chanter vos chansons. Je ne m'en acquittai pas trop mal. Cela fit que le maître de la maison me fit voir une chaconne qu'il a faite et qui est, en vérité, trop bonne pour un homme de son âge et de sa condition 2. L'air est charmant en tout: elle fut exicutée hier à la comédie. Toute la cour en fut ravie, et je vous assure que c'est avec grande justice.
L'homme dont je ne sais pas le nom dit qu'il falloit que vous y fissiez des paroles. Je répondis que vous en étiez bien capable et jcmesuis même chargée de vous y engager. Il faut un canevas: car votre téie harmonieuse ne retiendra jamais un air d'aussi longue haleine. Dieu sait comme vous allez crier et dire que vous êtes occupé. Si vous aviez trouvé le temps aussi long que moi, vous penseriez que votre tragidie est faite et que
1. Louis-Paul de Rochechouart-Mortemart, né en 171 1. Il avait épousé Marie-Elisabeth de Beauvau.
2. Cette rértexion, faite en passant, et comme sans y songer, serait charmante de naïveté si elle n'avait pas tant de malice.
VOUS avez le temps de chansonner; et moi, je vais prendre celui de dîner. Je vous écrirai mieux demain. Adieu, grand ami ; aimez-moi au point de m^amuscr. J\ai un procès, j'ai bien de Tctude; mais cela ne diminue pas mon amitié. On vous aime ici, on vous y dit de bien jolies choses, mais on ne sait pas les écrire, et d'ailleurs on n'en auroit pas le temps. Je ne bois qu'à votre santé, et je prétends que les eaux d'ici, qui sont très mauvaises, ne me feront aucun mal.
Il est de notoriété, au contraire, que les eaux de Fontainebleau sont excellentes, et, si M"^ Quinault dit qu'elle n'en boit pas avec son vin, ce doit être uniquement pour flatter Piron dans ses goûts en paraissant les partager, bien sûre qu'en descendant ainsi jusqu'à lui, son tour reviendra de l'élever jusqu'à elle.
Mais \t factimiy le fameux factum, n'arrive pas, et la chanson gauloise se fait attendre. Piron promet toujours et ne s'exécute pas. Dès lors, elle stimule sa paresse, mais d'une façon aimable et avec des ménagements empreints d'une gaieté douce et attendrie.