Voyages de Sarah Bernhardt en Amérique. Pref
Marie Colombier a cela de beau qu'elle ne pratique pas les mathématiques pour son esprit pas plus que pour son argent. Au commencement de ma vie fat écrit sur le sable cette maxime qui serait inscrite parmi celles des sages de la Grèce ^ si /avais vécu deux mille ans plus tôt : « // est des gens qui vivent pauvres, pour mourir riches; il est bien plus logique de mourir pauvre et de vivre riche. » Marie Colombier jette à tous propos par la fenêtre son esprit et son argent. Elle a traversé toutes les aventures, on pourrait dire toutes les fortunes, sans arriver à être millionnaire comme tant de comédiennes qui ont leur hôtel sur le pavé de Paris. Pas si bête! Si elle avait un hôtel, elle serait obligée d'y vivre, et alors, adieu lea belles équipées I Sa vie serait réglée comme un papier de musique; elle ne déchirerait pas tous les six îïiois ses engagements dans les théâtres; elle jouerait bien sagement la comédie du Théâtre-Français ou elle
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odéonerait à VOdéon. Elle aime bien mieux vivre au jour le jourj selon les jeux de V amour et du hasard. Savoir son chemin c'est presque la fortune, ne pas connaître demain cest la bonne fortune. Il ny a pas au monde de meilleur compagnon que l'imprévu, voilà pourquoi Marie Colombier a couru le Nouveau Monde avec son amie Sarah Bernhardt.
Quand je dis son amie, je veux dire son ennemie; deux femmes aussi turbulentes ne peuvent pas vivre ensemble dans les douceurs passives de V amitié. Elles aiment trop les orages, pour ne pas se jeter la foudre à la face lune de l'autre» Heureusement quil y a des arcs-en-cieL
Je les ai connues toutes les deux pendant l'orage et sous l'arc-enciel, toujours charmantes, même dans leurs colères^ à ce point que j'avais toutes les peines du monde à croire quelles s embrassaient pour tout de bon. Elles n'avaient rien à elles, pas même leurs amoureuxy se prc' nant celui-ci, se reprenant celui-là avec l'adorable désinvolture des inconscientes qui jouent une partie de cœur, comme on joue une partie" de cartes.
Il y a un quart de siècle, mademoiselle liachel, la fille d'Eschyle, s'embarquait aussi comme Sarah pour l'Amérique, d'où elle revenait avec des couronnes d'or et un million en bank-notes. Autre temps, mêmes chiffres! Car c'est aussi avec un million que nous est revenue Sarah Bernhardt. Mais qu'est-ce qu'un million aujourd'hui? Un déjeuner de soleil! Un souper de comédiennes!