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Voyages du Sieur de Champlain ou Journal ès découvertes de la Nouvelle France [microforme]

Voyage de lautheur en la Nouvelle France avec sa famille. — Son arrivée à Québec. — Prend possession du pays, au nom de monsieur de Montmorency.

L'an 16920, je retournai avec ma famille à la Nouvelle France, où arrivasmes au mois de ma. Nous traversasmes plusieurs isles, et entre autres celles aux Oiseaux, où il y en a tel nombre, q1an les tue à coups de baston. Le 24, "nous passasmi::s proche Gaspey, entrée du fleuve Sainct Laurent.

Le 7 de juillet nous mouillasmes l’anchre au Moulin Baudé, à une lieue du port de Tadoussac, ayant

esté deux mois à la traverse de nostre voyage, où TOME II, I

un chacun loua Dieu de nous voir à port de salut, et principalement moi, pour le sujet de ma famille, qui avoit beaucoup enduré d'incommoditez en cette fascheuse traverse.

Bateau qui Le lendemain un petit batteau vient à nostre le mre de a POrd , qui nous dit que le vaisseau où estoit le far gieur Deschesnes, parti un mois auparavant nous, estoit arrivé, qui fut prés de deux mois à sa tra-

verse. Le sieur Boullé, mon beau-frère estoit en

ce batteau, qui fut fort estonné de voir sa sœur, et

comme elle s’estoit résolue de passer une mer si fascheuse, et fut grandement resjoui, et elle et

moi au préalable; lequel nous dit que deux vais-

seaux de la Rochelle, l’un du port de 70 tonneaux,

Vaiseauxro L'autre de 45, estoient venus proche de Tadous-

chelois venus

pris de a: sac traitter ; nonobstant les deffences du Roy, et

doussuce nonobstant les deffen-

ces du Roy. avOient couru fortune d'estre pris par ledit Deschesnes, proche du Bicq, à 15 lieues de Tadoussac, néantmoins se sauvérent comme meilleurs voilliers. Ils emportérent cette année nombre de peleteries, et avoient donné quantité d'armes à

arméreut les EU , avec poudre , plomb, mesche, aux sauvages;

Sauvages.

chose trés-pernicieuse et préjudiciable, d’armer ces infidèles de la façon, qui s'en pourroient servir contre nous aux occasions. Voilà comme tousjours ces rebelles ne cessent de mal faire , n'ayant encore bien commencé, désobéissant aux commandements de Sa Majesté, qui le défend par ses com-

de salut, le ma fa-

nmoditez

à nostre estoit le nt nous, à sa traestoit en sœur, et

Le mer Si

telle et Nous apprismes que les sieurs du Pont et Des-, 1e: sieurs du 2UX Vais- chesnes estoient partis de Québec pour aller emont pur ae à NNEaUXx, ledit fleuve affin de traitter à une isle devant la ri- Tadous- vière des Hiroquois, ayant laissé à Tadoussac deux | Roy, et moyennes barques pour nous attendre, et les dédit Des- pescher promptement, afin de leur porter mar- Tadous- chandises, avant que sçavoir de nos nouvelles; ce ieilleurs qui fut fait ce jour mesme, et en envoyérent une bre de devant l'autre, que nous retinsmes pour nous en armes à aller à Québec. Nous sceumes la mort de Frère Pauvages; cifique, bon religieux, qui estoit trés charitable, d’armer et celle de la fille de Hebert en travail d'enfant, t servir tout le reste se portoit bien : et pour l'habitation, usjours elle estoit en très mauvais estat, pour avoir diverti ant en- les ouvriers à un logement que l’on avoit fait aux mman- Péres Récollets, à demi lieue de l'habitation, sur 5 cOmM- le bord de la rivière Sainct Charles, et deux autres

missions , sur peine de la vie. Telles personnes mériteroient d'estre chastiez sévérement, pour enfreindre les ordonnances : mais quoi, dit-on, sont Rochellois, c’est-à-dire très mauvais et désobéissants subjects, où il n’y a point de justice : prenez-les si pouvez et les chastiez, le Roy vous le permet par les commissions qu'il vous donne. Davantage ces meschants larrons qui vont en ce pays subornent les Sauvages, et leurs tiennent des discours de nostre religion, très pernicieux et meschants, pour nous rendre d'autant plus odieux en leur endroit.

logements, un pour ledit Hebert à son labourage ,

un autre proche de l'habitation pour le serrurier

. . LU et boulanger, qui ne pouvoient estre en lenclos

des logements, Locquin partit promptement dan

une chalouppe chargée de marchandises, pour aller

À treuver ledit du Pont,

Patementde Le 2, je partis de Tadoussac avec ma famille, et

l'auiheur de Ta doussae,

les religieux que nous avions menez, au nombre de

trois,mon beau-frère,qui avoithyverné deux ans et

demi, et Guers,arrivasmes à Québec, où estant fus-

Son arrivée mes à la Chapelle rendre graces à Dieu de nous voir

à Québec,

au lieu où Nous ESpérions, Le lendemain jefischarger

le canon, ce qui estant fait, aprés la saincte messe

dite un Pcre Récollet fit un sermon d'exhortation

Exhortaiion que fait le père

4 . . ‘ . , l Kécollet. OÙ Il remonstroit à un chacun le devoir où l'on se

devoit mettre pour le service de Sa Majesté , et de celui de mondit seigneur de Montmorency, et que chacun eût à se comporter en l’obéissance de ce que je leur commanderois, suivant les patentes de Sa Majesté, données à mondit seigneur le Viceroy, et la commission à moi donnée de son lieutenant, lesquelles seroient leues publiquement en présence de tous, à ce qu'ils n’en prétendissent cause d'ignorance. Aprés cette exhortation l'on sortit de

la chappelle, je fis assembler tout le monde, et commandai à Guers commissionnaire ; de faire pu- | blique lecture de la commission de Sa Majesté, et de celle de monseigneur le Viceroy à moi donnée.

bourage , serrurier | l'enclos ent danë

our aller

imille, et ombre de ‘x ans et stant fusnous voir ischarger te messe hortation ù l’on se té, et de y, etque ce de ce tentes de Viceroy, utenant , en prént cause sortit de onde, et faire pujesté, et donnée.

D CHAMPLAIN, 5 Ce faict chacun crie Five Le Roy, le canon fut tiré en signe d’allégresse, et ainsi je pris possession de l'habitation et du pays au nom de mondit seigneur le Viceroy. Ledit Guers en fit son procès verbal pour servir en temps et lieu.

Je résolus d'envoyer ledit Guers avec six hommes aux Trois Rivières où estoit le pont et les commis de la société, pour sçavoir ce qui se passeroit par delà, et moi je fus visiter quelques petits jardinages et les bastiments dont on m'avoit parlé; et

en effect je treuvai ceste habitation si désolée et

ruinée qu'elle me faisoit pitié. Il y pleuvoit de tou-

tes parts, l'air entroit par toutes les joinctures des planchers, qui s’estoient restressis de temps en temps, le magasin s’en alloit tomber, la court si salle et orde, avec un des logements qui estoit tombé, que tout cela sembloit une pauvre maison abandonnée aux champs où les soldats avoient passé , et m'estonnois grandement de tout ce mesnage : tout ceci estoit pour me donner de l’exercice à réparer ceste habitation. Et voyant que le plustost qu’on se mettroit à réparer ces choses estoit le meilleur, j'employai les ouvriers pour y travailler; tant en pierre, qu'en bois, et toutes furent si bien mesnagées, que tout fut en peu de temps en estat de nous loger, pour le peu d’ouvriers qu'il y avoit, partie desquels commencérent

un fort, pour éviter aux dangers qui peuvent ad-

L'autheur

sion du pays

Treuve

vs

l'ha

bitatiou Cort di

solte,

I fait

tailler,

tra

h', “host le venir, veu que sans cela il n'y a nulle seureté en

Lil lieu de très:

bonne scitua-

tion. un pays esloigné presque de tout secours. J'esta- - blis ceste demeure en une scituation très bonne,

sur une montagne qui commandoit sur le travers du fleuve Sainct Laurent, qui est un des lieux des plus estroits de la rivière, et tous nos associez n'avoient peu gouster la nécessité d'une place forte, pour la conservation du pays et de leur bien. Ceste maison ainsi bastie ne leur plaisoit point, et pour D. { cela il ne faut pas que je laisse d'effectuer le comal mandement de monseigneur le Viceroy, et ceci est le vrai moyen de ne point recevoir d’affront, pour un ennemi, qui recognoissant qu'il n’y a que des . coups à gaigner, et du temps, et de la despence | ; perdue , se gardera bien de se mettre au risque de ï perdre ses vaisseaux et ses hommes. C’est pourquoi il n'est pas toujours à propos de suivre les pas-

; sions des personnes, qui ne veulent régner que

pour un temps, il faut porter sa considération plus El : avant.

araranes Quelques jours après lesdits du Pont et Des- \

chesne descen-

| dent des Trois chesnes descendirent des Trois Rivières avec leurs

Rivières ay

) eus ré barques, et les peleteries qu'ils avoient traitées.

Il yen avoit la pluspart à qui ce changement de

Le sieur d , . .

Pont repassa en PONt Se résolut de repasser en France qui avoit hy-

France,

| Viceroy et de l’ordre ne plaisoit pas; ledit du

porte ET

verné, et laissa Jean Caumont, dit le Mons, pour commis du magasin et des marchandises pour la

eureté en is. J'estaés bonne, le travers lieux des ociez n'aace forte, ien. Ceste ; etpour r le comet ceci est ont, pour à que des despence risque de pourquoi

les pasner que

ion plus

et Desrec leurs raittées.

ent de dit du oit hys, pour pour la

traitte. Ledit du Pont s’en alla à Tadoussac, et nous fit apporter le reste de nos vivres, et mande Roumier sous-commis, qui avoit aussi hyverné, lequel s'en retourna en France, sur ce qu'on ne lui vouloit rehausser ses gages , et moi demeurant visitai les vivres, pour les miesnager jusques à l’arrivée des vaisseaux, faisant tousjours fortifier et continuer les réparations jà commencées, attendant d’en faire une nouvelle de pierre : car nous avions treuvé de bonnes pierres à chaux, qui estoit une grande commodité. Ils demeurèrent ceste année à hyverner 60 personnes, tant hommes, que femmes, religieux, et enfants, dont il y avoit dix hommes pour travailler au séminaire des religieux et à leurs despens : tout l'automne et l'hyver fut employé à réparer l'habitation, et les maisons d’auprés, et nous fortifier : chacun se porta très bien, horsmis un homme qui fut tué par la cheute d'un arbre qui lui tomba sur la teste, et

ainsi mourut misérablement.

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