CHAPITRE II
Arrivée des capitaines du May et Guers en la Nouvelle France. — Rencontre d’un vaisseau rochelois qui se sauva.— Lettres de France apportées au sieur de Champlain.
LE quinziesme de mai, une barque estant preste l'on la mit à l’eau, qui fut chargée de vivres, pour
traitter avec les Sauvages de Tadoussac. Le Mons
commis s'embarqua en icelle lui huictiesme, et
capitaines du L DE May Guers estoit Le capitaine du May, et Guers, commission- France.
n | naires de monseigneur de Montmorency, avec
n' grrirée de En SOn chemin fit rencontre d’une chalouppe, où
cinq matelots, trois soldats, et un garçon, qui fut cause que nostre commis retourna sur sa route, Ni et s’en revinrent ensemble à nostre habitation. Le- | dit du May fut très bien reçeu, venant de la part
de mondit seigneur de Montmorency, lequel me
dit estre venu devant, en un vaisseau du port f À d'environtrente-cinq tonneaux, avectrente person- | nes en tout, pour me donner advis de ce qui se | passoit en France, et que proche de Tadoussac, il
rencontre d’un
Du May fait avoit fait rencontre d’un petit vaisseau volleur de vaisseau Ro-
chetois qui « Rochelois, de quarante-cinq tonneaux, et en avoit
cauva,
velle France.
va.— Lettres
ant preste r'es , pour Le Mons esme, et ippe, où missiony, avec , qui fut a route, ion. Lee la part quel me au port personqui se ssac, 1l eur de n avoit
“igte
DE CHAMPLAIN. 9 approché de si près, qu'ils s'entendoient parler, estant l’un et l’autre sous voiles : mais comme le rochelois £:t meilleur voilier, il se sauva. Ce fut une belle occasion perdue, parce que ceux qui estoient dedans avoient traitté nombre de peleteries.
Ledit Guers me donna les lettres qu'il pleut au prete Roy et à monseigneur me faire l'honneur de m'’es- eur. crire, accompagnées de celle de monsieur de Puisieux, et autres, des sieurs Dolu, de Villemenon
et de Caen. Voici celle du Roy.
« Champlain, j'ai veu par vos lettres du 15 du Laine dites « mois d'aoust, avec quelle affection vous travail- Champlain. « lez par delà à vostre establissement, et à ce qui « regarde le bien de mon service, dequoi, comme « je vous sçai trés bon gré, aussi aurai-je à plaisir « de le recognoistre à’ votre avantage, quand il s’en offrira l’occasion : et ai bien volontiers ac-
« cordé quelques munitions de guerre, qui m'ont « esté demandées, pour vous donner tousjours plus
« de moyeu de subsister, et de continuer en ce
« bon devoir, ainsi que je me le promets de vos- «tre soing et fidélité. A Paris le 24 jour de fé-
ss
« vrier 1691, signé Lors, et plus Las, Brulart.
En suite de celle de Sa Majesté, j'en receus une autre de monsieur de Puisieux, secrétaire de ses
commandements , par laquelle entr'autres choses, il me mandoit que le sicur Dolu avoit demandé des armes pour m'envoyer; à laquelle chose on avoit pourvueu, eticelles envoyées. Auparavant monseigneur le duc de Montmorency m'écrivit la présente.
Lune de « Monsieur Champlain, pour plusieurs raisons
monseigneur de
Montmorenes «J'ai estimé à propos d’exclure les anciens associez
au sieur de Champlain.
« de Rouen, et de Sainct Malo, pour la traitte de la « Nouvelle France, d'y retourner. Et pour vous « faire secourir, et pourvoir de ce qui vous y est « nécessaire, j'ai choisi les sieurs de Caen oncle et « nepveu, et leurs associez, l’un est bon marchand, «et l’autre bon capitaine de mer, comme il vous « sçaura bien aider et faire recognoistre l’authorité « du Roy de delà sous mon gouvernement. Je vous « recommande de l’assister, et ceux qui iront de « Sa part, contre tous autres, pour les maintenir « en la jouissance des articles que je leur ai ac-
cordez. Jai chargé le sicur Doulu intendant des « affaires du pays, de vous envoyer coppie du «traitté par le premier voyage, afin que vous « sachiez à quoi ils sont tenus, pour les faire exé- « Cuter, comme Je désire leur entretenir ce que « Je leur ai promis. J'ai eu soing de faire conserver « Vos appointements, comme je croi que vous continucrez au désir de bien servir le Roy, ainsi
s choses, « que continue en la bonne volonté, monsieur andé des « Champlain, votre plus affectionné et parfait on avoit «ami, signé, Monrmorancy, de Paris le 2 fémonsei- « vrier, 1621. »
la pré- Les lettres du sieur Dolu me mandoient que 6 aw te j'eusse à fermer les mains des commis, et me saisir eue" """ raisons de toutes les marchandises tant traittées que à assoCIez traitter, pour les intérests que le Roy et mondit te de la seigneur prétendoient contre ladite société an- IT vous cienne, pour ne s’estre acquittée au peuplement 18 y est comme elle estoit obligée, et que pour le sieur ncle et de Caen, bien qu'il fust de la religion contraire, hand, on se promettoit tant de lui, qu'il donnoit espéil vous rance de se faire catholique, et que pour ce qui horité estoit de l'exercice de sa religion que je lui die e vous qu'il n'en devoit faire ni en terre ni en mer, reont de mettant le reste à ce que j'en pouvois juger. Celle €: 14,pr ntenur du sieur de Villemenon, intendant de l’admiraulté, Vitemenn. Al aC- ne tendoit qu'à la mesme fin : la lettre dudit sieur t des de Caen se conformant aussi à la sienne, et qu'il e du venoit avec deux bons vaisseaux bien armez et vous munitionnez de toutes les choses nécessaires, tant exé- pour lui que pour nostre habitation, avec de bons que arrests qu'il espéroit apporter en sa faveur. Davanver tage ayant fait assembler le sieur de May et Guers ous commissionnaire, et le Père George, auquel mon-
Insi seigneur, et les sieurs Dolu, et Villemenon, lui
& { avoient escrit des lettres à mesme fin que celles pl qu'ils m'escrivoient, m'enchargeant de ne rien faire sans lui communiquer, et résolu que rien ne se perderoit en quelque façon que ce fût, et qu'il vit anne le ne falloit innover aucune chose attendant ledit mr. sieur de Caen, qui estoit assez fort, ayant l’arrest en main à son advantage, pour se saisir des vaisseaux et marchandises, et ce pendant je conserverois toutes les pelleteries, jusqu'à ce que l’on vit de quoi les pouvoir prendre et saisir justement. De plus qu'il falloit considérer les inconvénients qui en pourroient arriver d'autre part, ne voyant aucun pouvoir du Roy, à quoi ledit commis vou- | loit ob&r, et non aux advis que nous avions re- be he ceus de France. Ledit commis fut adverti de ce, par les matelots du sieur de May, qui faisoient courir un bruit que ledit sieur de Caen, se saisiroit de tout ce qui leur appartenoit, quand il seroit arrivé : ils donnèrent tellement en l'esprit du commis et de tous, qu'ils délibéroient entr’eux de ne permettre de se saisir de leurs marchandises, jusaan au ques à ce que je leurs fisse apparoir lettre ou com-
commis et des matelots, de ne
hiser saisir mandement de Sa Majesté, ce que je ne pouvois, leurs marchauises.
et tous les hommes qui dépendoient des associez et gagez, craignants de perdre leurs gages, comme on leurs donnoit à entendre, prétendoient comme les plus forts de l'empescher s'ils eussent peu, quand eusse eu la volonté de saisir leurs mar-
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tt
chandises. C’est pourquoi pendant qu'une société,
ù celles en un pays comme cetui-ci, tient la bource, elle 1e rien paye, donne et assiste qui bon lui semble : ceux rIen-ne qui commandent pour Sa Majesté sont fort peu et qu'il obéis, n'ayant personne pour les assister, que sous it ledit le bon plaisir de la compagnie, qui n'a rien tant à , l'arrest conire cœur : que les personnes qui sont mis par Fe NAIRS le Roy ou les Viceroys, comme ne dépendant point ts rhi d'eux, ne désirant que l’on voye et juge de ce on vit qu'ils font, ni de leurs actions et déportements en ou telles affaires, veulent tout attirer à eux, ne s’en rHeRtS soucient ce qu'il arrive, pourveu qu'ils y trouvent /oyant leur compte. De forts et forteresses, ils n’en veulent s vou- __ que quand la nécessité le requiert, mais il n’est Fee" be plus temps. Quand je leurs parlois de fortifier, Je ce, c’estoit leur grief, j'avois beau leur remonstrer les Soient inconvénients qui en pourroientarriver, ils estoient Isiroit sourds : et tout cela n’estoit que la crainte en lait ar- quelle ils estoient, que s’il y avoit un fort ils secom- rolent maistrisez et qu’on leur feroit la loy. Cede ne pendant ces pensées , ils mettoient tout le pays et | Jus- nous en proie du pirate ou ennemi, qui pensant om- faire du butin n’estant en estat de se deffendre ira OIS, tout ravager. J'en cscrivois assez à messieurs du pciez conseil, il falloit y donner ordre, qui jamais n’arime rivoit : et si Sa Majesté eust seulement donné le nine commerce libre aux associez avoir leur magazin eu, avec leur commis. Pour le reste des hommes qui nar-
| & devoient estre en la plaine puissance du lieutenant
du Roy audit pays, pour les employer à ce qu'il jugeroit cstre nécessaire, tant pour le service de Sa Majesté, qu'à se fortifier, et défricher la terre, pour ne venir aux famines qui pourroient arriver s'il arrivoit fortune aux vaisseaux. Si cela se pratiquoit l'on verroit plus d'advencement et de progrez en dix ans, qu’en trente, en la façon que l’on fait : et permettre aussi qu’à ceux qui iroient pour habiter en désertant les terres, qu’ils pourroient traitter avec les Sauvages de peleteries, et des commoditez que le pays produit : en les livrant au commis à un pris raisonnable, pour donner courage à un chacun d'y habiter, et ne pouvant traitter que ce qui viendroit du pays, sur les peines portées qu'il plairoit à Sa Majesté, il n’y a point de doute que la société en eut receu quatre fois plus de bien qu’elle ne pouvoit espérer par autre vole, d'autant qu'il est fort malaisé à des peuples d’un pays de pouvoir empescher de s’accommoder de ce qui croist au lieu : car dire qu'on ne les pourra contraindre à une certaine quantité pour une nécessité : c’est la mer à boire, car ils feront tout le contraire, quand ils deveroient perdre ce qu'ils en auroient, plustost qu'on s’en saisit sans leur payer :
Sommaire des l'expérience a fait assez cognoistre ces choses. Voilà
eur." ce que j'avois à vous dire sur ce sujet.
Pour revenir à la suitte du discours, ledit com-
eutenant , ce qu'il rvice de la terre, tarriver se pratide proque l’on ent pour urroient des comrant au ler couttraitter nes poroint de ois plus re voie, es d’un oder de pourra ne nétout le u'ils en payer :
s. Voilà
it com-
mis et tous les autres ensemble, commencérent à sirmurer : disant, qu'on leur vouloit faire perdre leurs salaires et qu'il valoit autant qu’ils perdissent la vie que de les traitter de la façon : ce
Le commis se plaint à lui,
qui donna suject audit commis de m'en parler de rechef, et me faire ses plaintes, que si j’avois commandement du Roy, qu'il ne falloit que le monstrer pour le contenter, et maintenir chacun en E paix. Je lui dis qu'on ne lui feroit point de tort, dit ni à ses marchandises, et qu'il pouvoit traitter
avec autant d'asseurance comme il avoit fait par
le passé, 1l se contenta, et un chacun. Je fis une Fait une ré
primande aux + matelots,
réprimande aux matelots du sieur de May, qui leur avoient donné cette crainte, etsemé ce bruit,
et de plus qu'ils s’asseurassent que je n’innoverois
rien que ledit de Caen ne fût arrivé avec arrest de de ne ven fs Sa Majesté, qui donneroit ordre à toute chose, auquel il faudroit obéir.
Davantage fut advisé si l'on permeuroit la, Advis pour traitte au sieur de May, qui avoit apporté des "ti" marchandises pour échanger à des castors avec les Sauvages : 1] fut arresté que pour lever tout ombrage l’on ne le permetteroit point, et aussi qu'ils n'avoient aucun pouvoir de ce faire , les deux sociétez estant en procès au Conseil de Sa Majesté , quand ils partirent de France, et que l’ancienne pouvoit tousjours jouir des priviléges que le Roy
leur avoit accordez sous l’authorité de monsei-
AN
uneur le Prince, attendant qu'en fût autrement ordonné : mais que si messieurs du Conseil donnoient un arrest si favorable qu'il confisquast au profit de la nouvelle société, que cela ne servoit de rien, puisque le tout lui demeureroit, comme il se promettoit, et que si autrement il avoit permission de traitter comme l’ancienne société, que l'on verroit la facture des marchandises que l’on avoit envoyées, et que suivant icelles l’on donneroit des castors du magazin pour la valleur des marchandises, suivant la traitte quise faisoit alors, et par ainsi ladite barque ne perderoit rien de ce
qu'elle pouvoit prétendre, pour ne traitter jus-
ques à ce qu'on eust l'arrest du Conseil, que devoit apporter ledit sieur de Caen : Ainsi fut arresté en la présence dudit sieur de May et Guers, faisant pour ladite nouvelle société.
Luteuren. Ce délibéré, je fais partir le capitaine du May, gaspiaie le 25 de mai, pour donner advis audit sieur de Caen de tout ce qui s’estoit passé, de l’estat en quoi il nous avoit laissé, et m'envoyer des hommes de renfort.
autrement onseil donfisquast au ne servoit it, comme avoit perciété, que 5 que l’on on donnealleur des isoit alors, ien de ce raitter jus- » que defut arressuers, fai-
du May,
sieur de at en quoi mmes de