‹ Voyages du Sieur de Champlain ou Journal ès découvertes de la Nouvelle France [microforme]Chapitre 54 sur 89 · PRE · texte numérisé non relu

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gné je ne pouvois remédier par présence ni conà seil, à toutes ces choses passées, et de plus que É tout le pays est desnué de chefs et capitaines qui

fi sont morts depuis deux ans, et ne restant que des

hommes vieux sans commandement , et des jeunes sans esprit et conduite, qui ne jugeant combien vostre bienvueillance nous est nécessaire, que sans la continuation d'icelle nous serions misérables | est à À # as si mais comme vostre cœur a tousjours esté entière se

QE ment bon nous vous prions Île continuer, comme et le pére à ses enfants. Nous ne recognoissons plus

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d'anciens amis que toi, qui sçache nos déportements et gouvernements trop affectionnés envers nous jusques à présent. Il est vrai que l’on a tué de vos hommes, mais ce sont des meschants particuhers, et non le général qui en a receu beaucoup de desplaisir, principalement ceux qui ont du jugement, à l’un tu lui as pardonné, l'ayant recognu pour meurtrier qui avoit fait le meurtre par le mauvais conseil de certaines personnes qui sont aussi bien morts que lui : l’autre aussi meschant que le premier, qui est celui que tu soubçonne, et dis en avoir quelque tesmoignage, ce qu'estant vérifié nous nele désirons maintenir, mais qu'il meure. Il n'a jamais rien confessé, il proteste ne l'avoir fait, et qu'il n’appréhende pas tant la mort de ce qu'oii viuse, que sil les avoit faict mourir qu'il le a.:..: librement plustost que de demeurer dedans une prison, souffrant plus d’ennuis et de tourments en ses maladies que s’il mouroit tout d'un coup. Que tout ce que j'avois dit à Chomina ils le désiroient effectuer et faire pour les François tout ce qu'ils pourroient, et désirant qu'il fust capitaine, dit qu'il en estoit très content comme aussi tous les Sauvages, mais ce qu'il disoit estoit au plus loin de sa pensée, recognoissant asseurément que délivrant le prisonnier à sa requeste et supplication, qu'il falloit qu'il nous eust grandement obhgé.

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Je lui dis devant tous que les affections de ceux qui promettoient beaucoup ne consistoient pas en paroles et caresses, qui n’estoient que les avant coureurs des effects en la pluspart du monde tant envers eux qu'envers nous : que pour lui nous l’avions treuvé entre tous les Sauvages de parole effective, il avoit l'esprit, le jugement et la cognoissance trés bonne, sans ingratitude, qui sont les choses autant requises qu'il falloit pour un chef. Pour le courage il n’en manquoit point, que je le pouvois asseurer que lui et tous ceux qui uiendroient son parti je les maintiendrois de tout mon pouvoir contre ceux qui lui voudroient faire du desplaisir : que nous avions le naturel si bon que ceux qui nous avoient obligés pour peu que ce fust, nous n’en estions mescognoissants. Tu pourrois estre en peine de sçavoir qui nous a incité à lui vouloir tant de bienvueillance. Je te dirai que quand il a esté question d'envoyer quelque Sauvage et faire diligence nous voyant en peine il n’a attendu que nous lui en parlassions, mais aussitost avec son frère il s’est offert de nous servir sans marchander ni espérer de récompense que nostre volonté, et promptement et d'un cœur franc il nous a servis avec fidélité, s'employant et s'offrant à toutes occasions, ce que n'ont fait les autres : en nos nécessités il ne nous a jamais abandonné, ui en hyver ni en esté, nous secourant de

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ce quil pouvoit, désirant plustost mourir avec nous que nous abandonner. Quand quelques uns de mes compagnons alloient en sa maison que ne faisoit-il point pour les carresser et traitter humainement : leur donnant souvent ce qu'il gardoit pour lui. IL prenoit compassion de nos nécessités et ne faisoit pas comme d’autres qui s’en rioient, nous vendant excessivement un peu de poisson ou viande quand on en désiroit avoir, sans autres infinies obligations que nous lui avons pour tant de tesmoignage de sa fidélité : il s’est offert aussi en cas que l’on voulust se battre avec PAnglois qu'il viendroit avec nous pour y vivre et mourir : et se mettant en devoir lui et son frère , se sont présentés en nostre fort avec leurs armes pour recevoir tel commandement que j'eusse désiré, ce que n’a Jamais fait autre Sauvage que lui : au contraire comme ils virent les Anglois à Tadoussac, ils les conduirent jusques an cap de Tourmente, leur enseignant volontairement le chemin, aidant aux Anglois à tuer nostre bestial, et piller les maisons de nos gens comme s'ils eussent esté ennemis : regarde et juge quelle raison nous avons à haïr ceuxlà, et vouloir du bien à ces hommes-c1.

Il est vrai que voilà de puissantes raisons pour l'affectionner, il s’est trouvé des : ‘asions où il a montré quel estoit son cœur, mais pour moi j'es-

tois absent : je ne laisse pourtant d’avoir le mesme TOME ll. 16

Secours que Chomina otre aux François.

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Sauvages de Tadoussac meschante

désir de servir si l'occasion se présentoit. Pour ceux qui ont conduit les Anglois , ils sont de Tadoussac, meschants Sauvages qui n'ont point d'amitié, estant assez recogneus pour tels, qui parlent de bouche aimablement , mais le cœur n’en vaut rien, et ne font que du mal. Nous sommes trés aises de ce que Chomina s’est si bien porté en vostre endroit, vous avez raison de l'aimer néantmoins nous ne laissons tous de vous affectionner aussi bien que lui. Je ne doute point de sa fidélité, il a montré par effect ce qui nous occasionne à te vouloir du bien, en attendant les effects de nos promesses, assurez-vous que nous les effectuerons, et les vaisseaux venus l’on recevra ledit Chomina pour capitaine. Tu sçais la façon de faire quand on eslist un chef, et qu’il change de nom, tu en as faict d’autres, c est pourquoi tu feras encore ceslui-ci que nous tiendrons pour tel attendant son eslection comme chef, chacun respondant d'une voix, ainsi sera il.

Ce que voyant je dis audit Chomina, que quand il voudroit qu'il emmenast le prisonnier, et qu’il lui remonstre d’estre sage à l'advenir , que s’il a esté prisonnier tant de temps, que ce sont les discours des Sauvages , et non nous.

Ledit Chomina sortant avec tous les autres Sauvages, le va treuver, lui ayant auparavant donné bonne espérance de sa délivrance qu'il moyen-

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DE CHAMPLAIN. 243 noit, après avoir remonstré plusieurs choses, le prisonnier lui dit, je sçai bien que les François n'ont point de tort de m'avoir retenu si long-temps, ils avoient juste suject de le faire, d'autant que les nostres leur avoient donné à entendre que c’estoit moi qui avois fait le meurtre, quand je serai guari je leur veux tesmoigner qu’un meschant homme ne voudroit faire ce que je ferai pour eux.

Ces discours finis ils le prennent et le mettent en une couverte, etl'empor nata tre, carilne pouvoit se soustenir sur les jambes estant fort desfait et débile : la vérité est que ces gens qui ont accoustumé une grande liberté, la prison de 14 mois leur est un grief supplice, autant presque s'ils recevoient la mort tout d’un coup : ce fut où la nécessité des vivres nous contraignit, veu que sans ceste extrémité il eût toujours esté prisonnier : mais quoi, c'estoit chose forcée ou estre tousjours en trances et appréhension avec ces Sauvages qui ne nous eussent voulu secourir en nostre nécessité : car nous voyant foibles, dénuez d'hommes et de tout secours, ils eussent peû entreprendre sur nous ou sur ceux qui alloient chercher des racines dans les bois, avec beaucoup d’autres considérations qui nous excitoient à cela.

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