‹ Voyages du Sieur de Champlain ou Journal ès découvertes de la Nouvelle France [microforme]Chapitre 71 sur 89 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Partement des Anglois au port de Tadoussac. — Général Que craint l’arrivée du sieur de Rasilly. — Arrivée en Angleterre. — L'autheur y va treuver monsieur l’ambassadeur de France. — Le roy et le conseil d'Angleterre promettent rendre Québec. — Arrivée de l’autheur à Dieppe. — Voyage du capitaine Daniel. — Lettre du révérend Père l'Allemand de la compagnie de Jésus. — Arrivée de lPautheur à Paris.

Ledit général ayant accommodé le fort et habitation de Québec de tout ce qu'il jugea estre nécessaire , il fit donner caraine à ses vaisseaux assez légérement, nettoyer, gadomer et suiver, ce qu'estant fait, il fit partir une petite barque de 25 à 50 tonneaux, pour s’en aller porter à Québec ce qui restoit, où s'embarquèrent mes deux petites Sauva-

Les François

ent le a gesses, nous levons les anchres et mettons sous

voilles, ce qui n’estoit pas sans bien appréhender la Nouvelles de rencontre du chevalier de Rasilly, d'autant que nou-

l'arrivée d sieur de Rasil-

y. velles estoient venues par quelques Sauvages, qui asseuroient avoir veu dix vaisseaux à Gaspey, bien armez, quinous attendoient audit lieu : c’est pourquoi l’on passa fort proche d’Enticosty 14 lieues dudit Gaspey pour n'estre aperceus : toutes fois ledit

RACE TEL RITES mt or mp me me PTIT SES

— | Quer disoitqu'il ne les appréhendoit en aucune façon, et que c'estoit à faire à se bien battre, et que

si tant estoit que les François eussent le dessus, qu'il

mettroit ! eu dans leurs vaisseaux, en faisant mou-

rir beaucoup premier qu'en venir la, et quelques

| Quei | autres discours. Nous fusmes contrariez de fort

eterre. mauvais temps , avec des brunes jusques sur le

GE | grand Ban , qui estoit le 16 du mois d'octobre, nous | capi- eusmes la sonde, et le 18 la cognoissance de Je Sorlingues : pendant la traverse moururent onze hommes de la dysenterie, de l’esquippage de Quer:. Le 20 nous relaschasmes à Plemué, où nous habi- eusmes nouvelle de la paix, ce qui fascha grande- ‘ éces- ment ledit Quer. Le 25 sortismes dudit port, ran- | in 7, lé- geant la coste de deux lieues. Le 27 passasmes deu'es- | vant Douvre, où ledit Quer fit descendre ious nos à 00 | hommes, avec les Pères Jésuites et Récollets, aus- > qui quels il donna passage, el à tous ceux qui voulu- AU va- rent aller en France : et moi j’escrivay de ce lieu à sous monsieur de Lozon que je m'en allois à Londres, er la | treuver monsieur l'ambassadeur, pour lui faire le nou- | récit de tout ce qui s’estoit passé en nostre voyage, , qui afin qu'il lui pleust faire expédier quelques lettres bien | de Sa Majesté audit sieur ambassadeur, pour avoir our- ceste affaire pour recommandée, et y envoyer un du- | homme exprès pour cet effect, chose comme tres edit nécessaire et importante pour le bien de la société.

en continuant nous passasmes par Les Dunes, où 1l

y avoit nombre de vaisseaux, etune remberge de six à sept cents tonneaux que l’on salua, qui rendit le réciproque de trois coups de canon. Entrant en la rivière fusmes mouiller l’anchre devant Graveline, où mismes pied à terre laissant les vaisseaux, ledit Quer fréta un battcau pour aller à Londres sur la rivière de la Tamise, auquel lieu arrivasmes le 29 dudit mois.

L'autheur fait

rapport à l'an Le lendemain je fus treuver monsieur l’ambas-

bassadeur du

idem sadeur, auquel je fis entendre tout le suject de nostre voyage, ayant esté pris deux mois après la paix, qui estoit le 20 juillet, faute de vivres et munitions de guerre et de secours , ayant enduré beaucoup de nécessitez un an et demi, allant chercher des racines dans les bois pour vivre, bien que je n’eusse retenu que seize personnes au fort et à l'habitation, ayant envoyé la plus grande part de mes compagnons parmi les Sauvages, pour éviter aux grandes famines qui arrivent en ces extrémitez.

L'ambassa-

deur tire pro. Ce qu'ayant entendu ledit sieur ambassadeur, il inesse de rest tuer tout ce

We rang Se délibéra d'en parler au Roy d'Angleterre, qui lui avait pris sur

ks Francois. donna toute bonne espérance de rendre la place,

comme de toutes les peleteries et marchandises, lesquelles il fit arrester.

Je donnai des mémoires, et le procès verbal de

ce qui s'estoit passé en ce voyage , et l'original de

la capitulation que j'avois faite avec le général

Quer, et une carte du pays, pour faire voir aux

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rentrant Gravais- Iler à | lieu

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Faux

Anglois les descouvertures et la possession qu'a-

vions prise dudit pays de la Nouvelle France, pre. mier que les Anglois, qui n'y avoient esté que sur nos brisées, s’estants emparez depuis dix à douze ans des licux les plussignalez, mesme enlevé deux habitations,sçavoir celle du Port Royal où estoit Poitrin

court, où 1ls sont habituez de présent, et celle de Pemetégoit appellé autrement Norembèque : le tout saisi et enlevé contre tout droit et raison, molestant les sujets du Roy, leur imposant un tributsur la pesche du poisson : le tout pour les travailler, et enfin leur faire quitter la pesche, en se rendant maistre de toutes les costes peu à peu. De plus afin d'obliger les sujets de Sa Majesté à aller prendre des congez en Angleterre, et ont imposé depuis deux ou trois ans des noms en ladite Nouvelle France, comme la Nouvelle Angleterre et Nouvelle Escosse, ils s’en sont advisez bien tard, ils le devoient faire avec raison, et non pas changer, ce qu'ils ne pour-ront jamais faire, on ne leur dispute pas les Virgines, ce qu'avec raison l'on pourroit faire, ayant esté les premiers François qui les ont descouvertes il y a prés de quatre vingts ans, par commandement de nos Roys, cela se justifie par la relation des histoires tant françoises qu'estrangéres. Mais qui à causé qu'ils s’en sont emparez si facilement ? c’est que Le Roy n'en avoit fait estat jusqu'à maintenant

que les justes plaintes qui lui en ont esté faites, Le

fait résoudre à recouvrir ce que les Anglois ont anticipé, et le fera toutes fois et quantes que Sa Majesté le voudra.

Je fus près de cinq sepmaines proche de mondit sieur l'ambassadeur, attendant tousjours nouvelles de France, et voyant le peu de diligence que l'on faisoit d'y envoyer, ou me donner advis de ce que l'on désiroit faire, je sceus de mondit sieur s’il n’avoit plus besoin de mon service, que je désirois

sauheurub m'en retourner en France, il me le permit, me

Lient pet mis sion de l'ambas

ur der. donnant lettre pour monseigneur le Cardinal, m'asface" seurant que le Roy d'Angleterre et son conseil lui avoicnt promis de rendre la place au Roy, il s’y employa fort vertueusement, espérant faire donner un arrest au conseil pour la reddition de l'ha-

bitation et commoditez qui y avoient esté prises. Je partis de Londres le 50 pour aller à Larie treuver passage, comme plus proche de Dieppe,

d'où il ya 91 lieues : sur le chemin je rencontrai

ledit sieur de Caen, qui s’en alloit pour le recouvrement de ses peleteries, auquel succinctement lui fis entendre ce qui c'estoit passé, et en quel

LA | 1 1e 11 AR

estat estoient les affaires : arrivant à Larie je fus

quelques jours à attendre le vent pour passer, qui estant devenu bon, je m'embarquai le lendemain, et arrivai à Dieppe.

Le jour en suivant arriva le capitaine Daniel

Sun arrivee à

D cppe, . . . . . .

pl avec SON VAISSeAN, Qui AVOIL pris une habitation des

OIS ont

que Sa

mondit avelles ue l’on ce que il n’aésirois it, me |, m'asseil lui 11 sy * done l'har'iSeS.

Larie cppe; ontrai ecoument | quel je fus , qui nain,

aniel n des

Anglois qui s'estoit habitée ceste mesme année à l'isle du cap Breton par un Escossois appellé Stuart, qui se disoit parent du Roy d'Angleterre. Ledit Daniel me donna quelques lettres tant de monsieur de Lozon surintendant des affaires de la Nouvelle France, que de messieurs les Directeurs, avec une commission qu'ils m'envoyoient, comme estants oressez du partement de l'embarquement, et ne pouvant si tost avoir celle de Sa Majesté, et de Monseigneur le Cardinal pour m'envoyer, à cause de l'absence de Sa Majesté, laquelle commission portoit cc qui s'ensuit

« de la Nouvelle France, au sieur de Champlain « l’un des associez en ladite Compagnie , Salut. «L'expérience que vous vous estes acquise en la « cognoissance du pays, et des peuples de la Nou- « velle France, pendant le séjour que vous y avez « fait, joint la cognoissance particulière que nous « avons de vos sens, suffisance, générosité, pru- « dence, zèle à la gloire de Dieu, affection et fi- « délité au service du Roy, nous ayant portez à vous « nommer et présenter à Sa Majesté, conformé- « ment au pouvoir qu'il lui a pleû nous en donner, « pour en l'absence de monseigneur le cardinal de «Richelieu grand-maistre chef et surintendant gé- « néral des mers et commerce de France : com-

« Les Intendants et Directeurs de la Compagnie éomisinn

donnée au sieur de Champlain

330 VOYAGES « mander en toute l’estendue dudit pays, régir et « gouverner tant les naturels des lieux que les « François qui y résident de présent, et s’y habi- « tucront ci-après : Nous ne pouvons douter que « ladite nomination ne soit agréée, néantmoins « ayant advis que les vaisseaux que nous vous en- « voyons, sous les charges et conduicte des sieurs « Daniel et Joubert sont prests à faire voille, et « craignant que les lettres de provision de Sa Ma- «Jesté ne peussent estre arrivées à temps pour « vous estre envoyées par lesdites flottes, estant « d’ailleurs nécessaire et très important de n’en « point différer le partement. À ces causes Nous « par forme de provision seulement, et attendant « l’urgente et pressante nécessité de la chose, ju- « geant ne pouvoir faire meilleure eslection que « de vostre personne, vous avons commis et dé- « puté, commettons et députons par ces présentes, « pour jusqu à ce qu'autréement sous le nom de la « Compagnie y ait esté pourveu, commander pour « le service de Sa Majesté, en l'absence de monsei- « gneur le Cardinal audit pays de la Nouvelle « France, fort et habitauon de Québec, et autres « places et forts qui sont et seront ci-après con- «struits, ausquels vous establirez tels capitaines « que bon vous sembler: : régir et gouverner les- « dits peuples ainsi que vous jugerez estre à faire,

« el généralement faire en icelle charge tout ce

égir et rue les ÿ habier que tmoins Us en- Sieurs le, et Sa Mas pour estant > n'en Nous ndant ec, Ju- 1 que et déentes, à de la pour )nse1ivelle utres con-

aines

* les-

aire,

it ce

« que vous estimerez et treuverez à la plus grande « gloire de Dieu et de cet estat, et utilité de ladite « Compagnie. En foy de quoi avons signé ces pré- « sentes. À Paris le 21 jour de mars 1699. Et plus « bas signé de Lozon, Robineau , Alix, Barthélemy « Quantin, Bonneau , Quantin, Houel, Haquenier , « Castillon. »

Ledit Daniel me fit le récit comme il s’estoit

saisi du fort du milor anglois, ainsi qu'il s’ensuit.

Relation du voyage fait par le capitaine Daniel de Dieppe, en la Nouvelle France, la présente année 1629.

Le 92 jour d'avril 4699, je suis parti de Dieppe, sous le congé de monseigneur le cardinal de Richelieu, grand maistre, chef et surintendant général de la navigation et commerce de France, conduisant les naviresnommezle Grand S. André et la Marguerite, pour (suivant le commandement de messieurs les Intendants et Directeurs de la Compagnie de la Nouvelle France) aller treuver monsieur le commandeur de Rasilly en Brouage ou la Rochelle, et de là aller sous son escorte secourir et avictuailler le sieur de Champlain, etles François quiestoient au fort et à l'habitation de Québec en la Nouvelle France : et estant arrivé le 17 de mai à Ché de Boys; le lendemain l’on publia la paix faite avec le Roy de la Grande Bretagne, et aprés avoir séjourné audit lieu l’espace de 39 jours, en attendant ledit sieur de Rasilly, et voyant qu'il ne s’advançoit de parür, et que la saison se passoit pour faire ledit voyage : Sur l'advis de mesdits sieurs les Directeurs et sans plus attendre ledit sieur de Rasilly, je parus de la radde dudit Ché de Boys le 96 jour de

pe, en la

Dieppe, > Richegénéral onduila Mar-le mesipagnie ieur le chelle, ictuailstoient uvelle > Boys; le Roy né au- Lt ledit roit de » ledit cleurs Ly, je

ur de

Juin, avec quatre vaisseaux et une barque appartenants à ladite Compagnie, et continuant mon voyage jusques sur le Grand Ban, surpris que j'y fus de brunes et mauvais temps, je perdis la compagnie de mes autres vaisseaux ,et fus contraint de poursuivre ma route seul, jusqu'à ce qu'estant environ à deux lieues proche de terre, j’apperceus un navire portant au grand mas un pavillon anglois, lequel ne me voyant aucun canon m'approcha à la portée du pistolet, pensant que je fus totalement desgarni, alors je commencé à faire ouvrir les sabots, et mettre seize piéces de canon en batterie, de quoi s’estant ledit Anglois apperceu il s'efforça de s’esvader, et moi de le poursuivre jusques à ce que l'ayant approché je lui fis commandement de mettre son pavillon bas, comme estant sur les costes appartenantes au Roy de France, et de me monstrer sa commission, ponr sçavoir s'il n'estoit point quelque forban, ce que m'ayant refusé je fis tirer quelques coups de canon et l'abordai, ce fait ayant recogneu que sa commission estoit d'aller vers le cap de Mallebarre treuver quelques siens compatriotes, et qu'il y portoit des vaches et autres choses, je l'asseurai que la paix estoit faite entre les deux couronnes, et qu'à ce suject il ne devoit rien craindre, et ainsi le laissai aller : et estant le 98 jour d’aoust entré dans la rivière nommée par les Sauvages grand Cibou,

J'envoyai le jour d'après dans mon batteau dix de mes hommes le long dela coste, pour treuver quelques Sauvages et apprendre d'eux en quel estat estoit l'habitation de Québec, et arrivant mesdits hommes au port aux Balaines, y treuvèrent un navire de Bordeaux, le maistre duquel se nommoit Chambreau, qui leur dit que le sieur Jacques Stuart, milor escossois estoit arrivé audit lieu environ deux mois auparavant, avec deux grands navires et une patache angloise, et qu'ayant treuvé audit lieu Michel Dihourse de S. Jean de Luz, qui faisoit sa pescherie et sécherie de molue, s’estoit ledit milor escossois saisi du navire et molue dudit Dihourse , et avoit permis que ses hommes fussent pillez et que ledit milor avoit peuaprès envoyé les deux plus grands de ses vaisseaux, avec le navire dudit Michel Dihoursé, et partie de ses hommes vers le port Royal pour y faire habitation, cornme aussi ledit milor depuis son arrivée avoit fait constuire un fort audit port aux Balaines, et lui avoit enlevé de force les trois pièces de canon qu'il avoit dans son navire, pour les mettre dans ledit fort, mesme donné un escrit signé de sa main, par lequel il protestoit ne lui permettre ni à aucun autre François, de pescher doresnavant en ladite coste, ni traitter avec les Sauvages, qu'il ne lui fût payé le dixiesme de tout, et que sacommission du Roy de la Grande Bretagne, lui permettoir de confisquer

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