‹ Voyages du Sieur de Champlain ou Journal ès découvertes de la Nouvelle France [microforme]Chapitre 79 sur 89 · LISE · texte numérisé non relu

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loit donner advis à la Tour le père, qui estoit au port Royal avec lesdits Anglois, de tout ce qui se passoit en ce lieu , le persuadant à le faire revenir et laisser lesdits Anglois, ce qui fut exécuté, tant pour le remettre en son devoir, comme pour sçavoir de lui l’estat des Anglois et leur dessein, pour en suitte se gouverner selon qu'ils adviseroient suivant sa relation.

Ils envoyèrent un nommé Lestan avec lettre dudit la Tour àson père, qui l’'ayantreceue et leueaussi tost se mit en devoir de venir treuver son fils, ne pouvant ni espérant faire grande fortune avec les Anglois, qui avoient grandement diminué de l’opinion qu'ils en avoient eue. Arrivé qu'il fut audit cap de Sable, il donne à entendre ce que l’Anglois avoit dessein de faire, qui estoit de venir prendre leur fort, c'est pourquoi ils avoient à se fortifier le mieux qui leur seroit possible, pour empescher l'Anglois de son dessein : sçavoir s’il disoit vrai et pour se rendre nécessaire , je tiens qu’il n’y avoit pas beaucoup d'apparence que l’Anglois eust voulu remuer la paix, estant et sçachant les plaintes que l’on en avoit faites au Roy de la Grande Bretagne, qui offroit de rendre cet restituer tout ce qui avoit esté pris depuis la paix faicte : quoi que ce soit, il ne faut pas négliger de se loger fortement, aussi bien en temps de paix, que de guerre.

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river, C'est ce que je conseille à tous entrepreneurs de rechercher lieu pour dormir en seureté.

Ledit pére de la Tour fit aussi rapport qu il estoit mort trente Escossais, de septante qu'il estoient en cet hyvernement, qui avoit esté mal accommodez : fut résolu tant par le conseil desdits de la Tour pére et fils, que Marot, et Péres Récollets, de faire encore une habitation à la rivière S. Jean pour plusieurs raisons telles quelles, qui est à quatorze lieues du port Royal, plus au Nort dans la baie françoise : que pour parvenir à l'exécution de ceste entreprise, il estoit nécessaire d’avoir des hommes et commoditez pour bastir et se fortifier en ladite rivière.

Pour ne perdre temps il falloit dépescher le moyen vaisseau audit sieur Tufet, et envoyer promptement des hommes et autres choses nécessaires, pour s'opposer aux forces de l’Anglois, qui ne taschoit que de temps en temps à usurper tout le pays, et qu’en icelle habitation nouvelle le pére de la Tour y commanderoit, le fils au cap de Sable, qui fit retenir toutes les commoditez des vaisseaux quil jugea lui estre nécessaires. Le moyen vaisseau ne fit ni traite ni pesche pour payer les fraiz de son embarquement, et ainsi légérement s'en revient à Bordeaux avec lettres tant des Pères Récollets que de la Tour, addressantes à messieurs les Directeurs de la Nouvelle France,

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qui fut vers la fin du mois d'octobre : ledit Marot demeura là avec le grand vaisseau, pour essayer à faire quelque chose pour payer le voyage.

Ceste nouvelle receue dudit sieur Tufet, par le retour du moyen vaisseau si léger, ne lui pust donner grand contentement, pour le renvoi estre trop précipitamment et légèrement fait, sans y avoir du suject nécessaire qui les peust avoir esmeuz à cela.

Car la résolution de ce conseil qui avoient plustost leurs inclinations au bien de leur contentement, etautres de leurs affaires particulières , qu'à conserver et employer le bien de ceux qui les emploient à leur proffit, pour supporter la despense qui se fait en cet embarquement, que si le mesnasement de ceux qui sont employez n’est fait avec soing et vigilence, accompagné de fidélité, les voyages se rendent inutils, font perdre courage aux entrepreneurs, qui ne font les rencontres selon leur volontez, et souvent déceu de ce qu'ils s’estoient peû imaginer en ces desseins.

Quelle raison avoit i! d'envoyer ce vaisseau vuide pour demander du secours, lequel quand on l’eust voulu renvoyer à mesme temps, avec les choses nécessaires pour cet effect , il se fût passé plus de quatre à cinq mois, qui n'eust peû estre que vers la fin de février ou mars, dans la rigueur de l'hyver, où les neiges sont de deux à trois pieds,

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DE CHAMPLAIN. 353 el les traverses fort {aschenses en ce temps, comme l’on voit assez par expérience, qui est fatiguer tous ceux d'un vaisseau, et quelquesfois courir risque de se perdre, ou estre desmatez et relâcher qui se voil assez souvent{pour se haster trop tost, encore qu'à l'Acadie l’on peut aborder la terre en tout temps, et y arrivant en l'hyver l’on ne lais » d'y avoir de grandes incommoditez, comme nc l'avons expérimenté.

Que si l’Anglois eust eù volonté d'aller prendre la Tour, et se sentant plus fort comme le représentoit le Pére, ils l'eussent emporté s'il n’eust esté bien fortifié et amunitionné, premier que Île secours de France lui fût arrivé,

Mais ayant des hommes et commoditez que ledit Marot'avoit porté, ils n’avoi nt que faire de craindre, estant un peu fortifiez comme ils eussent peû faire, et laisser faire la pesche de poisson et traitte aux VAISSCAUX, et ne le renvoyer vuide avec une lettre : sa charge faite revenant de compagnie avec ledit Marot, il eust apporté de quoi (au moins en partie) payer son voyage, et les lettres fussent venues aussi à temps pour ce qu'ils désiroient, comme quand ils le firent partir sans rien rapporter, car ils pouvoient s'imaginer que l’on ne renvoyeroit qu'au printemps, par conséquent vaine leur résolution inconsidérée et précipitée, qui a fait perdre beaucoup audit sieur Tufet, et des

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