RASE NO MERE
causée par la ‘malice de ces mesmes Basques, lesquels persuadérent aux Sauvages que les François les vouloient empoisonner par le moyen de l’eaue de vie qu'ils leur donnoient à boire, et comme ces peuples sont d'assez facile croyance, ayants rencontré une chalouppe de François qui estoit proche de terre pour traitter avec eux, ces peuples mutins et barbares se jettèrent sur ceste chalouppe, la ravagérent, pillérent ce qui estoit dedans : comme les matelots se vouloient opposer il y en eut un de tué d’un coup de flesche, et deux Sauvages qui furent aussi pareillement tuez à coups d'espée, par un François de ladite chalouppe : et ainsi voilà les François mal traitez des Anglois, des Basques, et encore des Sauvages, et contraincts de s'en revenir tous avec le vaisseau du capitaine Gallois au fort et habitation Saincte Anne avec ce peu de traitte et de pesche qu'ils avaient faite. Et pareillement ledit du May ‘ne voulant s'arrester ni destourner pour voir l'habitation Saincte Anne, s'en revint en France, comme fit tostaprés le capitaine Daniel, ayant premier que de partir laissé son frère pour commander en ladite habitation avec tout ce qui estoit nécessaire pour les hommes qu'il y a laissez pour hyverner.
Il ne se faut pas estonner s’il y a des Basques ainsi mutins, et mesprisants toutes sortes de loix
et d'ordonnances, nese souciants de congers n'y pas-
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seports, non plus que faisoient ci devant Les Rochelois, n’ayantsaucune appréhension de justice en leur pays, estants proche voisins de l'Espagnol: telles personnes mériteroient un chastiment exemplaire, qui font plustost le mestier de pirates que demarchands.
Peu de jours après Le partement du vaisseau dudit capitaine Daniel, pour aller audit pays de la Nouvelle France, partit celui du sieur de Caen, lequel avoit obtenu un congé de Monseigneur le Cardinal, pour aller audit pays y faire la traitte icelle présente année seulement, pour le redimer en quelques sortes de pertes qu'il remonstroit avoir souffertes, par la révocquation faicte de la commission qu’il avoit auparavant de Sa Majesté pour la traitte dudit pays, etayant mis son nepveu Émery de Caen pour commander ledit vaisseau, lui donna ordre de monter jusques à Québec, et au dessus s’il pouvoit, pour faire sa traitte avec les Sauvages des Hurons : mais comme il fut dedans la rivière Saincte Laurent, il fit rencontre des navires d'Anglois, les capitaines desquels lui demandèrent ce qu'il alloit faire en ces lieux, ausque!: il respondit qu'il y alloit traitter et négotier er toute seureté, conformément au traicté de paix fait entre les deux couronnes de France et d'Angleterre, et qu'ils ne l’en pouvoient justement empescher, attendu qu'il estoit tout notoire que le Roy de la Grande Bretagne avoit promis au Roy de faire
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restituer le fort et habitation de Québec , et qu'en bref il viendroit des vaisseaux de France pour en prendre possession.
Les Anglois lui respondirent que quand ils verroient la commission de leur Roy, que très volontiers ils laisseroient ces lieux, et qu'ils sçavoient très bien que ceste affaire se traittoit entre leurs Majestez, mais qu’en attendant ils jouiroient tousjours du bénéfice de la traitte, puisqu'ils estoient possesseurs du pays, néantmoints qu'ils lui désiroient monstrer qu'ils ne lui vouloient point faire de préjudice, et qu'ils lui accorderoient de faire sa traitte concurremment avec eux : à quoi ledit Émery de Caen condescendit , et fit monter son vaisseau jusques devant Québec, où il demeura quelques jours, attendant la venue des Sauvages qui devoient descendre audit lieu. Entre ce temps arviva le capitaine Thomas Quer à Tadoussac avec un vaisseau de trois cents tonneaux bien équippé, et deux qui estoient à Québec de leur part, un grand et l’autre moyen.
Mais comme les Anglois recogneurent le peu de Sauvages, et qu'il n’y avoit pas d'apparence de faire grande traitte, leur proffit particulier leur fut en plus singulière recommandation que celui d'Émery de Caen, auquel ils dirent qu'il devoit se résoudre à ne faire aucune traitte, puisqu'il n’y en pouvoit avoir assez pour eux, lui accordant de
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DE CHAMPLAIN. 379 descharger ses marchandises dans le magazin de l'habitation, et y laisser un commis ou deux pour les lui garder, et les traitter durant l’hyver à son bénéfice, et afin qu’il ne peust faire aucune traitte, les Anglois lui donnèrent des gardes en son vaisseau, jusques à ce que la traitte fût faicte, et lors ils s'en revindrent de compagnie quelque temps ensemble. Ledit Émery de Caen comme ayant son vaisseau plus advantageux que ceux des Anglois, il prit le devant pour retourner à Dieppe où il arriva à port de salut.
Les gens de ce vaisseau rapportérent que le ministre avoit fait une ligue de la pluspart des soldats anglois, pour tuer leur capitaine avec les François révoltés du service du Roy : cela estant descouvert le capitaine Louis en fit chastier quelques uns. Le sujet de ceste rébellion estoit Le mauvais traitement qu'il faisoit à ses compagnons qui avoit causé ce désordre, par le conseil de ces deux ou trois mauvais François, ausquels il adjoustoit trop de foy.
Voilà Le succès de tous ces voyages de la présente année, qui tesmoignent assez le peu d’apparence qu'il y a de pouvoir rien advancer en la peuplade, n’y au commerce de ces lieux, tandis qu'ils seront possédés par une autre nation. Les François qui sont restés audit Québec sont encores tous vivants en bonne santé, resjouis du contente-