‹ Voyages du sieur de Champlain, ou Journal ès découvertes de la Nouvelle FranceChapitre 11 sur 74 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Voyage du sieur de Sainct-Chauvin. — Son dessein. — Remontrances que lui fait du Pont -Gravé. — Le sieur de Mons voyage avec lui, — Retour de Sainct-Cliauvin et du Pont en France. — Second voyage de Chau\'in j sou entreprise blasmable.

Voyage du ^^ ^^ appès ^ l'aiî i Sqq , le sieur Chauvin de

sieur de S. IV^ 1 • -^ • i • i

chauTin, lan i^omiauclie , capitaïue pour le roi en la marine ,

homme très-expert et entendu au faict de la navigation (qui a voit servi Sa Majesté aux guerres passées, quoi qu'il fust de la religion prétendue réformée) entreprit ce voyage sous la A la soiuci- commission de Sa dite Majesté, à la sollicitation duPoni-GrtTr du sieur du Pont-Gravé, de Sainct Malo (fort enlendu aux voyages de mer, pour en avoir fait plusieurs), accompagnez d'autres vaisseaux, jusques à Tadoussac , quatre-vingt-dix lieues à mont la rivière, lieu où ils faisoient trafic de pelleterie et de castors , avec les Sauvages du pays, qui s'y rendoient tous les printemps: le dit du Pont désireux de trouver moyen de rendre ce trafic particulier, va en cour recher-

cher quelqu'un d'authorité et pouvoir éminent va enCo..r

-'•-'• pour oblenir

auprès du roy , pour obtenir une commission, ^^^^"'''''''''"^" portant que le trafic deceste rivière seroit interdit à toustes personnes , sans la permission et consentement de celui qui seroit pourveu de la dite commission, à la charge qu'ils habiteroient le pays 5 et y feroient une demeure. Yoilà un commencement de bien faire, sans qu'il en couste rien au roy, si ce qui est en la dite commission s'effectue j ayant dessein d'y mener cinq cents hommes, pour s'y fortifier et défendre le pays. Le roy qui avoit grande confiance en cet entrepreneur , qui néantmoins prétendoit n'y faire que la moindre despense qu'il pourroit, pour sous le prétexte d'habiter, et exécuter tout ''«=»'^^p ce qu'il promettoit, vouloit priver tous les subjects du royaume de ce trafic , et retirer lui seul les castors. Et pour donner un esclat à ceste affaire , se met en devoir de l'exécuter. Les vaisseaux s'équipent de choses les plus nécessaires qu'il croit estre propres à son entreprise. Tout ira assez bien, horsmis qu'il n'y aura que des ministres et pasteurs Calvinistes.

Ses vaisseaux hors , il met ledit Pont-Gravé pour son lieutenant en l'un d'iceux . tous estoient catholiques , mais le chef estant de contraire ehc? *""cl"!.oir

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reiiffion, ce n estoit pas le moyen de bien plan- le «^.oyen .i>

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ter la foy parmi des peuples qu'on veut réduire, ^''^

Dessein de relieur.

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règne:

et c'estoit à quoi l'on songeoit le moins. Ils navigent jusques au port de Tadoussac, lieu de la traitte , et fut ceste affaire assez mal conduite pour y faire grand progrès. Ils se délibèrent d*y faire une habitation, lieu le plus désagréable et infructueux qui soit en ce pays , qui n'estant rempli que de pins , sapins , bouleaux, montagnes et rochers presque inaccessibles , et la terre très mal disposée pour y faire aucun iTe?qui"y bon labourage y et où les froidures sont si excessives, que s'il y a une once de froid à quarante lieues à mont la rivière, il y en a là une livre . aussi combien de fois me suis-je estonné, ayant veu ces lieux si effroyables sur le printemps?

Or , comme le dit sieur Chauvin y vouloit bastir et y laisser des hommes , et les couvrir contre la rigueur des fi'oidures extrêmes, ayant sceuduPont-Gravéque son opinion n'estoit que duPonuGra- l'ou j dcust bastir, remonstra au dit sieur Chau-

au sieiir

vin plusieurs fois qu'il fallait aller à mont le dit fleuve , où le lieu est plus commode a habiter, ayant esté en un autre voyage jusques aux trois rivières, pour trouver les Sauvages, afin de traitteravec eux.

uoi^ "To'i'^l ^^ sieur de Mons fit le mesme voyage pour cLauTin/''" ^ou plaisir, avec le dit sieur Chauvin, qui estoit de la même opinion que Gravé , qui recognoissant ce lieu estre fort désagréable , eust bien

Té

Chauvin

voulu voir plus à mont le dit fleuve. Mais quoi que c'en soit, ou le temps ne le permettant pour lors, ou autres considérations qui estoient en l'esprit de l'entrepreneur , fust cause qu'il employa quelques ouvriers à édifier une maison de ^^ .^^^ ^^ plaisance, de quatre toises de long , sur tro'is (je^'"""" large , de huict pieds de haut, couverte d'ais, et unecheminée aumilieu, en forme d'un corps-degarde, entouré de clayes, ( laquelle j'ai veue en ce lieu là ) et d'un petit fossé fait dans le sable. Car en ce pays-là où il n'y a point de rochers, ce sont tous sables fort mauvais. Il y avait un petit ruisseau au-dessous , où ils laissèrent seize hommes, fournis de peu de commoditez, qu'ils pouvoient retirer dans le mesme logis , où ce peu qu'il y avoit estoit à l'abandon des uns et des autres^ ce qui dura peu. Les voilà bien chaudement pour leur hyver î Ce qui fut cause que le sieur Chauvin s'en retourna, ne voulant voir Les sieurs

CbauTÏn ei du

ni descouvrir plus avant, comme aussi fit le dit p^"' 'S'''^"

X ' nent en rrance

du Pont.

Pendant qu'ils sont en France, nos hyvernants consomment en bref le peu qu'ils avoient ; et l'hyver survenant, leur fit bien cognoistre le changement qu'il y avoit entre la France et Tadoussac : c'estoit la cour du roi Petault; chacun vôuloit commander ; la paresse et fainéantise , avecles maladies qui les surprirent , ils se trou-

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