CHAPITRE Y
Voyage que fit faire le sieur de Roberval. — Envoie Alphonse, Sainctongeois, vers Labrador, — Son parlement , son arrive'e. — Retourne à cause des glaces. — Voyages des e'trangers au Nort, pour aller aux Indes occidentales. — Voyage du marquis de la Roche, sans froict. — Sa mort. — De'faut remarquable en son entreprise.
L'an i54i , le sieur de Roberval avant renou- Aipho..*^ de
J S;imcioiif;e en-
vellé cestesaincte entreprise, envoya Alphonse , l'radorpar'io Sainctongeois ( homme des plus entendus au b.rvai. feict de la navigation qui fust en France de son temps), qui voulut par ses descouvertes voir et rencontrer plus au Nort un passage vers Labrador. Il fit équiper deux bons vaisseaux de ce qui lui estoit nécessaire pour ceste découverte , et partit audit an i54i • Et après avoir navigé le long des costes du Nort^ et terres de Labrador^ ,„^,f;'" p"" pour trouver un passage qui peust faciliter le commerce avec les Orientaux, par un chemin '^;:Xr.'^' ^' plus court que celui que Ton fait par le Cap de Bonne Espérance et destroit de Magellan; les obstacles fortunez, et le risque qu'il courut à
4o VOYAGES
Les sUces et cause (les glaces , le fit retourner sur ses brisées ,
Ips risques le
conlraiu'iienld
leioiiruer.
* et n'eustpas plus de quoi se glorifier que Cartier. Geste seconde entreprise n'estoit que pour descouvrir un passage , mais l'autre estoit pour le profond des terres ^ et y habiter ^ s'il se pouvoitj et ainsi ces deux voyages n'ont pas réussi. Pour ie passage , je n'alléguerai point le discours au long des nations estrangères qui ont
E-iran?er5 qui
"'.IL.TdLxo'/i tenté fortune de trouver passage par le Nort ,
oïïeV/i'sT^e! pour aller aux Indes Orientales , comme les an-
, nées iJ-G, 7-7 et 78 Messire Martin Forbichet fit
Voyages de / ? / y /
Hu"i"de'Hu''n- trois voyagcs : sept ans après , Hunfroy Gilbert
frojGibert. . . . J-^ V 1
y hit avec cinq vaisseaux , qui se perdit sur 1 isle
de Sable , ou il demeura deux ans. Apres, Jean
Voyage de Davis;, Auglois, fit troîs vovages^ pénétra sous le
Jean Davis an
^:,i5, l'an 1590. soixantc douziesme dep:ré , passa par un destroit
Du capitaine O ^ l X
Georges. appcllé aujourd'liui de son nom. Un autre appelle le capitaine Georges, en l'an 1090, fit ce voyage , et fust contraint , à cause des glaces , de s'en retourner sans effect : et quelques autres qui l'ont entrepris , ont eu pareille fortune. vova'.es de Quant aux Espagnols et Portugais , il y ont
Espagnois.^or- pçj,^^ 1^^^, tcmps. Lcs HoUaudois n'en ont pas eu plus certaine cognoissance par la ?^ouvelle Zembledu costé de l'Est . pour trouver ce passage , que les autres ont perdu tant de temps pour chercher par l'Occident , au dessus des terres dites Labrador.
iiigais laudais
Tout ceci n'est que pour faire cognoistre que si ce passage tant désiré se fust trouvé , combien cela eust apporté d'honneur à celui qui l'eust j;irnqui..-i rencontré; et de bien à Testât ou royaume qui ^'c- '"'v.. l'eust possédé. Puis donc que nous seuls avons jugé ceste entreprise d'un tel prix , elle n'est pas moins à mespriser en ce temps-ci , et ce qui ne s'est peu faire par un lieu , se peut recouvrer par un autre avec le temps , pourveu que Sa Majesté veuille assister les entrepreneurs d'un si louable dessein. Je laisserai ce discours^ pour retourner à nos nouveaux travaux conquérants au pays de la Nouvelle France.
Le sieur marquis de la Roche de Bretagne, poussé d'une saincte envie d'aborder l'estendart de Jésus-Christ^ et y planter les armes de son roy, en l'an i5q8, prit com.mission du roy Henri le vov.k.s ,1,. Grand (d'heureuse mémoire) qui avoit de Ta- ^^g'!"; .1'','%. '.'. mour pour ce dessein , fit équiper quelques vais- :•«., iô^: seaux, avec nombre d'hommes , et un grand attirail de choses nécessaires à un tel voyage : mais comme ledit sieur marquis de la Roche n'avoit aucune cognoissance des lieux , que par un pilote de navire appelé Chédotel , du pays sansfruic. de Normandie , il mit les ffens dudit sieur marquis sur l'isle de Sable , distante de la terre du "Jj"'''"^ '^''^^ Cap Breton de vingt-cinq lieues au Sud^ où cependant les hommes qui restèrent en ce lieu
avec fort peu de commoditez, furent sept ans
abandonnez sans secours que de Dieu , et furent
Sont con. coutralnts de se tenir comme les renards dans
Irainis de de-
tueujrer tous j^ tcrrc , pour n\ avoir ni bois ni pierre en ceste isle propres à bastir, que le débris et fracas des vaisseaux qui viennent à la coste de ladite isle ; et vescurent seulement de la chair des
chairs de\œafs bœufs ct vacHes , ou'ils y trouvèrent en quau-
e» de Taches. . , , ^ 1 J 1
tité, s'y estants sauvez par la perte d'un vaisseau
espagnol qui s'estoit perdu voulant aller habiter
sereMenide l'^slc du Cap Brcton ; et se vestirent de peaux
^«"1^05/ ""^' de loups marins 5 ayant usé leurs habits, et
conservèrent les huiles pour leur usage , avec la
pescherie de poisson , qui est abondante autour
de la dite isle ; jusques à ce que la cour de par-
chédoiei est lement de Rouen par arrest condamna ledit Ché-
condamné de j i t, n • » 1 1 >
les repasser, dotcl Q aller Tcpasscr ces pauvres misérables, a la charge qu'il auroit la moitié des commoditez de ce qu'ils auroient peu practiquer pendant leur séjour en ceste isle, comme cuirs de bœufs, peaux de loups marins, huile, renards noirs; ce qui fut exécuté : et revenants en France au bout de sept ans , partie vint trouver Sa Majesté à Paris , qui commanda au Duc de Suilly de
fa!;* 'loiner leur doHuer quelques commoditez, comme il
quelqueargeut. ^ . , , -, .
fat , jusques a la somme de cmquante escus , pour les encourager de s'en retourner.
Cependant le marquis de la Roche estant à
poursuivre en Cour les choses que Sa Majesté Le marqnis lui avoit promises pour son dessein , elles lui fu- ^rqueTl^rJ rent déniées par la sollicitation de certaines per- mis. sonnes qui n'aboient désir que le vrai culte de Dieu s'accreust, ni d'y voir florir la religion catholique, apostolique et romaine. Ce qui lui causa un tel desplaisir, que pour cela et autre chose , il se trouva assailli d'une forte maladie , qui l'emporta , après avoir consommé son bien Tombe n,aet son travail , sans en ressentir aucun fruict. "^"'•• En ce sien dessein se remarquent deux défauts ; iMauts e.,
son dcssf-iu.
l'un, en ce que ledit marquis n'avoit fait descouvrir et recognoistre le lieu par quelque homme entendu en telle affaire, et où il devoit aller habiter , premier que s'obliger à une despense excessive. L'autre , que les envieux qui bon/de<le„îr estoient en ce temps près du loy en son conseil, empeschèrent l'effect et la bonne volonté qu'a- '^'p voit Sa Majesté de lui faire du bien. Voilà comme les roys sont souvent deceus par ceux en qui ils ont quelque confiance. Les histoires du temps passé le font assez cognoistre, et ceste-ci nous en peut fournir d'eschantillon. Voici un quatriesme voyage rompu ; venons au cinquiesme.
reliennent les roys de rccognoislre les rnrcneurs.