‹ Voyages du sieur de Champlain, ou Journal ès découvertes de la Nouvelle FranceChapitre 28 sur 74 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Descouyerture depuis le cap de la Hève jusques à Canseau , fort particulièrement.

Partant du cap de la Hëve j usqn es à Sesambre^ qui est une isle ainsi appelée par quelques Mallouins , distante de la Hève de quinze lieues, se trouvent en ce chemin quantité d'isies , qu'a- uiesdesiiai vons nommées les Martyrs, pour y avoir eu des '>'"*' 'pi"^'"^- François autrefois tuez par les Sauvages. Ces isles sont en plusieurs culs-de-sac et baies , en l'une desquelles y a une rivière , appelée Saincte Mar- s gueritte, distante de Sesambre de sept lieues, qui est par la hauteur de quarante-quatre degrez et vingt-cinq minutes de latitude. Les isles et costes sont remplies de quantité de pins, sapins, bouleaux, et autres meschants bois. La pesche du poisson y est abondante, comme aussi la chasse des oiseaux.

De Sesambre passasmes une baie fort saine , contenant sept à huit lieues, où il n'y a aucunes isles sur le chemin , horsmis au fond, qui est à

PiiTitio (ic aiiicie Miir guerilte.

l'entrée d'une petite rivière de peu d'eau , et fasmes à un port distant de Sesambre de huit lieues ;, mettant le cap au nort-est quart d'est, qui est assez bon pour des vaisseaux du port de cent à six vingts tonneaux. En son entrée il y a une isle, de laquelle on peut de basse mer aller à la grande terre. Nous avons nommé ce lieu le Sainte" ut '^ovt Saînctc Héleine , qui est par la hauteur de

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quarante-quatre degrez quarante minutes peu plus ou moins de latitude.

tes^.iL'^^ '°'" De ce lieu fusmes à une baie appelée la baie de Toutes Isles, qui peut contenir quatorze à quinze lieues : lieux qui sont dangereux à cause des bancs ^ bases et battures qu'il y a. Le pays est très mauvais à voir^ rempli des mesmes bois que j^ai dit ci-dessus.

De là passasmes proche d'une rivière qui en

est distante de six lieues^ qui s'appelle la rivière

Ririère de dc l'Islc Ycrtc , pour V en avoir une en son en-

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trée. Ce peu de chemin que nous fismes est rempli de quantité de rochers qui jettent près d'une lieue à la mer, où elle brise fort, et est par la hauteur de quarante-cinq degrez un quart de latitude.

Delà fusmes à un lieu où il y a un cul-de-sac, et deux ou trois isles, et un assez beau port, distant de l'Isle verte trois lieues. Nous passasmes aussi par plusieurs isles qui sont rangées les

Porf deSitra-

('anspaii.

unes proche des antres, et les nommasmes les isles rangées, distantes dellsle verte de six à i.ies mngée,. sept lieues. En après passasmes par une autre baie où il y a plusieurs isles , et fusmes jusques à un lieu où trouvasmes un vaisseau qui faisoit pesche de poisson entre des isles qui sont un peu esloignées de la terre, distantes des Isles rangées quatre lieues , et appelasmes ce lieu le port de Savalette, qui esioit le maître du vaisseau qui faisoit pesche, qui estoit Basque.

Partants de ce lieu , arrivasmes à Canseau le vingt-sept du mois, distant du port de Savalettesix lieues, où passasmes par quantité d'isles jusques audit Canseau, auxquelles y a telle abondance de framboises, qu'il ne se peut dire plus.

Toutes les costes que nous rangeasmes depuis le cap de Sable jusques en ce lieu, sont terres médiocrement hautes, et costes de rochers, en la pluspart des endroits bordées de nombre d'isles et brisans qui jettent à la mer par endroits près de deux lieues , qui sont fort mauvais pour l'abord des vaisseaux : néantmoins il ne laisse d'y avoir de bons ports et rades le long des costes et isles. Pour ce qui est de la terre, elle est plus mauvaise et mal agréable qu'en autres lieux qu'eussions veus , excepté en quelques rivières ou ruisseaux, où le pays est assez plaisant : et

là. ■

Pori de Tan seau , qufl ?

LhvrereM ne faut doutep qu'en ces lieux l'hyver n'y soit froid , y durant près de six mois.

Ce port de Canseau est un lieu entre des isles, qui est de fort mauvais abord, si ce n^est de beau temps , pour les rochers et brisans qui sont autour. Il s'y fait pesche de poisson verd et sec.

le du cap De ce lieu jusques à l'isle du Cap Breton, qui est par la hauteur de quarante-cinq degrez trois quarts de latitude, et quatorze degrez cinquante minutes de déclinaison de l'aimant, y a huict lieues, et jusques au Cap Breton vingt-cinq, où entre les deux y a une grande baie qui entre environ neuf ou dix lieues dans les terres, et fait passage entre l'isle du Cap Breton , et la grande terre qui va rendre en la grande baie Sainct Laurent , par où on va à Gaspé et isle Percée , où se fait pesche de poisson. Ce passage de l'isle du Cap Breton est fort estroit. Les grands vaisseaux n'y passent point , bien qu'il y ait de l'eau assez, à cause des grands courants et transports de marées qui y sont,* et avons nommé ce lieu le passage courant , qui est par la hauteur de quarante-cinq degrez trois quarts de latitude.

Ceste isle du Cap Breton est en forme triangulaire, qui a quatre-vingts lieues de circuit^ et est la pluspart terre montagneuse, toutesfois en quelques endroits agréable. Au milieu d'icelle y a une manière de lac, où la mer entre par le

DE CHAMPLATX. ll'J

costé du nort quart de nort-est^ et du sud quart du suest, et y a quantité d'isles remplies de grand nombre de gibbier et coquillages de plusieurs sortes, entre autres des huistres qui ne sont de grande saveur. En ce lieu y a plusieurs ports et endroits où l'on fait pesche de poisson, sçavoir le port aux Anglois, distant du Cap Breton environ deux à trois lieues ; et l'autre , iNiganis, dix-huit ou vingt lieues plus au nort. Les Portugais autrefois voulurent habiter ceste isle, et y passèrent un hyver : mais la rigueur du temps et les froidures leur firent abandonner leur habitation. Toutes ces choses veues, je repassai en France, après avoir demeuré quatre ans, tant à l'habitation de Saincte Croix , qu'au Port royal .

A quaniii« 5l»-s el poris.

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