TOME I
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l3o VOYAGES
qu'il excogite les moyens de s'y pouvoir establir, les Rochelois et les Basques l'assistent en la plus prande partie des embarquements, sous espérance d'avoir les pelleteries par leur moyen : mais son dessein ne lui réussit pas comme il désiroit ; car madame de Guercheville très charitable, s'entremit en ceste affaire en faveur et considération des Pères Jésuites. En voici le discours.
Le dit sieur Jean de Poitrincourt, avant que le sieur de Mons partist de la Nouvelle France , lui demanda en don le Port Royal , qu'il lui accorda , à condition que dans deux ans ensuite ledit sieur Pointrincourt s'y transporteroit avec plusieurs autres familles, pour cultiver et habiter le pays, ce qu'il promit de faire; et en l'an 1607 , le feu roy Henry le Grand lui ratifia et confirma ce don, et dit au feu révérend Père Coton y qu'il vouloit se servir de leur compagnie en la conversion des Sauvages^ promettant deux mille livres pour leur entretien. Le Père Coton obéit au commandement de Sa Majesté , et entre Le p. Eiart. autrcs dc leurs Pères se présenta le Père Biart,
Jésuile, CM éku ■•■
pourvaiier. pour estre employé en un si sainct voyage; et
Tan 160S il fut envoyé à Bordeaux , où il
demeura long -temps sans entendre aucunes
nouvelles de l'embarquement pour Canada.
lÊog. L'an 1609 ? ^^ sieur de Poitrincourt arriva à
o'ir en la Nomille
DE CHAMPLAIN. l3l
Paris : le rov en estant adverti , et ayant sceu Arrivée â»
■' '. ■' J sieur de Pi>i-
que, contre l'opinion de Sa Majesté, il n'avoit Hr""" ' ^'■' bougé de France, se fascha fort contre lui. Mais pour contenter Sa dite Majesté, il s'équipe pour faire le voya^^e. Sur ceste résolution le Père Coton offre lui donner des relio^ieux ; sur quoi ledit sieur de Poitrin court lui dit qu'il seroit meilleur d'attendre jusques en l'an suivant, promettant qu'aussitost qu'il seroit arrivé au Port Royal, il renvoyeroit son fils, avec lequel les PP. Jésuites viendroient.
De faict, l'an 1610, le dit sieur de Poitrincourt »^"»s'embarqua sur la fin de février, et arriva au s.n
• 1 . . . en 1;
Port Royal au mois de juin suivant, où ayant ^"" assemblé le plus de Sauvages qu'il peut, il en fit baptiser environ vingt-cinq le jour de sainct Jean-Baptiste , par un prestre appelé messire Josué Flèche, surnommé le Patriarche.
Peu de temps après, il renvoya en France le r.pnToye =0 sieur de Biencourt son fils, âgé d'environ dixneuf ans , pour apporter les bonnes nouvelles du baptesme des Sauvages, et faire en sorte qu'il fust en brief secouru de vivres, dont il estoit mal pourveu , pour y passer l'hyver»
Le révérend Père Christophe Balthazar , provincial , commit pour aller avec le sieur de Biencourt, les Pères Pierre Biart et Raimond père.j.^ Masse; le roy Louis le Juste leur ayant fait dé-
SUlIfi
y eiiTi j«-s.
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livrer cinq cents escus promis par le feu roy son I ère, et plusieurs riches ornements donnez par les dames de Guercheville et de Sourdis. Estants arrivez à Dieppe, il y eut quelque con- 3^. testation entre les Pères Jésuites, et des mar- L':!^n- à D.ep- chauds, ce qui fust cause rrue lesdits Pères se
pe. ^ '
retirèrent en leur collé^^^e d'Eu.
Ce qu'ayant sceu , madame de Guercheville fut fort indiq;née de ce que de petits marchands avoient esté si outrccuidez d'avoir offensé et traversé ces Pères , dit qu'ils dévoient estre punis, mais tout leur chastiemeut fust qu'ils ne furent receus à l'embarquement. Et ayant sceu que l'équipante ne se monterait qu'à quatre mille livres, elle fit une queste en la Cour, et par ParnlVcoer. cet office charitable elle recueillit ladite somme,
cheTiile pour ] T| i , -, . .
resie euirepri- (tont clJe paya Ics marchauds qui avoient troublé lesdits Pères, et les fît casser de toute association : et du reste de ceste somme et d'autres Fnit .... fonds orrands biens , fit un fonds pour l'entretien des dits Pères , ne voulant quils fussent à charge au sieur de Poitrincourt, et faire en sorte que le profit qui reviendroit des pelleteries et des pesches que le navire remporteroit, ne reviendroit point au profit des associez, et autres marchands , mais retourneroit en Canada , en la possession des sieurs Robin et de Biencourt, qui l'employeroient à l'entretien du Port Royal et des François qui y résident.
pour
lit-n desdils Pè
tes.
DE CHAMPLAIN. l33
A ce subject fut conclu et arresté que cet argent de madame de Guercheville ^ ayant esté destiné pour le profit de Canada , les Jésuites auroient part aux émoluments de rassociaiion des dits sieurs Roljin et de Biencourt, ei y participeroient avec eux.
C'est ce contract d'association qui a fait tant semer de bruits, de plaintes et de cricries contre les Pères Jésuites, qui en cela , et en toute autre chose, se sont équitablement f?^ouvernez s^lon Dieu et raison, à la honte et confusion de leurs envieux et médisants.
Le 26 janvier iGi i , les mesmes Pères s'em- lô... barquèrent avec ledit sieur de Biencourt , lequel ^"i^^ro.»*
1 / 1 nipnl i!t-s Pères
ils assistèrent d'argent pour mettre le vaisseau *i.ur'dVLieIr.
court.
hors, et soulager lea grandes nécessitez qu'ils avoient eues en ceste navigation j d'autant que costoyant les costes ils s'arrestèrent et séjournèrent en plusieurs endroits avant qu'arriver au Port Royal, qui fut le 16 juin 161 1 , le jour L^^^r arrivée
J ^ T. J -' J au PoH Royal.
de la Pentecoste ; et pendant ce voyage les dits Pères eurent grande disette de vivres, et d'autres choses, ainsi que rapportèrent les pilotes David de Bruges , et le capitaine Jean Daune , tous deux de la religion prétendue réformée, confessants qu'ils avoient trouvé ces bons Pères tout autres que l'on les leur avoit dépeints.
Le sieur de Poitrincourt désirant retourner en
France , pour mieux donner ordre à ses affaires , laissa son fils le sieur de Biencourt, et les Pères Jésiiitesauprèsdelui, qui faisoient, tous ensemble environ vingt personnes. Il partit la mi-juillet de la mesme année i6ir , et arriva en France
Rfiour en ''
LTorrilurY sur la fin du mois d'aoust.
Pendant l'hyvernement , ledit sieur de Biencourt fit encores quelques fascheries aux gens du fils dudit Pont-Gravé^ appelé Robert Gravé, qu'il traitta assez mal * mais enfin parle travail des Pères Jésuites , le tout fut appaisé , et demeurèrent bons amis.
Le sieur de Poilrincourt cherchant en France tous les moyens d'aller secourir son fils, ma- ' dame de Guercheville , pieuse , vertueuse et fort affectionnée à la conversion des Sauvages, ayant déjà recueilli quelques charitez , en communiqua avec lui et dit que très volontiers elle entreroit en la compagnie, et qu'elle envoyeroit avec lui des Pères Jésuites , pour le secours de Canada.
coniract de Lc coutract d'associatiou fut passé avec ladite
Il dame de
[;"/,;''^7j['^^ dame , autorisée de M. de L"»encourt , premier côurTdV'ca.escuyer du roy, et gouverneur de Paris, son mari. Par ce contract fut arresté : que présentement elle donneroit mille escus pour la cargaison d'un vaisseau , moyennant quoi elle entreroit au partage des profits que ce navire
fférend en- Ile et le
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rapporteroit , et des terres que le roy avoit données au sieur de Poitrincourt , ainsi qu'il est porté en la minute de ce contract. Lequel sieur de Poitrincourt se réservoit le Port Royal et ses terres j n'entendant point qu'elles entrassent en la communauté des autres seigneuries y Caps, Havres et Provinces qu'il dit avoir audit pays contre le Port Royal. Ladite dame lui de- ^j manda qu'il eust à faire paroistre tiltres par les- sîeur' de roi quels ces seigneuries et terres lui appartenoient , et comme il possédoit tant de domaines. Mais il s'en excusa, disant que ses tiltres et papiers estoient demeurez en la Nouvelle France.
Ce qu'entendant la dite dame, se mesfiant de ce que disoit le sieur de Poitrincourt, et voulant se garder d'estre surprise, elle traicta avec le a^e^'^e '"éur sieur de Mons , à ce qu'il lui rétrocédât tous les droicts, actions, et prétentions qu'il avoit jamais eus en la Nouvelle France, à cause de la donation à lui faite par feu Henry le Grand. La Dame de Guercheville obtient lettres de Sa Ma- ^ue obtient
Il lli<'S du roy
jesté à présent régnant, par lesquelles donation îîeT. noÙt7iÎc nouvelle lui est faite de toutes les terres de la , Nouvelle France, depuis la grande rivière, jusques à la Floride, horsmis seulement le Port Royal , qui estoit ce que le dit sieur de Poitrincourt avoit premièrement^ et non autre chose. Ladite Dame donna l'argent aux Pères Je-
ber: adiiiJiiJSire ma
suites, pour le mettre entre les mains de quelque marchand à Dieppe : mais le dit sieur de Poitrin court fit tant avec les mesmes Pères, que de ces mille escus il en tira quatre cents. Simon im- H comuiit à cet embarquement un sien serviteur appelé Simon Imbert Sandrier , qui s'acquitta assez mal de l'administration de ce navire équipé et frété. Il portit de Dieppe le 3i décembre , au fort de l'hyver, et arriva au Port Royal le vingt -trois de janvier l'an suivant
Le sieur de Biencourt fort aise, d'une part, de voir ce nouveau secours arrivé , et d'autre , fasché de voir madame de Giiercheville hors de ceste compagnie, suivant ce que le dit Imbert lui avait dict, et des plaintes que lui firent les ïe.iuï'e.fom Pères Jésuites du mauvais mesnage fait en tel em" barquement par cet Imbert qui, à tort et sans cause; accusoit les Pères, lesquels néanmoins le contraignirent de confesser qu'il éloit gaillard quand il parla audit sienr de Biencourt.
Enfin , toutes ces choses estants appaisées et pardonnées, le père Masse estant avec les Sauvages pour apprendre leur langue , il devint malade en un lieu, où il eut grande disette, car ^out estoit en désordre en ceste demeure. Le Père Biart demeura au Port Royal, où il souffrit plusieurs fatigues . et de grandes nécessitez quel-
Plain les d'Iniberi
ques jours durant^ à amasser du gland , et chercher des racines pour son vivre.
Pendant ce temps on dressoit en France un F^p-ipap. n..-. équipage pour retirer les Jésuites du Port Royal , "ce,;.oûrrH'iî"r et fonder une nouvelle demeure en un autre en- ^"" ^'"^^ • droit. Le chef de cet équicjafje estoitla Saussaye , ayant avçc lui trente personnes qui y dévoient hyverner, y compris deux Jésuites et leur serviteur, qui se prendroient au Purt Royal. Il avoit desjà avec lui deux autres Pères Jésuites, sçavoir le Père Quentin , et le Père Gilbet du Thet, mais ils dévoient revenir en France avec l'équipage des matelots, qui estoient trente-huit. La Royne avoit contribué à la despense des armes, des poudres, et de quelques munitions. Le vaisseau estoit de cent tonneaux, qui partit de Honnefleur le 12 mars, l'an 161 3, et arriva ,6,3. à laHève, à CAcadie^ le 16 de mai, oùils mirent, vot3?c<îoi.i
Saussaye m l'A-
pour marque de leur possession , les armes de "'*'^madame de Guercheville. Ils vindrent au Port Royal, oùils ne trouvèrent que cinq personnes, deux Pères Jésuites, Hébert apothicaire (qui tenoit la place du sieur de Biencourt, pendant qu'il estoit allé bien loin chercher de quoi vivre) et deux autres personnes. Ce fust à lui qu'on présenta les lettres de la Royne, pour relascher i,Ht,rs .u les Pères, et leur permettre aller où bonleur sem- rebU.--' 1^.
' Jcsuile».
bleroit ; ce qu'il fit : et ces Pères retirèrent leurs
commoditez du pays, et laissèrent quelques vivres audit Hébert, afin qu'il n'en eust nécessité. Yoni i.:,!,iier Hssortireut de ce lieu, furent habiter les